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Une excursion au Langbian

COCHINCHINE OCCIDENTALE Une excursion au Langbian PAR M. COUVREUR Procureur des Missions Etrangères à Singapore. Notre cher procureur à Singapore, M. Couvreur, ayant accompagné au Langbian Mgr Mossard, vicaire apostolique de la Cochinchine occidentale, a bien voulu nous adresser ces trop courtes pages, très intéressantes pour tous les lecteurs, mais principalement pour ceux que préoccupent au point double de vue religieux et sanitaire notre colonie de Cochinchine.
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE
    Une excursion au Langbian
    PAR M. COUVREUR
    Procureur des Missions Etrangères à Singapore.
    Notre cher procureur à Singapore, M. Couvreur, ayant accompagné au Langbian Mgr Mossard, vicaire apostolique de la Cochinchine occidentale, a bien voulu nous adresser ces trop courtes pages, très intéressantes pour tous les lecteurs, mais principalement pour ceux que préoccupent au point double de vue religieux et sanitaire notre colonie de Cochinchine.

    Tout désir exprimé par Mgr Mossard est pour moi un ordre. Sa Grandeur veut que ma mauvaise plume vous trace une petite relation sur notre voyage au Langbian : la voici.
    Le plateau du Langbian est situé à une quarantaine de kilomètres O. N. O. de Phanrang. Cette région montagneuse est habitée depuis un temps immémorial par les Moïs, peuple primitif se contentant de peu, aimant la forêt et l'émigration, sans dédaigner la jarre de vin de riz. Le Dr Yersin, dit-on, découvrit ce plateau en 1897 dans une de ses excursions scientifiques. M. Doumer, gouverneur général de l'IndoChine, songea bien vite à y établir un sanatorium. Le gouvernement de l'IndoChine fit tracer des routes et élever des baraquements en planches, créa à grands frais une station agricole à Dankia, et installa un maire à Dalat. On dit que ce maire eut à rédiger un acte d'état civil !
    Le premier projet du chemin de fer transindochinois faisait passer la ligne au pied du Langbian. Ce tracé ayant été modifié, les travaux commencés pour l'établissement d'un sanatorium furent abandonnés, et ce n'est qu'à l'automne de 1915 que le gouvernement décida leur reprise.
    Un arrêté du 6 janvier 1916 créa la province du Langbian, avec Dalat pour siège du Résident.
    A l'heure actuelle les voyageurs venant de Saigon peuvent arriver à Dalat par deux voies différentes. Voici la première, celle que nous avons suivie : Partis de Saigon à 5 h. du matin nous arrivons à 10 h. 20 à la station de Malam (à 17 kilom. de Phanthiet). Là nous attendait une automobile qui démarrait à 10 h. 30 et n'arrivait à Dalat qu'à 5 h. 30 du soir après un parcours de 160 kilom, du 25 à l'heure en moyenne, si l'on tient compte de quelques arrêts en cours de route. La voie est étroite, non empierrée et par suite impraticable pendant la saison des pluies ; elle monte en lacets, pour atteindre au col de Datroum à une altitude de 1230 m, redescend sur Djiring (1010 m.), et aboutit à Dalat (1474 m.).
    L'autre itinéraire est celui-ci : En chemin de fer jusqu'à Phanrang, d'où part une ligne sur Xomgom. Le parcours de Xomgom à Dalat se fait en automobile d'abord, puis en chaise à porteurs et enfin en automobile. Cette route sera bientôt praticable en toute saison, si comme on l'espère elle est empierrée vers la fin de 1918. Et plus tard, dit-on, elle cédera la place à un chemin de fer à traction électrique : une chute abondante est là, toute prête pour donner la force requise.
    Nous voici arrivés au Langbian, région boisée de sapins, à lexception de quelques centaines de kilomètres, carrée, qui sont absolument dénudés. Pourquoi et comment ? Mystère. L'endroit choisi pour l'établissement du sanatorium est en lisière de la forêt. Plateau n'entraîne pas, ici du moins, l'idée de surface plane. Le Langbian est ondulé, mamelonné et offre un joli coup d'oeil. « Ce qui frappe le plus ici, me disait hier un voyageur, c'est qu'il y a de la place ».
    Le climat paraît être idéal. Les extrêmes de température de l'année sont approximativement de 0 à + 28°. Durant notre séjour, le thermomètre s'est promené entre + 5° et + 26° pendant que l'hygromètre oscillait entre 22° et 60°. Pas de moustiques, et par suite pas de fièvre. Bref, le site était tout désigné pour l'établissement d'un sanatorium, et Dalat Semble appelé à prendre une grande extension dés qu'il sera possible d'y accéder par voie ferrée. Aujourd'hui quelques rares et fortunés pionniers y construisent leurs maisons de campagne, à des prix exorbitants, car beaucoup de matériaux doivent être apportés de loin et à dos d'hommes. Le gouvernement emploie à lui seul une équipe de 800 porteurs (Moïs).
    En prévision du prochain développement de Dalat, Mgr Mossard est venu choisir un terrain convenable pour église, presbytère et écoles. Le choix est fait. Il s'est porté sur un mamelon d'une contenance d'un peu plus de deux hectares, situé sur la route des chutes du Camly, à proximité du village annamite, du bureau de poste, du futur marché, du grand hôtel en voie de construction et... du cimetière. En hâtant la fondation du poste de Dalat, Monseigneur a aussi en vue la création d'un sanatorium pour les missionnaires fatigués. Un séjour de quelques semaines en climat tempéré procurera un regain de jeunesse aux convalescents, et prolongera la vie des ouvriers apostoliques, chose bien nécessaire par ce temps de recrutement difficile.

    1917/208-210
    208-210
    Vietnam
    1917
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