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Un grand jour chez les Bahnars

Un grand jour chez les Bahnars Qui ne connaît le livre si émouvant du P. Dourisboure : Les Sauvages Bahnars ?... En le lisant, n'a-t-on pas l'impression que ces grands enfants de la forêt peuvent arriver à devenir de bons chrétiens ? Oui, mais peut-être cela seulement, ce qui est déjà bien beau, n'est-ce pas? Il n'y a pas 25 ans, si quelqu'un s'était avisé de parler de vocation sacerdotale pour ces sauvages, tout le monde aurait souri de pareille utopie. Et pourtant !... L'utopie est devenue réalité ! Triomphe de la grâce de Dieu qui peut tout !
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    Un grand jour chez les Bahnars

    Qui ne connaît le livre si émouvant du P. Dourisboure : Les Sauvages Bahnars ?... En le lisant, n'a-t-on pas l'impression que ces grands enfants de la forêt peuvent arriver à devenir de bons chrétiens ? Oui, mais peut-être cela seulement, ce qui est déjà bien beau, n'est-ce pas? Il n'y a pas 25 ans, si quelqu'un s'était avisé de parler de vocation sacerdotale pour ces sauvages, tout le monde aurait souri de pareille utopie.
    Et pourtant !... L'utopie est devenue réalité ! Triomphe de la grâce de Dieu qui peut tout !
    Il y a donc longtemps déjà que, dans sa bonté infinie, Dieu daigna jeter au coeur de plusieurs de nos enfants de trois particulièrement, cette divine semence de vocation sacerdotale. Le terrain était propice, la semence leva, les plantes se sont développées, les arbres ont grandi, et, en l'année 1932, ils ont donné leurs fruits bénis. Nous avons trois prêtres bahnars !... Te Deum laudamus !...
    Ce sont les PP. Châu, Hiâu et Den, tous trois originaires de ce bon village chrétien de Kontum, qui a donné son nom à toute la province et au nouveau Vicariat Apostolique détaché de Quinhon.
    La préparation a été longue. Aurait-on jamais cru que de pauvres sauvages fussent capables de subir 20 années d'études ? C'est cependant le cas de nos jeunes prêtres. En effet, c'est au commencement de 1911 que Châu et Hiâu, puis, deux ans plus tard, Den, entrèrent à l'Ecole Cuenot à Kontum.
    Le 7 novembre 1913 fut une belle fête pour le collège bahnar ; c'est en ce jour que fut solennellement institué l'Apostolat de la Prière. Nos trois jeunes Bahnars furent de la première promotion et prirent au sérieux leur beau titre de Dam Jexu (Serviteur de Jésus). Et, comme le bon Jésus ne se laisse pas vaincre en générosité, c'est dès l'année suivante qu'il commença à faire luire à leurs yeux l'étoile qui, d'étape en étape, devait les conduire jusqu'à l'autel.
    Un an après leur consécration au Sacré Coeur, ils quittaient l'Ecole Cuenot pour s'expatrier de leur beau pays bahnar. Un voyage de 8 jours, en grande partie à éléphant, les conduisit au petit séminaire annamite de Langsong, près de Quinhon.
    Deux années furent employées tout d'abord à s'assimiler la langue annamite ; après quoi ils suivirent les cours du séminaire, de la huitième jusqu'à la rhétorique, se plaçant pour l'excellence parfois dans le premier tiers de la classe, plus souvent dans le deuxième, rarement dans le troisième. Pour des sauvages, faisant leurs études dans une langue étrangère, il faut avouer que ce n'est pas trop mal.
    Leurs humanités terminées, l'étoile les mena encore plus loin, jusqu'au Collège général de Pinang où ils restèrent 6 ans, faisant toutes leurs études de philosophie et de théologie. Ils nous revinrent en 1928, ayant reçu les Ordres mineurs.
    L'année qui suivit fut pour eux une année de probation, l'un chez les Jolong, un autre chez les Xodang, le troisième chez les Jorai (1), où ils apprirent chacun un nouveau dialecte. Mgr Tardieu les rappela ensuite au grand séminaire de Daian, pour s'y perfectionner dans les sciences sacrées et se préparer enfin au grand jour du Sacerdoce.
    Ce grand jour fut le 29 juin, fête des Saints Apôtres. Malgré le désir de tous, les circonstances ne permirent pas que l'ordination eût lieu dans leur pays natal ; c'est dans l'église paroissiale de Daian, en pays annamite, loin de tous ceux qui leur sont chers, qu'ils reçurent l'honneur du sacerdoce. Mais il y eut compensation, cinq jours après, par la magnifique réception qui leur fut faite et la solennité dont fut entourée leur première messe à Kontum.

    (1) Jolong, Xodang, Jorai : tribus indigènes de la montagne.

