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Traditions antiques chez les Carians 2 (Suite)

BIRMANIE Traditions antiques chez les Carians (Suite 1).
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    BIRMANIE
    Traditions antiques chez les Carians
    (Suite 1).
    Gi kho e décoche une flèche et touche à la tête l'écureuil blanc. L'écureuil fit le mort et resta sur la branche du banian. Ce prétendu écureuil blanc était, dit-il, l'esprit gardien de ce banian qui s'était transformé ainsi. Quand Gi kho e monta pour le prendre, il fut saisi si fortement par cet esprit qu'il ne put redescendre et resta au pouvoir de Madame Ghai wa. Pa ca yu sachant ce qui était arrivé, vint au pied de l'arbre, criant et hurlant comme un tigre. Gi kho e qui s'occupait à fendre de petits bambous, laissa tomber son couteau et pria Ghai wa d'aller le chercher ; celle ci s'y refusa, et ayant attaché Gi kho e avec un fil, l'envoya le chercher lui-même. Celui ci, étant descendu, coupa le fil et s'enfuit chez sa grand' mère, et lui demanda : « Où est Pa ca yu ? Elle est partie à s'en retourner », répondit la grande mère. Gi kho e s'en alla vite à sa poursuite et l'atteignit sur le bord d'un ruisseau, où elle se coiffait. Il y avait, sur le bord de ce ruisseau, une foule d'oiseaux de toutes espèces. Gi kho e tressa un filet pour en prendre, et, pour tendre le filet, les cordes lui manquant, il employa la ceinture de sa femme ; puis il s'en alla jusqu'à la maison de Pa ca yu et Mo ca ye. Chaque matin, il retournait voir son filet et n'y trouvait rien. Un beau matin, il trouva un paon dans son filet et l'emporta. Arrivé à la maison, il pria sa femme de le plumer ; celle-ci s'y refusant, il le fit lui-même ; sa femme refusant encore de le découper, il le fit lui-même. Mais, à chaque morceau de paon qu'il découpait, le sang jaillissait sur lui. Alors une chaleur insupportable se fit sentir dans tout son corps, il pria sa femme de le baigner, elle s'y refusa ; il alla se baigner au ruisseau du sable jaune ; il devint un paon d'or et, voltigea sur le bord du pont. Sa femme, allant pour le prendre, ne put saisir qu'une plume de sa queue. Alors il s'envola vers le haut des grands arbres et Mo ca yu et Pa ca ye le poursuivit. Voltigeant d'une branche sur l'autre, au haut des banians, il en cassait les rameaux l'un après l'autre, de sorte qu'il eut bientôt dépouillé le banian de tous ses rameaux ; puis il s'envola dans l'espace. Ne trouvant aucun lieu pour se reposer, il tournoyait dans les airs. Quelque temps après, sa grand'mère vint étendre du riz au soleil et, apercevant une ombre, elle reconnut l'ombre de Gi kho e, et l'appela: « Si tu es mon petit-fils Gi kho e, descends sur le bord de mon toit ». Gi kho e entendit la voix de sa grand'mère, descendit par degré et vint se reposer sur le toit inférieur. Elle l'appela de nouveau : « Si tu es Gi kho e mon petit-fils, viens te reposer sur le bord de ma natte ». A la parole de sa. Grand'mère, il se reposa sur le bord de la natte. Sa grand'mère l'appela de nouveau : « Si tu es Gi kho e mon petit-fils, viens te reposer sur les genoux de grand'mère et elle t'arrachera les plumes, deviens Gi kho e de nouveau ». Il vint en effet sur les genoux de sa grand'mère ; elle lui arracha toutes les plumes et il devint le même Gi kho e qu'auparavant. Mais, cette fois, il ne pouvait s'en retourner chez Mo ca yu et Pa ca ye, c'est pourquoi il était fort triste. La cause pour laquelle Gi