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Un Prêtre Chinois au XIXe siècle : Augustin KO (1815-1889)

Un Prêtre Chinois au XIXe siècle : Augustin KO (1815-1889) L'article 3 du Règlement de la Société des Missions Etrangères assigne à ses prêtres, comme premier but de leur apostolat : « dans les lieux où il y a déjà des chrétiens, former et élever à la cléricature les sujets qu'ils en trouveront capables ». Les statistiques annuelles prouvent que ce but n'a jamais été perdu de vue et que le nombre des prêtres indigènes a toujours été en croissant dans nos Missions.
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    Un Prêtre Chinois au XIXe siècle :

    Augustin KO (1815-1889)

    L'article 3 du Règlement de la Société des Missions Etrangères assigne à ses prêtres, comme premier but de leur apostolat : « dans les lieux où il y a déjà des chrétiens, former et élever à la cléricature les sujets qu'ils en trouveront capables ». Les statistiques annuelles prouvent que ce but n'a jamais été perdu de vue et que le nombre des prêtres indigènes a toujours été en croissant dans nos Missions.
    Mais les statistiques ne peuvent que gagner à être illustrées par quelques exemples qui en font ressortir la valeur. Les « Annales » ont donné la vie d'un prêtre chinois du XVIIIe siècle, André Ly, dont les vertus apostoliques ont peut-être surpris, mais sûrement édifié nos lecteurs. Nous résumons ci-après la carrière plus mouvementée d'un autre prêtre, qui, cent ans après, a montré la même force de caractère, le même zèle pour la conversion de ses frères, et a, par conséquent, prouvé une fois de plus combien sérieuse est la formation reçue au Collège général de Pinang.

    ***

    Augustin Kô naquit à Suifu (Setchoan) en 1815, l'année même du martyre du Bienheureux Taurin Dufresse. Ses parents, fervents chrétiens, originaires du Yunnan, étaient venus s'établir dans cette ville pour y exercer un petit commerce de pharmacie et surtout pour y trouver les secours religieux dont ils étaient privés dans leur pays. Le missionnaire de l'endroit, voyant les bonnes dispositions de l'enfant pour l'étude et la piété, l'envoya au collège que la mission avait ouvert à Longki et, peu de temps après, avec l'approbation du vicaire apostolique, Mgr Fontana (1), il fut envoyé à Pinang : c'était en 1829. Il partit avec les courriers envoyés chaque année à Macao pour porter la correspondance et, au retour, rap- porter les commissions et introduire les nouveaux missionnaires, contrebande alors sévèrement prohibée.

    (1) Louis Fontana (1780-1838), du diocèse d'Ivrée (Italie), missionnaire du Sechoan en 1807, vicaire apostolique en 1817.

    Augustin resta dix ans au Collège ; il y fut un élève brillant : les notes en fout foi, que le P. Albrand (1), Supérieur, envoyait à Mgr Pérocheau (2), successeur de Mgr Fontana. En 1840, ses études terminées, il était de retour à Macao. Le P. Legrégeois (3), alors procureur de la Société dans cette ville, constatant la piété, la capacité et la prudence du jeune séminariste, n'hésita pas à lui confier le P. Taillandier, missionnaire destiné au Setchoan. S'il avait été relativement facile à Augustin de sortir de Chine dix ans auparavant, il en allait tout autrement pour y entrer maintenant avec un étranger ignorant la langue et les usages du pays. La Chine était fermée aux Européens : l'entrée leur en était interdite sous peine de mort. De Canton au Setchoan, c'était un voyage de plusieurs mois, hérissé de toutes sortes d'obstacles. Le jeune séminariste ne se laissa pas effrayer : ayant tout arrangé pour un si long trajet, il quitta Macao avec le P. Taillandier dans le courant d'octobre 1840. Les deux voyageurs avaient dépassé Canton et échappé déjà à une des plus graves difficultés, lorsque leur barque fut arrêtée à une petite douane et fouillée de fond en comble : découverts, ils furent saisis, garrottés, reconduits sous escorte jusqu'à Canton et jetés dans un cachot, au milieu des voleurs et des assassins.
    Le P. Taillandier subit une dure captivité de trois mois, pendant laquelle il fut plusieurs fois interrogé et soumis à la torture. Il fut enfin relâché grâce à l'intervention de l'amiral anglais Elliot (4). Quant à Augustin, sujet de l'empereur de Chine, il dut attendre trois ans et trois mois sa propre délivrance. Le P. Libois (5), qui avait succédé à Macao au P. Legrégeois, l'assista de tout son pouvoir, lui fournissant vivres et vêtements ou donnant de l'argent aux geôliers pour lui procurer un adoucissement des rigueurs de la captivité; mais, quoi qu'il fît, il ne put empêcher qu'il ne connut, durant trois longues années, toute l'horreur des prisons chinoises. Les mandarins s'efforcèrent de lui arracher une parole d'apostasie : il vit son corps déchiré par les verges et son sang couler dans les prétoires ; il fut suspendu par les pouces, subit le supplice des soufflets et la torture de l'écartèlement. Rien ne put ébranler la fermeté de sa foi. Il est regrettable que l'on n'ait pas plus de détails sur tous les tourments qu'il eut à endurer alors : le vénérable confesseur de la foi fut toujours très réservé sur ce sujet, se bornant à déplorer de n'avoir pas été jugé digne du martyre. Ne pouvant obtenir son apostasie, les mandarins songeaient à l'envoyer en exil : l'intervention de la France allait lui rendre la liberté.

