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Une chasse au Lièvre

Une chasse au Lièvre Je visitais une station chrétienne sur la montagne appelée le « mont de la Porte du Vent », qui mérite bien ce nom, car son sommet est battu constamment par un vent violent, qui souffle en tempête.
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    Une chasse au Lièvre

    Je visitais une station chrétienne sur la montagne appelée le « mont de la Porte du Vent », qui mérite bien ce nom, car son sommet est battu constamment par un vent violent, qui souffle en tempête.
    Les gens de ce village sont pauvres, mais d'une honnêteté remarquable. Ils sont là deux cents chrétiens fervents. Quand le missionnaire arrive, le catéchiste met le feu à un petit canon bourré de poudre jusqu'à la gueule. La détonation, répercutée par tous les échos d'alentour, s'entend à plusieurs kilomètres. Le lendemain, dès la pointe du jour, vous verriez dévaler le long des pentes, au bord des précipices, tous les chrétiens, grands et petits, accourant pour assister à la messe. Le canon a retenti : ils savent que le Père est arrivé, ils ne manquent pas de répondre à l'appel.
    Un soir, à la tombée de la nuit, un chrétien vient m'avertir qu'un levraut se promène tranquillement à quelques centaines de mètres du village. Cela tombait bien : on m'avait annoncé un souper plus que maigre. Mon arquebuse au poing, je me précipite sur la piste indiquée et ne tarde pas à me trouver nez à nez avec le lièvre signalé. Il était bien petit, ne paraissant pas peser plus d'une livre ; mais faute de mieux et me rappelant le héron de la fable, je me décidai à m'en contenter.
    Comme il venait vers moi ingénument, à 15 mètres environ je le mets en joue et... pan!... Tout d'abord je ne vois rien à cause du nuage de fumée d'un noir opaque produit par ma mauvaise poudre chinoise. Je m'approche de l'endroit où le lièvre a dû tomber et, à ma profonde stupéfaction, je ne trouve qu'un petit tas de poils.
    Tout de même, où cet animal a-t-il bien pu se fourrer ?... Car j'ai dû le tuer raide ou au moins le blesser grièvement ; il ne doit pas être loin.
    Mais j'ai beau chercher, avec l'aide même de quelques Chinois accourus au bruit de la détonation, je ne découvre rien, et, la nuit venant, je quitte le champ de taille, ne m'expliquant pas ce mystère, et d'autant plus déçu que je me vois réduit à me serrer encore la ceinture d'un cran, chose assez ordinaire en ce pauvre pays. Pourtant c'est bien un comble de voir s'évanouir si subitement un lièvre qu'on croyait presque déjà dans la marmite !...
    Le lendemain, au matin, une heureuse surprise m'attendait.
    Un grand diable de paysan des environs, un païen, s'amène en brandissant à bout de bras un gros lièvre qui me parut peser plus de trois livres.
    J'apporte le lièvre que le Père a tué hier soir.
    Quel brave homme ! Je n'en revenais pas.
    Mais, dis-je, il n'était pas si gros ; ce n'est pas possible.
    Il a grossi depuis.
    Et, en riant il m'expliqua le mystère. A la chasse avec des amis, il s'était trouvé non loin de l'endroit où j'avais tiré. Dissimulé par un pli de terrain et à la faveur de l'épais nuage de fumée, il s'était approché et m'avait subtilisé le lièvre. Ce soir-là il avait une réunion avec des amis pour traiter des affaires pressantes, mais il leur manquait une pièce de résistance pour le souper. Mon lièvre s'étant trouvé là à point pour les tirer d'embarras, il me l'avait emprunté.
    Dès l'aurore il s'était mis en quête d'un autre lièvre et avait été assez heureux pour tuer l'animal qu'il m'apportait, avec ses excuses.
    Enchanté de l'aventure, je remerciai le brave homme pour ce joli tour de passe-passe, mais je profitai de l'occasion pour lui expliquer un autre mystère, plus profond que celui de la disparition de mon lièvre. Quelques mois après, il était baptisé avec toute sa famille.
    Après la chasse, j'avais fait une pêche miraculeuse.

    1935/27-28
    27-28
    Chine
    1935
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