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Traditions antiques chez les Carians 1

BIRMANIE Traditions antiques chez les Carians 1re PARTIE MONDE MATÉRIEL ET IMMATÉRIEL.
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    BIRMANIE
    Traditions antiques chez les Carians
    1re PARTIE
    MONDE MATÉRIEL ET IMMATÉRIEL.
    Les divers lieux ou demeures des esprits simples et des esprits unis au corps sont les suivants : 1° Le ciel, que les Carians appellent de différents noms, suivant qu'il est la demeure de Dieu ou des esprits célestes. C'est le lieu du bonheur, ils en font la description dans les termes les plus pompeux. Sa place est dans les parties supérieures du firmament. 2° L'enfer, c'est le lieu des tourments. Sa place est en bas, dans les régions inférieures au-dessous de la terre. 3° Plu, c'est un lieu intermédiaire, comme nous dirions les limbes, qui est aussi au-dessous de la terre. Ils admettent différentes régions, comme superposées par étage, au-dessous et au-dessus de nous. « La terre a sept étages, le ciel sept étages», disent-ils. Plu est le lieu le plus près de nous en dessous de la terre, pourtant il n'y a pas de voies de communication ; les âmes seules peuvent s'y rendre après la mort ; c'est le lieu où vont d'abord toutes les âmes des défunts dont la vie a été bonne. Il paraît qu'il n'y a dans ce lieu ni peines ni jouissances. 4° Le monde matériel ou cette terre qui est un lieu de mérite et de démérite ou un lieu d'épreuve.
    Dieu.
    Dieu, disent-ils, est unique, il réside dans la partie la plus élevée du ciel ; c'est un esprit, et le plus puissant de tous les esprit célestes ; il ne peut ni mourir, ni souffrir, ni vieillir; il reste immuable de génération en génération ; il est de siècle en siècle, et l'on ne sait quand ni comment il a commencé à exister ; lui, de son côté, nous voit, mais nous, de notre côté, nous ne pouvons le voir, quoiqu'il soit au milieu de nous, nous ne le voyons pas, nous ne le trouvons pas.

    Noms donnés à Dieu.

    Les Carians donnent à Dieu divers noms par lesquels ils paraissent désigner ses attributs. Le principal nom par lequel ils appellent. Dieu est Kaxa ywa, Kaxa thon Seigneur Dieu, Jéhovah, Seigneur excellent, Être suprême ; Mo kaxa, pa kaxa Seigneur de mon père et de ma mère, Kaxa ci ban, kaxa ci mu, Maître du ciel et de la terre. Kaxa ta ton, Kaxa ta tra, Seigneur la justice ou Dieu de justice. Pa kaxa ywa, Père seigneur Dieu, ou Dieu notre père Phu pha do, Grand-père, très grand vénérable. Ce mot qu'ils emploient quelquefois paraît convenir ou à Dieu ou à un personnage distingué des premiers temps ; on n'a pas pu me l'expliquer. « Notre remarquable grand-père, disent-ils, parcourait naguère l'horizon sept fois dans un jour 1 ». Ce qui revient à dire que l'es pace n'était rien pour lui.

    1. Il est à remarquer que le nombre 7 est employé par les Carians comme indéfini, comme nombre parfait.

    Immensité et grandeur de Dieu.

    La terre, disent-ils dans un vers, négal pas la plante du pied de Dieu.

    Gloire de Dieu.

    Les Carians, dans leurs vers, emploient les expressions les plus fortes, des comparaisons avec les éclairs, le tonnerre, pour démontrer la gloire de Dieu. Dieu, disent-ils, est au haut du ciel, dardant des rayons de lumière, étincelant avec la rapidité de l'éclair au point que notre oeil ne pourrait en supporter la vue. S'il éclaire à l'horizon, c'est Dieu qui se promène. Si la lumière du ciel éblouit nos yeux, c'est le palais de Dieu notre père.

    Félicité de Dieu.

    Dieu est au haut du ciel où il jouit du bonheur, de la félicité de génération en génération.
    Justice de Dieu.

    La justice est au ciel et nous observe tout le long du jour, et cette justice, c'est la puissance, et elle est notre maître, elle nous juge.

    Dieu Créateur.

