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Un congrès eucharistique à Bangalore

MAISSOUR Un congrès eucharistique à Bangalore Quand je reçus de notre vicaire général, le P. Baslé, l'aimable invitation d'assister au Congrès Eucharistique qui devait se tenir à Bangalore, les 17, 18 et 19 mai, j'ignorais complètement ce qu'était un congrès. Après avoir été témoin des belles démonstrations de celui de Bangalore, je ne peux taire mon enthousiasme et je veux essayer de vous faire part des impressions pleines de joie que j'ai éprouvées.
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    MAISSOUR

    Un congrès eucharistique à Bangalore

    Quand je reçus de notre vicaire général, le P. Baslé, l'aimable invitation d'assister au Congrès Eucharistique qui devait se tenir à Bangalore, les 17, 18 et 19 mai, j'ignorais complètement ce qu'était un congrès.
    Après avoir été témoin des belles démonstrations de celui de Bangalore, je ne peux taire mon enthousiasme et je veux essayer de vous faire part des impressions pleines de joie que j'ai éprouvées.
    En Europe, de nombreux Congrès Eucharistiques ont eu lieu. Leur but principal est toujours un acte de réparation pour les outrages adressés au divin Prisonnier de nos tabernacles.
    Dans l'Inde, Dieu merci, nous n'avons aucune insulte officielle à réparer ; nous sommes encore ici le « Pusillus Grex », le petit troupeau de l'Evangile perdu dans une masse de païens, de musulmans et de protestants de toutes sectes ; cependant, il ne vient à l'esprit d'aucun d'eux de nous tracasser ou même de nous faire de la peine à cause de nos croyances catholiques.
    Lorsque nos solennités annuelles ramènent les belles processions de la Fête-Dieu, les Européens protestants, les Indiens infidèles regardent avec respect ces manifestations de notre foi, et beaucoup d'entre eux les suivent de près.
    En tous temps, si le prêtre demande à la police l'autorisation de faire une procession dans la rue, soit durant le jour, soit durant la nuit, cette autorisation est toujours gracieusement accordée, et la police se charge de maintenir sérieusement le bon ordre, s'il le faut, parmi les curieux trop empressés ; et tout le monde ici trouve la chose très naturelle.
    Dès lors, il est aisé de s'imaginer combien furent belles les fêtes du Congrès de Bangalore.

