Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Un martyr Français au Japon au XVII siècle

Un martyr Français au Japon au XVII siècle Le P. Guillaume Courtet, O. P. Dans le long martyrologe de l'Église du Japon au 17e siècle, on ne relève guère en dehors des Japonais que des noms espagnols ou portugais. La raison de ce fait est simple : c'est que l'Espagne et le Portugal fournissaient alors tous les missionnaires appelés à évangéliser le lointain Empire du Soleil Levant.
Add this
    Un martyr Français au Japon au XVII siècle

    Le P. Guillaume Courtet, O. P.

    Dans le long martyrologe de l'Église du Japon au 17e siècle, on ne relève guère en dehors des Japonais que des noms espagnols ou portugais. La raison de ce fait est simple : c'est que l'Espagne et le Portugal fournissaient alors tous les missionnaires appelés à évangéliser le lointain Empire du Soleil Levant.
    Un nom français se rencontre cependant dans la liste des martyrs de cette cruelle persécution, celui du Dominicain Guillaume Courtet, dont la vie et la mort, trop peu connues, honorent à la fois et l'Ordre religieux auquel il appartenait et le pays qui l'a vu naître.
    Né dans les dernières années du 16e siècle à Béziers, en Languedoc, d'une famille riche, de noblesse et de robe, Guillaume Courtet entra, jeune encore, dans l'Ordre de Saint Dominique, reçut l'habit à Toulouse, des mains du P. Sébastien Michaëlis, Supérieur de la réforme en France, et fit profession à Albi. Il enseigna ensuite la théologie à Toulouse, à Saint Maximin et à Avignon, où il fut en même temps prieur et où il introduisit la réforme. Dès sa jeunesse il avait conçu le désir d'aller évangéliser le Japon et, si Dieu l'en jugeait digne, de donner sa vie pour la conversion d'un pays auquel son Ordre avait fourni nombre de confesseurs et de martyrs.
    Après des instances renouvelées auprès de ses Supérieurs il obtint enfin l'autorisation de réaliser son désir de vie apostolique. En 1635, 22 PP. Dominicains partaient d'Espagne pour se rendre aux Philippines, sous la conduite du P. Collado, ancien Vicaire provincial : le Père Courtet fit partie de l'expédition. A leur arrivée à Manille, les religieux apprirent que, au mois de novembre 1634, les PP. Jourdain de Saint Etienne et Thomas de Saint-Hyacinthe, les derniers survivants de l'Ordre des Frères Prêcheurs au Japon, étaient morts pour la foi. Tous demandèrent à être envoyés pour prendre leur place et continuer leurs travaux. Quatre seulement furent désignés et, parmi eux, le P. Courtet, qui, en arrivant aux Philipines, avait pris le nom de Thomas de Saint Dominique.
    Malgré son désir de gagner au plus tôt le champ de son futur apostolat, il dut demeurer à Manille une année, qu'il employa à l'étude de la langue japonaise, attendant une occasion favorable pour s'embarquer. A la vérité, l'entreprise n'était pas facile : non seulement les ports japonais étaient rigoureusement fermés, mais le gouverneur des Philippines avait défendu, sous les peines les plus sévères, l'embarquement des religieux pour la Chine et le Japon. Aussi les capitaines de bateaux demandaient-ils un prix exorbitant pour tenter l'aventure.
    Après bien des hésitations et des pourparlers, il fut décidé que le P. Courtet, avec ses trois compagnons, essaieraient de s'introduire au Japon par la voie des îles Ryûkyû. Un petit bâtiment fut construit et aménagé dans ce but ; il était sur le point d'être terminé lorsque le gouverneur de Manille eut vent de l'affaire : non content de mettre l'embargo sur le navire, il le fit brûler et établit des sentinelles dans les baies voisines pour empêcher tout départ clandestin.
    Arrêtés de ce côté, les religieux cherchèrent ailleurs et réussirent à trouver un autre bateau, avec un pilote sûr, qui consentit et non certes uniquement pour l'amour de Dieu, à les prendre à son bord. Le départ eut lieu sans encombre et les missionnaires se croyaient hors de tout danger, lorsque, à peine sortis du port, ils furent assaillis par une tempête, et le navire, pour réparer ses avaries, dut s'arrêter au cap Bolinao, sur la côte ouest de Luçon. Heureusement la surveillance était là moins active ; le bateau put repartir sans être inquiété.
    Le 10 juillet 1636, il abordait aux Ryûkyû, déposait sur le rivage les quatre passagers et reprenait la mer au plus vite. Aussitôt débarqués, les religieux, vêtus d'habits japonais, se dirigèrent vers la ville la plus rapprochée. Comment y funentils accueillis ? Quelles furent leurs aventures dans ces îles qui, bien que sous la juridiction de la Chine, payaient cependant tribut au Japon ? On ne lignore ; aucun détail n'ayant été donné à ce sujet, ni par eux-mêmes, ni par d'autres. Ce qui est certain, c'est qu'ils ne tardèrent pas à être arrêtés, puis après une année d'emprisonnement, conduits à Kagoshima et de là à Nagasaki, où ils arrivèrent le 13 septembre 1637.