kho e ne pouvait s'en retourner, c'est que le chemin était fermé par l'énorme rocher appelé Leo mu le tau. Ce rocher, disent-ils, est aussi gros qu'une montagne et est cité dans plusieurs chants, mais je ne sais où il se trouve. Autrefois Mo ca yu et Pa ca ye placèrent Lau mo dans le tronc d'un banian et il devint ce rocher. La grand'mère de Gi kho e lui dit donc: « Mon petit-fils, grille du riz sept petites quantités et tu t'en iras chez Mo ca yu et Pa ca ye ; quand tu arriveras aux endroits où le rocher est resserré, au premier endroit, tu lanceras la première quantité de riz grillé ; au second endroit, tu lanceras la seconde quantité, et ainsi de suite, et tu sauteras d'un pas léger à la suite du riz grillé ». Gi kho e se mit à l'oeuvre, mais, pendant qu'il grillait le riz, il se trompa dans son calcul et n'en grilla que six quantités, puis s'en alla. Arrivé à l'endroit où le rocher trop resserré lui refusait le passage, il lança la première quantité de riz grillé, le rocher s'ouvrit, et il s'élança d'un pas léger. Il passa de cette manière six endroits, mais il en restait encore un et il n'avait plus de riz grillé. Il en restait seulement un grain, il le lança ; un trou se fit dans le rocher de la grandeur du petit doigt. Alors il échangea avec Mo ca yu et Pa ca ye les anneaux ou ornements de ses doigts et de ses jambes. Il ne pouvait ni retourner en arrière, ni s'en aller chez Mo ca yu mais du côté de Man ghai wa, la route était très facile. Gi kho e, voyant qu'il ne pouvait ni avancer ni reculer, s'en alla du côté de Nau ghai wa, dont il avait eu un enfant. C'est pourquoi l'enfant le voyant venir, dit à sa mère : « Mon père arrive ». Sa mère regarde et ne voit personne ; bientôt Gi kho e devenait visible, Nau ghai wa lui dit : « Quand on éborgne l'esprit gardien d'un banian, or a beau courir, l'esclave ne peut se soustraire à l'autorité de son maître ». Gi kho e étant monté chez Nau ghai wa, resta avec elle ; mais il ne s'y plaisait pas ; matin et soir il aiguisait une lance et la plantait sur le passage. Il arriva un jour qu'une poule, en volant, fit tomber la lance sur Gi kho e et le blessa à mort. Alors Nau ghai wa avertit Mo ça yu et Pa ca ye de venir faire ses funérailles. Le pus coulait du cadavre ; Nau ghai wa plaça pour le recevoir un vase de bambou, Mo ca yu et Pa ca ye en placèrent un aussi. Puis elles tournaient autour du cadavre en chantant alternativement. Nau ghai wa disait : « Mc ca yu et Pa ca ye balancent une fleur rouge brisée ; Mo-ca-yu et Pa-ca-ye agitent une fleur rouge brisée ». Mo ca yu et Pa ca ye lui répondaient: « Nau ghai wa étant trop puissante, Gi kho e est resté avec elle ; Nau ghai wa étant trop puissante Gi kho e est venu avec nous ». Elles disaient cette chanson jour et nuit sans dormir. Apres plusieurs jours, Mo ca yu et Pa ca ye étant deux veillaient alternativement; mais Nau ghai wa étant seule finit par s'endormir. Alors Mo ca yu et Pa ca ye prirent le vase que Nau ghai wa avait placé pour recevoir le pus du cadavre et partirent pendant que celle-ci dormait. Arrivées à la maison, elles versèrent le contenu du vase sur un linge blanc, et Gi kho e re parut de pied en cap avec sa première forme. Lorsque Nau ghai wa se réveilla ne voyant plus personne, elle alla voir le vase de bambous que Mo ca yu avait laissé et ne trouva rien, de sorte qu'elle n'obtint rien de Gi kho e. A partir de ce moment, Gi kho e, Pa ca ye et Mo ca yu devinrent heureux et tranquilles.

