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Un miracle opéré par nos Bienheureux

Un miracle opéré par nos Bienheureux Le miracle est le pivot du catholicisme ; Jésus-Christ a prouvé sa divinité par ses miracles; en quittant la terre, il a ouvert sa main large et souveraine et donné à ses Apôtres, qui étaient en même temps ses témoins, le pouvoir d'opérer des merveilles. Les Apôtres disparus, il a continué de l'accorder à des hommes dont les admirables et héroïques vertus illustrent son nom et dont les travaux agrandissent son règne.
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    Un miracle
    opéré par nos Bienheureux

    Le miracle est le pivot du catholicisme ; Jésus-Christ a prouvé sa divinité par ses miracles; en quittant la terre, il a ouvert sa main large et souveraine et donné à ses Apôtres, qui étaient en même temps ses témoins, le pouvoir d'opérer des merveilles.
    Les Apôtres disparus, il a continué de l'accorder à des hommes dont les admirables et héroïques vertus illustrent son nom et dont les travaux agrandissent son règne.
    La mort n'est pas un obstacle à cette puissance, et c'est pourquoi l'Église, qui nous enseigne la communion des Saints, nous exhorte à leur exposer nos besoins, nos misères, nos désirs; à les prier, à solliciter de leur crédit près de Dieu, des faveurs temporelles et des grâces spirituelles.
    Par les succès innombrables de ces intercessions. Dieu nous montre combien elles sont conformes à sa volonté, et comment il lui plaît d'augmenter la gloire, et de manifester l'influence de ceux qui sont ses amis.
    L'Église examine ces faits, elle en étudie avec un soin scrupuleux, les occasions, les causes et les résultats ; elle leur accorde ou leur refuse, avec une souveraine autorité, la qualification de miracle, c'est-à-dire d'acte de la puissance divine contraire ou supérieure aux lois de la nature.
    Pendant leur vie, nos Bienheureux ne furent pas doués de ce don prestigieux qui attire et enthousiasme les foules, qui accompagne ordinairement la sainteté et souvent la prouve; mais depuis leur mort, des faits ont été signalés qui semblent dépasser la mesure ordinaire des choses humaines; en outre, des guérisons ont été admises par la sainte Église des comme des miracles véritables, et ont servi à hâter la Béatification.
    Nous raconterons celle de la Mère Saint-Bernard, représentée dans le tableau dont nous donnons ici une reproduction.
    Mère Saint Bernard, née Éléonore Rogé, était religieuse au grand hôpital de Reims. Elle n’avait que 32 ans, et était atteinte d’une astragalo-tibiotarsite. Du mois de mai 1850 au mois d’avril 1854, Mère Saint Bernard eut sept entorses au pied gauche. Le médecin, le Dr Philippe, lui recommanda de porter toujours des bottines. Elle adopta cette chaussure pendant un certain temps, puis l’abandonna, se croyant guérie ; et peu après, le 9 avril 1854, elle se fit une huitième entorse. Celle-ci fut beaucoup plus grave que les précédentes. La bonne sœur hospitalière crut, tout d’abord, qu’il était suffisant d’avoir tenu son pied dans l’eau froide pendant quelques heures, et d’avoir remis sa bottine ; elle reprit son travail; mais bien vite, elle dut s’arrêter.
    Le médecin vint et appliqua au pied malade un médicament amylacé qui fut renouvelé trois fois en cinq semaines.
    Le 25 mai, la religieuse souffrit d’élancements si pénibles, que le docteur ordonna une application de sangsues.
    C’était le matin. A deux heures du soir, une douleur très vive monta du pied malade jusqu’à la tête ; à 7 heures, la douleur qui augmentait toujours, se répandit dans tout le corps. Le Dr Duval appelé en toute hâte‚ crut reconnaître les symptômes du tétanos compliqués d’une congestion cérébrale.
    En quelques instants, l’état de la malade devint tel qu’on craignit de n’avoir pas le temps de lui donner les derniers sacrements. Un des chapelains de la maison, M. l’abbé Champagne, accourut, lui administra l’extrême-onction et récita la prière des agonisants.
    Mère Saint Bernard demeura en grand danger durant quinze jours, désespérant les médecins.
    Ce ne fut qu’au bout de ce temps, quand la vie fut sauve, qu’on pensa à soigner le pauvre pied qui était devenu si douloureux que la religieuse ne pouvait supporter la couverture du lit.
    Liniments, vésicatoires, douches glacées, alcalines et salées, tous les remèdes furent employés sans résultat.
    Le médecin ne vit plus rien à essayer que les eaux de Bourbonne; mais il fallait quitter le cher hôpital de Reims, et Mère Saint Bernard refusa, bien résolue à ne plus rien attendre que de Dieu.
    Et le bon Dieu lui envoya un jeune prêtre qu’elle connaissait et qui, avant de partir pour le séminaire des Missions Étrangères de Paris, vint lui faire ses adieux.
    Il avait été très vivement frappé de son état d’infirmité et de souffrance, et il lui écrivit un mois plus tard.
    C’était pour lui annoncer qu’on travaillait à la Béatification de nombreux martyrs de la Chine et de la Cochinchine, et pour lui proposer une neuvaine en leur honneur. Il promettait que lui et ses confrères s’y associeraient. La malade accepta avec un joyeux empressement.