    (1) François Albrand (1804-1867), du diocèse de Digne, professeur au Collège général de Pinang en 1830, supérieur en 1833, directeur au séminaire de Paris en 1839, supérieur, en 1856.
    (2) Jacques Pérocheau (1787-1861), du diocèse de Luçon, missionnaire du Setchoan en 1818, vicaire apostolique en 1838.
    (3) Pierre-Louis Legrégeois (1801-1866), du diocèse de Bayeux, procureur à Macao en 1828; directeur au séminaire de Paris en 1842.
    (4) Louis Taillandier (1815-1856), du diocèse du Mans. Après l'échec de sa tentative pour gagner le Setchoan, il fut envoyé au Tonkin ; en 1853, il devint provicaire du Tonkin Méridional.
    (5) Napoléon Libois (1805-1872), du diocèse de Séez ; procureur à. Macao en 1837, à Hongkong en 1847, à Rome en 1866.

    C'était le temps où, après la guerre de l'opium, le gouvernement de Louis-Philippe envoyait en Extrême-Orient une division navale pour y montrer le pavillon français et y faire respecter la sécurité et la vie de ses nationaux. L'amiral Cécilie, commandant de la division, voulait en détacher la corvette Alcmène pour aller reconnaître l'archipel Ryûkyû (1). Il demanda au P. Libois s'il pouvait disposer d'un missionnaire qui consentît à être débarqué dans ces îles en vue d'y apprendre la langue, afin de l'accompagner plus tard comme interprète, lorsqu'il irait lui-même au Japon. Le P. Libois vit dans cette proposition une indication de la Providence pour porter de nouveau la foi chrétienne en ce pays d'où elle était bannie depuis deux siècles. Il déféra donc au désir de l'amiral et désigna le jeune P. Forcade, son sous procureur. Mais il fallait à l'expédition un interprète au courant de la langue et des usages chinois, et, pour cette charge, le P. Libois pensa aussitôt à Augustin Kô. L'amiral Cécile fit les démarches voulues et obtint sans trop de peine l'élargissement du prisonnier, le vice-roi de Canton, déjà humilié par l'Angleterre, craignant d'attirer encore sur lui le mécontentement et peut-être les armes de la France.
    On imagine aisément la surprise et la joie d'Augustin, hier pauvre captif, objet de la haine et du mépris des mandarins, oublié si longtemps au fond d'un cachot, aujourd'hui entouré de prévenances par les Français. Et ce fut bien autre chose lorsque, dès le lendemain de sa délivrance, ayant fait toilette et échangé ses sordides habits de prisonnier contre un costume convenable, il fut invité à s'asseoir à la table du vice-roi, en qualité d'interprète de l'amiral.

    (1) L'archipel des Ryûkyû, ou Lieoucheou, se trouve à l'est de la Chine, entre Formose et le Japon, auquel il appartient maintenant. Il se compose de 36 îles.

