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Travaux de la société des missions étrangères en 1908

Travaux de la société des missions étrangères en 1908 L'EUROPE EN EXTRÊME-ORIENT Le Compte Rendu des travaux de la Société des Missions Etrangères commence par un tableau statistique que nous reproduisons. Nos Lecteurs verront que l'apostolat dans les pays infidèles, s'il n'est pas aussi rapide que nous le désirons, fait cependant quelques progrès. MAI JUIN 1909, n° 69.
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    Travaux de la société des missions étrangères en 1908

    L'EUROPE EN EXTRÊME-ORIENT

    Le Compte Rendu des travaux de la Société des Missions Etrangères commence par un tableau statistique que nous reproduisons.
    Nos Lecteurs verront que l'apostolat dans les pays infidèles, s'il n'est pas aussi rapide que nous le désirons, fait cependant quelques progrès.

    MAI JUIN 1909, n° 69.

    Ces progrès sont principalement caractérisés par les conversions d'adultes qui, en 1908, se sont élevées au chiffre de 33.584, sur lesquelles il faut compter 415 conversions de protestants.
    Ce résultat seul nécessite des efforts considérables et persévérants. Il est facile de s'en rendre compte en examinant la situation religieuse des pays, chrétiens depuis des siècles. Prenez, en France, par exemple, une paroisse de 1000 ou de 10.000 habitants ; étudiez son état religieux pendant une ou plusieurs années ; ne vous contentez pas d'appréciations générales, ayez recours aux chiffres : combien en telle année, cette paroisse comptait-elle de chrétiens pratiquant strictement leurs devoirs religieux, c'est-à-dire se confessant et communiant à Pâques, respectant le dimanche et les fêtes d'obligation, ne faisant aucun tort à leur prochain ? Combien cette même paroisse en compte-t-elle actuellement ? Combien, chaque année, pendant ce laps de temps, a-t-elle perdu ou gagné de chrétiens pratiquants ? S'il faut en croire l'opinion publique, la vie chrétienne aurait gagné en intensité dans les âmes pieuses ; elle aurait perdu en extension dans la masse, c'est-à-dire que les âmes pieuses seraient plus pieuses aujourd'hui qu'il y a 10 ans, et que les chrétiens ordinaires, observant strictement leurs devoirs religieux, seraient moins nombreux.
    Et cependant que de zèle est dépensé, que d'oeuvres d'éducation et de charité sont établies, qui toutes ont pour but la conservation et l'extension de la foi.
    Or, au lieu d'habiter des pays chrétiens, de posséder des ressources considérables, d'avoir des auxiliaires instruits et dévoués, lés missionnaires travaillent dans des régions païennes, avec des ressources très limitées, des auxiliaires rares et souvent ignorants. Les 33.584 conversions qu'ils ont obtenues doivent donc exciter dans leur coeur et dans les nôtres une gratitude très vive envers Dieu qui a béni leurs efforts.

    ***

    Ce rapide coup d'oeil jeté sur nos missions, et cette pensée de comparer les progrès qui s'y font avec ceux qui existent ou qui n'existent pas dans les pays chrétiens, nous amènent à recueillir, dans le Compte-rendu des travaux de notre Société en l'année 1908, les faits principaux et les remarques générales qui ont trait à l'action de l'Europe et de sa civilisation en Extrême-Orient.
    Au point de vue où nous nous plaçons, les régions évangélisées par notre Société peuvent être divisées en deux zones : celles qui sont soumises à des nations européennes, les colonies, et celles qui sont indépendantes.
    Dans la première zone, nous trouvons les Indes Anglaises l'Inde et l'IndoChine françaises ; dans la seconde, la Chine et le Japon.
    Avant la guerre russo-japonaise, la mainmise de l'Europe sur certains territoires semblait revêtir, aux yeux de presque tous les indigènes, le caractère d'une occupation définitive ; il n'en est plus ainsi aujourd'hui, cette guerre a modifié leurs sentiments. Si les vaincus ont toujours eu pour les vainqueurs étrangers une antipathie réelle, mais plus ou moins dissimulée, actuellement cette antipathie a l'espoir de la délivrance ; aussi elle éclate au .grand jour, elle s'affirme par des actes, elle essaie ses forces.
    Regardons d'abord les Indes Anglaises. « Les Indiens ont perdu tout respect, toute crainte de l'Européen, lisons-nous dans le Compte-rendu de l'archidiocèse de Pondichéry1 ; le joug des Anglais leur est insupportable et leur fameux cri de guerre : « L'Inde aux Indiens » remplit, chaque jour, leurs journaux et leurs discours. Les meneurs du mouvement sont les avocats, les médecins, les professeurs, les journalistes et tous les déclassés. La jeunesse surtout est révolutionnaire. Sans doute, les étudiants ne sont pas tous prêts à faire usage du revolver ou de la bombe pour chasser les Anglais de l'Inde, mais ceux qui ont assez de courage pour oser le faire sont regardés comme des héros, et toutes les sympathies leur sont acquises. Quant aux hommes mûrs ou aux vieillards, ils continuent à servir les Européens par intérêt et par calcul ; mais, au fond, ils partagent l'opinion des jeunes gens. Ils les laissent faire et les approuvent ».

