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Tonkin Occidental le Lac-Tho 1

Tonkin Occidental le Lac-Tho ETUDE PAR LE P. BRISSON Missionnaire apostolique Le pays Le Lac-tho est une région montagneuse relevant de la province de Hoa-binh, dans le Tonkin, et habitée par des races aborigènes que les Annamites du Delta appellent Muong ou sauvages. Dans le pays même le mot Muong a d'autres significations ; on l'emploie pour désigner un village, une tribu ou bien le chef de la tribu lui-même.
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    Tonkin Occidental
    le Lac-Tho
    ETUDE PAR LE P. BRISSON
    Missionnaire apostolique
    Le pays
    Le Lac-tho est une région montagneuse relevant de la province de Hoa-binh, dans le Tonkin, et habitée par des races aborigènes que les Annamites du Delta appellent Muong ou sauvages.
    Dans le pays même le mot Muong a d'autres significations ; on l'emploie pour désigner un village, une tribu ou bien le chef de la tribu lui-même.
    L'étendue du Lac-tho est considérable, ici tout le monde en convient, mais l'on n'est pas d'accord pour en déterminer les limites. D'après les renseignements que j'ai recueillis, je crois qu'autrefois on appelait Lac-tho toute la région qui remonte de Phu-nho-quan à Cho-bo en longeant la province de Thanh hoa et les Chau. Au sommet elle serait bornée par la Rivière noire ; de l'autre côté elle suivrait les vallées de Hung-hoa et de Son-tay jusqu'à Cho-bey ou Mi-duc ; puis de Mi-duc en passant par Cho-doi, Dam-da, Roc-tru, Lac-binh, Lac-thuy jusqu'à Phu-nho-quan.
    S'il en est ainsi, la paroisse catholique se trouve presque au milieu de ce beau pays qu'on appelle la terre de la joie, Lac-tho. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Le Lac-tho n'a-t-il pas ses hautes montagnes aux herbes vigoureuses, où les troupeaux de buffles et de boeufs trouvent un gras pâturage ; n'a-t-il pas ses immenses forêts vierges où le sanglier, le cerf, le tigre, le loup, le paon, le faisan, le coq sauvage trouvent une abondante nourriture ; n'a-t-il pas ses vallées qui deux fois par an se couvrent d'épis dorés, ses abeilles qui remplissent leurs ruches d'un miel délicieux, ses sources d'eau fraîche, ses ruisseaux, ses cascades, ses torrents? Le Lac-tho n'a-t-il pas ses habitants qui, le sourire sur les lèvres et le coeur sur la main, ouvrent toute grande à leurs hôtes la porte de leur vaste maison construite sur pilotis? Mais j'aime mieux laisser à une plume plus exercée que la mienne le soin de rendre justice au Lac-tho.

    Les habitants

    Le nombre des habitants est très considérable, bien que les villages soient quelquefois assez éloignés les uns des autres ; j'en juge ainsi par la population de la sous-préfecture de Lac-yen qui se compose de 4 cantons et de 50 communes (xa) et qui compte certainement 40 à 50.000 âmes.
    On peut dire que les habitants du Lac-tho parlent tous le même dialecte, avec des variantes particulières à chaque tribu.
    La population est divisée en un très grand nombre de tribus ou peuplades ; chacune d'elles forme un corps spécial avec son prince, ou quan lang, ses chefs et sous-chefs, avec ses champs et ses montagnes dont les limites sont déterminées ; les peuplades sont toutes indépendantes les unes ces autres. On distingue cependant deux ho ou familles : la ho quach qui se subdivise en ho quach lang et ho quach dao ou ngai et la ho bui. Les quan lang, princes ou grands chefs, sont de la ho quach lang et les chefs et sous-chefs du village qu'on appelle aussi ui-ngai sont de la ho qua chdao. Tout individu de la ho bui, malgré les plus belles qualités dont il sera doué, ne peut aspirer à devenir ngai ; de même personne de la ho quach dao ne peut être reconnu grand chef par la tribu. Si quelque membre de ces castes manifestait l'intention de se faire reconnaître pour chef, il serait impitoyablement massacré ou expulsé de la tribu.