    Les préparatifs terminés, l'Alcmène mit à la voile le 3 avril 18 14 et il lui fallut 25 jours pour parcourir une distance que l'on couvre aujourd'hui en 3 jours. Le 28 avril, on était en rade de Nafa, port principal de la plus grande des îles Ryûkyû. Alors va commencer pour Augustin son rôle d'interprète officiel de la France et de l'Eglise à la fois. A peine la corvette avait-elle jeté l'ancre qu'elle est accostée par un bateau amenant les représentants de l'autorité locale : deux fonctionnaires principaux et quatre subalternes. Accueillis par l'amiral, les officiers indigènes formulent leurs questions, qu'Augustin, aidé du P. Forcade, traduit immédiatement en français ; mais, quand il s'agit de transmettre les réponses, l'interprète, qui ne comprend pas la langue du pays, plus rapprochée du japonais que du chinois, doit recourir au pinceau et les transcrire en caractères chinois, et il lui fallut une patience non commune pour satisfaire les deux partis en présence. Il y réussit cependant et il fut convenu que le P. Forcade et Augustin s'établiraient aux Ryùkyû, les insulaires s'engageant à leur fournir les choses nécessaires à la vie, moyennant qu'ils paieraient toutes leurs dépenses et se soumettraient aux lois du royaume.
    Le 6 mai, l'Alcmène levait l'ancre et les deux courageux pionniers de l'Evangile demeuraient seuls, sans défense, dans une île lointaine, privés de toute communication avec le reste du monde, parqués dans une vieille bonzerie et soumis à une surveillance continuelle et méticuleuse. Ils menèrent pendant deux ans cette vie de reclus, et l'on a peine à s'imaginer combien pénible fut pour eux ce temps d'exil et quelle force de caractère leur fut nécessaire pour le supporter sans découragement.
    Le 1er mai 1846, le P. Forcade venait de terminer son action de grâces après la messe, quand Augustin d'un air embarrassé, lui dit : « Père, vous n'avez rien entendu pendant la messe ? « Non, que veux-tu dire? » « Pendant toute la messe, un oiseau chantait : Navis venit, navis venit » (Un navire vient) ». Le Père, soupçonnant dans ses paroles un reste de l'atavisme superstitieux des Chinois, reprit Augustin, qui s'inclina sans mot dire, mais, étant allé jusqu'au bout du jardin, revint bientôt en courant et répétant : « C'est vrai, Père, un navire est en vue ». C'était, en effet, la Sabine, qui, envoyée par l'amiral Cécilie, amenait un compagnon d'exil et d'apostolat en la personne du P. Le Turdu, qui avait été l'élève du P. Forcade au grand séminaire de Versailles.

