Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Un pèlerinage bouddhiste en Chine

Un pèlerinage bouddhiste en Chine
Add this

    Un pèlerinage bouddhiste en Chine

    Kiatin, la plus jolie ville du Setchoan, est sise dans un cadre de collines verdoyantes, au confluent de la rivière Min et du Tong-ho ; la Min coule nonchalante et paisible entre les rizières, comme chez nous la Saône entre les champs de blé et les vertes prairies, au lieu que le Tong-ho descend en grondant des Alpes du Setchoan. Latin, ville bouddhique, fière de son grand Bouddha qui, taillé à pic dans la falaise, au-dessus du fleuve, regarde au loin le Mont Omi, fière de sa pagode aux 800 idoles, les saints du bouddhisme, fière surtout de son célèbre sanctuaire que viennent visiter des foules de pèlerins.

    Allons donc, nous aussi, voir ce temple fameux, à l'heure où le soleil se penche vers l'Omi !
    En quelques minutes, une barque vous transporte du port de la ville jusqu'aux pieds du grand Bouddha, sur la rive d'en face. On accède au sanctuaire par un escalier de pierre, taillé à même la montagne. A mesure que l'on monte, on voit se dérouler sur la droite le panorama de la ville. Le long du chemin, des cascades chantent en tombant dans des bassins de pierre. Au sommet, s'arrachant à la féerie de la lumière et de l'eau, on tourne résolument le dos à l'Omi, incendié dans les reflets du soleil couchant, et on entre dans le temple en passant dans un jardin à fleurs : toute la pagode rutile d'or et de rouge sur fond noir de laque. Du plafond pendent des rubans de soie jaune, où s'accrochent des lamelles de cuivre qui tintent en s'entrechoquant. Sur le sol sont disposés des paillassons en forme de bouées, où les fidèles s'agenouilleront et feront les trois grandes prostations rituelles au Bouddha. Celui-ci, tout doré, trône derrière une vitrine que voile à demi un rideau ; devant lui, sur un autel, brûlent des cassolettes et des bâtons d'encens. Les fidèles, uniquement des dames do la ville, se groupent sur plusieurs rangs, debout face à face. Les bonzes, en dalmatiques d'or, font leur entrée rangée deux par deux et prennent place dans le sanctuaire. Tous ensemble font une inclination profonde au Bouddha, ils s'assoient devant un petit pupitre et commencent l'office, scandé par deux autres bonzes qui frappent sur une sorte de tête de mort en bois d'ébène.
    Le chant, toujours maintenu sur un timbre aigu, s'élève et s'abaisse, puis s'interrompt et reprend. Les femmes déroulent interminablement leur chapelet en invoquant Bouddha : « Amides Bouddha, exauce-moi ! Lan ou, o mi to fou, o mi to fou! » Les fronts qui s'inclinent et se relèvent, les cent lampes ou cierges qui brûlent devant l'autel, le Bouddha à demi caché dans la pénombre de son grand manteau de soie, l'encens qui vous prend à la gorge, les lamelles de cuivre qui s'entrechoquent, les coups de baguette sur les têtes de mort, la psalmodie des bonzes, et cette sempiternelle litanie « O mi to fou! O mi to fou ! » Tout est calculé pour frapper fortement les sens. Tel un vin capiteux qui vous monte à la tête, le bouddhisme enivre ses adeptes. Ainsi je me représente, dans l'ancienne Rome, les mystères d'Isis qui, un moment, osa disputer au Christ l'empire du monde.
    Bouddha, n'en doutons pas, reste en Asie un adversaire sérieux de Notre Seigneur Jésus. Il a ce qu'il faut pour contenter les besoins religieux de l'âme chinoise. Qu'importent les doctrines, si un culte splendide apaise et provoque en même temps l'émotion religieuse ! Et cependant, le bouddhisme est atteint gravement : les bonzes sont aujourd'hui discrédités et appauvris, la masse du peuple se tient à l'écart... Depuis quelques années, tout se désagrège, tout se transforme et se renouvelle... Déjà bien des idoles gisent à terre... Qui viendra prendre la place des superstitions et des idoles de l'ancienne Chine ? Sera-ce le christianisme ou le bolchevisme ? La réponse appartient à la génération montante, fille de celle qui, aujourd'hui, cherche sa voie. Mon Dieu ! Envoyez-lui les apôtres qui seuls peuvent la sauver !

    Pierre GRASLAND.
    Missionnaire de Suifu (Chine).
    1940/23-25
    23-25
    Chine
    1940
    Aucune image