    1. Voir Ann. M.-E., n° 75, p. 147.

    Voici le sens de celte fable : Un homme, pour avoir transgressé une défense, tomba toute sa vie au pouvoir d'un esprit, qui se disait esprit céleste, mais qui devait être un mauvais esprit, car il tendit des pièges à cet homme pour le faire transgresser la défense et blesser un esprit céleste, contre son intention. Or les vrais esprits célestes ne font jamais de mal à. l'homme, mais au contraire conservent ses intérêts.
    J'ai rapporté au long cette fable pour donner une idée des fables cariennes ; libre à chacun d'en tirer la morale qu'il voudra. Il y a beaucoup d'autres fables, mais insignifiantes et, certaines trop peu convenables pour être traduites.

    Loi morale connue des Carians.

    Ceux qui, pendant leur vie, s'efforcent de faire le bien, après leur mort monteront au ciel où ils seront admis au rang d'esprits célestes de l'ordre inférieur. Ceux qui font le mal pendant leur vie, après leur mort tomberont en enfer où ils seront punis de leurs fautes par les peines les plus intenses.
    Ce qui est regardé comme mal, c'est : le culte des démons, le manque de soumission et de respect à ses parents et aux anciens, le faux serment, le vol, le mensonge, donner à autrui, en lui faisant quelque mal, l'occasion de se mettre en colère et de maudire, pécher avec une personne mariée ou non mariée, mais parente en deçà du 2me degré de consanguinité ou d'affinité inclusivement, la bigamie, les enchantements qui causent la folie ou la mort. Ceux qui font ces choses seront nécessairement punis dans l'enfer éternel, et très souvent dans l'enfer temporel, c'est-à-dire dans ce monde ; car la Justice est au ciel, et, quand quelqu'un fait le mal, elle lui envoie un accident, ou une maladie.
    Ce qui est regardé comme bien et peut conduire au ciel après la mort, c'est : faire des offrandes de comestibles au public ; faire des dons, soit en argent, soit en comestibles, à ses parents, aux vieillards, aux chefs ; offrir des sacrifices aux esprits ; faire des sacrifices au Seigneur, adorer Dieu et les esprits célestes, c'est-à-dire l'invoquer dans ses besoins, obéir aux anciens et les respecter ; faire des oeuvres de miséricorde. Ceux qui ont beaucoup de ces bonnes oeuvres s'en vont, après la mort, à la cité des esprits célestes où ils sont éternellement heureux.
    Le mot adore Dieu étonnera peut-être; pourtant les Carians païens, qui ont le mieux conservé les traditions, prient encore Dieu dans toutes leurs détresses. Ils m'ont dit qu'autrefois ils avaient beaucoup de prières s'adressant à Dieu, et qu'aujourd'hui ils ne les connaissent plus. S'ils font un serment, ils prennent Dieu à témoin ; « Que la justice qui est au ciel soit témoin, disent-ils » ; s'ils sont opprimés, ils s'écrient : « Dieu de justice ! Je souffre dans l'oppression, secourez-moi ». Outre cela, il y a certains de leurs sacrifices où les prières qui accompagnent les cérémonies paraissent s'adresser au vrai Dieu. Dans le sacrifice de propitiation, qu'ils font une fois par an, après avoir offert le sang des porcs et des poules, ils récitent la prière suivante : « Seigneur du ciel, seigneur de la terre, seigneur du soleil, seigneur de la lune, seigneur des grands arbres, seigneur des plantes, seigneur des montagnes, seigneur des collines, seigneur des eaux, seigneur des continents, seigneur, nous sommes ici sur votre terre ; en vertu du sacrifice que nous vous offrons, faites que nous soyons heureux, que votre haine et que votre colère ne s'élèvent pas sur nous ».
    On dirait que cette prière s'adresse au vrai Dieu. Les Carians d'aujourd'hui prétendent qu'elle s'adresse à tous les seigneurs protecteurs de la terre et des hommes ; or les Carians regardent comme protecteurs Dieu, et surtout les esprits célestes qu'ils disent être les gardiens des divers lieux du monde. Je n'entrerai pas maintenant dans le détail des sacrifices ; ils sont réservés pour la seconde partie.
    Les Carians ont le mot seigneur dans toutes leurs prières et ils disent que ce seigneur est le seigneur du ciel, mais il est difficile de dire si c'est le vrai Dieu ou bien les esprits célestes, car ils invoquent également ceux-ci sous le nom de seigneur. Leur cri de détresse est toujours : « Xu neu xhi ba thau kaxa, etc. De ma main les dix doigts adorent le Seigneur, Seigneur protégez-moi, délivrez-moi, conservez-moi ». Quelquefois, ils prient les esprits célestes d'intercéder pour eux auprès de Dieu, d'après ces deux vers : « Xu neu xhi ba thau mu gha, rnud gha ba qhe ta leu Yvva. De ma main les dix doigts adorent les esprits célestes, que ceux-ci intercèdent pour moi auprès de Dieu ». Les Carians croient qu'ils ont au ciel des protecteur: Dieu et les esprits célestes peuvent les protéger, mais ils ont aussi des ennemis dans les dénions et, en adorant Dieu seul, ils ne peuvent croire qu'ils seront à d'abri de ceuxci ; voilà pourquoi ils adorent des deux côtés.

    Le Déluge.

