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Un souvenir et une leçon

Un souvenir et une leçon Un soir, il y a 20 ans, deux personnages annamites se présentèrent aux bureaux de l'Avenir du Tonkin. Ils firent l'éloge du journal et de son attitude générale, si favorable, disaient-ils, à la population indigène. Puis l'un d'eux, le plus qualifié certainement, sentant chez son hôte d'un instant une sympathie intelligente, d'ailleurs fort respectueuse, et aussi devinant en lui toute la discrétion souhaitable, se laissa aller à des confidences.
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    Un souvenir et une leçon

    Un soir, il y a 20 ans, deux personnages annamites se présentèrent aux bureaux de l'Avenir du Tonkin. Ils firent l'éloge du journal et de son attitude générale, si favorable, disaient-ils, à la population indigène. Puis l'un d'eux, le plus qualifié certainement, sentant chez son hôte d'un instant une sympathie intelligente, d'ailleurs fort respectueuse, et aussi devinant en lui toute la discrétion souhaitable, se laissa aller à des confidences.
    Il exprima de surprenants regrets, et je vous les livre; aujourd'hui leur divulgation est sans inconvénients. Peut-être ne les avez-vous pas ignorés ; en tous cas, j'affirme la réalité de ce qui va suivre.
    A en croire ce haut personnage, il y avait lieu de regretter, à la fois pour la France et pour l'Annam, et à tous les points de vue, que l'oeuvre de l'évêque d'Adran n'eût pas été menée à son terme, et que Gia-Long, et à sa suite tout son peuple, ne se fussent pas faits chrétiens. C'eût été un événement considérable en ce temps là; t'eût été l'accession de l'Annam à ce concert des Nations, ou, si vous voulez, à cette Société des Nations du temps, qui s'appelait, malgré des fêlures, la Chrétienté. Que des esprits, à vue un peu courte, ergotent autant qu'il leur plaira, il n'en est pas moins certain que, devant le monde et devant votre pays, l'Annam revêtait, à ce compte, un prestige:
    Des torrents de sang n'eussent point coulé sur ce sol annamite, du moins avec l'abondance que l'on vit, et sous les prétextes que l'on sait. La France fût restée la tutrice bienfaisante et sûre, gagnant à elle sa pupille par toutes les fibres de son être...
    Et l'étonnant visiteur ajoutait que son pays, selon toute probabilité, eût devancé à ce prix le Japon, dans les voies de la civilisation. A ses yeux, en Extrême-Orient, l'Annam, seul peuple chrétien en face d'un inonde païen avoisinant, aurait été le « miroir » fidèle de la France, un foyer de rayonnement de son génie. Au lieu d'hésiter entre des expériences, des tactiques contradictoires, nous nous trouverions, au moment où nous sommes, et pour le plus grand honneur et le plus grand profit communs, devant une situation aplanie, faite de confiance réelle, sans fossés, sans barrières, sans possibilité entre nous de malentendus de quelque importance... »
    Or, celui qui parlait ainsi n'était autre que Sa Majesté l'empereur d'Annam Thanh-Thai.

    1921/194-195
    194-195
    Vietnam
    1921
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