    Au commencement, disent-ils, Dieu créa tout ce qui existe. Ils disent en vers : Au commencement, alors que tout était un mélange d'eau et de matières confuses, qui a créé le ciel et la terre ? C'est Dieu et aussi Xhi gu man ya 1.

    1. Xhi gu man ya est le frère cadet de Dieu ; il est doué d'une grande puissance et réside sous la terre qu'il est chargé de porter. Quand les âmes des justes descendent au pays de Plu, c'est lui qui témoigne en leur faveur pour les délivrer des mains du chef de l'enfer ; il montre sa tête mouillée par l'eau versée en témoignage des bonnes oeuvres, alors le chef de l'enfer n'ose s'emparer de cette âme, et elle monte au ciel recevoir sa récompense. Cette tradition n'est pas connue ici, elle est connue du côté de Tenasserim. Elle parait être plus birmane que carienne.
    Les Carians ont d'autres vers où ils disent : c'est Dieu qui donne la récompense des mérites ; hommes du monde, efforcez-vous d'en acquérir. Une belle épouse ne me suivra pas à la mort, de beaux enfants ne me suivront pas, mais les mérites que j'obtiens d'avance, ces mérites me suivront.

    Les deux mots ciel et terre, en carian, ont une signification qui n'existe peut-être dans aucune langue du monde ; mon kho, place principale, chef-lieu de la vie ; hau kho, place principale, chef-lieu des pleurs.

    MAI JUIN 1910, N° 75.

    Dieu s'en retourne

    Dieu, après avoir tout créé, disent-ils, demeura quelque temps avec les hommes ; alors tous les hommes habitaient dans le même lieu et parlaient la même langue. Dieu résolut de se séparer d'eux et s'en alla du côté du couchant ; il appela les Carians pour aller le conduire, ils répondirent qu'ils n'avaient pas le temps ; il appela leur cadet l'Européen, celui-ci alla le conduire et en récompense Dieu lui donna le Livre de la loi et puis monta au ciel. Il reviendra un jour visiter ses enfants. Ils lui demandèrent quand il reviendrait, il ne le leur dit pas.

    Chant du départ de Dieu

    Ils ont un chant concernant le départ de Dieu dont le sens est celui-ci : « Dieu, sur le point de s'en aller, ordonna aux oiseaux de venir le pleurer. Dieu voulut se séparer des hommes et pourtant ne s'en sépara pas entièrement. L'Irawady qui coule à l'envers (en remontant vers sa source la marée), c'est Dieu qui peut le rendre tordu, c'est Dieu qui peut le rendre droit. Dans la plaine, qui est le lieu de repos de notre grand-père, marchez lentement, respectueusement, en effleurant avec le pied.
    La ville Catu ou la ville Caixa ou Ca mi autrefois était le lieu de repos de notre grand-père 1.

    1. Les Carians disent qu'ils avaient autrefois une ville du côté de Tongoo, qu'ils appellent la forteresse. Les Birmans la détruisirent et les Carians se dispersèrent de côté et d'autre ; les uns, de ce côté-ci, les autres du côté de Tenasserim. La ville de Ca mi, Caixa, est une ville splendide, qui a été vue dans l'autre monde par les prophètes Carians, mais les Carians donnent ce nom à leur ville par allégorie.

    Dieu reviendra.