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    Du Coïmbatour la note est plus brève, mais elle a la même résonnance1 :
    « L'Indien s'agite, des prédicateurs de patriotisme ont parcouru et parcourent encore les villes et les villages pour engager le peuple à boycotter les marchandises de l'étranger ».
    C'est tout ce que les missionnaires de l'Inde ont écrit sur ce sujet ; c'est assez pour ceux qui suivent la marche des choses dans ce pays et qui ont lu le récit des événements du Bengale; ils savent jusqu'à quel point ces appréciations sont exactes.

    ***

    Dans l'IndoChine française, l'état d'esprit des Annamites ne s'éloigne pas beaucoup de celui des Indiens.
    Personne, en France, n'a ou ne devrait avoir perdu le souvenir de ce qui s'est passé à Hanoi et en Annam dans le courant de l'année 1908.
    Le 27 juin dernier, deux compagnies de soldats français casernées à Hanoi furent victimes d'un empoisonnement. Cet attentat, préparé de longue main, était l'oeuvre de certaines sociétés ou mutualités indigènes qui, sous un prétexte quelconque, avaient obtenu l'autorisation légale et en avaient profité pour tramer un complot, dans lequel elles avaient fait entrer les cuisiniers de nos soldats et les artilleurs annamites eux-mêmes.
    Le but du complot était le massacre des Français.
    Une fois les soldats empoisonnés, un coup de canon devait, vers 9 heures du soir, donner le signal de l'attaque.
    Deux causes principales empêchèrent les conjurés de réussir : les avis donnés aux autorités françaises par l'évêque et les missionnaires prévenus par deux artilleurs chrétiens qui refusèrent de se joindre à leurs camarades ; l'insuffisance de la dose de poison.
    En Annam, il y eut un mouvement considérable des païens contre l'administration française ; extérieurement ce mouvement parut être une protestation contre l'élévation et le mode de perception des impôts ; en réalité, du moins telle est l'opinion la plus répandue, il était une préparation à la révolte.

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    La manifestation était organisée par village avec une véritable habileté. Un certain nombre de contribuables, affublés en mendiants, munis d'une natte déchirée, d'une vieille marmite en terre, et de quelques tasses de riz roulé dans une besace, établissaient leur campement autour de la résidence de la province, profitant de toutes les occasions pour étaler leur misère et faire entendre leurs doléances aux yeux et aux oreilles des administrateurs. Ils paraissaient s'indigner surtout contre les fonctionnaires indigènes, qui durent abandonner leurs postes isolés, et dont quelques uns furent fort malmenés. Au bout de quatre à huit jours, une seconde bande, semblablement équipée, venait remplacer la première. A certains jours, les protestataires se trouvèrent réunis autour des chefs-lieux de provinces au nombre de 5.000 à 6.000
    Comme signe de ralliement, et sans doute aussi comme gage de fidélité mutuelle, tous les hommes valides se coupaient les cheveux à la manière des enfants, ne gardant qu'une touffe assez courte, sur le sommet de la tête. Les vieillards devaient s'exécuter comme les jeunes gens ; en bien des cas, l'opération était faite par les meneurs avec une tondeuse dernière modèle.
    Le mouvement commença au Quang-nam, dans la première quinzaine de mars ; au Quang-ngai, quinze jours plus tard ; au Binh-dinh, dans la semaine de la Passion, sous les excitations de nombreuses bandes venues du nord.
    Dans cette dernière province, envahie en 24 heures, et particulièrement au Bong-son, dont le poste de miliciens dut se replier sur la citadelle, l'alarme fut grande.
    L'arrivée dans chaque centre de troupes françaises et de tirailleurs tonkinois, l'attitude énergique des missionnaires et le refus des chrétiens de se joindre aux manifestants arrêtèrent le mouvement.
    Quoi qu'il en soit du résultat, les faits prouvent les sentiments hostiles des populations contre leurs dominateurs.

