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Un district d'avant-guerre

UN DISTRICT D'AVANT- GUERRE
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    UN DISTRICT D'AVANT- GUERRE





    L'année 1938, année du centenaire de trois Bienheureux Martyrs de notre Mission de Vinh, a été bonne et féconde pour mon district de Thuân-nghia : La population païenne compte bien encore 102.000 infidèles, mais les chrétiens sont déjà 13.772, et j'ai enregistré les beaux chiffres de 80.498 confessions et de 250.918 communions. Par ailleurs, les 326 païens baptisés et les 560 catéchumènes, qui étudient la doctrine et se préparent au baptême, indiquent que le mouvement des conversions ne s'est pas ralenti.


    Parmi les faits saillants, je signalerai la belle et touchante cérémonie du baptême de 238 néophytes au hameau de Dông-huong, présidé par Mgr Eloy, avec le concours de neuf missionnaires et de douze prêtres indigènes (1). La cérémonie eut lieu dans la grande église de Thuân-nghia, car Dông-huong ne possède qu'une pauvre petite chapelle couverte en paille, Comme sainte Thérèse est la patronne de cette nouvelle chrétienté, elle ne manquera pas de me venir en aide pour la construction d'une belle chapelle sur le bord de la route mandarine ; je commencerai sous peu à réunir les matériaux nécessaires.


    Ce hameau était à peine régénéré dans les eaux du baptême qu'un peu plus au nord, à 20 kilomètres de ma résidence, Ha-lân, un autre hameau de même importance, demandait, lui aussi à se convertir. C'est un hameau de pauvres pêcheurs, dépendant du gros village païen de Phuong-cân qui possède une des pagodes les plus renommées de l'Annam. On y vénère depuis mille ans, époque où les Chinois occupaient le pays, la reine et les deux princesses du roi Tông, qui se réfugièrent dans cette pagode après la mort du roi, tué dans un combat, et elle est devenue un lieu de pèlerinage très fréquenté par les bouddhistes, qui viennent même de Hanoi y faire « leurs dévotions ».





    (1). Le district est divisé en paroisses qui sont administrées par le clergé annamite sous la direction du chef de district, du curé doyen, dirions-nous en France.





    J'ai acheté le bois sacré de Hâ-lan et, sur l'emplacement du pagodon démoli avec l'assentiment des catéchumènes, je compte ériger un oratoire à Notre Dame de Lourdes, confiant dans la protection de la Vierge Mère pour arracher au culte des idoles tous ces pauvres égarés. Un catéchuménat a été établi au début de l'année, et deux catéchistes ont commencé à enseigner la doctrine et les prières. Comme ce hameau était très éloigné de la paroisse de Thanh-da, la plus proche, Monseigneur m'a donné un jeune prêtre annamite, le P. My, pour diriger l'instruction de ces catéchumènes et donner les soins de son ministère à deux vieilles chrétientés voisines, Do-hu et Con-tro, qui totalisent près de 400 fidèles. J'ai donc dû construire encore une petite cure et une chapelle assez vaste, couverte en paillote en attendant mieux. Après le premier de l'an annamite de cette année 1939, j'établirai en outre dans ce centre une école élémentaire pour les chrétiens, les catéchumènes et les païens des environs. Hâ-lan va devenir ainsi une « centrale de prière », un poste de rayonnement pour la partie nord du district où les païens surabondent.


    A Quynh-dôi, gros village païen qui compte beaucoup de lettrés, caste de tout temps hostile au catholicisme, un mouvement vers nous se dessine parmi la jeunesse étudiante. J'ai enregistré plusieurs conversions, dont celle d'un jeune homme, fils de mandarin, qui a été admis à l'école apostolique des Dominicains au Tonkin. Je vais tâcher d'établir un catéchuménat dans ce village pour grouper les bonnes volontés et faire rayonner la foi aux alentours.


    Tout récemment à Nhân-huông, à 6 kilomètres de ma résidence, une vingtaine de familles pauvres ont aussi demandé à se convertir : encore un catéchuménat à établir dans ce village et, plus tard, une petite chapelle. L'Evangile pénètre peu à peu dans les campagnes, mais ces résultats sont encore bien modestes si l'on songe aux cent mille païens qui nous entourent et ne rendent pas au vrai Dieu le culte qui lui est dû.


