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Un « Partant » de 1868

Un « Partant » de 1868 Le mercredi 6 juin, à une heure matinale, se déroulait dans l'église paroissiale de Châteaugiron une émouvante cérémonie : un vénérable missionnaire, plus qu'octogénaire, gravissait les degrés de l'autel pour remémorer par une messe solennelle le soixantième anniversaire de sa consécration sacerdotale.
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    Un « Partant » de 1868

    Le mercredi 6 juin, à une heure matinale, se déroulait dans l'église paroissiale de Châteaugiron une émouvante cérémonie : un vénérable missionnaire, plus qu'octogénaire, gravissait les degrés de l'autel pour remémorer par une messe solennelle le soixantième anniversaire de sa consécration sacerdotale.
    Le R. P. Alfred Pettier, des Missions Etrangères de Paris, naquit à Châteaugiron le 21 décembre 1843, compléta ses études théologiques à Paris, fut ordonné prêtre le 6 juin 1868 et immédiatement désigné pour la lointaine mission du Japon. A peine put-il revoir sa petite ville natale avant de rejoindre son poste, car dès le début de septembre, il était en vue des côtes nippones, après une longue et fatigante traversée, car les paquebots de l'époque ne comportaient pas l'aménagement et le luxueux confort de nos jours. Le 8 septembre, il débarquait à Yokohama, l'un des trois ports ouverts aux Européens. Le pays était en pleine révolution, et de plus la persécution s'était renouée contre les indigènes chrétiens : rien à faire pour le jeune missionnaire. Il reçut l'ordre de rejoindre Hakodaté où, à cause de la guerre civile, il ne put parvenir que l'année suivante. Ce n'est qu'en 1872, qu'il retourna à Yokohama, en qualité de curé de la paroisse catholique du Sacré Coeur, paroisse bien pauvre et sans ressources ; encore fallut-il qu'à la fin de 1874, un incendie détruisît la résidence des missionnaires, leur imprimerie, leur atelier de lithographie et leur bibliothèque.
    De 1875 à 1885, le P. Pettier déploya son zèle à Hakodaté, puis revint à sa chère paroisse du Sacré-Coeur. Durant ces dix dernières années, la paix s'était affermie au Japon, le pays s'était développé, des besoins nouveaux se faisaient sentir de toutes parts. Les catholiques de Yokohama voulurent une église plus décente et dans un site plus convenable, mais l'argent manquait. Le curé sut organiser sa paroisse au point de vue financier et grâce aux ressources locales ou personnelles qu'il mit en jeu, parvint à restaurer sa vieille église, à la meubler et même à la doter d'un orgue. Non satisfait des résultats acquis, il poussa encore de l'avant, acquit un terrain dans l'un des beaux quartiers de la ville, et en 1906, y éleva une église gothique en briques, un luxe pour le Japon d'alors qui ne connaissait guère que le bois et le papier comme matériaux de constructions.
    Les années, loin d'affaiblir son ardeur, semblaient donner une impulsion nouvelle à ses travaux ; toujours sur la brèche, il atteignit sa soixante-quinzième année et ses paroissiens, après une semaine de retraite, l'Archevêque à leur tête, célébraient avec une pompe remarquable ses noces d'or sacerdotales.
    Peu après les inoubliables fêtes de Yokohama, le vénéré jubilaire ressentit cruellement les atteintes de l'âge : sa vue était menacée et il revint en France pour recevoir des soins, et ce n'est qu'après huit ans de cécité complète que d'habiles praticiens ont pu redonner un peu de lumière à ses yeux.
    Le Père Pettier, qui est actuellement dans une maison de retraite du Midi, le sanatorium de Montbeton, n'a pas oublié son pays natal ; il y revient tous les ans faire un court séjour.

    Sté Gle d'imp. Et d'Ed., i, rue de la Bertauche, Sens. 8-28.

    1928/172
    172
    France
    1928
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