    Les chefs et sous-chefs des villages sont choisis par les villages et reconnus par le lang cun. Les autres notables, qu'on appelle au, sont de la ho bui ou de la ho quach dao, ils sont comme les conseillers du chef du village, leur nombre dépend de la quantité des champs cultivés; tous ces dignitaires forment pour ainsi dire le cadre des officiers du chef auquel, pour rien au monde, ils n'oseraient résister ; quant aux autres individus de la tribu, ils n'attendent que le commandement pour exécuter les ordres. Cet empressement à obéir à la volonté du chef est-il sincère?
    Le sauvage, dès sa plus tendre enfance jusqu'au jour où il a pu comprendre quelque chose à ce qui se passait autour de lui, a entendu sa mère lui dire et redire, tantôt pour le consoler lorsqu'il pleurait, tantôt pour résister à ses caprices :
    « Ne pleure plus, voici le chef qui vient ; si tu pleures encore, il va te mettre en prison, il va te prendre tes buffles ; si tu es sage, il te donnera beaucoup de champs, un beau sabre, il te nommera notable ».
    Si le chef vient visiter le village, la maman s'empresse de Mettre à son enfant son petit pantalon violet, de lui boucler son turban neuf ; elle lui promet de le conduire saluer le grand chef monté sur un beau cheval; elle lui annonce qu'il verra ses soldats armés de fusils et de grands sabres et beaucoup d'autres choses semblables capables de frapper son imagination ; aussi lorsque le bambin est introduit dans la maison du chef, il est attentif, il écoute, il regarde ; il voit tous les témoignages de respect qu'on lui prodigue, il voit que la plus belle natte, d'ordinaire soigneusement gardée dans un coin, a été prestement étendue à la place d'honneur pour y faire asseoir le chef que les principaux du village saluent en grande cérémonie ; il voit qu'il y a fête, réjouissance puisque, l'on tue un gros porc. Est-il étonnant que le respect et la crainte s'impriment dans son esprit et deviennent de plus en plus vifs chez lui, à mesure qu'il avance en âge?
    Pour cet enfant le chef est un très puissant personnage devant qui, tous, grands et petits, doivent fléchir le genou et courber la tête.
    Les Lacthossiens disent : beau comme le chef. Qui aurait pensé qu'au milieu des sauvages se trouvât ce type de la beauté? Pour moi, j'avoue avoir rencontré plusieurs de ces chefs, dont la vue me rappelait assez ces figures de loups-garous que j'avais entendu dépeindre jadis, aux veillées d'hiver pendant mon enfance.
    Voilà donc sous quelles impressions grandit le jeune sauvage. Mais plus tard, lorsqu'il est devenu homme, lorsqu'il remarque la conduite et les oeuvres du grand chef, qu'il voit son voisin dépouillé, sans raison, de ses champs, que lui-même est condamné à une amende de 12 buffles pour n'avoir pas offert un rayon de miel au chef, peut-on croire qu'il lui soit vraiment dévoué et affectionné? Mais le chef a parlé, il faut obéir, ou s'échapper secrètement, la nuit, emmenant femme, enfants et bestiaux, si l'on en possède, vers une patrie meilleure, si faire se peut.
    Si les mères chrétiennes du Lac-tho prenaient autant de peine pour imprimer dans le cur de leurs enfants l'amour et la crainte du bon Dieu, que pour faire respecter le chef, le Lac-tho aujourd'hui serait un pays nouveau, et si les missionnaires répandirent beaucoup de sueur en escaladant les montagnes et versèrent leur sang en foulant les épines de la forêt, du moins le souvenir en serait-il sans amertume.

    Champs

    Dans l'intérieur du Lac-tho, il n'existe aucun marché et c'est pour cette raison, je crois, que le commerce y est à peu près inconnu.
    Les sauvages fréquentent bien, il est vrai, les marchés installés sur la lisière des montagnes, mais uniquement pour se procurer les denrées absolument nécessaires, comme le sel, le tabac, etc. Ils se livrent tous aux travaux des champs ; ils cultivent le riz, le maïs, le coton et les patates.
    Dans chaque tribu les champs sont divisés de la manière suivante : les mong-tri ; ce sont les champs que les sauvages défrichent eux-mêmes peu à peu ou qui ont été défrichés par leurs ancêtres et dont la jouissance n'a pas encore été retirée à leurs possesseurs par le chef ; les ruong-quan, qui se subdivisent en champs du chef de tribu, des dignitaires et champs de corvées.