    Tous les Carians ont foi à cette tradition que Dieu viendra d'une manière visible sur cette terre. Cette tradition est connue de tous sous diverses formes, elle est très vive au sein de la nation. « Dieu viendra, disent-ils, d'une manière éclatante, il fera des prodiges étonnants qui exciteront l'admiration de tout le monde et sa puissance entraînera tous les peuples, il brillera d'une telle lumière qu'il éblouira les yeux. Lorsque Dieu viendra ainsi, ceux qui ont le coeur droit, qui s'efforcent de faire le bien, obtiendront le salut, Dieu les enverra au ciel ; quant aux méchants, il les précipitera dans l'enfer. Ensuite le feu brûlera la terre ».
    Il y a des vers où ils disent : « Dieu va revenir, l'état du pays s'améliore. Les membres de la famille de Dieu répandent des livres d'argent (livres précieux), qu'aucun homme du pays, aucun homme du monde ne peut lire ; les membres de la famille de Dieu seuls peuvent les lire ». « C'est, disent-ils, une prédiction qui n'est pas très ancienne et qui a rapport aux missionnaires européens qui nous apportent le livre de la parole de Dieu ».
    Mais en outre, ils croient généralement qu'avant la venue de Dieu, quelque grand personnage, envoyé par Lui, viendra relever la nation carianne de son abaissement et en faire une nation influente. C'est ce qui a fait le triomphe de tous ceux qui se sont présentés sous cette apparence au milieu des Carians. Il y a une soixantaine d'années, du côté de Tongoo, apparut une femme qu'ils disaient prophétesse, douée d'une grande puissance, et qui allait sauver la nation carianne, ils l'appelaient la fille de Dieu. Toute la nation se souleva, on crut que Dieu allait apparaître ; ils faisaient des offrandes et se rendaient chez la prophétesse de tous côtés.
    Vint ensuite Mau le, qui souleva lui-même toute la nation et a encore des sectateurs. Mau le, lui aussi, annonçait l'arrivée prochaine de Dieu et le triomphe de la nation carianne. Il avait chez lui deux zayats : dans l'un il avait placé l'image de tous les démons enchaînés, l'autre était pour adorer Dieu. Il disait à ses disciples : « Pour que vous arriviez à Dieu, il faut adorer Dieu seul, et non les démons ; n'allez pas du côté où sont les démons, je les ai enchaînés, mais je ne puis les faire mourir, c'est pourquoi je ne puis vous en délivrer ; mais il viendra quelqu'un, sans tarder, qui vous en délivrera ; faites donc encore des superstitions, si vous lé désirez, mais aussi adorez Dieu ». C'est sur ces paroles de Mau le, m'ont-ils dit, qu'un grand nombre de ceux qui attendaient la rédemption d'Israël parmi les Carians, se firent chrétiens à l'arrivée des anabaptistes et du Père Naude-Theil à Henzadah. Mais il en est encore un grand nombre qui suivent la doctrine de Mau le ; ils allument des bougies et font des prières au Dieu éternel, disent-ils, en attendant son avènement.

    Esprits célestes.

    Ces esprits qu'ils appellent Mu ghia ont au ciel leur capitale, leur royaume, leur roi, mais ils peuvent aussi venir sur la terre et nous apparaître sous une forme, soit d'homme, soit de femme. Ces esprits sont heureux au ciel et ils jouissent de l'immortalité ; ils ne mangent ni ne boivent et brillent d'un grand éclat. Ils ne font jamais de mal, mais au contraire sont les protecteurs des hommes, les gardiens des lieux et de certains animaux comme le cerf, de certains arbres comme le banian. Ces esprits célestes sont infiniment heureux ; ils jouent avec des fleurs d'or et d'argent. Leur roi s'occupe continuellement à mélanger le sang des hommes et des femmes, au ciel, avant que la conception des hommes ait lieu. Lorsqu'il y a de l'adhésion entre le sang d'un homme et d'une femme, ils devront devenir époux, dans quelques pays qu'ils naissent ; et lorsqu'un enfant doit naître, ce n'est qu'après que le roi des esprits a mélangé le sang de ses parents que celui-ci est conçu. Il paraît que ce chef des esprits célestes n'est pas unique, car ils en parlent quelquefois au pluriel ; le mot de chef qu'ils emploient paraît désigner les esprits supérieurs.
    Il y a en outre les esprits célestes inférieurs qui sont les subalternes, les servants et servantes des esprits supérieurs (car il y a les deux genres). « Ces esprits célestes inférieurs sont, disent-ils, les âmes des personnes qui pendant cette vie ont fait beaucoup de bonnes oeuvres et ont obtenu de monter au ciel. « D'après les fables cariennes, les esprits célestes ont de grands rapports avec les hommes ; quelques-unes disent même que ce sont eux qui ont créé l'homme, car il y a un vers qui dit : « Je ne suis pas digne d'avoir été créé par les esprits célestes ». Mais je crois que ce vers doit s'entendre de la reproduction des hommes par les esprits supérieurs, comme il a été dit plus haut ; quant à la création première, l'opinion la plus commune est que Dieu a créé l'homme. Mais après la création ils ne parlent d'aucun rapport direct entre Dieu et l'homme (excepté pourtant le départ de Dieu), tandis qu'ils parlent d'une foule de communications directes avec les esprits célestes; ils leur font des sacrifices, et des invocations, entre autres celle-ci qui est très commune : « De ma main les dix doigts adorent le Seigneur esprit céleste, afin que celui-ci prie Dieu pour moi ». Dans toutes leurs détresses, dans tous les dangers, ils font cette invocation.
    Ces esprits sont aussi considérés comme les anges gardiens de l'homme : « Chacun de nous, disent-ils, en a un qui veille sur lui ». Ils l'appellent notre pouvoir. Ce pouvoir ou esprit est assis sur notre cou et il nous accompagne jour et nuit. Si ce pouvoir, qui nous gouverne et nous protège, s'éloignait de nous un instant, il nous arriverait quelque accident, le tigre nous mordrait, ou bien nous tomberions malade.
    Grâce à ce pouvoir le tigre n'ose nous mordre, nous pouvons marcher et agir ». Ce pouvoir, quel est-il ? c'est très difficile à définir ; quelques-uns pensent que c'est un des esprits célestes ; d'autres, que c'est le chef de notre âme ; d'autres, que c'est le maître, le seigneur de notre âme lui-même ; d'autres, que c'est quelque génie, etc. En outre, ce mot pouvoir s'applique à tout ce qui donne autorité sur d'autres, v. gr. les médecines ont un pouvoir, puisqu'elles guérissent les maladies ; les princes ont un pouvoir, puisqu'ils dominent les villes et les royaumes sans que personne puisse leur résister ; l'homme aussi a un pouvoir, puisqu'il peut agir, marcher et dominer les animaux les plus féroces. Quelquefois il est difficile de dire si ce mot s'applique à notre âme elle-même ou à un être distinct de notre âme. Ils disent que ceux dont le pouvoir est puissant n'ont rien à craindre, le tigre n'ose les approcher ; quant à ceux qui sont d'un caractère pusillanime, peureux, ils disent que le pouvoir est faible et qu'il leur arrivera quel qu'accident s'ils sont seuls.
    Ils donnent différents noms aux esprits célestes. Le mot Mu gha désigne les esprits célestes en général. Le mot Ca mimest le nom de leurs chefs, d'où le mot Dou ça mi, la cité des esprits. Les esprits célestes inférieurs s'appellent Ci gho, mu gha pho, prai pho, i pho, etc.

