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Un dernier \Banzai !""

Un dernier \ Banzai ! " Vingt ans, grand, figure émaciée, il était entré au sanatorium depuis un mois environ. Il y venait pour mourir, comme tous les phtisiques parvenus à ce stade de l'inexorable maladie. Personne ne s'y trompa et Martin Ogawa (c'était son nom) lui-même ne se faisait pas illusion, car à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés qu'il appelait le missionnaire : « Père, je voudrais me confesser ». Confession, communion, il les eut autant de fois qu'il les désira durant ce mois de juin, au Japon rude pour les malades, car c'est la saison humide."
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    Un dernier \ Banzai ! "

    Vingt ans, grand, figure émaciée, il était entré au sanatorium depuis un mois environ. Il y venait pour mourir, comme tous les phtisiques parvenus à ce stade de l'inexorable maladie. Personne ne s'y trompa et Martin Ogawa (c'était son nom) lui-même ne se faisait pas illusion, car à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés qu'il appelait le missionnaire : « Père, je voudrais me confesser ». Confession, communion, il les eut autant de fois qu'il les désira durant ce mois de juin, au Japon rude pour les malades, car c'est la saison humide.
    Vint l'heure de l'extrême-onction : chrétien depuis sa naissance, Martin la reçut dans les meilleurs sentiments de foi et de confiance en Dieu. Le lendemain, comme il baissait sensiblement, on lui appliqua l'indulgence plénière à l'article de la mort. « Maintenant mes affaires sont réglées, répétait-il ensuite ; désormais je suis tranquille. J'ai péché, c'est vrai, mais tout m'a été pardonné ; je pars en paix, car je m'en vais au ciel, chez le Bon Dieu ! ».
    Quelques heures encore et l'agonie commençaient, très douce le malade conservant toute sa lucidité. A tous ses amis chrétiens il fit ses adieux par un confiant « Sayô nara ! » (Au revoir !). Puis, réfléchissant : « Y a-t-il encore quelqu'un de ma connaissance que j'aie oublié ?..Ah ! Oui, le Père. Père, merci ! Grâce à vous... je m'en vais... tranquille...: merci ! ».
    Puis, tournant la tête et souriant longuement à la doctoresse païenne : « A vous aussi, merci ! » Et aux Soeurs, et à la petite infirmière, catéchumène, qui depuis un mois nuit et jour lui prodiguait ses soins avec une sollicitude de maman : « Et toi, deviens chrétienne ; au ciel je prierai pour toi ».
    Ici un temps, les yeux clos ; puis de nouveau regardant autour de lui et voyant son frère cadet en larmes : « Iwao, qu'est-ce que c'est que ces façons de faire ? II n'y a que toi qui pleures ici ! » Le pauvre Iwao a certes bien le droit de pleurer car son frère aîné parti, son père et sa mère étant morts, il ne lui restera plus personne. Cependant, sous le reproche de son aîné, il refoule tant bien que mal ses larmes. Quelqu'un vient alors à son secours : « Il pleure, oui, mais ce n'est pas de tristesse ; il pleure parce que tu vas au ciel ».
    « S'il en est ainsi, c'est bien ».
    Et Martin, ses devoirs de civilité si importants au Japon, remplis, de retomber tranquille sur ses oreillers.
    Soudain, à l'étonnement général, ce moribond qu'à peine un léger souffle soutenait encore, rouvre les yeux, étend les bras qu'il élève lentement, puis, dans cette posture, il laisse gravement tomber ces mots :
    « Tennô Heika, banzai ! » (Littéralement : A S. M. l'Empereur dix mille ans de vie, équivalent extrême-oriental de « Vive l'Empereur ! »).
    Cette fois, c'était fini : personne n'était oublié, il n'y avait plus qu'à attendre la mort. Les yeux clos, tranquillement, Martin l'attendit quelques dizaines de minutes et, tandis qu'autour de lui nous récitions le chapelet, les yeux ouverts une dernière fois, mais fixés alors sur le crucifix, il nous quitta. Requiescat in pace !

    J. LARRIEU,
    Missionnaire de Tôkyô.

    "
    1936/121
    121
    Japon
    1936
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