    Les premiers reviennent tout naturellement à la ho quach lang. Ils sont exemptés de l'impôt et des corvées, les hommes de la tribu les cultivent et livrent tout le riz à la famille du grand chef.
    Dans le principe il devait y avoir, je crois, entre les deux parties comme un contrat, par lequel la tribu s'obligeait à cultiver les champs tandis que de son côté le chef s'engageait à rendre la justice, à veiller aux intérêts de la tribu et à faire le possible pour accroître le bien être de ses sujets ; mais aujourd'hui, sauf quelques cas particuliers, on peut dire que le chef fait le possible pour rendre ses sujets pauvres et malheureux. Nul ne peut prétendre à récolter ces champs pour son propre compte à moins qu'ils ne lui aient été vendus par le chef, ce qui arrive de temps à autre, mais ils sont presque toujours rachetables à ternie fixé. Si la vente se passe entre le chef et un de ses sujets, malheur à l'acheteur, car le premier reprendra ses champs quand il voudra avec une belle promesse d'en rembourser le prix. Mais cette promesse le gêne peu, il se tranquillise vite et dort paisiblement sans remords ; qui donc oserait lui rappeler l'engagement pris? Si le chef a vendu ses champs à un individu de la tribu voisine, le cas est plus difficile, surtout si le chef de ladite tribu est puissant et s'il prend l'acheteur sous sa protection, moyennant finance sans doute. Pour sortir de ce mauvais pas, le vendeur a recours à une coutume en usage ici et d'après laquelle tous les champs vendus depuis une date déterminée reviennent à leurs anciens propriétaires, sans que ceux-ci soient tenus de les racheter à prix d'argent. Reconnaissons pourtant que cette manière de recouvrer son bien n'est que très rarement employée.
    Les champs des dignitaires sont ordinairement les meilleurs, ils sont répartis entre les membres de la ho quach dao et les membres de la dernière caste (ho bui) ne peuvent en réclamer la moindre part. Ces champs sont divisés en plusieurs lots ; le plus important revient ait chef du village, le second lot au sous-chef, les autres lots à peu près égaux sont distribués aux autres membres de la ho quach dao. J'ai dit plus haut que le chef du village était choisi par les habitants et reconnu par le lang cun. En suivant cette pratique la concorde règne dans le village et les habitants sont plus soumis à leur chef ; mais quelquefois il surgit plusieurs candidatures, ce qui donne lieu à des divisions parmi la population ; dans les cas de ce genre le grand chef fait directement la nomination ; c'est ordinairement celui qui verse la plus grosse somme qui est élu. Même sans cela, quiconque veut être élevé à cette dignité doit payer de 25 à 30 piastres au grand chef. Ces frais et les autres dépenses faites à cette occasion dépassent toujours la valeur des champs affectés au chef du village (il faut croire que l'honneur se paie). Une fois élu, le chef doit tuer un buffle et offrir un grand repas à toute la population. C'est l'usage.
    Le sous-chef et les autres membres de la famille quach dao reçoivent directement du grand chef leurs champs, toujours sous condition de débourser 20 à 25 piastres, plus un repas au village. Après toutes ces dépenses on pourrait penser que ces pauvres gens pourront au moins jouir en paix et pendant longtemps de quelques champs ainsi obtenus. Hélas ! La vérité est tout autre.
    Les champs de corvées sont pareillement divisés en différents lots, et distribués par le grand chef soit aux membres de la ho bui, soit à ceux de la ho quach dao qui n'ont pas encore de terrains ; eux aussi, comme leurs aînés, sont obligés de payer de 20 à 25 piastres au grand chef et un repas au village. Toutes les familles qui, comme l'on dit ici, reçoivent des parts des champs muong ngai et muong au sont exemptes des corvées provinciales et de la culture des rizières du chef de tribu. Mais en revanche, elles doivent aider pécuniairement leur chef toutes les fois qu'il se produit chez lui un enterrement ou un mort : de plus elles sont obligées de lui fournir à tour de rôle des serviteurs tous les jours de l'année, de l'accompagner partout où il va, lui et tous les membres de sa parenté. Enfin si le quan lang veut de l'argent, des buffles, du riz, c'est à ces familles qu'il s'adresse d'abord. Le grand chef ayant toute autorité, donne les champs à qui il veut et les retire suivant son bon plaisir; d'où il résulte que les rizières changent souvent de propriétaires. Un mot qui déplaît, un faux rapport, parfois même le seul désir de se procurer de l'argent suffisent à ce maître aussi injuste qu'impitoyable pour dire à Pierre : désormais tu cultiveras les champs de Paul, et à Paul : tu prendras le terrain de Pierre. Donc Pierre et Paul, sans voir leurs champs augmentés, doivent verser chacun de 20 à 25 piastres avec le supplément ordinaire au village. S'ils refusent ou ne peuvent remplir ces conditions, les champs sont passés à d'autres familles qui ont la faculté de satisfaire la volonté du chef. Aussi qui pourra dire combien les sauvages sont attentifs à ne rien dire, et à ne rien faire qui puisse blesser le quan lang. Si les chrétiens du Lac-tho étaient aussi dévoués au service du bon Dieu, ils auraient tous leur place au paradis.