    La persécution sévissait implacable depuis plus de 20 ans. Tout missionnaire qui osait mettre le pied sur le sol du Japon était d'avance voué à la mort la plus cruelle. Le sort réservé aux quatre captifs ne pouvait être douteux. Aussitôt débarqués à Nagasaki, ils furent jetés dans un cachot très étroit et gardes avec la plus sévère rigueur. Interrogés par le gouverneur de la ville, ils déclarèrent appartenir tous à l'Ordre de Saint Dominique et être venus pour y prêcher la religion chrétienne. C'était allé au-devant de la mort. Aussi bien le sort des trois autres religieux fut-il promptement réglé : deux d'entre eux étaient Espagnols, nationalité alors exécrée au Japon ; le troisième, le Fr. Vincent de la Croix, était Japonais, du nom de Shiozuka, et donc coupable non seulement d'être chrétien et religieux, mais d'avoir quitté le pays contrairement aux ordonnances formelles du Shôgum.
    Quant au P. Courtet, son cas impliquait plus d'un point d'interrogation. Il appartenait à une nationalité alors à peu près inconnue des Japonais, qui conçurent des doutes sur le véritable objet de son voyage : on ailla jusqu'à le soupçonner d'être venu dans le but de s'insinuer auprès des Hollandais pour essayer tâche difficile ! De les convertir au catholicisme. Le Père protesta qu'il était venu uniquement pour les Japonais. On lui demanda s'il existait à Manille un séminaire où l'on enseignât la langue japonaise aux missionnaires ; si beaucoup de Japonais étaient ordonnés prêtres, si des religieux étaient récemment passés au Japon par la voie de Chine. Il répondit que le séminaire avait été commencé, mais n'était pas achevé ; que jusqu'alors bien peu de Japonais avaient été ordonnés ; qu'il ignorait si d'autres missionnaires étaient venus par la Chine.
    Après cet interrogatoire le jugement fut court : c'était la mort, avec tous les raffinements de cruauté que le démon pouvait suggérer à des bourreaux païens. Le condamné fut d'abord soumis au tourment de l'eau. On faisait avaler au patient, à l'aide d'un entonnoir, une grande quantité d'eau, les auteurs du temps disent 200 vases de 2 litres chacun ; puis on l'étendait sur le sol et on plaçait sur lui une planche que des hommes pressaient de tout leur poids : l'eau absorbée de force ressortait alors, mêlée de sang, par la bouche, le nez, les yeux, les oreilles ; la douleur était atroce et le malheureux souvent perdait connaissance ou tout au moins en sortait à bout de forces.
    Ce supplice fut renouvelé le lendemain, et, comme le martyr le supportait courageusement, on en imagina un autre. On le fit asseoir à terre et on le lia fortement en lui croisant les bras, puis on fit pénétrer des aiguilles de cuivre sous les ongles jusqu'au milieu des doigts. Le Père, toujours héroïque, présentait lui-même ses mains aux bourreaux. Les juges, irrités de ce qu'il paraissait ne point souffrir, poussèrent la dérision jusqu'à lui ordonner de jouer du shamisen (sorte de guitare japonaise), c'est-à-dire qu'avec les aiguilles enfoncées dans les doigts d'une main, ils lui firent racler les aiguilles de l'autre main, comme les musiciennes japonaises, avec une griffe, grattent les cordes de leur instrument.
    Après de telles souffrances le courageux confesseur, brisé de douleur et comme anéanti, fut reporté dans sa prison, où on lui administra des remèdes pour le ranimer et prolonger son martyre. Le lendemain, il subit de nouveau la question de l'eau ; puis fut plongé, la tête en bas, dans une cuve remplie d'eau, d'où on ne le sortait qu'au moment où l'asphyxie allait être complète, pour l'y replonger encore à plusieurs reprises.
    Le vénérable confesseur fut ainsi torturé chaque jour durant deux longues semaines. Enfin, le 27 septembre, il fut conduit à la mort. La moitié de la tête rasée et la partie gauche du visage badigeonnée d'ocre rouge, il fut bâillonné et lié sur un cheval. A l'autre extrémité de la ville de Nagasaki, au pied de la montagne appelée Tateyama, théâtre de tant de morts héroïques, une fosse était préparée : on y conduisit le missionnaire, et, après l'avoir descendu de cheval, on lui serra fortement tout le corps avec des cordes pour ralentir la circulation du sang, on le saigna aux tempes pour éviter une congestion trop rapide et prolonger le supplice, et on le suspendit, la tête en bas et près du fond de la fosse. Après deux jours, la victime vivait encore : les juges, impatients de quitter la place, ordonnèrent d'en finir par la décapitation, et le Père, détaché de ses liens et remis debout, eut encore la force de s'agenouiller pour recevoir le coup de la mort : c'était le 29 septembre 1637.
    L'Eglise du Japon et l'Ordre de Saint Dominique pouvaient inscrire dans leurs annales le nom d'un nouveau martyr, et il est glorieux pour la France d'être représentée, elle aussi, dans ce long martyrologe, par un de ses enfants, héros de la foi et du zèle pour le salut des infidèles.
    1933/187-189
    187-189
    France
    1933
    Aucune image