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Un séminaire florissant prépare la constitution d'églises indigènes

Un séminaire florissant prépare la constitution d'églises indigènes S. G. Mgr Demange, Vicaire apostolique de Taikou, a bien voulu recevoir l'un des rédacteurs de l'Agence Fides. L'important rapport présenté par Mgr Demange au Congrès missionnaire de Lisieux, sur la magnifique action du clergé indigène, et l'excellente réputation que s'est acquise le séminaire de Taikou, donnent un tout spécial intérêt à l'exposé que S. G. a bien voulu faire de la situation de son séminaire et du clergé indigène de son vicariat.
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    Un séminaire florissant prépare la constitution d'églises indigènes

    S. G. Mgr Demange, Vicaire apostolique de Taikou, a bien voulu recevoir l'un des rédacteurs de l'Agence Fides. L'important rapport présenté par Mgr Demange au Congrès missionnaire de Lisieux, sur la magnifique action du clergé indigène, et l'excellente réputation que s'est acquise le séminaire de Taikou, donnent un tout spécial intérêt à l'exposé que S. G. a bien voulu faire de la situation de son séminaire et du clergé indigène de son vicariat.
    « Le Séminaire de la Mission de Corée Méridionale, dit Mgr Demange, est un grand et élégant bâtiment en briques rouges, aux lignes architecturales grises qui est considéré comme le plus bel établissement scolaire de la ville de Taikou.
    De chaque côté de la vaste chapelle que domine un clocher élancé et perpendiculairement à elle, s'étendent deux longues ailes terminées elles-mêmes par deux autres ailes à angle droit qui laissent entre elles une vaste cour de récréation de cent mètres de long. Sous les arcades en plein cintre qui courent le long des trois ailes, s'ouvrent les salles communes : études, classes, réfectoire.
    L'étage supérieur est occupé par les dortoirs, baignés des deux côtés par le soleil, et largement aérés par de nombreuses et grandes fenêtres.
    Lors de la troisième année de la mission, en 1914, j'entrepris la construction de la première aile et de la chapelle, je pensais bien laisser à mes successeurs l'achèvement du plan d'ensemble. Mais le nombre des séminaristes dépassant mes espérances, je dus pourvoir à l'achèvement pour la rentrée de 1917. Depuis lors, les séminaristes dont le nombre oscille entre 70 et 100, n'ont cessé d'animer ces vastes bâtiments ».
    Votre vicariat doit donc, Monseigneur, compter déjà un nombre relativement élevé de prêtres indigènes?
    En effet, lors de sa constitution en 1911, ma mission ne comptait encore que 4 prêtres indigènes, dont 3 originaires de son territoire et un quatrième prêté par la mission de Séoul où il rentra quelques années plus tard Comme séminaristes, elle avait au séminaire de la mission voisine, 6 étudiants, dont 1 minoré et 5 latinistes.
    Depuis 1914, les séminaristes ont tous été formés au séminaire de Taikou. Deux ont été amenés à Rome, qui malheureusement moururent tous les deux.
    Depuis 1918, 28 prêtres sont sortis de ce séminaire dont 18 dans les 5 dernières années. Trois de ces jeunes prêtres sont morts. Le clergé de la mission de Taikou compte actuellement 18 missionnaires français et 28 prêtres coréens.
    28 prêtres coréens, c'est en effet, Monseigneur, un très beau chiffre, étant donné surtout que le vicariat de Taikou est de fondation récente. If nous intéresserait de connaître quelle formation ont reçue ces prêtres.
    Cette formation est d'ores et déjà complète. Jugez-en plutôt : Le séminaire comprend une section préparatoire, une section de latin (6 ans d'études) une section de philosophie (2 ans d'études) et une section de théologie (4 ans d'études).
    Pourla philosophie et la théologie, les études ne sont pas inférieures à celle de la moyenne des séminaires d'Europe.
    Pour le latin, qui est non seulement la langue des études, mais qui devient une langue vivante, les séminaristes devant, six jours par semaine ne parler que latin dans leur vie ordinaire, récréations, relations avec leurs professeurs et entre eux, S. Exc. Mgr Fumasoni-Biondi, Délégué Apostolique aux Etats-Unis pouvait dire aux Séminaristes de Baltimore qu'il leur donnerait volontiers les étudiants du séminaire de Taikou comme modèle. Et, en effet, nos prêtres indigènes parlent et écrivent le latin avec facilité, leurs retraites sont prêchées en latin, et entre eux, dans le ministère, ils conversent assez habituellement dans cette langue.