    ***

    A l'appel du R. P. Caspar, carme déchaussé, le très zélé directeur général de la ligue Eucharistique des prêtres dans l'Inde, neuf évêques, Nosseigneurs :
    Bernard de Jésus, archevêque de Verapoly ;
    Ferdinand Ossi, évêque de Quilon ;
    Pierre Joseph Hurth, évêque de Dacca ;
    Hugues Madelain Bottero, évêque de Kumbakonam ;
    Auguste Roy, évêque de Coïmbatore ;
    Jean Aelen, évêque de Themisonium et coadjuteur de Madras ;
    Jean Menachiry, évêque de Paralus et Vicaire apostolique de Trichour ;
    Aloïs Pareparambil, évêque de Tium et Vicaire apostolique d'Ernaculam ;
    Mathieu Makil, évêque de Tralli et Vicaire apostolique de Changanacherry ; et une centaine de prêtres européens et in digères s'étaient réunis dans la ville de Bangalore, non seulement pour y rendre leurs hommages personnels au Sacrement de nos autels, en union avec les nombreux catholiques de cette ville, mais afin de réchauffer leur zèle et de discuter entre eux des moyens les plus pratiques pour augmenter la dévotion envers la Sainte Eucharistie parmi les fidèles.
    Bangalore, une des plus agréables stations militaires du sud de l'Inde, est la cité épiscopale de l'évêque du diocèse de Mysore. Les chrétiens indigènes y sont nombreux, près de dix-huit mille ; les catholiques européens, près d'un millier, civils et militaires, sont fiers de leur belle cathédrale où ils se rendent avec un empressement vraiment édifiant tous les dimanches et les jours de fête de l'année.
    Bangalore possède encore les églises du Sacré-cœur et de Sainte-Marie de Blackpally, qui furent bâties par l'évêque actuel, Mgr Kleiner, celle de Saint-Joseph ; le grand couvent du Bon Pasteur, celui des petites Soeurs des Pauvres, les écoles des Soeurs de Saint-Joseph de Tarbes, l'hôpital Sainte-Marthe, et enfin le collège Saint-Joseph, très peu éloigné de la cathédrale.
    Il fut décidé que les sessions du Congrès se tiendraient dans la vaste salle du collège, et que les cérémonies religieuses se déploieraient dans la cathédrale et son enclos qui mesure plusieurs hectares.
    La décoration de cette belle église était remarquable. Quand le P. Tabard et son digne vicaire, le P. Mascarenhas, font appel aux fidèles, hommes et femmes sont heureux de travailler à l'embellissement de la maison de Dieu ; cette fois encore l'appel fut entendu, et bientôt s'éleva au milieu des tentures et des fleurs, des lumières et des cierges, un trône digne du divin Roi dont on voulait fêter la majesté et l'amour pendant les jours du Congrès.
    L'avenue qui conduit à l'entrée de la cathédrale fut pavoisée d'oriflammes et de guirlandes, et au son des cloches, précédée de la musique militaire d'un régiment turc, le 77e Moplahs, entourée d'une foule considérable de catholiques et de protestants, la procession des évêques et des prêtres congressistes se déroula avec majesté et lit son entrée solennelle dans l'église, le soir du 17 mai, fête de saint Pascal Baylon.

