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Un dimanche à Kieu Dong (Binh-Dinh)

COCHICHINE ORIENTALE Un dimanche à Kieu Dong (Binh-Dinh) LETTRE DE M. E. PERREAUX Missionnaire apostolique. La lettre que nous publions ici était accompagnée de la recommandation suivante qui sera pour nos lecteurs un sérieux motif de s'intéresser à M. Perreaux et aux besoins de son district : Je recommande à toute la bienveillance des associées de l'OEuvre des Partants le district du cher P. Perreaux, qui mérite vraiment que l'on vienne à son aide, Damien GRANGEON.
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    COCHICHINE ORIENTALE

    Un dimanche à Kieu Dong (Binh-Dinh)

    LETTRE DE M. E. PERREAUX
    Missionnaire apostolique.

    La lettre que nous publions ici était accompagnée de la recommandation suivante qui sera pour nos lecteurs un sérieux motif de s'intéresser à M. Perreaux et aux besoins de son district :
    Je recommande à toute la bienveillance des associées de l'OEuvre des Partants le district du cher P. Perreaux, qui mérite vraiment que l'on vienne à son aide,

    Damien GRANGEON.
    Vicaire apostolique de la Cochinchine Orientale.

    Cinq heures et demie ! On frappe le tambour. Je me lève, fais ma méditation et vais ensuite sous la varandah de l'église réciter mon bréviaire.
    Père, voulez-vous me confesser ?
    J'abandonne le bréviaire et j'entre au confessionnal qui se compose tout simplement d'un mur ajouré recouvert d'un voile léger de couleur rouge.
    .... C'est fini, une petite prière et je reprends mon bréviaire. On vient me trouver de nouveau et je rentre au confessionnal. Quand je puis enfin revenir chez moi la première messe va commencer et déjà les chrétiens récitent des prières. Je puis me préparer à loisir à célébrer moi-même un peu plus tard.
    Mais un à un des hommes, des enfants se présentent. Ils ont fait cinq, huit ou dix kilomètres, parfois davantage, et à jeun, afin de pouvoir communier ; je les confesse donc. Mais les prières ont cessé, un annamite lit l'Epître et l'Evangile du jour, bientôt suivis du sermon que le prêtre s'est chargé de donner. Il parlera un quart d'heure, vingt minutes ; plus ne serait pas sage. J'arrive enfin faire l'appel par paroisse. Cela demande quelques minutes, mais cet appel m'est utile pour savoir les paroisses qui seraient tentées de négliger l'assistance à la messe et pour entretenir entre elles une saine émulation. Quelques mots de compliments ou de blâme et je vais revêtir les ornements sacrés, pendant que les chrétiens récitent un chapitre du catéchisme. Comme pour les prières, les chrétiens sont partagés en deux churs, d'un côté les hommes, de l'autre les femmes. Chaque chur, à tour de rôle, dit une réponse et formule une demande.
    .... J'abrège un peu mon action de grâces, car il ne faut pas faire trop attendre des gens qui sont à l'église depuis deux heures déjà et me voici à la maison. Tout en buvant une tasse de café et en fumant une cigarette je reçois mon monde. Le temps est meilleur aujourd'hui, partant les malades moins nombreux, la séance sera donc abrégée.
    Père, j'ai un enfant qui a mal aux yeux. Père, pourriez-vous me donner un remède pour cette plaie que j'ai à la jambe ? Père mon mari tousse. Père j'ai la fièvre. Père un enfant est né cette semaine dans telle famille, telle paroisse, quand le baptiserez-vous ? Père c'est la famine, pourriez-vous nourrir un de mes enfants ? Père, un tel veut me faire un procès au sujet de tel champ. Père, je voudrais entrer à votre école. Père, voici une famille qui veut se convertir. Père, mon fils a reçu l'Extrême-onction vendredi, il ne vomit plus, et demande à recevoir le saint viatique....
    Ici un remède, là une consolation, ailleurs une promesse, un avis et finalement nous allons pouvoir, le prêtre annamite et moi, déjeuner, non sans avoir auprès de nous un dernier quémandeur qui voudrait bien suivre l'avis que je lui ai donné tout en suivant le sien. Laissons faire le temps, il arrange beaucoup de choses, surtout en ce pays-ci.
