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Un banquet Franco Siamois

VARIÉTÉS Un banquet Franco Siamois AU SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES EN 1686. Pendant le XVIIe siècle, les évêques et les prêtres des Missions Etrangères avaient réussi à nouer des relations entre la France et le royaume de Siam. Grâce à eux et particulièrement à Mgr Pattu, à Mgr de la Motte Lambert et à Mgr Laneau, des ambassades Siamoises furent envoyées en France, ayant des missionnaires pour guides et pour interprètes. La troisième ambassade, celle de 1686, fut spécialement brillante.
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    VARIÉTÉS

    Un banquet Franco Siamois

    AU SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES EN 1686.

    Pendant le XVIIe siècle, les évêques et les prêtres des Missions Etrangères avaient réussi à nouer des relations entre la France et le royaume de Siam.
    Grâce à eux et particulièrement à Mgr Pattu, à Mgr de la Motte Lambert et à Mgr Laneau, des ambassades Siamoises furent envoyées en France, ayant des missionnaires pour guides et pour interprètes.
    La troisième ambassade, celle de 1686, fut spécialement brillante.
    Un jour, ses membres furent invités à dîner au Séminaire des Missions Etrangères et le supérieur, M. de Brisacier, écrivit le récit de cette fête à M. Charmot, un missionnaire de Chine, qui plus tard devint procureur à Rome.
    C'est cette lettre que nous publions :
    Paris le 16 décembre 1686

    Mardy dernier, Messieurs les Ambassadeurs nous rendirent une visite de cérémonie le soir, je les complimentay en François, M. de la Noe en hébreu, M. Pocquet en grec, M. Thiberge en latin et M. de Lionne en siamois, vous trouverez icy tous nos compliment, scavoir celuy de M. Thiberge et le mien dans la mesme langue qu'ils ont este prononcés, et les trois autres traduits en françois. MM les duc Evêque de Laon, le marquis d'Aligre, l'Abbé Pelletier, l'Abbé de Nesmond, de Lagny, Cébéret, Soullet, Des Vieux, Lefebvre nostre ancien missionnaire et agent de Rome, les Pères Couplet et Spinola2 estoient présents, et cela se passa fort bien, grâces à Dieu. Dès que le premier Ambassadeur eust répondu, ce qu'il fit fort obligeamment, le maistre d'hostel de madame de Nesmond nous vint avertir que la table estoit servie ; on l'avoit mise à un bout du réfectoir après avoir osté toutes nos tables ordinaires ; le lieu estoit éclairé de bougies, et l’autre bout du réfectoir estoit preposé pour le buffet. Ce repas fut servi avec toute la propreté, toute la magnificence et toute la tranquillité possible. Madame de Miramion en a fait la dépense qui, selon le sentiment des personnes entendues, ira bien à soixante ou quatre-vingt pistolles, et nous eusmes toute la vaisselle, tout le linge et tous les officiers de chez Madame de Nesmond. Il y eut assurément un fort grand ordre, pendant que les maistres mangeaient dans le grand réfectoire, nous fismes manger dans le petit, à une table séparée, dont nous prismes soin, les deux interprètes, les deux secrétaires et le chinois du Père Couplet. Dès qu'on fust sorti de table, on prit de quoy donner à souper aux vallets des Ambassadeurs et aux deux Suisses de leur hostel, qui est oient venus garder nostre porte.

    1. A. M.-E., vol. 10 p. 311.
    2. Deux Pères Jésuites.

    Lorsque la compagnie s'en fust aller, environ sur les huit heures et demie, madame de Miramion ayant ordonné qu'on ne reportas rien chez elle, nous nous mismes autour de la table des Ambassadeurs avec trois de nos amis de la maison de Sorbonne, et il en resta encore assez, après nous, pour faire souper nos gens du Séminaire et les officiers de l'hostel de Nesmond, qui estoient au nombre de quinze ou vingt, car outre les laquais qui servoient à table et outre les cuisiniers du rosti, qui s'est oient mis dans notre petite salle près de la porterie, et les cuisiniers du ragoust, et les pâtissiers qui avoient pris notre cuisine ordinoire, et les sommeliers qui s'est oient portés pour le fruit dans notre salle du poêl, il y avoit encore quatre ou cinq vallets de chambre fort bien faits qui avoient soin des troix ambassadeurs, de M. De Laon et de M. le marquis d'Aligre, et tout ce monde estoit soubs la conduite d'un maistre d'hostel, qui par son honnesteté en inspirait à tous les autres.
    Cette honnesteté fut si grande que lorsque nous fusmes à table, les mesmes personnes qui avaient servi les Ambassadeurs nous servirent aussi eux-mêmes, sans qu'on pust les en empescher.
    Tout estoit fini à dix heures et demie, la vaisselle d'argent estoit mesme lavée et portée dans ma chambre de sorte que tous les gens de l'hostel de Nesmond furent rendus chez eux à onze heures. M. le marquis me dit en voyant le repas qui estoit une collation lardée, qu'il avait beaucoup de l'air et de la, délicatesse de ceux de Versailles ; on leva deux fois devant les ambassadeurs seulement quelques plats pour leur en servir d'autres par distinction, comme on fait chez le Roy, quand il traite quelqu'un qu'il veut honorer.

    1904/238-240
    238-240
    France
    1904
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