    Quant aux sciences profanes, jusqu'à ces dernières années, elles étaient enseignées en latin, et faisaient partie du cours de 6 ans au petit séminaire. Les écoles du gouvernement s'étant développées, il faut maintenant que les prêtres indigènes possèdent une connaissance non seulement réelle mais apparente de ces sciences. C'est pourquoi on doit leur donner cet enseignement dans les mêmes formes et en se servant des mêmes livres que dans les écoles civiles. Il est difficile de mener de front, pendant 12 ans, une étude sérieuse des sciences ecclésiastiques et des sciences profanes. C'est pour faire face, autant que possible, à cette difficulté, que nous avons créé, il y a quelques années, une section préparatoire, dans laquelle des professeurs séculiers donnent intensément et exclusivement l'enseignement des écoles ordinaires, de sorte que, dès l'entrée au petit séminaire, cet enseignement ne tienne plus que la seconde place, pour cesser entièrement au grand séminaire.
    Cette organisation, pour judicieuse qu'elle soit, ne me satisfait d'ailleurs pas encore pleinement. Je me propose, lorsque bientôt, je vais rentrer dans ma mission après avoir recouvré mes forces épuisées par un apostolat de plus de 30 ans, dont 19 d'épiscopat, d'opérer des réformes importantes dans cette section préparatoire, pour que tous les prêtres sortant du séminaire, sans rien perdre de leurs connaissances ecclésiastiques qui n'ont pas à être améliorées et ne doivent être diminuées, se trouvent au moins les égaux des jeunes gens qui auront fait leurs études séculières complètes.
    La question n'est pas insoluble, et j'espère ma confiance étant d'ailleurs fondée sur l'expérience, que les difficultés matérielles qui sont considérables, ne seront pas un obstacle insurmontable ».
    Ce magnifique séminaire lui-même, qui est votre oeuvre, Monseigneur, et celle de vos dévoués collaborateurs, prouve qu'en effet il n'est pas de difficultés que vous ne soyez en état de vaincre.
    Mais ce séminaire, qui déjà vous a assuré le ministère de 28 prêtres et dont la dernière rentrée atteignait le beau chiffre de 73 élèves, ne permet-il pas d'envisager, pour un avenir relativement prochain la constitution d'une mission indigène?
    Très certainement, et comme je le disais à Lisieux, déjà se prépare le remplacement progressif des missionnaires par des prêtres indigènes. Ma mission comprend 4 provinces, 2 à l'Ouest et 2 à l'Est. Dès mon retour en Corée, les deux provinces de l'Ouest vont être séparées et confiées à des prêtres indigènes et à un supérieur indigène qui sera vicaire forain. Quand l'expérience de quelques années aura permis de constater que l'organisation est viable, le supérieur indigène sera nommé par le Saint Siège, Préfet ou Vicaire apostolique, et la Mission, déjà en fait indigène, le deviendra en droit. La Propagande m'a demandé de laisser au milieu de ces prêtres indigènes quelques missionnaires européens, qui les aideront de leurs directions et, au moment de la division définitive, auront charge du petit séminaire que la mission indigène devra posséder sur son territoire.
    On aura donc, au milieu de l'unique mission actuelle, deux missions, l'indigène et la missionnaire, cette dernière gardant le grand séminaire commun. Puis la mission indigène sera divisée elle-même en deux, et la mission missionnaire, également en une indigène et une missionnaire, ce qui donnera trois églises indigènes et une missionnaire, le grand séminaire commun restant à cette dernière. La mission ordinaire finira, elle-même, par disparaître, et alors la Corée méridionale pourra être appelée chrétienne, ses églises étant définitivement fondées ».
    Perspective encore lointaine sans doute, Monseigneur, et surtout événement considérable que votre sagesse et votre zèle auront admirablement préparer.
    Votre Grandeur aura donc pleinement réalisé l'idéal du vrai missionnaire, qui est d'assurer de façon complète et définitive, par la constitution d'églises indigènes, la vie chrétienne des régions dont l'évangélisation lui a été confiée, cet idéal que, dès sa fondation au XVIIe siècle, la Société des Missions Etrangères de Paris inscrivait en tête de son règlement, cet idéal apostolique dont notre grand pape Pie XI a fait déjà, en certaines régions des Indes, de la Chine et du Japon, une magnifique et consolante réalité ».

    1930/134-137
    134-137
    Corée du Sud
    1930
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