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Un prêtre Annamite victime des communistes

Un prêtre Annamite victime des communistes « Le bon pasteur donne sa pie pour ses brebis ». L'Avenir du Tonkin publie la lettre suivante de Mgr Eloy, vicaire apostolique de Vinh, dont la juridiction s'étend sur les provinces de Nghè-An, Ha-Tinh et Quang-Binh, au Nord Annam, environ 2 millions d'habitants, dont, aux dernières statistiques, 145.549 catholiques. Xa-Doai, le 6 mai 1931.
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    Un prêtre Annamite victime des communistes
    « Le bon pasteur donne sa pie pour ses brebis ».

    L'Avenir du Tonkin publie la lettre suivante de Mgr Eloy, vicaire apostolique de Vinh, dont la juridiction s'étend sur les provinces de Nghè-An, Ha-Tinh et Quang-Binh, au Nord Annam, environ 2 millions d'habitants, dont, aux dernières statistiques, 145.549 catholiques.
    Xa-Doai, le 6 mai 1931.

    Par ici, le communisme fait rage. Samedi dernier, un de nos meilleurs prêtres indigènes (le Père Khang) très pieux, très zélé, curé de Trang-Dinh (province de Hatinh), a été tué par eux. Le curé venait de sortir de l'église, son action de grâces terminée : à la porte, il voit deux étrangers qui veulent lui parler. Il les invite à aller au presbytère situé non loin de l'église. Dès les premiers mots, le curé voit qu'il a affaire à des communistes. Ceux-ci lui disent en effet qu'il ne faut plus de mandarins, de Protectorat français, de religion, etc.
    Et en disant cela, l'un d'eux sort un revolver et tire sur le curé : seule la soutane avait été touchée. Les chrétiens se trouvant alors au presbytère étaient nombreux. A peine le coup avait-il été tiré, que le curé prend l'homme au revolver à bras-le-corps, tandis que les chrétiens ligotent les deux individus. L'homme au revolver parvient à se dégager et, en se sauvant, tue un chrétien. Quelques minutes plus tard, les communistes arrivaient de tous côtés, « nombreux comme des fourmis ». Les chrétiens voyant cela, étaient tous accourus au presbytère pour défendre leur curé. Mais les communistes étaient tellement nombreux que la défense paraissait impossible et inutile.
    Le curé invita tous ses chrétiens à aller dans l'église. Puis on ferma les portes. Le curé excita ses fidèles à la contrition, puis leur donna une absolution générale. Un certain nombre de chrétiens montèrent alors sur la voûte avec le curé. Quand les communistes purent pénétrer dans l'église, ils cherchèrent de suite le curé : ne le voyant pas, ils firent sortir tout le monde, puis, démolissant tout ce qu'il y avait en fait de boiseries dans l'église, y mirent le feu, afin de brûler l'église et le curé s'il s'y trouvait caché. Pendant ce temps-là, d'autres montaient sur le toit, enlevaient les tuiles, pour tâcher de découvrir le curé. Bien qu'ayant enlevé les tuiles de trois travées, ils ne purent voir où se cachait celui qu'ils cherchaient. Alors ils dirent aux chrétiens que s'ils ne leur disaient pas où était le curé qu'ils voulaient tuer, ils les massacreraient tous.
    En entendant cela de sa cachette, le curé dit à ceux qui étaient avec lui : « Je vais descendre et me livrer à eux ; de la sorte, les chrétiens pourront avoir la vie sauve ». Il descendit donc, et à peine fut-il-en bas, que 20 lances se tendaient vers lui. Il en reçut 20, 30 ou 40 coups ou plus : il ne tardait pas à s'affaisser et peut-être la mort vint-elle vite. Alors les communistes ramassèrent tout le bois sec des haies pour en faire un bûcher et brûler le curé. Une heure après il ne restait presque plus rien de son corps.
    Plusieurs chrétiens furent tués aussi à coups de lance : je ne sais pas au juste combien, mais il y en a eu de 6 à 10.
    Dès les premières menaces, le curé n'avait pas perdu la tête ; il avait chargé deux chrétiens d'aller avertir le poste militaire qui se trouvait à 6 ou 7 kilomètres de là. Mais très probablement, les chrétiens ne purent pas s'acquitter de la commission qui leur avait été donnée, car, généralement, les communistes, quand ils font un coup quelque part, établissent des barrages pour empêcher les courriers de passer. On ne vit aucun soldat, ni dans la matinée, ni l'après-midi.
    Cela nous fait un vrai martyr, et très courageux, donnant sa vie pour ses chrétiens. Je regrette beaucoup ce prêtre, car c'était un de ceux qui savent le mieux tout organiser dans leur paroisse, très vigilant, très zélé, très pieux, et ayant beaucoup de savoir-faire.
    Ce crime ne restera pas impuni : car si aucune sanction n'intervenait, nos curés ne seraient plus en sûreté nulle part, et les chrétiens, voyant la tournure des choses, terrorisés pis les communistes qui menacent sans cesse de les tuer s'ils ne marchent pas avec eux, finiraient par se décourager.
    Je me demande quelle pourrait être la conclusion de tout cela.
    L'église de Trang-Dinh, le presbytère avec ses dépendances, tout a été brûlé.
    La mission de Xa-Doai (évêché, procure, séminaires, paroisse) a failli être attaquée dimanche soir (3 mai). C'est parce que nous étions sur nos gardes que les communistes, se voyant découverts, se sont dispersés. Dès l'arrivée de la première bande, toutes les cloches avaient donné les signaux convenus, et tous les catholiques des environs s'étaient rendus à notre communauté.
    A minuit de ce jour-là, encore une alerte ; l'alarme ayant été de nouveau donnée, les communistes sont partis définitivement. Mais on dit de tous côtés que ce n'est que parti remise, car la destruction de la mission est dans le programme communiste. Une petite prière pour nous, s'il vous plaît.

    1931/154-156
    154-156
    Vietnam
    1931
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