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Un apôtre laïque

Un apôtre laïque Le 9 février dernier, s'éteignait à Caimon (Cochinchine) un jeune homme de 23 ans, qui, dans sa trop courte vie, a bien mérité le titre d'apôtre laïque. Apôtre, il voulut toujours l'être, et certainement il le fut.
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    Un apôtre laïque

    Le 9 février dernier, s'éteignait à Caimon (Cochinchine) un jeune homme de 23 ans, qui, dans sa trop courte vie, a bien mérité le titre d'apôtre laïque. Apôtre, il voulut toujours l'être, et certainement il le fut.
    A un âge tendre encore, il fallut même une permission spéciale, Jean-Baptiste Mai van Huong, qui appartenait à une excellente famille de Caimon, fut envoyé au Séminaire. Déjà, au pied de l'autel qu'il fréquentait assidûment en sa qualité de servant de messe du P. Dumortier, (aujourd'hui évêque de Saigon), le jeune Jean-Baptiste avait contracté de solides habitudes de piété avec le goût des choses de Dieu. Il voulait, lui aussi, devenir prêtre, pour sauver des âmes, beaucoup d'âmes !
    Au séminaire, il grandit, entouré de l'estime de ses condisciples. Malheureusement sa santé ne lui permit pas de demeurer dans la maison de Dieu plus de cinq ans. Sur l'avis du médecin, qui avait diagnostiqué une grande faiblesse des bronches, il dut revenir à Caimon.
    L'épreuve fut dure à supporter pour ce coeur qui déjà s'était donné au Bon Maître et qui voulait être son ministre. Cependant il se résigna, persuadé que c'était la volonté de la Providence et qu'il n'avait qu'à s'y soumettre.
    Apôtre, apparemment il ne le serait donc pas ; il le croyait du moins ! Mais Dieu avait ses desseins.
    En 1930, un jeune missionnaire arrivait à Caimon pour apprendre la langue annamite. Quel serait son professeur ? On lui parla de Jean-Baptiste Huong, qui aidait alors ses parents dans les travaux du jardinage. Invité à se présenter à la cure, le jeune homme accourut avec promptitude. Timidement, il offrit ses services, si le Père voulait de lui » et le Père accepta.
    A peine les études étaient-elles commencées que Jean-Baptiste parla au prêtre d'une vieille apostate qu'il connaissait. Elle était en danger de mort. Ah ! Si le Père consentait à aller là-bas avec lui dans ce village païen, peut-être se convertirait-elle ». Aussitôt il fut convenu qu'on irait à Caihang. Le voyage se fit à pied à travers la rizière. Le pauvre Jean-Baptiste suivait déjà avec peine, mais sans se plaindre : il ne s'est jamais plaint et, quand on lui demandait s'il était fatigué, il répondait invariablement, en souriant : « Fatigué, oui un peu, un tout petit peu ». Brave garçon ! Il voulait conquérir des âmes et, pour gagner des âmes, que lui importait sa vie ?
    Que de fois, dans la suite, il revint à Caihang ! Toujours à la peine, c'était lui qui signalait les malades en danger, qui préparait les voies devant le missionnaire, qui instruisait, qui réfutait les objections, qui catéchisait, qui priait surtout, car il savait bien que la prière obtient tout ! Un mourant refusait-il de se laisser baptiser, Jean-Baptiste suppliait le ciel avec plus de ferveur et confiait tristement au Père que « cela l'empêchait de dormir » !
    Grâce à son zèle, la vieille chrétienté, si endurcie, se convertit, des catéchumènes s'inscrivirent en grand nombre, plusieurs baptêmes d'adultes à l'article de la mort furent administrés, une école, une chapelle s'élevèrent successivement, un poste nouveau fut fondé !
    Il convient d'insister sur ces mots grâce à lui », car, comme tous les vrais apôtres, il fut humble de coeur et lorsque, par la suite, on parlait de Caihang, se considérant comme un serviteur inutile, il aimait à répéter simplement en s'effaçant : « Le Père a fait ceci, le Père a fait cela ! » A l'entendre lui n'y était pour rien.
    Lorsque, en juin dernier, on eut le bonheur de baptiser à Caihang plus de cent catéchumènes ; Jean-Baptiste ne se tenait pas de joie. Il était heureux de voir là de grandes choses s'accomplir ! Il était heureux, mais il ne tirait pas vanité de ce qui avait été beaucoup son oeuvre à lui. Quand le curé de Caimon le félicita devant tous et rappela d'une façon touchante comment, par tous les temps, le jeune apôtre avait peine à suivre le missionnaire à la démarche rapide, quand, à leur tour, les nouveaux chrétiens remercièrent celui ; qui avait tenu la torche grâce à laquelle ils avaient pu voir le droit chemin, grâce à laquelle les ténèbres du paganisme avaient été dissipés, on aurait difficilement trouvé Jean-Baptiste... Il s'était caché !
    Même après le rappel du jeune Père à Saigon, Jean-Baptiste demeura la Providence de Caihang. Fréquemment, il s'y rendait malgré ses forces qui diminuaient. Il pacifiait les petits conflits qui pouvaient naître et, chose curieuse en ce pays, malgré sa jeunesse, il faisait autorité. Avant Noël, il était là pour préparer la fête, exhortant les uns et les autres et ne consentant jamais à abandonner le dépôt que le Père, en partant, lui avait confié. Un lépreux, qu'il n'hésita pas à accepter comme filleul, recevait, lui aussi, fréquemment sa visite... et ses discrètes aumônes.
    Vers la fin de janvier, Jean-Baptiste, maintenant au service d'un nouveau missionnaire, revenait avec lui d'une chrétienté. Il fut frappé sans doute d'une insolation et s'alita pour ne plus se relever, offrant généreusement sa vie pour les âmes. Le curé de Caimon affirme qu'il a fait la mort d'un saint.
    Sans même rien savoir de sa brusque maladie, n'ayant pas été touché par les lettres qui la lui signalaient, le Père, son ancien élève, partit pour Caimon. Arrivé là, il fut stupéfait d'appendre le rapide dénouement et ne put que contempler une dernière fois les traits d'un visage empreint d'une étrange sérénité.
    On fit à Jean-Baptiste des obsèques émouvantes. Et ce qui frappait surtout, c'était le nombre de ceux qui voulurent accompagner le petit apôtre jusqu'au coin de terre où il repose. Il est rare en effet, dans ce pays qu'un cortège soit aussi imposant pour un jeune homme ! Une seule explication est permise, c'est que ce dernier avait su gagner toutes les sympathies. Trois missionnaires étaient là, et même le commissaire de l'endroit, venu pour témoigner son affection à celui dont la douceur et la politesse l'avaient conquis.
    Une messe fut célébrée le surlendemain à Caihang et toute la chrétienté y assista et y communia. Comme le Père y parlait de celui qui avait laissé des regrets unanimes, il s'écria : «Il me semble voir dans le ciel la vieille chrétienté convertie et tous les baptisés de ce village, pieusement décédés, accourir à la rencontre de Jean-Baptiste et parler pour lui au pied du trône de l'Agneau » ! A ces mots, des larmes jaillirent de bien des yeux !
    Telle fut cette courte vie, toute dévouée au service de Dieu et du prochain. Puisse Jean-Baptiste Huong, l'apôtre de Caihang, veiller du haut du ciel, où nous n'hésitons pas à le placer, sur la petite chrétienté à laquelle il fit tant de bien et susciter parmi les jeunes, un courageux élan vers la conquête des âmes
    F. P.
    1933/177-178
    177-178
    Vietnam
    1933
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