    Le journal protestant l'Evening Mail, en témoigna son admiration. « Jamais, dit-il, l'Église catholique ne nous a présenté un plus beau spectacle à Bangalore, spectacle vraiment instructif et des plus imposants ».
    Eu l'absence de l'évêque, Mgr Kleiner, malade en France, le P. Tabard, dans un éloquent sermon, souhaita la bienvenue aux nobles visiteurs, venus de tant de diocèses éloignés, pour rendre leurs devoirs a Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, et s'efforcer ensuite de répandre cette dévotion en l'exaltant au-dessus de toutes les autres.
    Il fit remarquer à son peuple et aux nombreux protestants qui remplissaient l'église, sans compter tous ceux qui au dehors s'étaient massés aux portes et aux fenêtres, que cette belle assemblée d'évêques et de prêtres était une preuve vivante de l'unité de la foi dans l'Eglise catholique.
    Inconnus, hier, les uns aux autres, travaillant dans divers diocèses au même champ du Père de famille, ces évêques, parmi lesquels trois indigènes ; ces prêtres européens ou indiens, du rite latin ou du rite syro malabar, tous ces catholiques avaient une seule et même foi, un seul coeur, et sans l'ombre d'un doute ils chantaient à l'unisson : Credo unam sanctam, catholicam et apostolicam Ecclesiam.
    Oui, c'était « instructif », disait avec raison le journal protestant.
    Chacun avait encore présent à la mémoire le souvenir de l'assemblée décennale de toutes les sectes protestantes, qui ont des missionnaires, hommes et femmes, dans l'Inde et dans les pays voisins, assemblée qui s'était tenue il y a quelques mois à peine à Madras, non pas sous la présidence, mais en présence de l’évêque anglican de cette grande ville.
    Cet évêque avait, lui aussi, souhaité avec courtoisie la bienvenue à tous « ces ouvriers et ouvrières du Christ », à tous ces frères désunis, et avec beaucoup de tact mais aussi avec force, il leur avait recommandé d'éviter ce qui pouvait être dans les débats matière et cause d'irritation pour ceux qui n'ont pas les mêmes croyances, et de prier beaucoup afin qu'il plût à Dieu de faire disparaître du milieu des différentes sectes protestantes les nombreuses causes de désunion, vrai scandale pour les âmes qui cherchent la vérité en toute droiture et bonne volonté.
    Le parallèle entre le sermon du curé de la cathédrale de Bangalore et celui de l'évêque protestant de Madras était, plus que tout le reste, « instructif ».
    Nous voudrions pouvoir entrer dans le détail des discours, des débats et des exercices de piété qui ont rempli les trois jours du Congrès. D'excellentes choses y ont été dites, comme dans toutes les réunions semblables, afin de favoriser de plus en plus la dévotion envers l'Eucharistie, et d'attirer plus spécialement l'attention des prêtres sur certains points et certaines pratiques qui en découlent, comme : la solennité à donner à la première Communion des enfants, l'adoration perpétuelle à établir dans l'Inde, la communion plus fréquente parmi les fidèles, la visite journalière au Saint-Sacrement à propager, etc., etc.
    L'âme de toutes ces réunions était sans contredit Mgr Hurth, évêque de Dacca et président du Congrès. C'est un homme de belle stature, au visage coloré et toujours souriant ; il connaît très bien l'allemand, sa langue maternelle, le français et l'anglais ; sa parole est facile ; il a pris part aux réunions publiques de l'Amérique, où il a été missionnaire la plus grande partie de sa vie ; il est plein de feu et débordant de zèle. Son affabilité et son tact, ajoutant leurs charmes à tant de qualités, il eût été difficile de trouver un président plus parfait ; aussi, avec quelle attention tout le monde l'écoutait, et de quels applaudissements étaient salués ses avis et ses vœux !
    Parmi les rapports qui furent présentés au Congrès, il y en eut un en latin, sur « la Sainte Eucharistie et l'esprit moderne matérialiste », lu par un prêtre indigène, le P. Joao de Souza, de Goa. L'assistance fut charmée par l'érudition et par le style vraiment académique de l'auteur dont la jeunesse rehaussait encore le mérite ; et le président fit remarquer « qu'un des avantages du Congrès, et non l'un des moindres, serait de montrer la fausseté des idées répandues dans un certain milieu sur la prétendue infériorité de l'éducation du Clergé indigène de l'Inde ».
    Quelle ne serait pas, en effet, la surprise de quelques voyageurs, visitant le sud de l'Inde, d'y rencontrer des collèges ecclésiastiques où la langue de l'Eglise est vraiment une langue vivante, où, non seulement les élèves lisent et étudient en latin, dans leurs salles de classes, avec les professeurs ; mais encore, en récréation, jouent et règlent leurs différends dans la langue de César !
