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Une chrétienté Cochinchinoise Macbac

Une chrétienté Cochinchinoise Macbac
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    Une chrétienté Cochinchinoise
    Macbac

    Ma chrétienté de Macbac est une des plus anciennes de la mission de Saigon. Son origine remonte au XVIIIe siècle. Quelques familles catholiques de la chrétienté de Caidoi, fuyant la persécution édictée par le roi Minh-Mang, vinrent se réfugier dans la brousse, sur la rive d'un ruisseau, le Macbac, et achetèrent aux Cambodgiens de l'endroit un vaste terrain, qui leur fut concédé moyennant la somme de 600 ligatures. Cette partie de la Basse Cochinchine est encore occupée par un grand nombre de Cambodgiens. Ayant appris la tranquillité relative dont jouissaient ces émigrés, d'autres familles vinrent d'un peu partout se joindre à eux, et bientôt ils formèrent un important noyau de chrétienté.
    Désirant rester en paix et à l'abri des perquisitions des mandarins, le chef de la nouvelle chrétienté, nommé Sach, homme débrouillard, bien au courant des moeurs annamites, s'entendit avec tous les chefs de famille et ils convinrent de verser chaque année 200 ligatures au chef de canton et 600 au mandarin. Grâce à ce subterfuge, non seulement les chrétiens ne furent pas inquiétés, mais lorsqu'une dénonciation arrivait au mandarin ou au chef de canton, aussitôt un exprès était dépêché au chef de la chrétienté pour l'informer de la venue, le lendemain, des agents chargés de perquisitionner. Ainsi, bien et dûment avertis, les gens faisaient disparaître tout objet suspect : ornements, vases sacrés, etc.; le missionnaire ou le prêtre indigène s'éloignait, et, pour prévenir tout larcin de la part des soldats, quelques ligatures étaient adroitement glissées dans la main du chef de l'escouade, une bonne rasade d'eau-de-vie de riz était versée aux soldats, et la troupe s'en allait satisfaite, sans en avoir molesté les chrétiens.
    Grâce à cette tranquillité, Macbac devint la résidence habituelle des Pères, soit européens, soit indigènes : de là ils rayonnaient pour desservir les chrétientés environnantes. Les chrétiens avaient construit pour eux une paillote en pleine forêt. Le P Marchand, le futur Martyr, y chercha asile pendant la persécution. Comme on lui demandait : « Vous n'avez pas peur des tigres ? » il répondit : « Je n'ai peur que des tigres à deux pattes ». C'est de là qu'il partit pour Saigon, appelé par le chef des rebelles ; puis, après la prise de la citadelle, emmené à Hué et condamné à l'horrible supplice des cent plaies.
    Macbac compte encore comme martyrs deux prêtres indigènes, les PP. Luu et Minh, et le chef de la chrétienté, nommé aussi Luu : tous trois ont été béatifiés en 1909. Le P. Luu fut dénoncé par un mauvais chrétien, ivrogne invétéré, à qui il avait refusé de prêter 200 ligatures, sachant bien qu'elles auraient été mal employées. Pour se venger de ce refus, le misérable alla porter sa dénonciation au vice-roi de Vinhlong, mais le P. Luu, ayant été transféré à un autre poste, ce fut son successeur, le P. Minh, qui fut arrêté.
    Après la conquête de la Cochinchine par la France, la chrétienté de Macbac prit un développement rapide. Le P. Montmayeur, le premier missionnaire en résidence fixe à Macbac, y trouva à son arrivée (1865) plus de 2.000 chrétiens. Actuellement il y en a 5.000. C'est en 1880 que commença la construction de l'église, qui fut terminée en 1885 : Mgr Colombert, alors Vicaire apostolique de Saigon, la bénit solennellement. Elle mesure 50 mètres de longueur sur 18 de largeur, les vérandas non comprises. Elle est due au zèle du regretté P. Fougerouse (+ 1898) ; les PP. Boudier et Errard en furent les architectes. La nombreuse et fervente chrétienté de Macbac est heureuse et fière de sa belle église, qui a' avantageusement remplacé la pauvre paillote d'autrefois.

    F. FRISON,
    Missionnaire de Saigon

    1935/116-117
    116-117
    Vietnam
    1935
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