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Tonkin occidental une attaque de voleurs

Tonkin occidental une attaque de voleurs Lettre de Mgr Bigolet Évêque d'Antiphres, coadjuteur. Ke-so, 8 septembre 1913.
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    Tonkin occidental une attaque de voleurs

    Lettre de Mgr Bigolet
    Évêque d'Antiphres, coadjuteur.

    Ke-so, 8 septembre 1913.

    Vous avez déjà appris nos désastres, car ce sont des désastres. Toute la Mission est sous l'eau, sauf trois paroisses, la récolte du 10e mois est engloutie, beaucoup de bestiaux noyés, le peu de riz rentré à la mauvaise récolte du 5e mois a été perdu ou très avarié dans beaucoup de maisons, par suite de la hauteur inouïe des eaux ; car la crue qui vient de dévaster la Mission a dépassé de 0m, 60 le niveau des plus hautes crues enregistrées jusqu'alors. Tous les calculs des ingénieurs ont été déjoués ; les eaux ont passé par dessus la plupart des digues. Ici à Ke-so, il y a 1m, 70 d'eau à la cathédrale, 0m, 30 dans la maison de Monseigneur, 0m,55 au rez-de-chaussée de la nouvelle maison. Partout c'est la désolation ; et les eaux retirées, quel triste spectacle ce sera. Maintenant il y a encore un peu de riz dans le pays, mais à partir de décembre, et jusqu'en mai, ce sera la famine.
    Comme toujours, dans ces circonstances, les pillards se mettent de la partie pour ajouter à la misère de tant de malheureux. Leur audace est allée jusqu'à s'attaquer à Ke-so, ce qu'on n'avait jamais vu. Mercredi dernier à 9 h. du soir, la Communauté était mise en émoi par des cris terribles partant du couvent des Religieuses annamites. Les pirates essayaient de pénétrer chez elles ; 5 ou 6 religieuses réussirent à monter sur le faîte d'un toit (l'eau affleurait les toits dans tout ce quartier) et appelèrent au secours. Aux premiers cris, les PP. Chaize, Vuillard et moi, saisissons chacun un fusil et tirons en l'air pour effrayer les agresseurs. Puis nous sautons dans trois barques. J'allai au milieu, vers la porte du couvent ; le P.Chaize à l'extrémité sud de leur jardin, et le P. Vuillard contourna la cathédrale pour empêcher les pirates de se rabattre sur l'hôpital. En même temps nous continuâmes de tirer en l'air ; il faisait nuit noire. Les théologiens et le personnel nous suivaient, les uns en barque, les autres à la nage. Arrivés dans le quartier, tout le monde grimpa sur les toits. Les pirates qui étaient proches du couvent se préparaient à emmener buffles, porcs, riz. Mais entendant les coups de fusils se rapprocher, ils se jetèrent à l'eau, rejoignirent leurs deux grandes barques qui étaient restées en dehors du jardin du couvent, et filèrent, sauf 6 qui s'empêtrèrent dans des étangs et que nous pûmes capturer, ligoter et livrer à l'autorité. Parmi ces 6, il y a deux individus employés chez le sous-préfet de Thanh-lien ; ils avaient pensé qu'il serait très difficile à la mission d'aller au secours ; qu'en tous cas, les secours arriveraient lentement et qu'ils auraient le temps de piller à leur aise après avoir ligoté les religieuses et les avoir menacées de mort si elles poussaient des cris d'alarme.
    Depuis ce jour, nous faisons garder les religieuses et l'hôpital, la nuit, par des théologiens ; et à la communauté on ne dort que d'un oeil.
    Il me faudra sans doute encore manier le fusil nombre de fois pour défendre nos chrétiens. C'est une occupation épiscopale peu banale !

    Nouvelles Diverses

    Cochinchine Orientale. Visite de Mgr Jeanningros dans la mission. Depuis sept mois je n'ai pas passé une semaine sans aller d'une chrétienté à l'autre. Mes bagages ne sont pas très encombrants fort heureusement. J'ai eu la consolation d'administrer plus de 5.600 confirmations ; exercices du Jubilé suivis partout avec beaucoup de ferveur, visites à la plus grande partie des petites annexes, etc...
    Les bonnes soeurs de Saint-Paul sont installées à Quinhon depuis le mois de mars : deux françaises et une annamite pour les élèves indigènes. Nous venons d'entreprendre l'établissement d'un hôpital à Binh-dinh au centre de la province. Un des bâtiments est achevé, c'est là que j'ai placé le billet que vous avez bien voulu m'adresser.
    Que Notre Seigneur daigne vous le rendre au centuple.... et nous en envoyer d'autres, afin que nous puissions recevoir et soulager beaucoup de malades. (Lettre de Mgr Jeanningros, 10 octobre 1913).