    ***

    Si maintenant nous examinons les régions indépendantes des nations européennes : le Japon et la Chine, que voyons-nous ?
    Les sentiments des Japonais n'ont pas à être démontrés par quelques faits particuliers ; ils éclatent dans l'état général. Vainqueur de la Russie, le Japon est une grande puissance, maître chez lui, capable, au besoin, d'imposer sa maîtrise aux autres. Il a pris de l'Europe tout ce que la civilisation pouvait lui fournir de science, de force, d'habileté. On sait comment il s'en est servi. Il se regarde, et à bien des égards il ne nous paraît pas avoir tort, comme l'égal des plus puissantes nations européennes.
    La Chine ne veut ni de l'Europe ni du Japon. Elle a essayé de boycotter les marchandises japonaises, de renvoyer les instructeurs japonais fournis à son armée ; elle refuse, autant qu'elle le peut, nos ingénieurs pour l'exploitation de ses mines et de ses lignes de chemin de fer, et s'il ne faut pas prendre d'une façon absolue la réflexion du Vicaire apostolique du Su-tchuen Occidental 1. « Les consuls actuellement n'ont aucune influence » ; il serait encore moins juste de généraliser les paroles du Vicaire apostolique du Yun-nan et du Préfet apostolique du Kouang-tong sur l'influence heureuse des consuls français à Yun-nan sen et à Swatow.

    ***

    De cet état d'esprit que faut-il conclure pour le présent et pour l'avenir du catholicisme en Extrême-Orient ?
    Les réponses des missionnaires varient ; toutes ou à peu près sont cependant nuancées d'inquiétudes plus ou moins vives.
    Voici celles qui nous arrivent des Indes2 :
    « Au point de vue religieux, ce soulèvement dé haine contre l'élément européen ne peut avoir assurément que de très fâcheuses conséquences. La religion chrétienne est et sera toujours considérée comme l'apanage des nations occidentales, et l'impopularité qui poursuit aujourd'hui l'Européen retombe sur sa religion ; plus que par le passé, le converti est regardé comme un traître à son pays et à sa race.
    « Les preuves de cette assertion abondent. L'émeute de Villapuram, dont voici le résumé des principaux faits, en est une.

    1. Page 76.
    2. Page 236.

    « Un missionnaire, M. Seyrès, chargé de ce district, avait projeté de faire une procession en l'honneur de saint François-Xavier, patron de la paroisse. Le gouvernement l'avait autorisé et lui avait promis le concours de la police. Au jour et à l'heure fixés pour cette cérémonie, les chars portant les statues de plusieurs saints vont se mettre en marche. A ce moment, une foule nombreuse et menaçante, accourue de tous côtés, remplit les rues que doit traverser la procession et refuse de circuler. Le grand Collecteur, qui est présent, comprend le danger et ordonne de rentrer les chars. Mais l'ennemi voulait du sang, et le sang coula. «Aussitôt, dit M. Seyrès, une grêle de pierres commence à pleuvoir sur nous et tombe dru pendant quelques instants. Le haut fonctionnaire anglais est atteint des premiers en pleine poitrine. Il chancelle, on le soutient. La foule, ivre de joie, vocifère et brandit des bâtons qu'elle tenait cachés. La situation devient critique. La police ouvre alors le feu. On tire en l'air d'abord, puis sur la foule ameutée. Mais, au lieu de fuir, la foule se précipite en avant. Les policemen reculent peu à peu et nous reculons avec eux.
    « Les beaux chars de nos, processions sont renversés et mis en pièces. Les statues sont foulées aux pieds, et deviennent bientôt la proie des flammes.
    « La nouvelle de ce coup d'audace se répandit avec la rapidité de l'éclair, dans toute la contrée, et fut accueillie avec une joie féroce par les païens exaltés. Ils accablèrent les chrétiens de moqueries, d'injures et de menaces. C'était partout le même refrain : « A bas le gouvernement anglais ; mort aux chrétiens ! »
    A l'encontre des Indiens, les Annamites, les mêmes qui, de 1883 à 1886, massacrèrent des milliers de chrétiens, paraissent vouloir mettre de côté la question religieuse et faire prédominer le patriotisme. « Le cri de haine : « Sus aux chrétiens » est remplacé par celui de «Sus aux Européens », écrit Mgr Mossard, Vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale1. Mgr Grangeon, Vicaire apostolique de la Cochinchine Orientale, fait cette constatation lors du mouvement de protestation dont nous avons parlé 1 :

