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Un voyage d'agrément au nord du Japon

AVIS POUR TIMBRES POSTE Le marquis de Traynel. Omonville-la-Rogue, par Beaumont Hague (Manche), France, achèterait à très bon prix et par toute quantité les timbres-poste oblitérés que les Missions voudraient bien lui envoyer. Une provision d'argent sera adressée d'avance sur simple demande. Envoi de fonds également, dont une partie en don pour les oeuvres afin de recevoir des timbres neufs des pays les plus intéressants pour les collectionneurs. Envoyer les timbres dans de petits sacs en toile, bien cousus. Les enveloppes se déchirent.
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    AVIS POUR TIMBRES POSTE

    Le marquis de Traynel. Omonville-la-Rogue, par Beaumont Hague (Manche), France, achèterait à très bon prix et par toute quantité les timbres-poste oblitérés que les Missions voudraient bien lui envoyer. Une provision d'argent sera adressée d'avance sur simple demande. Envoi de fonds également, dont une partie en don pour les oeuvres afin de recevoir des timbres neufs des pays les plus intéressants pour les collectionneurs.
    Envoyer les timbres dans de petits sacs en toile, bien cousus. Les enveloppes se déchirent.
    Réponse à toute demande de renseignement.

    UVRE DES PARTANTS

    SOMMAIRE

    LA VENTE DE CHARITÉ. COTISATI PERPÉTUELLE.
    RECOMMANDATIONS. NOS MORTS.

    LA VENTE DE CHARITÉ

    Que nos Annales annoncent à nos chères Associées la très grande joie que toutes nous avons éprouvée des succès de notre. Vente de charité.
    Ce succès a dépassé nos espérances, et quoique la somme, versée dans notre caisse à cette occasion, soit insuffisante pour payer le trousseau des 175 Repartant, elle est cependant assez élevée pour nous permettre de solder une bonne partie des frais. Et quels frais par ce temps de cherté extrême !

    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Ètrangères

    SOMMAIRE

    UN VOYAGE D'AGRÉMENT AU NORD DU JAPON, par Alfred Hutt, missionnaire de Hakodate. UN COIN DE LA BROUSSE SIAMOISE, par Auguste Gastal, missionnaire du Siam. FRANCE ET ANNAM, par G. David, missionnaire au Siam. UNE OEUVRE DE CHARITÉ, par Ligeon, missionnaire de Kumbakonam. AVEC NOS TIRAILLEURS TONKINOIS, par R ... L'APOSTOLAT EN ANNAM, par Bourlet, missionnaire du Tonkin maritime.
    Gravures : Siam : ELÉPHANTS AU TRAVAIL. UN TRAINEAU SIAMOIS.

    Un voyage d'agrément au nord du Japon

    Le missionnaire de Mororan fit plutôt une triste figure quand, vers la fin de janvier, une dépêche vint l'avertir que l'on demandait ses services pour un malade d'un village perdu au fond de son district. Quatre cents kilomètres pour un malade ! Devait-il y aller ? N'était-il pas préférable de s'abstenir ? Il se mit à peser le pour et le contre.
    Certes, les bonnes raisons de ne pas se mettre en route ne faisaient pas défaut.
    A cette époque de l'année, la voie la plus rapide est celle de Hakodaté. Or, il faut effectuer sur mer une traversée de sept heures pour gagner ce port. De là on doit compter dix heures de chemin de fer, parcourir ensuite une dizaine de lieues en traîneau et enfin marcher pendant trois ou quatre heures à travers les rochers du rivage. Tout cela est bien long et les chances d'arriver à temps bien minimes. Mais il s'agit du salut d'une âme et aussi de la meilleure famille de son district !
    La façon dont ces chrétiens s'étaient installés au fond de l'île du Hokkaïdô leur donnait droit à une attention particulière du missionnaire.

    JUILLET AOUT 1919. N° 128.