    Esprits mauvais.

    Le principal de ces esprits mauvais est le démon qu'ils appellent du nom de Mu kau li. De même que les bons esprits, les mauvais esprits sont aussi doués d'un pouvoir surhumain et résident en ce monde sans que nous puissions les voir ; je ne les ai jamais entendus dire que le démon résidât en enfer et fut soumis à des peines. Ils ne peuvent dire d'où vient le démon ni qui l'a créé ; ils affirment seulement qu'il est l'ennemi juré de Dieu et des hommes, il ne cherche qu'à entraver les desseins de Dieu et à les détruire. « C'est lui, disent-ils, qui autrefois trompa l'homme et le trompa jusqu'à causer sa ruine. L'homme autrefois ne devait pas travailler pour vivre, il mangeait d'un arbre qu'ils appellent Mon de (ce qui veut dire branche du ciel ou branche de vie) ». Cet arbre, le démon le coupa, d'autres prétendent qu'il conseilla à l'homme d'en couper les branches au lieu de les casser, comme il avait coutume de faire ; toujours est-il qu'à partir du moment où cet arbre fut coupé, il ne repoussa plus, et l'homme fut condamné à travailler pour vivre. Aussi appellent-ils le démon le grand trompeur (paleu pha do), ou celui qui ruine les intérêts d'autrui. Cet arbre avait été planté par Dieu ; ce fut en haine de Dieu et aussi de l'homme que le démon agit ainsi. Mais, outre que le démon ruina les intérêts de l'homme au commencement, il continue de le vexer en causant les maladies, et tous les malheurs qui arrivent à l'homme en ce monde. C'est ici le dogme de la foi le plus enraciné chez les Carians, et aussi le plus pratique ; c'est parce qu'ifs redoutent continuellement ces mauvais esprits qu'ils leur font des sacrifices pour les calmer dans leurs maladies, ou pour se les rendre propices dans leurs entreprises. Pourtant, quelques-uns m'ont dit que jamais ils ne sacrifient aux démons, sachant que le démon ne peut faire aucun bien, mais qu'ils sacrifient aux esprits célestes leurs protecteurs. Cette opinion est niée par le plus grand nombre. Le démon ne fait aucun bien, mais il est l'ennemi de tout bien ; il cherche continuellement à mettre des entraves à tous les bons desseins de l'homme et réussit à lui faire beaucoup de mal. « Le démon, disent-ils, peut prendre la forme soit d'un homme, soit d'une femme ; s'il prend la forme d'un homme, ils l'appellent Mu kau li ; s'il prend la forme d'une femme, ils l'appellent Nau ka phau ils lui donnent encore d'autres noms dont la similitude avec le nom des esprits célestes indiquerait une origine commune ; ils appellent le chef des esprits célestes Ca mi i ; ils appellent le démon Ca mi mai, qui signifie face, apparence d'esprit céleste. Ils appellent les esprits célestes Mu gha ; ils appellent les mauvais esprits Ta mu gha. Pourtant il n'y a aucun Carian qui puisse dire l'origine du démon. Celui qu'ils appellent Nau ka phau, Mu kau li est celui qui causa la ruine de l'homme au commencement ; mais les démons auxquels ils sacrifient aujourd'hui, sont désignés sous une infinité d'autres noms, dont je ne parlerai pas ici, car je dois en parler au long dans la seconde partie qui est la Démonologie proprement dite.

