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Un célèbre Pèlerinage bouddhique en Chine : Le mont Omi

Un célèbre Pèlerinage bouddhique en Chine Le mont Omi Le mont Omi, le plus haut sommet (3.450 m.) d'un important massif montagneux de la province du Setchoan, est le lieu de l'un des plus célèbres pèlerinages de la Chine. Le versant occidental de la montagne est à pente douce et relié à d'autres hauteurs voisines ; mais le versant oriental se dresse presque droit dans le ciel comme une muraille, qui domine la plaine et l'écrase.
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    Un célèbre Pèlerinage bouddhique en Chine

    Le mont Omi

    Le mont Omi, le plus haut sommet (3.450 m.) d'un important massif montagneux de la province du Setchoan, est le lieu de l'un des plus célèbres pèlerinages de la Chine. Le versant occidental de la montagne est à pente douce et relié à d'autres hauteurs voisines ; mais le versant oriental se dresse presque droit dans le ciel comme une muraille, qui domine la plaine et l'écrase.
    Un voyage au mont Omi est, pour tout étranger de passage dans la région, une excursion classique, traditionnelle. Lorsque les pasteurs protestants ont voulu choisir un endroit pour leur villégiature d'été, c'est sur le mont Omi qu'ils ont jeté leur dévolu et leurs bungalows couvrent toute une colline sur le flanc de la grande montagne : le site est agréable, aussi viennent-ils, de fort loin quelquefois et toujours plus nombreux, y passer trois mois chaque année.
    En s'établissant là, les bonzes ont eu la main heureuse. Ils ont, du reste, le coup d'oeil juste en ce domaine ; ils ont le sentiment des beautés de la nature : on le voit au goût sûr qui préside au choix de leurs installations. Plutôt moines que séculiers, ils cherchent la solitude. En pays de plaine, leur préférence sera pour les moindres éminences ; en pays accidenté, ils choisiront le flanc ou même le sommet de montagnes d'accès pénible et difficile, mais où leurs temples sont si gracieux dans leur cadre de verdure, en face d'un beau paysage, dans un air pur et loin du bruit.
    Cependant, si le pittoresque suffit à la beauté d'une installation, il ne saurait à lui seul lui donner de la vogue et lui attirer les foules. La dévotion populaire ne se nourrit pas que de poésie, il lui faut aussi du merveilleux. Que si l'on crée, autour d'une pagode, une atmosphère de ce genre, non seulement la pagode, mais ses environs jouiront du même prestige : la terre sera considérée comme sacrée, les formes ou aspects du paysage deviendront des représentations divines, les phénomènes naturels ne seront plus vus sous leur vrai jour ; les sites seront peuplés de génies, les bêtes malfaisantes même seront respectées et parfois honorées d'un culte, etc.
    Ainsi en a-t-il été pour le mont Omi. Le dieu tutélaire qu'on y invoque est un Indien, Sa-mantabhadra, dont le nom chinois, traduit du sens indien, est « Pouhien », qui signifie « universellement sage ». Pouhien a été fondateur d'une école bouddhiste : il a créé le « tantrisme », aussi ses disciples n'ont pas manqué de le joindre au panthéon bouddhique, et c'est au mont Omi qu'ils ont placé son séjour. Cependant il aime à voyager et change souvent de demeure. Mais à peine l'a-t-on invoqué qu'il arrive. Sa vertu ne le cède en rien à sa majesté, ce qui lui a valu le titre d'« Esprit puissant à la grande allure ».
    Mais essayons de gravir la sainte montagne. Partant de la plaine, le changement va être aussi brusque que complet. Les habitations vont devenir de plus en plus rares. A peine en apercevrons-nous quelques-unes accrochées aux flancs des collines ou sur des plateaux minuscules surplombant des précipices. A mi-hauteur de la montagne nous ne verrons plus que des pagodes et des couvents bouddhiques.
    La cime étant inaccessible de front, nous serpentons par les gorges latérales : c'est plus long, mais les difficultés ne sont pas insurmontables.
