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Un palefrenier dangereux

Un palefrenier dangereux Il y a quelque temps j'avais à mon service un palefrenier qui alliait à de bonnes qualités de biens vilains défauts et un talent remarquable pour assommer les boeufs qui pénétraient dans le jardin. D'un coup de pierre lancée à la tête, entre les deux cornes, il faisait tom ber la bête. Comme ce jeu pouvait avoir des inconvénients, je lui avais fait des remontrances sévères à ce sujet, mais il est toujours difficile de se corriger d'un seul coup de ses mauvaises habitudes.
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    Un palefrenier dangereux

    Il y a quelque temps j'avais à mon service un palefrenier qui alliait à de bonnes qualités de biens vilains défauts et un talent remarquable pour assommer les boeufs qui pénétraient dans le jardin. D'un coup de pierre lancée à la tête, entre les deux cornes, il faisait tom ber la bête. Comme ce jeu pouvait avoir des inconvénients, je lui avais fait des remontrances sévères à ce sujet, mais il est toujours difficile de se corriger d'un seul coup de ses mauvaises habitudes.
    Un jour le buf d'un paria pénétra dans mon enclos. De suite le palefrenier lui lance une pierre et l'atteint à l'endroit sensible ; le buf, qui était vieux, roula par terre pour ne plus se relever. Les parias allèrent immédiatement porter plainte au magistrat. Jugeant que l'affaire allait mal tourner, j'envoyais mes notables pour arranger le différend à l'amiable. Après de longs pourparlers les plaignants se contentèrent de deux roupies1 et emportèrent le buf qui grâce à des cataplasmes bien chauds ne tarda pas à se rétablir. Les deux roupies du palefrenier servirent aux parias à boire du caillou... à sa santé. Malheureusement la soif vient quelquefois en buvant.

    1. Environ 3 fr. 50

    Peu de jours après un paria, mauvais drôle imagina d'user de stratagème pour escroquer de nouveau quelques roupies à mon domestique. Il vint, sans motif avouable, le quereller pour une pioche ; le palefrenier, fort de son droit, le poussa avec la main et le paria roula à terre où il fit le mort. Comme le coup était prévu, les témoins qui se tenaient à distance pénétrèrent de suite dans le jardin ; bientôt tous les parias du village, hommes, femmes, enfants, accoururent en poussant des cris ; les sanglots, les larmes, rien ne manquait. Mon catéchiste, qui se trouvait à l'église, ayant entendu le bruit, se rendit sur le lieu de l'accident. Peu après, il vient me trouver tout bouleversé et me raconte que le palefrenier a tué un homme. Fort heureusement j'avais aperçu de loin le paria tomber et j'avais pu reconnaître qu'il y mettait de la bonne volonté.
    Je dis à mon catéchiste de ne pas s'affliger outre mesure, que j'allais me rendre sur les lieux et prendre acte du décès. A mon approche, les gémissements redoublèrent ; c'étaient des cris à fendre l'âme : « Il est mort, il est bien mort, c'était un si brave homme, c'est ce vaurien de palefrenier qui l'a assommé.......»
    J'arrive près du cadavre qui était é tendu la face contre terre et je lui applique au-dessous des reins deux coups assez bien donnés. Aussi tôt le mort bondit et se mit à courir comme un échappé de l'enfer. Les gémissements se changèrent en un immense et formidable éclat de rire.

    1903/249-250
    249-250
    France
    1903
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