    La neuvaine fut commencée le 15 août, en l’honneur de Marie, Reine des martyrs, et des missionnaires et chrétiens mis à mort pour la foi.
    Le 16 août, le pied, qui était toujours glacé, commença à se réchauffer; le même jour, une amie de la religieuse vint lui raconter qu’un médecin, le Dr Mallat qui arrivait de Paris, possédait un baume précieux pour les affections des articulations. Et ce baume avait été donné au docteur par un missionnaire de la Chine. Si elle essayait? On consulta la supérieure qui hésita un instant... Les médecins de la maison pouvaient être froissés, et surtout la neuvaine pouvait être compromise?... Cependant, pour n’avoir rien à se reprocher, elle accepta que le Dr Mallat vint voir Mère Saint-Bernard. Celui-ci trouva le pied très gravement atteint, avec un commencement d’ecchymose. Néanmoins, sans promettre la guérison, il commença les frictions. C'était le 17 août; il les continua le 18 et le 19, puis le 21. Le pied était entièrement tuméfié, la religieuse souffrait horriblement, et le docteur parut très inquiet.
    Il dit à la supérieure qu’il faudrait au moins un mois pour obtenir un résultat, et il devait partir dans peu de jours.
    La malade ne dormait plus, et la dernière nuit de la neuvaine fut encore une nuit d’insomnie.
    Le 23, Mère Saint Bernard descendit à la chapelle, à 6 heures 1/2. Une religieuse la soutenait, et elle marchait avec ses béquillés sans pouvoir appuyer son pied par terre.
    Elle-même a raconté ce qui suit :
    « Au moment où je me suis placée an chœur, en face de la statue de la sainte Vierge et du tabernacle, j’ai éprouvé un certain je ne sais quoi que je ne puis exprimer. Je me suis dit alors à moi-même : « Pourquoi ne pourrais-je pas être guérie « par l’intercession des bons saints martyrs, qui, pour vous, « mon Dieu, ont versé jusqu’à la dernière goutte de leur sang? « C’est pour votre cher Fils, ô Marie, qu’ils ont tant « souffert».
    Après avoir communié, elle quitte la chapelle ; il est près de huit heures. Et voilà qu’elle peut appuyer son pied malade, tout en gardant ses béquilles. Dans la matinée, elle achève sa neuvaine ; à midi un simple bâton la soutient suffisamment. A 3 h. 1/2 elle revient à la chapelle, s’agenouille près de la supérieure, et à la fin de l’office, éprouve, soudain, dans le pied un brisement si subit, si douloureux, qu’elle pense : « Je suis guérie ». Aussitôt elle va se jeter au pied d’une statue de la sainte Vierge, et seule, parcourt ainsi une distance de 20 mètres.
    Ses compagnes demeurent, tout d’abord, muettes de saisissement. Pour si vive que soit la foi, le surnaturel étreint l’âme d’une émotion intense. Mais bientôt l’admiration, la reconnaissance éclatent, et les religieuses chantent le Magnificat, la prière des grands bonheurs.
    Le soir du même jour, le Dr Mallat arriva à l’heure indiquée, inquiet de ce qu’il avait observé la veille. Il demanda tout d’abord : « Comment va notre malade? — Je ne vous en dis rien, répond la supérieure, allons la voir ».
    Ils se rendirent à l’infirmerie où on leur dit que Mère Saint Bernard était au jardin. On la lit appeler. En la voyant marcher et monter les escaliers avec facilité, le docteur exprima son étonnement; et, après avoir entendu le récit de la religieuse, il s’écria : « Je me confesse vaincu et proteste que ce n’est pas moi qui ai guéri notre malade. Je n’ai jamais fait une pareille cure, et n’avais aucune raison d’espérer une aussi prompte guérison. » Il demanda à examiner le pied et le trouva parfaitement sain. Il ne voulut pas recommencer la friction : « Le doigt de Dieu est ici, dit-il, je ne veux pas gâter son ouvrage ».
    Il revint pendant trois jours, et, chaque fois, put constater la guérison qui fut si parfaite que, dès lors, la religieuse reprit ses travaux ordinaires, sans ressentir ni douleur, ni fatigue, et sans qu’il restât au pied guéri aucune trace de la maladie dont elle avait tant souffert.
    Ajoutons une circonstance qu’il est nécessaire de faire connaître : Durant les premiers jours, par prudence et pour ne pas paraître vouloir tenter Dieu, on avait conseillé à Mère Saint Bernard de reprendre sa bottine. Elle le fit, mais au lieu de lui apporter quelque soulagement, l’usage de cette chaussure lui occasionna un léger gonflement du pied, et une certaine gêne dans la marche.
    La supérieure s’en étant aperçue et craignant de s’opposer aux vues de Dieu en laissant la religieuse continuer à se servir de cette chaussure, lui donna l’avis de la quitter. Elle le fit ; l’enflure et la gêne cessèrent et, depuis, n’ont plus reparu.
    Cette maladie et cette éclatante guérison furent connues de tous les habitants de la ville de Reims, et il y eut unanimité dans la croyance au miracle.
    Le récit du fait fut rédigé par la sœur Gros, supérieure de l’hôpital, et signé par ses seize religieuses.
    Des certificats de la guérison instantanée furent dressés par le Dr Hannequin, par le chirurgien Philippe, par le médecin chirurgien Mallat.
    La science s’unissait à la foi pour proclamer la gloire des victimes de Minh-Mang, de Thieu-Tri, de Tu-Duc, de Kia-King, de Tao-Kouang et la bonté divine qui les rendait si puissantes.

    1900/191-198
    191-198
    France
    1900
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