    L'arrivée d'un nouveau confrère fut une grande joie pour les exilés de Nafa, mais une joie ide courte durée. Dans le volumineux paquet de lettres apporté par la Sabine, il s'en trouvait une par laquelle le P. Libois annonçait au P. Forcade sa nomination d'évêque de Samos et Vicaire apostolique du Japon : c'était l'annonce de la séparation. Un mois après arrivait la Victorieuse, portant pavillon de l'amiral Gécille, qui, décidé à passer au Japon, prit à son bord le P. Forcade et Augustin, ainsi qu'il avait été convenu.
    Plus d'un mois avait été dépensé en négociations stériles, le roitelet des Ryûkyû s'obstinant à se placer sous le couvert de son suzerain du Japon. Cet insuccès détermina l'amiral à se rendre à Nagasaki pour y entrer en pour parlers avec les autorités japonaises. Là, échec plus complet encore : depuis le gouverneur de la ville jusqu'au dernier portefaix de la douane, tous se montrèrent d'une incorrection déconcertante et même d'une insolence révoltante de la part d'une nation si raffinée dans les gestes et formules de civilité.
    Déçu de ce côté, l'amiral Cécilie se mit en route pour la Corée. dans le but de se rendre à la capitale du royaume pour y demander raison, au nom de la France, du meurtre de Mgr Imbert et des PP. Maubant et Chastan, exécutés en haine de la foi en 1839. Mais, à l'approche de la côte occidentale de Corée, il se rendit compte des difficultés d'une navigation particulièrement dangereuse et dut se contenter de faire déposer dans l'île Waisando une lettre rédigée en chinois par Augustin et adressée au premier ministre du roi de Corée : un bâtiment de guerre français devait revenir au bout d'un an chercher la réponse exigée par le gouvernement du roi Louis-Philippe.
    N'ayant plus de raison de s'attarder dans les eaux coréennes, l'amiral, ayant toujours à son bord le P. Forcade et Augustin, se rendit aux Philippines, où l'évêque nommé de Samos espérait recevoir la consécration épiscopale ; mais il se trouva que l'archevêque de Manille était, lui aussi, élu, mais non encore sacré, et le P. Forcade dut aller chercher à Hongkong un consécrateur: ce fut Mgr Rizzolati, Vicaire apostolique du Houkouang, qui, le 21 février 1847, lui conféra la plénitude du sacerdoce.
    Sur ces entrefaites, l'amiral Cécille rentra en France et fut remplacé, à la tête de la division navale d'Extrême-Orient, par le commandant Lapierre. Mgr Forcade, qui, faute de navire pour le transporter, ne pouvait retourner ni aux Ryûkyû, ni au Japon, céda aux instances du commandant et l'accompagna, à titre d'aumônier et au besoin d'interprète, dans l'expédition qu'il devait conduire en Cochinchine. Il ne voulut pas se séparer d'Augustin et l'emmena avec lui. L'expédition avait pour but de délivrer des missionnaires français détenus en prison et d'obtenir la liberté de la religion et du commerce. Le roi d'Annam, Thieu-tri, effrayé, accorda d'abord la liberté réclamée, puis, voyant l'inaction des navires français, confiants en la parole donnée, forma le projet d'incendier les vaisseaux et de massacrer les équipages. Le complot devait éclater pendant un festin auquel seraient invités tous les officiers. C'était le 10 avril 1847. Or, le soir de ce même jour, tandis que quelques-uns de ces officiers se promenaient sur la côte, un Annamite, après s'être assuré qu'il n'était observé de personne, s'approcha d'eux, faisant des signes de nature à donner l'alarme. On lui présenta un crayon et du papier : il traça quelques caractères et s'enfuit. Augustin fut naturellement chargé d'expliquer ce court billet ; il traduisit : « Pendant le festin on vous attaquera ». Des documents saisis à bord de jonques chargées d'armes confirmèrent la réalité du complot. Devant une telle mauvaise foi, le commandant Lapierre crut devoir agir énergiquement et, en quelques heures de combat, de la flotte du roi Thieu-tri il ne resta que des épaves.
    A la suite de cette affaire, il fut décidé que Mgr Forcade se rendrait à Paris, où il pourrait en rendre un compte exact au roi et aux ministres. Le prélat s'embarqua à Hongkong au mois de mai 1847 ; cette fois il ne prit pas avec lui son fidèle Augustin, qu'il ne devait plus revoir en ce monde (1).
    Après cinq années de pérégrinations à travers les Ryûkyû, le Japon, la Corée, les Philippines et l'Annam, Augustin se trouvait donc disponible à Hongkong. Il ne songeait pas à tirer vanité du rôle, qu'il lui avait été donné de remplir pendant ce temps ; une seule chose lui tenait à cur : rentrer au Setchoan et se dévouer au salut de ses compatriotes.

    (1) Rentré définitivement en France en 1852, Mgr Forcade fut successivement évêque de la Guadeloupe, puis de Nevers, et enfin archevêque d'Aix, où il mourut en 1885.