    1. Page 190.

    « Partout les meneurs et la foule qui leur obéissait ont affiché la déférence, le respect pour les missionnaires et les prêtres indigènes, la sympathie pour les chrétiens, s'écartant, saluant profondément à la rencontre d'un Père, et même d'un simple catéchiste ».
    « Dans tous les pamphlets révolutionnaires répandus à profusion, on trouve, à l'adresse des chrétiens, une invitation à faire cause commune avec le mouvement rétormiste parce que la question de race et d'indépendance doit primer toute autre question ».
    Que vaut ce changement de front ? Et quelle confiance convient-il de lui accorder ? Si les Européens étaient chassés qu'adviendrait-il des missionnaires eux-mêmes ? Assurément, il est vrai de dire avec Mgr Marcou 2 :
    « Qu'en toute hypothèse, le missionnaire catholique est placé par son ministère au dessus et en dehors de toutes les contingences civiles et politiques. Son but unique, sa pensée constante est de travailler de toutes ses forces au salut des âmes confiées à sa charge, et de se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ ».
    Mais les païens envisageraient-ils les choses sous cet aspect très élevé ? Oublieraient-ils la nationalité des prédicateurs de l'Evangile pour ne se souvenir que de leur rôle d'apôtre ? Sépareraient-ils la politique de la religion ? Aucun des chefs de mission, dont nous avons lu les comptes-rendus, ne répond à ces questions. Nous ferons comme eux, nous contentant de répéter avec Mgr Grangeon3 :
    « Il n'en reste pas moins vrai que de pareilles secousses, si souvent renouvelées, ne sont point faites pour activer la conversion des païens et assurer la persévérance des néophytes ».

    1. Page 183.
    2. Page 172.
    3. Page 184.

    ***

    Puisque nous sommes dans l'Indo Chine française, nous ne pouvons pas la quitter sans dire un mot d'une autre politique qui, comme la politique coloniale, se répercute sur la cause religieuse ; nous voulons parler des actes anti-catholiques du gouvernement français et de certaines lois qui ne sont pas faites pour augmenter les ressources de l'apostolat.
    Au mois de mars dernier, le Vicaire apostolique du Tonkin Occidental, Mgr Gendreau, a reçu la lettre suivante venue des bureaux de l'enregistrement 1 :

    Afin d'éviter toute méprise, j'ai l'honneur de vous faire connaître qu'un arrêté de M. le Gouverneur général de l'IndoChine, en date du 7 juin 1907, rend applicables dans la colonie, à dater du 1er juillet, les lois du 28 décembre 1880 et 30 décembre 1884. Ces lois assujettissent au paiement de la taxe de 4 0/0 sur le revenu toutes les congrégations, communautés et associations religieuses, autorisées et non autorisées. Elles instituent également un droit d'accroissement qui, provisoirement, ne sera exigible qu'en cas de retraite volontaire ou d'exclusion d'un membre de ces associations, les droits de mutation n'existant pas en IndoChine.
    En ce qui concerne la taxe de 4 0/0, elle est payable dans les trois premiers mois de chaque année. Vous voudrez bien, par suite, me fournir pendant cette période une déclaration détaillée, faisant connaître distinctement la consistance et la valeur des biens meubles et immeubles possédés et occupés par la mission dont vous êtes le représentant.

    Ces taxes atteignent donc tous les établissements, séminaires, écoles, et fondations quelconques, sans excepter les orphelinats ou les hôpitaux créés pour recueillir les enfants abandonnés et les malades.
    Des mesures analogues ont été notifiées et prises dans tous les Vicariats de l'IndoChine française. Mgr Pineau, au Tonkin méridional, en reçut la nouvelle au moment où, à la demande réitérée des Dames françaises de Vinh, il allait établir dans cette ville des religieuses de saint Paul de Chartres pour instruire les enfants des Européens et tenir l'établissement de la Sainte En fance. Dans ces circonstances, l'évêque jugea prudent de ne pas exécuter son projet.