    Mandchourie septentrionale. Une fête de famille. Le deuxième dimanche d'octobre a été pour les missionnaires de la Mandchourie septentrionale un jour de grande joie ; ils se trouvaient tous réunis auprès de leur évêque vénéré, pour célébrer le quarantième anniversaire de son arrivée en mission.
    Cette solennité coïncidait avec la clôture des exercices de la retraite annuelle. Le samedi 11 octobre, après le repas du soir, les missionnaires offrirent à Monseigneur Lalouyer leurs vives et sincères félicitations, et lui renouvelèrent l'hommage de leur profonde vénération, de leur complète obéissance et de leur filiale affection. Ils le prièrent de vouloir bien accepter en souvenir de ce jour, une croix pectorale et un anneau pastoral, à l'achat desquels chacun des missionnaires et des prêtres chinois du Vicariat avait participé.
    Monseigneur, très ému, les remercia affectueusement de ces marques de sincère attachement envers sa personne ; il les félicita de l'union fraternelle qui régnait entre eux, assurant qu'elle produirait des fruits de conversion de plus en plus nombreux, puisque c'est l'union des curs qui fait la force du zèle apostolique.
    Le lendemain, il célébra la messe pontificalement ; les missionnaires et les prêtres chinois se partagèrent l'honneur de l'assister et de remplir les fonctions de cérémoniaire, de thuriféraire et d'acolytes. M. Gérard, procureur de la mission et chef du district de Kouan-tcheng-tze, adressa aux fidèles une émouvante allocution.
    A 11 heures, Monseigneur recevait la délégation des chrétientés les plus voisines, qui avaient envoyé leurs chefs pour lui offrir leurs hommages, leurs félicitations et leurs présents. Celles qui se trouvaient trop éloignées, avaient prié leurs missionnaires respectifs de se faire auprès de Monseigneur les interprètes de leurs voeux, et de lui remettre les cadeaux qu'elles lui destinaient.
    Au repas de midi, M.Fleuriet récita une belle pièce de vers qui émut notre bon évêque, car elle lui rappelait son départ pour la Mandchourie, et le sacrifice qu'il avait fait à Dieu d'une mère, dont il était l'unique fils!

    Quarante ans ont passé depuis l'heure bénie,
    Où montant à l'autel pour la première fois
    En vos tremblantes mains brillait la pure hostie,
    Où votre coeur rêvait de martyre et de croix !
    On vous montrait déjà dans la lointaine Asie,
    Le champ que vous deviez féconder de vos sueurs
    Et votre coeur volait vers cette Mandchourie
    Dont le seul nom alors enflammait vos ardeurs !
    Mais si votre désir parait de tous les charmes
    Cette plage éloignée, ou vous poussait l'amour,
    Votre coeur était triste et vos yeux pleins de larmes
    En quittant votre mère, et cela sans retour !
    Fils unique et chéri de cette mère aimée,
    Qui rêvait d'appuyer à vos bras son bonheur,
    Elle vous suppliait, d'une voix éplorée,
    D'épargner à son coeur cette ultime douleur.
    Mais vous tout pénétrer des divines promesses
    De Jésus à celui qui de son coeur fait don,
    Lui rappeliez du ciel les saintes allégresses,
    La préparant des lors au suprême abandon !
    Votre parole ardente étouffait en son âme
    La voix de la nature, et vos accents de feu
    Apaisant la douleur de son coeur qui s'enflamme
    Lui font jeter ce cri : « Va, je te donne à Dieu1 ».

    Après lui, M. Rouger chanta l'enfant de la Bretagne, sa piété et sa bonté et termina par un souhait que tous nous faisons nôtre :

    De mon Jésus ô douce et tendre Mère,
    Garde longtemps ce Père vénéré,
    Etends sur lui ton aile tutélaire,
    Et que son nom soit toujours honoré.
    Da haut du ciel, ô martyrs, ô nos frères.
    Veillez toujours sur notre mission :
    Sur Monseigneur et sur tous les confrères
    Versez, versez vos bénédictions.