    A ce moment, le P. Thomine-Desmazures (1), voyant l'impossibilité de pénétrer au Japon, se disposait à partir pour le Setchoan, auquel il avait d'abord été destiné. Le P. Libois ne pouvait attacher à sa personne un guide plus sûr qu'Augustin. Le long trajet se fit sans encombre et, le 16 février 1849, les deux voyageurs arrivaient à Tchongking.
    Grande fut la joie d'Augustin en se retrouvant dans sa patrie après vingt ans d'absence. Altaché au P. Thomine-Desmazures comme professeur de langue, il se prépara avec ferveur à la réception des saints Ordres qu'il désirait depuis si longtemps. Il fut ordonné prêtre par Mgr Des flèches (2) en 1852 : il avait alors 37 ans. Dès lors, en contraste avec ses années passées, sa vie s'écoula dans les travaux du saint ministère, plus obscurs, mais non moins méritoires.
    Lorsque, en 1857, fut créée la mission du Thibet, le P. Thomine-Desmazures en fut le premier Vicaire apostolique. Il connaissait Augustin, son caractère, son zèle, il demanda son concours pour l'entreprise difficile qui lui incombait. Autorisé par son évêque, le courageux prêtre, faisant une fois de plus preuve d'abnégation, partit avec le nouveau Vicaire apostolique, qui, ne pouvant encore pénétrer dans sa mission, s'établit dans les Marches thibétaines, à Talipin, où se trouvait une florissante station de chrétiens.
    Tout en accordant le meilleur de ses soins au ministère des âmes, le P. Augustin fut chargé de tenir la procure et de mener à bien la construction de la résidence et des écoles.
    Il se livrait de tout coeur à ces divers travaux lorsque, la mission du Setchoan ayant été divisée en 1860, Mgr Pichon, nommé Vicaire apostolique du Setchoan Méridional, le réclama comme relevant de sa juridiction. Une fois de plus il se montra l'homme de la situation, aida à l'établissement d'une nouvelle mission où tout était à créer ; il remplit l'office de provicaire sans cependant en avoir le titre. En 1869, Mgr Pichon songea même à l'emmener à Rome pour être son théologien au Concile du Vatican ; mais, jugeant sa présence plus utile à la mission, il renonça à ce projet.

    (1) Jacques Thomine-Desmazures (1804-1869) était vicaire général de Bayeux quand il entra, à 43 ans, au Séminaire des Missions. Missionnaire du Setchoan en 1849 ; Vicaire apostolique du Thibet en 1857, démissionnaire en 1864.
    (2) Eugène Desflèches (1814-1887), du diocèse de Grenoble ; missionnaire du Setchoan en 1838 ; Vicaire apostolique en 1844 ; démissionnaire en 1883.

    Le nombre des missionnaires s'étant accru, le P. Augustin, pour s'adonner plus complètement au ministère des âmes, demanda son changement et fut envoyé à Tie-lou-se, district de Kien-oui-hien, où il travailla avec grand zèle pendant 5 ans. Il eut à subir une dure épreuve : un panaris le laissa estropié des deux premiers doigts de la main droite ; il fut longtemps sans pouvoir célébrer le Saint Sacrifice, et même, pouvant à peine prendre seul sa nourriture, il dut se retirer temporairement du ministère. Avec le temps cependant il s'accoutuma à se servir de la main gauche et ses doigts paralysés reprirent quelque force : il redemanda un poste : celui de Lanki-hien lui fut confié et c'est là que, le 13 avril 1889, il s'éteignit doucement, assisté à ses derniers moments par le P. Moutot, provicaire, et par un confrère chinois, le P. Tang.
    Ses funérailles furent grandioses. Pendant trois jours, se succédant sans interruption, les chrétiens du district vinrent réciter autour du cercueil les consolantes prières de l'Eglise et, le jour de l'enterrement, le long cortège funèbre se développa jusqu'au cimetière de Hotikeou, à 50 li de Lanki, où eut lieu l'inhumation.
    Son Vicaire apostolique rendit à sa mémoire ce témoignage : « Les deux vertus qui brillèrent chez Augustin d'un plus vif éclat, l'humilité et l'obéissance, ne lui vinrent pas de la nature, car elles sont trop contraires au caractères chinois, mais il dut les acquérir par une application constante. Elles lui concilièrent partout la vénération de ses inférieurs, l'amitié de ses égaux, missionnaires et prêtres indigènes, enfin l'estime et la confiance de tous ses supérieurs ».

    On signale plusieurs guérisons miraculeuses à Goa, dans l'église du Bon Jésus, durant l'exposition du corps de saint François-Xavier au mois de décembre dernier. Un enfant de six ans, Valérien Augustin, de Karkal (Mangalore), atteint depuis quatre ans de paralysie complète, incapable de remuer ni bras ni jambes, avait été soigné par plusieurs médecins de Mangalore et de Madras, mais sans résultat. Son père le porta, le 12 décembre, à Goa et lui fit baiser la châsse du saint ; au même instant, l'enfant ressentit aux bras et aux jambes une espèce de fourmillement, et tout aussitôt, il lui fut possible de se servir de ses membres.

    1932/221-228
    221-228
    Chine
    1932
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