    Avant leur conversion, ils habitaient une région fertile des environs de la capitale. Leurs parents vivaient dans l'abondance, à la tête d'une industrie qui leur assurait, ainsi qu'à leur postérité, une situation enviable à tous points de vue. Or, tous ces avantages s'étaient évanouis pour le fils aîné le jour où celui-ci avait résolu de se convertir avec sa femme et ses enfants. Son vieux père, comprenant mal le motif de ce changement de religion, lui avait mis le marché en main : ou il cesserait immédiatement ses relations avec les prêtres catholiques, ou il devait renoncer à l'héritage paternel. Ces catéchumènes demeurèrent inébranlables. Aux biens terrestres qui leur étaient assurés, ils préférèrent le bonheur promis à tout fidèle observateur de la loi évangélique.
    Peu à peu les choses s'envenimèrent au point qu'une rupture devint inévitable. Ils reçurent le baptême, mais en même temps ils quittaient la maison paternelle pour adopter l'existence rude et besogneuse des colons du Hokkaïdô. Sur leur demande, le gouvernement japonais leur céda quelques arpents de terre, en plein bois et sous la condition expresse qu'ils seraient défrichés avant cinq ans. Une cabane de branchages et de roseaux fut vite construite. Ce n'était pas la besogne la plus rude. Abattre les grands arbres, détruire les broussailles qui recouvrent le sol et rendent nos forêts impénétrables, cultiyer la terre, tout cela est plus dur pour un homme qui n'a pour l'aider qu'un enfant de douze ans. Les loisirs de sa femme étaient occupés par l'éducation de trois enfants en bas âge.
    Toutefois, le bon Dieu avait béni leurs efforts. La période critique était passée, ces chrétiens étaient en possession des titres de propriété, une certaine aisance était même entrée dans la maison. Tout semblait aller à souhait, quand le chef de famille succomba, sans doute à la suite de ses fatigues et de ses privations. Dans ces conjonctures, la veuve ne perdit pas courage ; elle sut mener de front ses devoirs de mère et ses obligations de chrétienne. La religion fut toujours en honneur dans cette maison et ses préceptes rigoureusement observés. A quelque temps de là, cette femme fit même venir son père resté païen, dans l'espoir que Dieu lui donnerait auprès d'elle la grâce de se convertir et de recevoir le baptême.
    Aussi, l'on conçoit facilement le désir qu'avait le missionnaire de leur montrer de l'attachement. Mais à pareille distance avait-il quelques chances d'arriver à temps ? Le vieux missionnaire qui a guidé ses premiers pas dans la vie apostolique lui disait souvent que les malades attendent toujours la venue du prêtre ; mais cette loi ne souffre-t-elle pas d'exceptions? Il était hésitant, quand il se souvint du vieillard qu'il avait vu lors de ses dernières visites. Ne serait-ce pas lui le malade ? Dans ce cas, les chrétiens pourraient le baptiser sans que lui-même soit obligé de s'y rendre. Il prit donc le parti de demander par dépêche qui était souffrant. La réponse ne vint pas, et cette circonstance le décida à s'embarquer le jour même.
    D'abord tout alla à souhait ; le bateau arriva sans retard, il lui fut possible de prendre le premier train et ensuite le traîneau. Le bon Dieu semblait avoir mis tout en oeuvre pour lui permettre d'arriver à temps. A 10 heures du soir, quand il se décida de s'arrêter dans une auberge, trois lieues seulement le séparaient du village où il devait se rendre. Le lendemain, dès la première heure, il se remettait en route et s'arrêtait à la première bourgade pour demander à un médecin catholique s'il connaissait un malade dans la famille qu'il allait visiter. « Oui, lui fut-il répondu, c'est le grand-père, mais je crois bien qu'il est mort ; d'ailleurs si vous le permettez je vais vous accompagner ». Le temps de prendre son manteau, de chausser ses bottes, et les voilà en route. A quelque distance, un enfant chrétien qu'ils rencontrent leur confirme la nouvelle de la mort. « Mais du moins a-t-il été baptisé ? » Une réponse affirmative vint alors calmer les craintes du missionnaire.