    L'homme. Son origine.

    « Dieu, après avoir créé la terre, créa un homme et une femme ; cette femme mit au monde un fils, que Dieu coupa par petits morceaux, puis il prit ces morceaux et les lança poignée par poignée, et à chaque poignée qu'il semait, une nation d'hommes en sortait ; ainsi se propagèrent les différentes nations ». Voilà une version. D'autres disent que les esprits célestes ont créé l'homme, comme je l'ai rapporté à l'article des esprits célestes. Mais la tradition la plus commune, c'est que Dieu a créé l'homme, sans qu'ils puissent expliquer le mode de création. Quelques-uns disent que Dieu a laissé exister l'homme, c'est-à-dire qu'il ne l'a pas détruit : mais je crois que cette tradition se rapporte au déluge, j'en parlerai plus tard.

    Destinées de l'homme en cette vie.

    « Toutes les destinées de l'homme, déclarent-ils, sont écrites sur son front. Tout homme avant de naître, lorsqu'il est encore auprès du Seigneur son maître, reçoit de celui-ci un écrit contenant tous les actes de sa vie, et cet écrit est fixé sur cet endroit du cerveau où l'os de l'enfant naissant n'est pas encore formé ; c'est ce qu'ils appellent l'écrit frontal. Si un homme doit être pauvre, s'il doit être riche, s'il doit être haut placé en dignité, s'il doit rester dans le commun, s'il doit agir bien ou agir mal, tout est marqué dans cet écrit, et tout arrive tel que c'est marqué, et cet écrit personne ne peut le lire, excepté le maître de l'homme. Si un homme, lorsqu'il reçoit l'écrit du front, désire mourir à la fleur de l'âge ou dans la vieillesse, son maître écrit ainsi qu'il l'a demandé, et quand vient le moment marqué dans l'écrit, le maître envoie la mort rappeler cet homme près de lui. De sorte que tout ce qui arrive à un homme, tout ce qu'il souffre en cette vie, tout est marqué dans le livre frontal. C'est pourquoi, ils recueillent l'os de la tête dans les cérémonies funèbres, afin de l'offrir au mort comme un mémorial de tout ce qu'il a fait et enduré pendant sa vie et qu'il en obtienne la récompense.
    Il y a encore une tradition concernant la reproduction de l'homme, mais je n'ai pu obtenir les explications suffisantes. « L'homme, après la mort, disent-ils, devient ce qu'ils appellent xgeu, c'est-à-dire, se transforme en une espèce de matière semblable aux champignons ; après un certain temps, ce xgeu, qui a la forme d'une boule ronde, éclate, et il en sort une espèce de vapeur qui parvient à la surface de la terre, puis se répand sur les étamines du riz et des autres plantes qui forment la nourriture de l'homme. De l'étamine, cette vapeur s'infiltre dans le fruit de la plante elle-même. Lorsque l'homme mange ce fruit, il devient sa chair et son sang, et ce sang sert à la naissance de ses enfants.