    Le repas achevé, je me dirige vers l'église où je prends le Saint-Sacrement, puis je pars pour Phu-thanh. Je laisse aller ma monture au pas et, sans plus m'inquiéter des obstacles je récite mon bréviaire. Les chevaux de ce pays ont le pied sûr et c'est heureux, car il faut fréquemment cheminer sur des talus de rizières qui trop souvent n'ont pas plus de vingt à trente centimètres de large, franchir des coupures faites dans le talus pour laisser l'eau s'écouler d'un champ dans un autre. Cinquante minutes et je suis chez mon malade. Après m'être occupé de son âme, je songe à son corps, lui laisse quelques remèdes et, tout en buvant un bol de thé, je cause avec la famille et fais réciter quelques prières aux petits enfants.
    Je remonte à cheval et nous mettons nos montures au trot. Dix mi-minutes plus tard nous sommes à Chau-thanh. On frappe le tambour et peu à peu les chrétiens viennent me saluer et causer. Pas d'église en cette paroisse, rien qu'une maison et encore courbe-t-elle la tête comme si les ans l'avaient déjà touchée. Le typhon a remplacé les ans ! Quelques remèdes distribués là encore et nous repartons.
    Sur le chemin, je rencontre une femme portant un bébé de 4 à 5 ans, et la reconnaissant comme chrétienne, je m'informe des raisons de son absence à la messe du matin. Plus de mari, des enfants à garder, la pauvreté ; ce sont des raisons qui valent bien la pièce de deux sous que je lui donne et la médaille que je remets au bébé. Nous avons enfin quitté les rizières et nous traversons au trot le marché de Go gang, où de nombreux Chinois, comme dans tous les marchés, exploitent l'indigène. Nous filons rapidement sur la route mandarine qui relie Saigon à Hanoi et qui, sur ces deux kilomètres du moins, est en parfait état. Mais de nouveau voici les rizières et les petits talus qu'il faut suivre.
    Nous arrivons à Hoa-dong. A Phu-thanh il y avait une église mais pas de presbytère ; à Chau-thanh un presbytère, mais pas d'église ; ici, il n'y a ni église ni presbytère. J'entre donc dans la maison d'un chrétien et nous causons de la paroisse et de l'église future ; et nous parlons aussi religion avec deux païens qui se trouvent là. Il faut toujours semer, qui sait quelle parole aura son effet ?
    Nous avions mis une demi-heure de Chau-thanh à Hoa-dong, mais nous n'aurions mis que vingt minutes de là à Tan-hoa si ce n'était qu'il a bien fallu causer avec des chrétiens rencontrés sur le chemin et aussi avec quelques païens. Quand nous arrivons à l'église, les chrétiens de cette paroisse récitent les prières du midi. II est bien trois heures du soir, mais les montres sont plutôt rares. Ce n'est qu'après la récitation de ces prières que je puis procéder au baptême de l'enfant qu'on m'avait signalé le matin. Après la cérémonie, j'interroge quelques enfants, je fais tracer le signe de la croix aux plus petits et distribue des médailles. Puis nous repartons, cette fois c'est le retour.
    On s'arrête cependant encore à Kieu-an, nous passons si près et nous devisons quelque temps dans la maison d'un chrétien, car là encore ni maison, ni église, depuis qu'un typhon les a renversées ; nous parlons de quelques familles qui, par suite de la famine, sont parties pour la ville, espérant y gagner plus facilement leur vie. Puis nous remontons à cheval.
    Vingt minutes plus tard, nous étions de nouveau à Kieu-dong. A peine descendu de cheval, il me faut me munir de quelques remèdes et aller panser le pied d'un chrétien à moitié dévoré par un ulcère. Quelle vue et quelle odeur !
    L'annamite qui me suit ne peut s'y résoudre et sort. Je dois cependant faire le pansement et je le fais ; hélas, je l'avoue, ce n'est pas sans répugnance.
    Au retour, pendant que les chrétiens récitent les prières du soir et pendant qu'après ces mêmes prières les enfants apprennent devant l'église la lettre du catéchisme, j'ai griffonné ces lignes qui peut-être vaudront quelques prières et quelques secours au pauvre district de Kieu-dong dont le Bon Dieu m'a chargé.

    1912/317-318
    317-318
    Vietnam
    1912
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