    L'enseignement officiel s'est considérablement développé pendant ces dernières années en Indochine : lycées, collèges, écoles de tous degrés sillonnent son territoire, et la jeunesse annamite, avide de science, se précipite vers ces établissements. Nous ne pouvons pas nous tenir en dehors du mouvement et, malgré les difficultés, surtout celles d'ordre financier, nous devons développer le plus possible les écoles catholiques, si importantes pour la formation chrétienne de la jeunesse. Je viens donc d'ouvrir deux nouvelles écoles élémentaires, et je tâcherai d'en avoir une dans chacune des douze paroisses de mon district. Depuis l'an dernier, la population scolaire a presque doublé, elle compte 670 élèves.


    A Thuân-nghia, j'ai pu enfin terminer la grande école primaire franco indigène du Bienheureux Pierre Khoa, qui a ouvert ses portes à la rentrée de septembre. C'est un beau bâtiment de 51 mètres de long sur 8 m. 20 de large, construit en moellons de calcaire bleu clair avec les parements des portes et fenêtres en pierre de taille. Il y a déjà 280 élèves, et j'espère voir ce nombre augmenter encore, surtout si je puis avoir des Frères des Ecoles chrétiennes pour en assurer la direction.


    Nous avons célébré dans toute la Mission, les 22, 23 et 24 novembre, le centenaire du martyre de Mgr Borie et des deux prêtres annamites Pierre Khoa et Vincent Diêm, mis à mort pour la foi à Dông-hoi, le 24 novembre 1838, par ordre de Minh-Mang, et béatifiés en 1900. Comme l'un de ces glorieux martyrs, le Bienheureux Pierre Khoa, était originaire de Thuân-nghia qui conserve pieusement ses restes mortels dans une modeste chapelle, Mgr Eloy, évêque de Vinh, a bien voulu venir, le 23 novembre, chanter la messe pontificale et donner la bénédiction du Saint-Sacrement. J'ai profité de la circonstance pour inviter Son Excellence à bénir l'école dédiée au Bienheureux Khoa.


    La paroisse de Dông-lèn, nouvellement établie en pleine brousse, dans la région de Phu-qui, pays de colonisation, vient d'être dotée d'une belle et solide église en pierre, par les soins du P. Laygue qui, depuis quinze ans, s'est dépensé pour établir dans ces régions malsaines de nombreuses familles pauvres, tant païennes que chrétiennes. La paroisse compte actuellement 476 fidèles. Là encore, Monseigneur voulut bien, pour couronner cette oeuvre de longue haleine, venir lui-même faire la bénédiction de la nouvelle église, cérémonie qui eut lieu le 11 mars, coïncidant avec les exercices de l'Adoration perpétuelle à Dông-lèn. Une douzaine de Pères Français et Annamites, de nombreux chrétiens des environs, des groupes de Muongs habitant les environs, assistèrent à cette fête.


    Les projets de l'an dernier ont pu être réalisés en grande partie. Voici maintenant, par ordre d'urgence, les travaux que je me propose d'exécuter bientôt :





    1. Une maison pour les Frères des Ecoles chrétiennes à Thuân-nghia.


    2. Un catéchuménat pour les nouveaux convertis de Nhân-huông.


    3. Une école élémentaire à Ha-lân.


    4. Une cure à Thuân-nghia avec une maison pour catéchistes et instituteurs laïcs.


    5. Une chapelle dédiée à sainte Thérèse pour la nouvelle chrétienté de Dông-huong.


    6. Une chapelle en l'honneur du Bienheureux Pierre Khoa.


    Puisse l'année nouvelle nous apporter à tous une paix sans nuage, afin que nous puissions, chacun dans notre sphère, travailler avec calme ad majorem Dei gloriam! (1)





    HIPPOLYTE KERBAOL,


    Missionnaire de Vinh (Annam).





    (1). Hélas! Nous savons qu'au lieu de la paix ce fut la guerre, aussi nous craignons fort que les projets du dévoué P. Kerbaol n'aient pu être encore réalisés.





    1943/204-206
    204-206
    Vietnam
    1943
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