    Nous voici à l'entrée de l'enceinte du monastère : c'est un défilé long et tortueux, étroitement resserré entre deux montagnes escarpées. Un torrent coule au fond. Cette gorge s'appelle la « Porte du Dragon ». La montagne est bien gardée. La terrible bête a son antre près de là, sous le chemin qui suit la rive droite du torrent. On suit ce chemin, déjà en pleine montagne, étroit sentier aux dalles usées par les pieds des pèlerins, qui d'abord file à flanc de coteau, puis brusquement se redresse en escaliers fort raides. Les degrés, très hauts, parfois disjoints, menacent ruine. L'ascension est rude, mais la fatigue s'oublie vite dans ces belles forêts pleines de senteurs résineuses, égayées par des concerts d'oiseaux et par un murmure d'eau vive. Tous les kilomètres, en moyenne, un temple émerge des futaies : architecture, clochetons, portiques rouge et or, sous lesquels erre un peuple de bonzes en toges couleur de cendre, le chef rasé. Les dorures sont défraîchies, la peinture craquelée, mais à distance, dans ce demi-jour de crypte, l'effet est saisissant.
    Nous faisons halte à la pagode de « Suen-yang-tsien », près de laquelle un torrent se précipite dans un abîme dont il est impossible de scruter la profondeur à travers la végétation folle et le rejaillissement des eaux pulvérisées.
    Un peu avant la nuit, au sommet d'une dernière rampe plus dure encore que les précédentes, nous arrivons aux portes du grand « Monastère des dix mille années ». Par une voûte très basse pratiquée dans la muraille cyclopéenne on accède dans une première cour dallée, devant un magnifique Bouddha en bronze doré de 20 pieds de hauteur. Puis on s'achemine, par un large escalier, vers le couvent proprement dit, dont les vastes bâtiments occupent plusieurs terrasses ombragées de beaux arbres. Le monastère est bâti au pied de l'arête principale du mont Omi, à l'altitude de 1.300 mètres. Bien que desservi par des bonzes, le temple est cosmopolite : à côté de la trinité bouddhique Gautama-Milé-Amitha, qui y occupe la place d'honneur, les dieux de l'Inde et de la Chine ont aussi leurs autels. Pouhien, le dieu tutélaire du monastère dispose d'une chapelle à part, très richement ornée. Venu de l'Inde, dit-on, sur un éléphant blanc, il est représenté sur cette monture, placée sur un piédestal formé de quatre fleurs de lotus d'un mètre de diamètre. Ce monument, chef-d'oeuvre de la métallurgie chinoise, est haut de 10 mètres ; il date du Xe siècle. Les proportions en sont admirables, le modelé très pur ; avec les années le métal a pris une patine étrange, d'un ton très chaud, d'un bel effet.
    Cependant dix heures de marche nous séparent encore du sommet de la montagne, qui domine de 2.700 mètres le temple que nous venons de visiter ; dix heures de marche et 40 pagodes plantées comme des nids d'aigles aux creux des rochers. Si jusque là il était difficile d'employer les palanquins et les chevaux, désormais c'est impossible, et, si l'on est mauvais marcheur, il n'y a d'autre ressource que de se faire transporter à dos d'homme. Les porteurs qui font ce service emploient une sorte de cadre en bois qui épouse la forme du dos et des reins et qui est muni d'un siège et d'un accoudoir, auxquels le voyageur est attaché solidement. L'appareil n'a rien d'esthétique ; trop lent pour la montée, il est dangereux à la descente et ne peut être évidemment que d'un confortable très relatif.
    Laissant donc à dautres ces modes de locomotion, nous continuons à pied notre ascension. Les pagodes succèdent aux pagodes presque sans interruption, les unes plus spacieuses, les autres de dimensions moindres et sans cachet spécial. Toutes sont construites sur le même plan : un vestibule avec les dieux chargés d'écarter les mauvais esprits ; puis la grande salle du dieu principal, derrière laquelle une autre donne asile aux divinités secondaires, et, tout à fait à l'arrière, les logements des pèlerins. Les appartements des bonzes sont sur les ailes.
