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Une cérémonie extraordinaire

Mission de Mysore (Inde) Une cérémonie extraordinaire Le diocèse de Mysore comprend le territoire de l'Etat indien de même nom, dont la population approche de 6 millions d'habitants. Le Maharajah qui gouverne cet état est un hindou, c'est-à-dire un païen, sectateur de l'hindouisme. Sa capitale est Mysore, ville de 72.000 habitants, dont environ 3.000 catholiques. Malgré son importance et son titre de capitale, Mysore, qui a cependant donné son nom au diocèse, n'est pas le siège de la résidence épiscopale, établie à Bangalore.
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    Mission de Mysore
    (Inde)

    Une cérémonie extraordinaire

    Le diocèse de Mysore comprend le territoire de l'Etat indien de même nom, dont la population approche de 6 millions d'habitants. Le Maharajah qui gouverne cet état est un hindou, c'est-à-dire un païen, sectateur de l'hindouisme. Sa capitale est Mysore, ville de 72.000 habitants, dont environ 3.000 catholiques. Malgré son importance et son titre de capitale, Mysore, qui a cependant donné son nom au diocèse, n'est pas le siège de la résidence épiscopale, établie à Bangalore.
    L'église catholique de Mysore date de 1843 et le Maharajah de cette époque contribua largement aux dépenses de sa construction ; mais elle est devenue trop étroite pour une chrétienté qui augmente chaque année, et le curé de la paroisse, le P. Feuga, s'est décidé, malgré la crise économique dont l'Inde n'est pas exempte, à mettre en chantier une nouvelle et grande église.
    Or, il y a quelque cinq ans, un chrétien de marque, M. Thumboochetty, Secrétaire du Maharajah, faisait élever, près de la vieille église Saint-Joseph, un oratoire, modeste mais élégant, dédié à sainte Philomène, la Martyre si chère au saint Curé d'Ars, pour laquelle il avait lui-même une dévotion particulière. En peu de temps cette dévotion se développa parmi les chrétiens et prit des proportions imprévues. Aujourd'hui les pèlerins y viennent de toutes les régions de l'Inde et, même des païens, y apportent des pétitions écrites qui doivent rester durant neuf jours déposées aux pieds de la Sainte. Nombreuses sont les lettres attestant que les grâces demandées ont été obtenues et nombreuses aussi les offrandes qui témoignent de la reconnaissance des pétitionnaires.
    Aussi le. P. Feuga résolut-il de mettre l'église projetée sous le vocable de sainte Philomène, comptant sur elle pour l'aider à mener à bonne fin son entreprise. Sa confiance ne sera pas déçue : en commençant les travaux, il avait déjà en mains le tiers des dépenses prévues.
    Se rappelant que l'aïeul du présent Maharajah avait manifesté sa bienveillance envers les catholiques en contribuant aux frais de construction de la petite église Saint-Joseph, le curé se permit ci approcher, cette fois encore, le souverain, qui, de la meilleure grâce, accepta de poser en personne la première pierre de l'église future. Il y eut sensation dans la ville lorsque s'en répandit la nouvelle, et l'intérêt s'accrut quand on apprit par surcroît que la mère du Mahajarah avait envoyé pour la statue de la Sainte un riche vêtement indien de soie et fil d'or.
    La cérémonie fut fixée au 28 octobre. Tout Mysore s'était donné rendez-vous sur la vaste place qui s'étend devant l'église. Ministres, notables, Européens et Indiens, chrétiens, païens et musulmans, tous sont là. A l'heure dite, le Maharajah arrive, et non pas en simple particulier, mais avec toute la pompe officielle : son plus beau carrosse a emprunté les grandes avenues de la cité ; entouré de toute sa Cour, il a revêtu son costume de grande cérémonie.
    Mgr Despatures, venu de Bangalore, reçoit le souverain à sa descente de voiture et, après l'avoir conduit sur l'estrade qui lui a été réservée, lui adresse un petit discours, dans lequel il rappelle le souvenir du Maharajah de 1843 et explique pourquoi la nouvelle église sera dédiée à sainte Philomène ; après quoi il lui offre un écrin dans lequel sont gravées les images des deux églises, l'ancienne et la future, celle-ci surmontée d'une figurine représentant la sainte Martyre, sa Patronne.
    Le Maharajah, visiblement ému de la réception grandiose qui lui est faite, répond par le discours suivant.