    La bénédiction du Saint-Sacrement, le soir du second jour, inspira à l'Evening Mail, les lignes suivantes : « Après une heure d'adoration faite par le clergé et tous les fidèles, le Pater noster fut chanté sur le même ton qu'à la messe, par tous les prêtres et par le chœur ; l'effet était simplement sublime. Alors Mgr Mathieu Makil, évêque de Tralli et Vicaire apostolique de Changanacherry, vêtu des ornements pontificaux et assisté par deux prêtres du rite Syro malabar, fit son entrée dans le sanctuaire et donna la bénédiction du Très Saint-Sacrement, après avoir chanté en syriaque, avec ses assistants, les répons et l'oraison qui suivent le chant du « Tantum ergo », à la surprise assez naturelle de l'assemblée à qui cela parut un peu plus long qu'en latin ».
    La troisième et dernière journée fut terminée par un beau sermon de Mgr de Dacca sur ce texte : « Venite ad me omnes ». L'orateur parla avec une éloquence qui partait du coeur, sur les grands besoins de la société actuelle et sur le remède infaillible des maux qui affligent partout les âmes. « L'Eucharistie est la grande charte de la véritable égalité et de la fraternité des hommes, sur lesquelles est basée l'organisation de la civilisation chrétienne. Tout restaurer dans le Christ, voilà notre devise qui est aussi celle de Notre Saint Père le Pape ».
    Après ce discours, la procession du Saint-Sacrement eut lieu. Il était nuit ; les évêques et les prêtres portaient un cierge allumé. Les longues théories des enfants des écoles, le groupe des enfants de choeurs les précédaient. L'ostensoir était porté sous un riche baldaquin par l'archevêque de Verapoly, « et, dit encore le journal protestant, plus de dix mille chrétiens accompagnaient la procession, tous absorbés dans la prière et offrant en vérité un très imposant spectacle ».
    Les joyeuses envolées des cloches, les retentissantes fanfares de la musique militaire, les chants graves du clergé, les mystérieuses profondeurs des longues allées de l'enclos, ajoutaient encore à tant de solennité ; aussi, au milieu de cette foule ravie, le plus profond silence régna, jusqu'au moment où l'on entonna le Te Deum qui résumait admirablement les sentiments dont les coeurs étaient remplis.
    Les membres de la ligue Eucharistique des prêtres peuvent à juste titre se féliciter du succès de ce troisième Congrès et espérer de réussir à déterminer, ou plutôt à augmenter l'impulsion donnée au mouvement qu'ils veulent général, d'attirer è Notre-Seigneur dans son très Saint-Sacrement tous les coeurs des fidèles de ce pays. Qu'ils soient bénis et félicités d'avoir donné cet édifiant spectacle.
    Espérons aussi que, pour beaucoup de protestants, cette leçon pratique ne sera pas perdue, et à ce sujet je veux vous raconter un fait :
    Une dame, mariée à un ministre protestant à Bangalore, se convertit après la mort de son mari, vers 1880. Je lui demandai, un jour, quelle avait été la première cause de sa conversion :
    « Quand j'eus perdu mon mari, me dit-elle, j'étais extrêmement affligée et je redoublais d'assiduité à tous les sermons et services dans les temples protestants de Bangalore, pour faire diversion à ma douleur.
    « Un jour, c'était un mercredi, j'allai chez les Ecossais, au Kirck Saint Andrew, et le ministre prêcha sur l'Eucharistie ; il développa les croyances de sa secte sur ce sujet, disant que Notre Seigneur n'était nullement présent dans le pain et le vin offert pendant le service, mais que c'était un simple souvenir ou une répétition de la Cène avant la Passion, pour nous rappeler son immense amour.
    « Le vendredi soir je me rendis chez les Anglicans de la Haute Eglise, à Saint-Marc, tout en face, et par hasard le ministre prêcha aussi sur le même sujet et développa la doctrine des Ritualistes sur la présence réelle de Notre-Seigneur au Saint-Sacrement.
    « Ce fut cette flagrante contradiction entre les deux ministres protestants, tous deux chargés de prêcher la vérité, et incapables de s'entendre sur un point aussi grave de la religion chrétienne, qui fit naître des doutes dans mon esprit ; je cherchai des explications au couvent du Bon-Pasteur et trouvai enfin la vérité et la paix dans l'Eglise catholique ».

    Ici, dans l'Inde, nous sommes bien en arrière de l'Angleterre, de l'Amérique ou de l'Australie, sous le rapport des conversions des protestants au catholicisme. L'Inde ne peut être comparée à aucune colonie anglaise, sous une foule de rapports et spécialement au point de vue religieux ; il faut espérer cependant que les futurs Congrès, que l'on organisera dans un grand nombre de villes de l'Inde, auront pour résultat de rapprocher les protestants de nos églises, de détruire beaucoup de leurs préjugés, de les édifier et de les porter à examiner si la vérité n'est pas chez nous, intégrale et complète comme elle l'a toujours été, sans changement ni altération.
    Quel bonheur si tant d’âmes droites et honnêtes voulaient étudier la question, prier beaucoup et obtenir enfin la lumière dont nous sommes inondés, sans aucun mérite de notre côté et par la pure miséricorde de Dieu.

    1904/292-298
    292-298
    Inde
    1904
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