    Outre les pagodes on rencontre un grand nombre de pagodons dédiés au « Roi de la Montagne », et ce roi n'est autre que la panthère, qui, de temps à autre, satisfait son appétit aux dépens de quelque pèlerin ; aussi n'est-il pas prudent de voyager seul.
    Après plusieurs escalades plutôt pénibles je passai la nuit dans une pagode, au bruit monotone d'une cascatelle. Le lendemain matin, faisant une petite ronde, je vis que tout y était rongé par l'humidité ; aussi en gardai-je mauvais souvenir, bien que j'aie été gratifié d'un entretien avec le supérieur du monastère et d'un thé d'honneur accompagné de gâteaux. Quelque temps après mon passage, cette même pagode reçut la visite des brigands. N'ayant pas trouvé leurs perquisitions assez fructueuses, ils se saisirent du supérieur, le menaçant de mort s'il ne leur livrait les trésors supposés de son couvent ; le supérieur n'avouant rien, ils l'arrosèrent de pétrole et y mirent le feu ; le malheureux s'élança, tout en flammes, dans un grand baquet d'eau destinée aux ablutions purificatoires et réussit à éteindre le feu, mais il mourut peu après des suites de ses brûlures.
    Continuant l'ascension vers le sommet, on gravit les premières marches avec une ardeur que ralentit bientôt la raideur des pentes. On traverse des pagodes aux noms évocateurs : Lotus de pierre, Bain de l'éléphant, Nuage blanc, Caverne du tonnerre, etc. En approchant du sommet, on voit quelques tombeaux d'une forme spéciale : il y aurait eu, dit-on, des moines bouddhistes qui auraient poussé la dévotion jusqu'à se faire brûler vifs, et ces petites tours seraient destinées à perpétuer leur souvenir.
    Enfin on parvient au sommet de la montagne, et là, embrassant dans tous les sens cette vaste étendue de pays, on reste fasciné et comme anéanti par la grandeur du spectacle : c'est certainement l'un des panoramas les plus grandioses que l'on puisse contempler ; mais combien est affligeante à l'âme d'un missionnaire la pensée qu'un si beau domaine est l'apanage presque exclusif du démon ! Le nombre considérable des pèlerins 100.000 au moins, qui chaque année font ce laborieux et pénible pèlerinage n'en est-il pas une preuve trop convaincante ? Com- ment lutter contre cet ennemi séculaire ? Comment le déloger de ces positions qui semblent inébranlables ?
    Durant la nuit que je passai au sommet du mont Omi, j'eus un songe. Comme je parcourais du regard l'immense horizon qui s'étendait sous mes yeux, je remarquai, sur la route des pèlerins, à l'endroit où tous les chemins se réunissent en un seul pour entrer dans la montagne, un grand espace clos de murs, dans lequel s'élevaient plusieurs bâtiments autour desquels des hommes qui me paraissaient de petites fourmis, s'agitaient, semblant se livrer à divers travaux ; puis, à un signal que je ne pus entendre, tous abandonnèrent leur occupation et se dirigèrent vers une maison plus grande et plus élevée que les autres, occupant le centre du terrain, et dont le toit me parut surmonté d'une croix... Et je compris. Un monastère avait été fondé là, milieu de sanctification personnelle et foyer d'influence au dehors. Des moines, correspondant à leur glorieux passé et à leur austère vocation, sont venus apporter à l'oeuvre d'évangélisation le concours de leurs prières, de leur travail et de leurs sacrifices, et, s'il plaît à Dieu, pendant des siècles ils exerceront dans les milieux païens une influence profonde. Un jour viendra où le pèlerinage du mont Omi sera un pèlerinage chrétien...
    La joie intense que Me causa la perspective d'un tel avenir me réveilla soudainement. Hélas, ce n'était qu'un beau rêve.
    Mais pourquoi ce rêve ne deviendrait-il pas une réalité ?...

    Un missionnaire du Setchoan.
    1936/163-168
    163-168
    Chine
    1936
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