    Monseigneur,
    Révérends Pères,
    Mesdames,
    Messieurs,

    Ce m'est une joie de venir aujourd'hui poser la première pierre de la nouvelle et grande église que vous vous proposez d'ériger en ce lieu, et de m'associer au nom de sainte Philomène, votre Patronne.
    Je crois d'une conviction profonde que la religion est, dans la vie de la nation, le fondement de la vraie richesse et de la véritable force. Il existe, en ce pays, des religions diverses, entre lesquelles l'hostilité s'est manifestée maintes fois. Peu à peu cependant nous en sommes venus à comprendre que les similitudes sont plus nombreuses que les différences et que, si nous ne divergeons que trop sous le rapport des croyances et des coutumes, nous nous rencontrons dans nos adorations et nos aspirations. Et, s'il en est ainsi, les croyances et les coutumes de chaque religion méritent d'être étudiées avec respect par les adeptes de chacune des autres.
    Vous m'avez rappelé que votre église actuelle a été construite, il y a 90 ans, par mon grand-père de vénérée mémoire. Il est intéressant de relire l'inscription qui y fut alors apposée ; en voici le texte : « Au nom du Dieu unique, Maître universel, qui crée, protège el gouverne le monde de la lumière, le monde terrestre et l'ensemble des vies créées, cette église est bâtie 1843 ans après l'Incarnation comme homme de Jésus-Christ, lumière du monde ».
    Au cours de ces nombreuses années, l'église ainsi dédiée a été comme le « chez soi » spirituel d'innombrables gens ; en proie à la pauvreté et à la souffrance, ils y ont trouvé la paix ; dans le trouble, ils y ont trouvé une sagesse qui dépasse la simple intelligence. Aussi chacune de ses pierres leur est-elle chère. Il y a de la tristesse à penser que cette église va disparaître, mais c'est une joie de voir s'élever à sa place un temple plus digne, qu'animera le même esprit éternel et qui restera pendant des siècles un sanctuaire de sainteté et de guérison.
    L'église nouvelle est conçue sur un plan magnifique et c'est, pour une large part, grâce aux offrandes des pauvres qu'elle va s'élever. Elle sera donc solidement construite sur une double fondation : la compassion divine et la gratitude humaine.
    Je n'oublierai pas non plus, en la voyant s'élever peu à peu, les travaux du clergé sans lequel elle n'aurait pu que rester à l'état de rêve. Pour vous, Monseigneur, soit en votre ancienne qualité de curé de Mysore, soit dans votre haute dignité présente, vous avez été associé à la vie de notre cité depuis tant d'années que je n'ai pas souvenance d'une autre époque. A vous et à voire clergé l'Etat el la ville de Mysore sont redevables d'actes innombrables de charité et de bienfaisance, ainsi que d'un effort ininterrompu pour éclairer et élever la population. De tout temps vous vous êtes oubliés vous-mêmes, mais vos travaux ne peuvent se cacher et ce monument sera le mémorial de peines et de sacrifices héroïques.
    Que cette église, dont je vais maintenant poser la première pierre, soit donc non seulement le centre de la vie spirituelle de votre communauté catholique romaine, mais une source de paix, de bienveillance et de zèle pour toutes les formes de dévouement !
    Après cette allocution, qui, malgré certains passages d'une orthodoxie douteuse à des oreilles catholiques, ne laisse pas d'être étonnante dans la bouche d'un païen, le cortège n'eut que quelques pas à faire pour se rendre aux fondations de la future église. Là, Mgr Despatures procéda solennellement à la bénédiction de la première pierre, et cette cérémonie fit une impression profonde sur le Maharajah et son entourage, qui pour la première fois avaient sous les yeux un aperçu des grandeurs de la liturgie catholique. Aussitôt après le prince mit en place la pierre bénite, pendant que les enfants du couvent chantaient un cantique de circonstance.
    L'escorte royale s'en retourna au palais avec la même pompe qu'à l'aller.
    La fête était terminée, mais elle laissait à tous les assistants le souvenir d'une grande journée, journée d'espoir pour le diocèse de Mysore, journée de gloire pour sainte Philomène, prélude des solennités qui marqueront l'inauguration de son église. Daigne la Providence hâter ce jour impatiemment attendu en fournissant au zélé curé de Mysore les moyens de mener l'œuvre entreprise à bonne et prompte fin !

    1934/9-14
    9-14
    Inde
    1934
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