    Les champs des corvées sont en petite quantité et pas les meilleurs, tant s'en faut. Ils sont distribués à la troisième caste ho bui par le chef du village. Les familles qui cultivent ces champs doivent payer l'impôt, accomplir toutes les corvées soit au chef-lieu de la province, soit chez le grand chef, sans compter l'obligation de verser à ce dernier les cotisations d'argent, de riz, etc., qu'il exige et pour toute récompense ils n'ont qu'un repas qu'ils braconnent par-ci par-là.
    On voit que dans la répartition des champs communaux les caprices du chef de tribu sont des lois devant lesquelles tous les sujets courbent la tête, et le joug qu'il impose devient trop lourd; cependant là ne se borne pas sa puissance, puisque sa convoitise atteint même les champs privés. Ces rizières, fruit des travaux des familles laborieuses et leur propriété personnelle, sont assimilées par le grand chef aux champs de corvées dans les cas suivants : Quand une famille quitte la tribu soit de son plein gré, soit qu'elle soit chassée; quand elle se rend coupable d'une faute grave envers un des notables du village; quand un père de famille meurt n'ayant point de garçons, peu importe le nombre des filles. Dans ce dernier cas, non seulement les filles n'ont point droit aux champs que leur père a défrichés, mais elles doivent livrer au grand chef un buffle ou un buf pour obtenir la permission d'enterrer leur père qui est considéré comme déshonoré et indigne de la sépulture. Si les champs ont été vendus avant la mort du père, le chef ne tient aucun compte de la vente. Si quelque membre de la famille désire cultiver ces champs, il lui faut faire de nombreuses démarches auprès du chef et lui verser une somme d'argent qui surpasse de beaucoup la valeur des champs, sans pourtant être certain d'en garder la jouissance longtemps. A la mort, si un sauvage laisse des garçons, alors les champs leur reviennent sans contestation de la part du quan lang. Les champs sont divisés en trois lots égaux, l'aîné des fils en prend deux pour sa part, le troisième lot est divisé entre ses frères. Quant aux filles, l'usage veut qu'elles soient détachées des biens terrestres et elles ne sont point comptées au nombre des héritiers. Aussi les chrétiens qui n'ont pas de garçons sont souvent tentés de prendre une seconde femme. Pour ceux qui cultivent des parts de champs communaux, s'ils viennent à mourir leurs enfants doivent mettre les rizières entre les mains du chef qui les donne à qui il veut, mais toujours aux conditions indiquées ci-dessus. Les charges et les obligations qui pèsent sur les sauvages et les accablent continuellement les font souvent tomber dans le découragement; les uns quittent leur tribu, et vont chercher au loin, où ils pourront se procurer un peu plus le bien-être; les autres animés de sentiments moins nobles se livrent au brigandage et vont voler les buffles des voisins. Pour remédier à cet état de choses, pourrait-on sans inconvénient faire supprimer tout d'un coup le grand chef ? Je ne le crois pas, parce que les sauvages ont leur routine. Mais l'administration pourrait peut-être améliorer la situation en soumettant le grand chef à des règles qui mettraient les habitants à l'abri de ses caprices.

    Habitations

    Au Lac-tho toutes les maisons se ressemblent; quand on en a vu une on peut dire qu'on les connaît toutes. Elles ne sont ni riches, ni belles; elles sont faites véritablement à coups de hache; mais, malgré leur peu de valeur, elles coûtent du travail et occasionnent de grosses dépenses à leurs propriétaires.