    Le monde a été détruit un grand nombre de fois, disent les Carians, et après qu'il a été détruit, Dieu l'a rétabli. La dernière fois, le monde a été détruit par l'eau et la première fois qu'il sera détruit, il le sera par le feu. C'est pourquoi les vers Carians, concernant le commencement du monde, peuvent se rapporter soit à la création, soit au déluge, indifféremment, ou bien aux deux séparément si l'on fait une distinction entre les différentes versions. D'après une version, le sens est celui-ci : « Au commencement, lorsque tout n'était qu'un mélange d'eau, qui a fait le ciel et la terre ? L'Être suprême, Dieu l'a créé ». Dans une autre version, la réponse est : « Xhi mau ya et Dieu l'ont créé ». On pourrait peut-être rapporter cette version à la création. Une autre version dit : « Au commencement tout n'était qu'un mélange d'eau et de matières confuses, qui a fait la terre? » ou bien : « qui a fait le ciel et la terre ? » Un oedolis et Dieu l'ont fait. « Voici les explications qu'ils donnent : » Alors le monde précédent avait été détruit, il ne restait que de l'eau, on ne voyait de terre nulle part excepté un tout petit morceau gros comme tin grain de blé, flottant à la surface de l'eau .Dieu envoya un oedolis le lui chercher ; l'oiseau s'en alla d'une aile rapide et, en effleurant l'eau, il becqueta le petit morceau de terre et l'apporta à Dieu, qui enforma la terre où nous habitons maintenant. Je serais porté à croire que cette tradition se rapporte au déluge, que les Carians supposent être la destruction du monde précédent et le commencement de celui-ci. Cet oedolis ne rappelle-t-il pas la colombe envoyée par Noé à, la découverte de la terre.
    Les Carians disent que Dieu a créé le ciel et la terre, mais ils ne disent pas que Dieu a créé l'homme ; ils disent que Dieu a laissé exister l'homme, c'est-à-dire qu'il ne l'a pas détruit Koxa ywa pawai pga ka gmjou.

    Une autre version dit encore : Les Carians, les Chinois et les Européens sont frères de père et de mère, les Carians sont les aînés et les Européens les cadets. Les prophètes carians disent en vers : « Nos frères les étrangers viennent chez nous avec des navires, ils viennent avec la vérité et la justice ».


    Funérailles.

