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Un pèlerinage de Jeunes au pays du Bienheureux Théophane Vénard.

Variété Un pèlerinage de Jeunes au pays du Bienheureux Théophane Vénard. Un village pittoresque où le groupe de figures nouvelles met une animation inaccoutumée, quelques visites aux coins de terre auxquels se rattache un souvenir de Théophane, un brin de ferveur, de la saine gaieté, un rayon de soleil, chose rare pour l'époque, et vous pouvez suivre le pèlerinage que firent une quarantaine de Jeunes à Saint Loup sur Thouet, le mardi 11 août 1931.
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    Variété

    Un pèlerinage de Jeunes au pays du Bienheureux Théophane Vénard.

    Un village pittoresque où le groupe de figures nouvelles met une animation inaccoutumée, quelques visites aux coins de terre auxquels se rattache un souvenir de Théophane, un brin de ferveur, de la saine gaieté, un rayon de soleil, chose rare pour l'époque, et vous pouvez suivre le pèlerinage que firent une quarantaine de Jeunes à Saint Loup sur Thouet, le mardi 11 août 1931.
    Ils étaient accourus de tous les côtés de la Vendée: partants qui prélèvent ces quelques heures sur leur dernier mois au pays natal, comme un tribut d'hommage à leur Ancien ; aspirants de Paris ou de Bièvres en vacances; futurs aspirants tout émus de ce premier contact avec la « Rue du Bac » ; séminaristes d'Angers ou de Luçon sympathisants; voire une délégation d'un patronage choletais ; tous des jeunes, car de ceux qui fêtaient «la Fleur printanière» l'aîné ne comptait que 27 ans et le benjamin atteignait à peine ses cinq printemps. Chevaliers, ils étaient venus chevauchant par petits groupes à travers ces contrées qui virent passer Chicard, le Chevalier apôtre ; mais ironie du progrès ! leur haquenée était une bicyclette.
    Le lundi soir, rassemblement auprès d'un vieux moulin ; distribution des consignes par l'organisateur, un jeune Choletais préoccupé, qui ne rira vraiment d'un rire tranquillisé que le surlendemain ; puis défilé solennel et triomphale entrée à l'église sous la volée des cloches et toutes gens aux portes : un salut au Saint-Sacrement met le voyage sous la protection du Christ Roi et des invocations aux Martyrs dirigent la prière vers les infidèles.
    Après une joyeuse veillée d'armes et une nuit passée par plusieurs à même la paille, dans une grande salle gracieusement offerte par l'aimable Doyen qui, durant notre séjour, devait se montrer, ainsi que son Vicaire, d'une sollicitude paternelle, une messe de communion dite par un Partant, nous réunit à l'autel du Bienheureux. Quelques instants d'attente et la grand'messe sonne, que chante un autre Partant. La poésie des cérémonies liturgiques saisit tout autant que celle des chants, car si les exécutants restent improvisés, cieux artistes authentiques les dirigent, qui connaissent leur partie. A l'Evangile, le troisième Partant s'avance vers la table de communion ; sa voix tremble un peu, c'est son premier sermon, mais l'auditoire n'en est que plus tenu sous le charme de cette parole. Instinctivement on ajoute à la scène historique connue des lecteurs de l'Abbé Trochu : Théophane, diacre, parlant, dans ce même langage musical, de l'idéal missionnaire et des façons diverses d'être apôtre, aux amis qui l'ont accompagné une dernière fois dans cette église.
    En face de l'église, une maison, voûtée et grise comme une bonne vieille, attire avec ses linteaux de pierre blanche et sa plaque de marbre : là vécut Théophane. Guidés par le locataire, un fervent de N.-D. de Lourdes qui, deux fois l'a guéri, nous visitons une chambre transformée en chapelle et riche de souvenirs comme de reliques. Par un escalier en colimaçon, notre foule atteint la classe dont le vaste cheminé réchauffa des générations d'écoliers. Quelques regards au jardin avec ses arbres plantés de la main du Bienheureux, puis en route pour le coteau de Bel-Air où l'enfant s'écria : « Et moi aussi, je veux aller au Tonkin, je veux être martyr ! » Devant la croix de granit, à droite d'un essai de basilique, qui, faute de ressources, devient une ruine et voit pousser les ronces sans avoir connu les foules, « nous faisons oratoire » suivant la tradition des M.-E. et les Beate Theophane se mêlent aux notes de l'Ange lus.
    Au bord du Cébron, dans un site où la verdure des broussailles atténue le bleu du granit à fleur de sol, un repas à la missionnaire apaise les appétits robustes, et longtemps chansons et rites des convives fusent... comme le champagne, don d'une généreuse paroissienne, qui remercie de la sorte l'éloquence et la musique du matin.
    En Vendée, les calvaires témoins de la foi antique, sont nombreux. L'un d'eux, au carrefour des routes d'Airvault et de Louin, vit, ce soir d'août, une cérémonie pour beaucoup inédite: après le salut, dans la douceur d'une nuit d'été, les lanternes s'allument sur le coteau, à deux cents mètres du bourg, et les habitants attirés, arrivent, célébrant Théophane sur des airs populaires. Les sentiers bordés de buis s'enchevêtrent et la procession gravit les 14 stations du Chemin de la Croix, sur lesquelles des feux de Bengale projettent des ombres fantastiques.
    Au sommet, devant tille crucifixion, les trois Partants, debout, agrandis par la lueur rouge d'une pièce d'artifice, écoutent le cantique : «A nos Martyrs» puis le célèbre Chant du Départ, et les assistants viennent serrer la main de ceux qui bientôt porteront l'Evangile aux Infidèles de l'Extrême-Orient. Beaucoup ne cherchent pas à dissimuler leur émotion et l'on voit couler plus d'une larme.
    UN TÉMOIN.

    P.-S. Depuis lors les trois pèlerins partants ont reçu leur destination et sont arrivés sur le champ de leur apostolat : M. Chauvet à Pondichéry, M. Rochereau au Siam, M. Tenaud au Laos.

    1932/91
    91
    France
    1932
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