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    A la diminution des ressources causée par ces mesures, il faut ajouter les entraves qu'elles apportent à l'action des missionnaires, qui voient s'éloigner plus facilement deux les infidèles peu portés à embrasser une religion que combattent les pouvoirs publics.

    Nous retrouvons en Chine aussi une répercussion de l'état religieux de notre pays. Les mandarins, les lettrés apprennent par les journaux l'expulsion des Congrégations, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et ils concluent qu'une religion, maltraitée dans son propre pays, ne saurait être adoptée par le leur. Dans les régions gouvernementales où la bienveillance pour le catholicisme et pour les missionnaires n'a jamais été grande, l'antipathie vient de s'affirmer par le retrait de l'édit impérial obtenu il n'y a pas dix ans par Mgr Favier, lorsque notre ministre actuel des affaires étrangères était représentant, de la France à Pékin.
    Descendons d'un degré, et regardons comment agissent les mandarins dans les provinces : « Les autorités locales ont fait preuve d'une malveillance non déguisée contre les missionnaires et les chrétiens1 ». Ainsi parle le Vicaire apostolique de la Mandchourie Septentrionale, dont la sévérité de jugement n'est cependant pas la note dominante. « Si certains mandarins, écrit Mgr Chouvellon, Vicaire apostolique du Su-tchuen Oriental 2, n'osent pas se lancer dans une persécution ouverte, il n'est pas d'humiliations dont ils n'accablent nos néophytes ».
    A ces appréciations qui se répètent ailleurs, deux voix seulement ne font pas écho ; celle de Mgr Seguin, coadjuteur de Mgr Guichard, au Kouy-tcheou, et celle de Mgr Mérel, Préfet apostolique du Kouang-tong. Au retour de longs voyages à travers sa mission le premier écrit 3 : « J'ai constaté dans mes tournées pastorales une véritable sympathie de la part des autorités locales ». Voici les paroles du second 1 : « Quelques rares districts ont été éprouvés, mais le calme peu à peu s'y est rétabli, grâce à l'énergie des autorités, et à l'esprit nouveau et libéral qui souffle dans notre province. Les populations sont moins hostiles à l'étranger, depuis que l'instruction et l'éducation européennes pénètrent partout. Le missionnaire est considéré comme un agent utile de la civilisation ; on le réclame comme pédagogue, sinon comme prédicateur, et souvent, grâce à ses connaissances littéraires et scientifiques, il peut faire passer dans l'esprit des païens les vérités du salut ».

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    2. Page 78.
    3 Page 113.

    Espérons que ces sympathies et ce libéralisme se maintiendront.

    Au Japon deux opinions se partagent les missionnaires. Selon les uns, l'évangélisation était plus facile il y a 20 ans2 : « Il suffisait de se présenter dans une localité et aussitôt les habitants venaient trouver l'Européen pour causer de religion ». Aujourd'hui les succès militaires ont excité des préoccupations tout autres ; l'instruction a engendré le scepticisme, tes grands bonzes étudiants des Universités sont saturés de rationalisme protestant.
    D'autres missionnaires, au contraire, après avoir constaté le regain de prospérité du Shintoïsme, grâce à l'alliance des sentiments patriotiques et religieux, veulent voir « dans ce renouveau du culte d'Amaterasu l'état d'un malade à l'agonie qui, en mourant, parait reprendre des forces3 ». Quant au rationalisme enseigné dans les hautes écoles, il s'y mêle, disent-ils4, plus d'idées chrétiennes qu'on ne le pourrait croire au premier abord, et à ce propos ils évoquent « le phénomène qui a signalé la fin du paganisme romain : lidolâtrie reniant ses principes pour copier le christianisme et préparant ainsi inconsciemment le triomphe de Jésus Christ ».
    De ces diverses citations rapprochées les unes des autres, est-il possible de tirer pour un avenir plus ou moins éloigné des conclusions générales? Nous ne le croyons pas. Pour avoir quelque chance de certitude, tout au moins de probabilité, la réponse devrait se baser sur une enquête plus vaste comprenant un plus grand nombre d'idées et de faits. D'ailleurs telle n'a pas été notre intention ; en recueillant ces divers témoignages nous n'avons eu en vue que de présenter en quelques pages les impressions des missionnaires en 1908 avec quelques faits à l'appui.

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    2. Page 31.
    3. Page 27.
    4. Page 26.

    1909/114-125
    114-125
    France
    1909
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