    A 2 heures, ce fut le tour des enfants des écoles. Ils chantèrent, eux aussi, leur petite chanson ; et la séance récréative qu'ils donnèrent se termina par la scène de la guérison de l'aveugle-né.

    1. Nous avons le vif regret, faute de place, de ne pouvoir insérer entièrement la poésie de M. Fleuriet et celle de M. Rouger.

    Plus tard, dans la soirée, Monseigneur se rendit à l'établissement des religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie. Deux petites filles de la catholique Pologne lui récitèrent cette charmante poésie :

    I

    Petit Jésus, je vais t'écrire ;
    Ma lettre ira droit à ton coeur.
    Peutêtre que tu vas sourire
    En la lisant ; ah ! Quel bonheur !
    C'est pour parler de Monseigneur
    Que je t'écris, petit Jésus :
    Fais le bienheureux sur la terre :
    Aime-le bien, de plus en plus.

    II

    Ne fais jamais couler ses larmes
    Ou Jésus ! Je me fâcherai !
    Que l'enfer dépose les armes,
    Ou contre lui je marcherai :
    Tu me donneras la puissance,
    J'y compte, mon petit Jésus,
    Pour Monseigneur, plus de souffrance ;
    Garde le bien de plus en plus.

    III

    Et lorsque Monseigneur sommeille
    Il faut, Jésus, le protéger ;
    Et puis, toujours, quand il s'éveille,
    Il faut le garder du danger.
    Bien souvent tu sais qu'il voyage ;
    Que tes anges, petit Jésus,
    Le veillent bien ; je serai sage.
    Sois avec lui, de plus en plus.

    IV

    Si quelque affaire difficile
    Fatigue ses nuits et ses jours,
    Tu devras la rendre facile
    Et la lui débrouiller toujours.
    Pour toi je fais beaucoup de choses
    Tu dois m'aimer, petit Jésus ;
    Je t'ai donné toutes mes roses,
    Aide-le bien, de plus en plus.

    V

    Conserve longtemps sur la terre
    Monseigneur, laisse-le très vieux,
    Car tu ferais pleurer ses filles,
    Si tu le prenais dans tes cieux.
    Fais-lui bien belle sa couronne
    Mets y le temps, petit Jésus
    Ecoute-moi, je serai bonne ;
    Va lentement, de plus en plus.

    Après le repas du soir, grâce à M. Pic, et à plusieurs confrères, nous eûmes une petite pièce humoristique intitulée: A l'assaut de la Mandchourie. Comme la Mandchourie est devenue un pays dont plusieurs puissances semblent convoiter la possession ; de même, au ciel, plusieurs saints sont en discussion pour savoir à qui appartiendra la protection de notre Vicariat apostolique. Saint Nicolas, saint Casimir, saint François-Xavier, saint Thomas saint Georges, saint Roch, l'Ange Gardien de la contrée, les Bienheureux de la Société des Missions Etrangères, saint Joseph, saint Pierre, même le Bon larron, font valoir successivement leurs droits, mais saint Pierre finit par l'emporter, puisqu'il est le Patron de notre évêque.
    A la tombée de la nuit, les chrétiens nous donnèrent le spectacle d'un magnifique feu d'artifice.
    La cour était remplie par une foule sympathique évaluée à 5 ou 6.000 personnes. Les terrasses avoisinant la procure étaient couvertes de monde, qui n'avait pu trouver place dans l'enclos ; et, chose merveilleuse en Chine, grâce à la police qui voulut bien prêter son bienveillant concours, il ne se produisit pas le plus petit accident.
    Jamais les missionnaires de Mandchourie n'avaient pris part à une aussi belle réjouissance ; et il leur semblait que le coeur de la population de Kouan-tcheng tze battait à l'unisson du leur pour fêter leur évêque vénéré.
    Le souvenir de ce jour laissera dans leur âme une trace ineffaçable. Il leur rappellera comment la divine Providence a béni les travaux et les fatigues du digne Prélat qu'ils ont le bonheur d'avoir à leur tête ; ils voudront faire de nouveaux efforts pour imiter sa piété et son zèle, afin d'amener dans le sein de l'Eglise de Dieu tant d'idolâtres qui ne le connaissent pas encore, et d'obtenir au ciel la couronne promise aux bons et fidèles serviteurs. (Lettre de M. Cubizolles, provicaire apostolique).

    1914/37-45
    37-45
    Vietnam
    1914
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