    C'est le 4 juillet, sur le soir, qu'ils arrivèrent, accompagnés de deux Pères des séminaires d'Annam : les PP. Rohmer et Tourte. La réception eut lieu en face de l'église de Rohai, première paroisse de Kontum. Elèves du Collège, groupe de catéchistes, délégations des districts de la Mission, toute la population bahnar, formèrent un cortège imposant ; la joie et le contentement se lisaient sur tous les visages.
    Au collège, l'arrivée de nos nouveaux prêtres concordant avec notre réunion mensuelle, tous les confrères de la brousse, français et annamites, étaient au complet. Après l'accolade fraternelle et les premières effusions, tous nous nous jetons a genoux devant nos jeunes prêtres, et eux, de leurs mains encore humides de l'onction sainte, nous donnent leur première bénédiction. La foule qui remplissait la cour s'était agenouillée, elle aussi : du haut de l'escalier, tous trois ensemble bénirent leurs compatriotes : émouvant spectacle s'il en fut ! Alors éclatèrent d'enthousiastes « Jorao (1) ». Nos chrétiens bahnars pouvaient enfin contempler des prêtres de leur race : la joie était grande, et de grand coeur fut entonné le Bonê kô Ba Iang, le Te Deum bahnar.

    ***

    Le lendemain, 5 juillet, il nous fut donné de voir enfin les permiens prêtres bahnars monter au saint autel pour y offrir la divine Victime.
    Dans le choeur, trois autels étaient dressés et splendidement ornés ; toute l'église, d'ailleurs, avait sa parure des grandes solennités. A 8 heures, tous les trois commencent ensemble le saint Sacrifice, chacun assisté par un vétéran de la Mission. A la tribune la chorale paroissiale des petits Bahnars exécute une cantate d'une mélodie délicieuse ; puis le choeur des missionnaires à la voix mâle, celui des élèves du collège aux accents harmonieux, rivalisent d'entrain : la foule émerveillée se croit déjà au Paradis.
    L'assistance, compacte, serrée, est vraiment empoignée par la beauté de la cérémonie : au premier rang, toutes les autorités civiles, en tête le Résident français et le Préfet annamite, fils du Régent du royaume, puis tous les fonctionnaires français et annamites de la province.
    Longtemps durera le souvenir de cette belle solennité !

    ***

    Au soir de cette grande journée, commençait la vigile d'une autre fête, belle aussi ; celle du jubilé sacerdotal du Père Louison, curé de Kontum.
    Ses paroissiens, tant annamites que bahnars, avaient bien fait les choses. Ceux-ci avaient construit un grand hangar qui devait être la salle d'un spectacle qu'on n'avait jamais vu dans nos montagnes ; les Annamites avaient préparé depuis de longues semaines la représentation du drame de la Passion. Pour de l'audace, c'en était ! Ce drame à Kontum n'eut certainement pas l'éclat et l'amplitude des représentations d'Europe ; mais, à coup sûr, il produisit la même impression de recueillement et le même résultat : mieux faire aimer Celui qui s'est immolé pour nous. Jamais on n'aurait pu croire que des artistes improvisés, des paysans annamites, pussent interpréter de façon si expressive ce thème poignant et sublime, hérissé de difficultés, même pour des professionnels : et pourtant la réalité, c'est qu'ils le firent.

    (1) Jorao : cri de victoire, le hourra des Bahnars.

    La vaste salle était comble, les premières places occupées par tous les fonctionnaires, grands et petits, de Kontum. Dès les premières scènes de cette évocation du drame divin de la Rédemption, tous les spectateurs éprouvèrent les plus profondes et les plus bienfaisantes émotions ; tous, yeux grands ouverts, oreilles tendues, étaient saisis d'un religieux recueillement : pas le moindre bruit, des larmes perlent à bien des paupières. La soirée dura plus de quatre heures, mais elle parut bien courte. Magnifique et combien utile manifestation !
    Je ne dirai rien de la célébration des noces d'argent du P. Louison ; ce fut une belle fête aussi et l'occasion pour les chrétiens de Kontum de témoigner à leur dévoué pasteur leur reconnaissance et leur attachement.
    Comme mémorial de ces solennités, le Père a fait élever, en face de l'église, une grande et superbe grotte de Lourdes, futur but de pèlerinage pour tous les chrétiens de la région.
    M. JANNIN,
    Missionnaire de Kontum.

    Beaucoup répètent : les temps sont mauvais ! Mais que chacun se fasse bon et les temps seront bons.
    Saint AUGUSTIN.

    ***

    C'est une chose humaine de se courroucer ; mais c'est une chose exécrable de ne pouvoir s'apaiser ni pardonner.
    Saint FRANÇOIS DE SALES.

    ***

    Mieux vaut se mettre sérieusement à quelque chose de médiocre que de rêver éternellement la perfection.
    P. PALAU.

    ***

    Ayons assez de largeur d'esprit et de générosité de coeur pour comprendre que c'est un moindre mal de se tromper en agissant, que de laisser tout s'effondrer en ne faisant rien. Les batailles ne sont pas gagnées par ceux qui critiquent, mais par ceux qui luttent.
    R. P. RUTTEN.

    ***

    Soyez des hommes. Faites montre de cette qualité maîtresse et distinctive des vaillants, la virilité. Ne soyez pas, comme tant d'autres, les esclaves du respect humain, des passions dégradantes ou des idées préconçues. Ne regardez qu'à votre devoir toujours.
    Mgr TISSIER.
    1933/64-69
    64-69
    Vietnam
    1933
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