    Quand un sauvage désire se construire une maison il demande le concours de tout son village. Il choisit d'abord un ami en qui il a confiance et qui devra le seconder, ensuite il invite le village, notables et autres, à se réunir pour traiter une affaire importante; une bonne cruche de vin a été préparée pour la circonstance. Lorsque tout le monde est assemblé, celui qui a fait la convocation du village prend la parole et expose la demande de la manière suivante :
    « J'ai recours à messieurs les notables et à tous mes concitoyens ; je suis pauvre, je n'ai rien, cependant cette année le ciel m'est favorable, j'ai pu ramasser quelques écuelles de riz, et comme j'ai une femme, des enfants, il me faut bien un local pour les abriter, je suis donc obligé d'élever une modeste cabane, c'est pourquoi je prie mes concitoyens de vouloir bien m'aider suivant les coutumes de notre village ».
    Alors l'un des principaux répond en lui promettant « que tout le monde se fera un honneur et un bonheur de rendre service à un homme aussi estimable : que d'ailleurs la construction d'une maison de ce genre n'est qu'une bagatelle, l'affaire de trois jours au plus, etc... » Tous ces compliments d'usage échangés, on en vient à la cruche de vin où chacun aspire le précieux liquide de toute la force de ses poumons.
    D'après les coutumes en vigueur, chaque famille doit fournir pour la construction d'une maison : une scie, cinq pièces de bois et un fagot de petits bambous pour les chevrons de la toiture. Quant à la paille du toit, l'intéressé demande la quantité qu'il veut, mais il devra la payer, en livrant pour un pied carré de la toiture un morceau de viande pesant tantôt 30 sapèques, tantôt 60 sapèques, selon les usages du village.
    Les matériaux sont-ils prêts, un coup de tambour donne le signal et les habitants se rendent tous à l'endroit désigné, et, après avoir fumé la pipe ensemble, ils se mettent au travail.
    Pendant ce temps le porc qui doit être servi pour régaler les travailleurs est mis à mort et dépecé en règle. Lorsque la maison est debout, comme disent les sauvages, il faut offrir un premier repas où chacun puisse boire et manger à sa guise et selon son appétit. Dans cette circonstance solennelle, les enfants ne sont point oubliés : autant de familles, autant de portions réservées pour les enfants ; ils le savent bien, les petits espiègles; on les voit dès le matin en habits de fête réunis par groupes de 50, qui attendent le moment où on les appellera pour se mettre à table. Ce jour-là, il n'y a point de catéchisme qui tienne, ils ont droit à ce petit festin, ils y tiennent trop pour y manquer. On les sert toujours les premiers. S'il se trouve une famille où il n'y ait point de petits enfants, elle reçoit quand même cette portion, qui, au lieu d'être servie sur place, est soigneusement enveloppée dans une feuille de bananier et remise au chef de la maison.
    Voilà donc la nouvelle habitation debout sur ses colonnes, niais il lui manque la toiture, elle devra attendre quelquefois longtemps; cependant arrive enfin le jour où les sauvages partent pour la montagne et reviennent chargés de longues herbes. Les fagots fixés sont livrés à l'intermédiaire, ou à l'ami, qui vérifie au moyen d'un mesure réglementaire si la quantité fixée s'y trouve ou non, et puis, un panier à la main, il se présente à toutes les portes et reçoit de chaque famille 10 mesures de riz. Le moment convenu pour couvrir la nouvelle maison étant arrivé, les jeunes gens s'installent sur ce toit, les vieillards se tiennent au bas surveillant les travailleurs, les bouchers saignent les porcs et pèsent la quantité de viande exigée pour payer la paille, les jeunes filles vont puiser de l'eau et préparent le repas, les petits enfants en habits rouges, violets, verts, s'amusent et jouent en attendant le grand moment.
    La maison étant couverte, le riz cuit, la viande à point, la cruche de vin apparaît, elle doit être généreuse, car elle est grande et majestueuse; tout ce monde la regarde d'un oeil de convoitise. Pendant qu'à tour de rôle notables et travailleurs lui font honneur, les petits enfants installés autour des plateaux, mangent d'un bon appétit. C'est le repas des enfants. Tel est le préambule du festin; quand est achevé le repas des enfants vient le tour des autres de se mettre à table. Le troisième repas est plus modeste, il a lieu lorsque le village tresse et place les nattes qui serviront de murailles à la nouvelle construction.
