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Toujours les brigands Une nuit à Lo-ly.

KOUANG-SI LETTRE DU P. SÉGURET Missionnaire apostolique. Chine Séguret Toujours les brigands Une nuit à Lo-ly.
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    KOUANG-SI

    LETTRE DU P. SÉGURET

    Missionnaire apostolique.

    Chine Séguret Toujours les brigands Une nuit à Lo-ly.

    L'an dernier, au lendemain du massacre du P. Mazel à Lo-ly, le P. Séguret, comme lui du diocèse de Rodez, recevait sa destination pour la même mission du Kouang-si. Assez récemment ce jeune missionnaire a eu la consolation de visiter l'endroit où son compatriote est tombé sous les coups des brigands. Nous sommes persuadés de faire plaisir à nos lecteurs en publiant ici sa lettre et le plan, envoyé par lui, de la maison où eut lieu l'attentat du Ier avril 1897.
    Liou-kia-lo, 18 juillet 1898.

    Je vous invite aujourd'hui à faire avec moi un petit tour au Kouang-si.
    Le Kouang-si ! vous savez : « C'est ici que l'on s'apprend à être martyr. » Ici, en effet, nous trouvons des voleurs, des brigands, des assassins...
    Dernièrement je m'en revenais de voir un confrère dont la résidence est à deux jours de marche de chez moi. Le soir de la première journée, il me fallut faire halte dans - un village païen.
    En me voyant disposé à m'arrêter chez eux, les gens semblaient se demander s'ils pouvaient garder ce diable d'étranger pendant la nuit. Je ne savais pas me rendre compte de leur air refrogné; pourtant, je me dirige vers une auberge et prends place dans un coin de la triste cabane. Bientôt, il m'est facile de m'expliquer pourquoi tant d'appréhension de la part de ces païens.
    Il y a quatre ou cinq jours, des brigands on suppose que ce sont les mêmes qui, l'an dernier, massacrèrent le P. Mazel étaient venus fondre sur le village où ils ont tué et volé. Or, on craignait que nia présence, venant à être connue d'eux, ne les attirât de nouveau.
    En attendant, je me mets à déguster un quartier de poule que mon confrère m'avait donné pour le voyage. Notez que j'avais fait quarante kilomètres par des chemins impossibles. Cependant les gens de la maison prennent leurs précautions contre l'ennemi. Ils commencent par fermer la porte de l'auberge afin d'empêcher que je ne sois aperçu du dehors, puis ils se mettent à crier et à frapper du tam-tam pour signifier aux brigands qu'ils n'aient pas à se présenter cette nuit, qu'on fait bonne garde.
    Rien, sinon le tapage infernal des gens de l'auberge, ne vint troubler mon repos, et le lendemain, je pus regagner mon poste. J'appris peu après que ces brigands n'étaient pas les meurtriers du P. Mazel.

    Une autre fois, je me rendais de Nan-nin à Sy-lin. A moitié route, j'apprends que le P. Bertholet, lui aussi, a été massacré et que cette fois les coupables ne sont pas des brigands ordinaires, mais des hommes de la garde nationale. Enmême temps qu'on me communiquait cette nouvelle, on me laissait libre de retourner sur mes pas. Tout considéré, je reconnus qu'il valait mieux avancer. Je n'avais pas, du reste, à craindre le retour des événements de l'année dernière : pendant tout mon voyage, j'ai eu une escorte de vingt soldats, et l'un d'eux avait soin, toutes les nuits, de frapper sans discontinuer sur le fond d'une marmite pour avertir que l'on veillait.
    Je continuai donc ma route, et c'est ainsi que j'ai eu l'heureuse occasion de voir le lieu où fut massacré mon cher compatriote.
    Quelle émotion, quand mes pieds foulèrent le sol de cette salle où l'on voyait encore une large tache noire : c'était le sang du bon Père que la terre avait bu. Sur les planches du lit, il y avait aussi des taches semblables, et sur les planches de la cloison percées par les balles, à côté du lit, on apercevait une longue coulée de sang projeté là, sans doute, au moment où fut frappé le missionnaire.
    A. Porte d'entrée donnant sur le jardin. B. Cuisine. C. Cloison enfoncée par les brigands. D. Chambre du Père. E. Lit où il fut assassiné. F. Porte donnant sur la voie publique.
    J'ai eu le bonheur de reposer sur les mêmes planches où avait reposé le cher P. Mazel.
    Je n'ai pas dormi longtemps cette nuit-là; mon sommeil fut plutôt une fervente oraison. Que de douces pensées ont passé dans mon esprit! Que le ciel parait beau et proche de nous en ces moments! Quelles idées, non de peur, mais de joie et de sainte envie!

    Il me semblait voir la belle lime du Père, lavée dans son sang, s'envoler directement vers le ciel.
    Ah ! Mon cher P. Mazel!...
    Vous savez déjà comment les choses se passèrent le Ier avril 1897 ; néanmoins je crois que vous aimerez à lire les détails qu'on m'a donnés.
    Les brigands, m'a-t-on raconté, arrivèrent du côté du jardin et tout de suite se mirent à tirer clans la direction où devait se trouver le missionnaire. Les plus hardis pénétrèrent dans la cuisine et allèrent frapper contre la cloison, en face du lit du Père. Bientôt deux ou trois planches cédèrent sous les coups et firent une brèche par laquelle les misérables tirèrent à bout portant sur leur victime, Le Père qui s'était levé sur son lit, a du s'y affaisser sous les balles, car la moitié de la couverture est couverte de sang.

    Peu après, j'arrivai où il se rendait et devait arriver lui-même. En passant, j'ai pu voir sa tombe.
    Aujourd'hui, je suis heureux de pouvoir le dire en terni nana, nous commençons à recueillir les fruits de ce sang versé. Dans le district voisin, en effet, plus de trois cents familles ont demandé spontanément à se faire chrétiennes.
    N'est-ce pas notre bon P. Mazel qui prie là-haut pour ceux qu'il aurait tant désiré régénérer lui-même dans l'eau sainte du baptême?

    1898/253-255
    253-255
    Chine
    1898
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