    Bonheur de l'homme au commencement.

    « Les premiers hommes, disent-ils, ne devaient pas travailler pour vivre, ils mangeaient d'un arbre, appelé Mou de (ce mot signifie rameaux du ciel ou rameaux de vie ; je ne sais si c'est une expression figurée ou le nom d'un arbre réel). Ils cassaient les rameaux du ciel pour s'en nourrir, mais voilà que le démon, ce grand trompeur qui a le talent de tourner notre esprit de manière à nous faire tomber dans ses pièges, le démon coupa cet arbre, d'autres prétendent qu'il conseilla à l'homme de le couper, et dès lors il ne poussa plus ». Le grand trompeur déçut l'homme et il le déçut jusqu'à la mort, disent-ils en vers. Dans d'autres vers, ils parlent encore d'un arbre qui n'existe plus aujourd'hui, et qu'ils appellent Pa moa, pa ci, père vivre, père mourir, il est, l'arbre de vie et de mort de notre père ; ca pa xau, fruit de tentation, est le même que Pa mou pa ci. « Tentation, fruit de tentation, le fruit de tentation est détruit et perdu ». Cet arbre fut créé en même temps que la terre, mais aujourd'hui il n'existe plus, on n'en connaît plus que le nom dans les chants. « Cet arbre, disent-ils, avait une vertu médicale qui faisait ressusciter les morts ». Ils ne peuvent donner d'autres explications concernant cet arbre, mais les rapports avec l'arbre du paradis terrestre sont frappants. Ils existe encore un rapport de nom en ce que nous appelons la pomme d'Adam, le noeud de la gorge ; les Carians l'appellent : Ta ne ca

    L'homme est tenté et déçu

    Les Carians citent le nom de divers personnages qui auraient trompé l'homme autrefois. Ce sont : d'abord le démon qu'ils appellent du double nom Mu kau li, Nau ka phau, démon masculin, démon féminin ; Mau tau, qui est le nom de celui qui a institué les superstitions pour les morts ; Nan ghai wa, qui est le nom d'une hypostase féminine, apparaissant sur un banian avec la forme d'une espèce d'écureuil, et se disant un esprit céleste, et qui pourtant, contre l'usage des esprits célestes, trompa l'homme. L'homme qu'elle trompa s'appelait Gi kho e, nom qui signifie : premier baiser, éviter, ou éviter au commencement. Ceci est une fable, mais j'ai pensé bien des fois que la déception de nos premiers parents, dont il ne restait aux Carians qu'un souvenir confus, avait donné lieu à cette fable, dont Adam serait le héros sous le nom de Gi kho e, et Eve, sous le nom de Nau ghai wa ; ou bien Nau ghai wa, serait le démon lui-même, car ils disent que le démon qui trompa l'homme avait la forme d'une femme. C'est pourquoi je vais rapporter cette fable afin de donner une idée des fables cariennes ; elle est du reste une des plus jolies.

    Fable. Gi kho e. Nau ghai wa.

    On raconte qu'autrefois le père et la mère de Gi kho e étant morts, sa grand'mère le nourrit comme orphelin. Il grandit et devint un beau jeune homme, alors Pa ca yu et Mo ça ye1 lui donnèrent leur parole comme épouse. Celle-ci lui fit une recommandation : Gi kho e, ne t'en va pas à la chasse dans l'absence de Pa ca yu. Gi kho e rencontra un banian chargé de fruits et une foule d'oiseaux qui mangeaient et l'envie lui vint d'aller se mettre en embuscade pour les tirer. Après un court délai, il alla se mettre en embuscade, mais voilà qu'aucun oiseau ne venait plus ; il ne vint qu'une espèce d'écureuil blanc qui couvrait sur les branches de l'arbre, tantôt dessus, tantôt dessous. Il se disposa à le tirer et prépara son arc ; il bande la corde, elle se débande, il la bande de nouveau et fixe le taket, elle se débande encore ; il la rebande et y place une flèche, celle-ci tombe encore ; il dispose l'arc de nouveau et se met à viser l'écureuil, celui-ci venait de lui-même se présenter devant l'arc.
    (A suivre).

    1. Pa ça yu mo ca ye, mère dans l'isolement ou qui regrette quelqu'un éloigné.

    1910/148-158
    148-158
    Birmanie
    1910
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