    On était près de la maison quand la maîtresse les ayant aperçus vint à leur rencontre et se confondit en excuses : « Père, dit-elle, nous vous avons télégraphié trop tard ; le grand-père était mourant quand la dépêche fut mise à la poste, mais j'ai pu lui donner le baptême à temps. Mais, hélas ! Mon oncle païen était ici. Il a voulu à toute force faire incinérer le cadavre pour rapporter les cendres au pays natal, nous nous y sommes opposés tant que nous avons pu ; mais comme il était l'aîné, tous nos voisins ont pris fait et cause pour lui et il nous a fallu céder ».
    N'ayant aucun ministère à exercer auprès du moribond pour lequel on l'avait appelé, le missionnaire ne voulut cependant pas rentrer bredouille. Il profita de la circonstance pour instruire ses fidèles et accomplir tout le travail qui lui incombe au cours de ses visites aux chrétientés. Son séjour ne pouvait cependant pas se prolonger ; car appelé à l'improviste, il avait laissé le Saint Sacrement dans sa chapelle et avait hate de rentrer. Mais en mission, on doit faire une large part à l'imprévu. Souvent les programmes les mieux étudiés rencontrent dans leur exécution des difficultés auxquelles on ne s'attendait pas. Dans les circonstances présentes le missionnaire devait en faire une fois de plus l'expérience et, malgré son empressement à regagner sa résidence, il mit une longue semaine à refaire le trajet qu'il avait pu accomplir en vingt et quelques heures.
    Pendant la nuit qui suivit son arrivée, une malencontreuse tempête se déchaîna et fit rage pendant deux jours. Au dehors, le vent soufflait par rafales, la neige tombait en flocons serrés au point de rendre toute circulation impossible ; à l'intérieur de la chaumière on n'était guère mieux favorisé, car la neige n'avait pas de peine à traverser le faible rempart qu'offrait un treillis de roseaux et recouvrait le plancher d'une couche de plusieurs centimètres d'épaisseur. Le jour, l'on pouvait encore prendre des dispositions pour rendre l'existence moins désagréable, mais les nuits semblaient d'une longueur démesurée.
    Dès la première accalmie, le missionnaire songea au retour, mais combien celui-ci fut difficile et pénible ! La mer était toujours agitée, et pour franchir certains passages sur la rive, il fallait profiter des courts instants qui séparaient une vague de la suivante. A l'intérieur des terres, les traîneaux ne fonctionnaient plus et la voie du chemin de fer était bloquée. C'est pied et à petites journées que le missionnaire dut faire la plus grande partie de la route.
    A une station, il reçut l'assurance que le train viendrait dans la journée ; il attendit une heure, deux heures... Bref le temps passa ; à 11 heures du soir, il attendait encore et le convoi signalé ne paraissait pas. Le lendemain, le sifflement d'une locomotive, lui donna une lueur d'espoir vite réprimé ; le train se mit en marche, mais c'était pour s'arrêter une grande journée en pleine campagne. Plus tard, dans la nuit, c'était un déraillement. Vingt-quatre kilomètres nous séparaient encore d'une gare à partir de laquelle le service, disait-on, fonctionnait normalement. La seule ressource était la marche au milieu des ténèbres, car où trouver à cette heure tardive une maison hospitalière pour y achever la nuit ? En route donc ! On arriva sans encombre, et le surlendemain, on rentra avec joie dans la résidence habituelle.
    Ce voyage eut un épilogue inattendu. Un journal d'une localité environnante, voulant sans doute jouer un tour malicieux aux bonzes, relata dans ses colonnes une randonnée de plus de cent lieues accomplie par un missionnaire catholique pour assister un mourant. L'imagination de l'auteur de l'article le fit engager une discussion avec un bonze qui en sortit humilié, disait-il. Or, de bonzes, il n'en avait pas rencontré. La vérité était plus simple. A l'annonce de la mort du vieillard, le bonze, sans attendre la demande de ses services s'était rendu à la maison mortuaire. N'y trouvant que deux enfants, il alluma quelques bougies et allait commencer ses prières quand survint une jeune chrétienne. Eteindre les bougies; et expulser l'intrus fut pour elle l'affaire de quelques secondes. Celui-ci s'était retiré honteux et confus, jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

    ALFRED HUTT.


    1919/146-147
    146-147
    Japon
    1919
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