    La mort étant le point qui nous sépare de la vie et nous rapproche le plus de Dieu, est nécessairement le moment où l'homme atteste le mieux sa croyance. De même aussi les cérémonies établies chez un peuple pour les funérailles sont la meilleure démonstration de la foi de ce peuple. Il en est ainsi chez les Carians ; c'est dans les funérailles qu'ils chantent les vers contenant les traditions dont j'ai parlé précédemment.
    Mais aujourd'hui que le mélange avec les Birmans a changé leur foi et aussi leurs murs, ils abandonnent les traditions de leurs ancêtres pour chanter des chansons birmanes déshonnêtes, bouffonnes, et la conduite qu'ils tiennent aux funérailles est aussi répréhensible que dans les fêtes birmanes.
    L'ancien usage cariais était d'enterrer les morts ; aujourd'hui un grand nombre les brûle ; je pensais que cette pratique était récente, mais des vieillards m'ont dit l'avoir vue dès leur enfance. Un phénomène qu'ils m'ont raconté, a peut-être fait prévaloir l'usage de brûler les cadavres. Quelques jours après l'enterrement, disent-ils, on voit souvent le mort apparaître la nuit sur la tombe. Cependant, l'usage d'enterrer est, dit-on, l'usage traditionnel. Sept jours après l'enterrement, on ouvre la fosse, on en retire les os et on les brûle, excepté les os des bras, des jambes et la tête, ou quelquefois la tête seule ; ces os sont réservés pour la cérémonie des obsèques.
    Le but de cette cérémonie est, disent-ils, de montrer au défunt le chemin du royaume des morts. L'âme, quoique sortie du corps, reste encore près de lui jusqu'à ce qu'on ait fait la cérémonie.
    Tout ce qui concerne les obsèques est considéré comme sacré, en dehors de cette cérémonie, on ne cite jamais les paroles qui la concernent, et des enfants qui s'amuseraient à représenter quelques-unes des cérémonies qui en font partie, seraient condamnés à une peine par le jugement des anciens.
    Pendant les jours qui précèdent les obsèques, on prépare tout le matériel nécessaire, et la pompe correspond à la dignité de la personne. La plus grande pompe est réservée aux parents dont tous les enfants sont mariés.
    On construit, non loin de la maison, une large tente, au milieu de laquelle on dispose une petite maison de 5 ou 6 pieds de large, destinée à recevoir les ossements du défunt. Cette petite maison, construite en bois de l'arbre à coton, doit contenir en miniature tout ce que renferment les maisons ordinaires. Elle est supportée par quatre gros morceaux de bois avec une forme de cheval à laquelle ils donnent le nom de cheval de mort.
    Tout étant disposé, on appelle un maître de cérémonies ; c'est ordinairement celui qui préside aux sacrifices, le plus ancien de la famille.
    La cérémonie commence avant l'entrée de la nuit. On brûle d'abord les os au cimetière, et pendant l'incinération le maître de cérémonies, muni d'un arc, fait spécialement, décoche trois flèches sur le bûcher, les assistants en font autant successivement. Ensuite, le maître de cérémonies, muni d'un petit bambou officiel, retire du feu la tête et un os des bras et des jambes, et deux ou trois petits charbons afin de les emporter dans la tente ; cela s'appelle : Prêter assistance au mort.
    Il tend un fil le long du chemin, à partir du bûcher jusqu'à la tente du défunt ; c'est, dit-il, le pont que doit suivre le mort pour passer de ce monde au pays de Plu (royaume des morts). Puis il emporte les os retirés du bûcher et les places dans une sorte de reliquaire qui est au milieu de la tente, et la foule des assistants se groupe autour. On réunit aux os tous les instruments dont les Carians usent habituellement : un pot pour cuire le riz, un vase en bambou pour boire, une toile pour se couvrir. Ce sont, dit-on, des offrandes pour le défunt ; d'autres assurent que ces objets sont pour son usage dans la vie future. Mais ils ont soin de détériorer tous ces objets avant de les offrir et tout ce qu'ils font dans cette cérémonie, ils le font à l'envers : ainsi ils offrent du riz pilé, ils le vannent sur l'extérieur du crible et le placent près du mort. Ensuite le maître des cérémonies prend la tête du mort, lui montre un vase d'eau et lui dit : « Si tu as froid, baigne loi » ; lui montrant des charbons : « Si tu as chaud, chauffe-toi » ; lui indiquant les quatre points cardinaux, il dit en montrant le couchant : « Pour toi, le levant est ici » ; l'est : « Pour toi le couchant est là » le sud : « Pour toi le nord est ici » ; le nord : « Pour toi le sud est là » ; la terre : « Pour toi le ciel est ici » ; le ciel : « Pour toi la terre est là » ; le haut des arbres : « Pour toi le pied de l'arbre est là » ; le pied de l'arbre : C'est là le haut de l'arbre pour toi ». Puis il replace la tête dans le reliquaire et dit : « Il y a sept grands chemins, suis celui du milieu ; il y a sept grandes voies, suis celle du milieu ».
    Voilà ce qu'ils appellent montrer le chemin de Plu, pays des morts. J'ai demandé des explications, personne n'a pu m'en donner.
    La tradition prétend que c'est un appelé Mau-tau qui les a établies et qu'il a trompé l'homme. Mais l'explication qui me paraît la plus naturelle est celle-ci : ils disent que le pays de Plu est sous la terre, que les morts ont les pieds opposés aux nôtres ; par conséquent si on comparé leur position à la nôtre, le pied des arbres deviendra le haut, notre couchant deviendra leur levant, etc. Quant aux objets détériorés qu'on leur offre, ils disent qu'en les offrant ainsi, ils deviennent objets de valeur pour le mort, car pour lui tout est le contraire de nous. Ils lui offrent sa tête, car elle porte l'esprit frontal qui est le résumé de toute sa vie ; et il ne s'en va qu'après cette offrande.

    JUILLET AOÛT 1910, N° 76.

    Pays des morts.

    Le royaume des morts est sous la terre ; une personne vivante ne peut s'y rendre ; ce pays n'a aucune voie de communication avec le nôtre ; les âmes seules peuvent y parvenir: Les morts au pays de Plu, ne sont pas misérables comme nous sommes ici, et pourtant ils n'ont aucune jouissance ; ils doivent travailler pour vivre, mais c'est un travail qui ne les fatigue pas, sorte de travail spirituel que nous ne pouvons expliquer. Il paraît que toute âme après la mort doit prendre le chemin de Plu, c'est sur ce chemin que se fait le discernement des bons et des méchants. Le roi des enfers est là, attendant les âmes, toujours prêt à s'emparer d'elles ; il n'y a que celles qui ont des bonnes oeuvres que le frère cadet de Dieu arrache.
    (A suivre).

    1910/193-202
    193-202
    Birmanie
    1910
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