    Notre brave sauvage possède donc maintenant un endroit où il peut se reposer avec toute sa famille, il a de plus une écurie pour ses buffles et ses porcs, ses canards et ses poules; c'est le rez-de-chaussée de la maison. Il est vrai qu'avec toute cette nombreuse population d'en bas, il ne respirera pas toujours chez lui l'odeur de la rose; de plus, son propre logement est souvent envahi par des régiments de parasites plus ou moins intéressants, puces et punaises, etc., qui troubleront le sommeil de la famille. Mais ici l'on est habitué à tout cela et personne ne s'en plaint.

    Enfance chez les sauvages

    Les Lacthossiens ont l'usage de faire des vux pour le bonheur des nouveau-nés. Quelques heures après la naissance d'un enfant on prend un van recouvert d'un linge qu'on place au milieu de la maison et on couche l'enfant dans ce berceau d'un nouveau genre.
    Pendant que l'encens brûle en l'honneur des ancêtres de la famille, un délégué choisi pour la circonstance entonne un chant, d'une voix solennelle si c'est un garçon, il lui souhaite en particulier de pouvoir se procurer un beau filet et beaucoup d'adresse, lorsque plus tard il devra aller à la pêche. Si c'est une fille, il lui souhaite beaucoup de vigilance dans le soin de la maison et une grande activité dans la recherche des plantes dont se nourrissent les sauvages. Autrefois les chrétiens se conformaient tous à cette coutume, mais depuis que le prêtre demeure au milieu d'eux ils ne le font plus. Chez le grand chef, cette première cérémonie faite, on attend trente à quarante jours pour en accomplir une autre.
    Si le nouveau-né est un garçon, le grand chef ordonne aux principaux de la tribu de venir chez lui armés de fusils et de sabres, comme s'ils se disposaient à entreprendre un grand voyage. A la maison, des domestiques sortent le cheval de l'écurie et le sellent. L'un des principaux notables ou petits chefs prend le cheval par la bride et le conduit jusqu'à la porte d'entrée où les autres l'attendent gravement; déjà les principaux sont sous les armes, gardant un sérieux que rien ne peut troubler ; on dirait à les voir qu'ils accomplissent une action d'une grande importance qui mérite toute leur attention. Quand tout est prêt la.
    mère invite son enfant à se lever en lui disant que toute la tribu représentée par les principaux de chaque village est là pour le reconnaître et lui rendre les honneurs qui lui sont dus. Elle prend ensuite l'enfant dans ses bras, se dirige du côté de la porte et le montre à tout le monde. A ce moment a lieu l'énumération de nombreux souhaits et vux que la tribu paraît sincèrement faire pour le nouveau-né ; on lui promet beaucoup de richesses, une grande puissance, des honneurs et une nombreuse tribu, des chevaux, des buffles etc., mille ans d'une vie heureuse. Il n'est personne qui ne s'engage à lui être dévoué, tous se déclarent sincèrement dévoués, et à rester à son service jusqu'à la mort.
    Le compliment terminé, la mère rapporte son enfant et le couche dans son berceau où il s'endort paisiblement, du moins on le dit.
    Le grand chef père offre un festin aux notables et aux représentants de la tribu, qui ont pris part à la cérémonie faite en l'honneur de son fils.
    Si c'est une fille, la première fière cérémonie accomplie, deux ou trois jours après la naissance on lui perce les oreilles et on y introduit un morceau de bambou qui plus tard est remplacé par des boucles d'argent. Après quarante jours, ordre est donné aux notables de se procurer des couvertures, des pièces de soie, des ciseaux, des bracelets, etc., pour en faire présent à l'enfant. On place ces objets dans deux corbeilles disposées à cette intention à l'entrée de la maison. La mère alors invite sa fille à se lever, elle la prend dans les bras et la porte jusqu'à l'endroit où sont les corbeilles et ne rentre dans la maison qu'après avoir reçu les compliments des donateurs.
    Là ne se borne par la préoccupation des sauvages. A la naissance d'un enfant les parents ont soin d'inviter une personne qui a la réputation d'être bien douée sous tous les rapports, qui est laborieuse, qui a la langue bien pendue, mais sait la garder quand il le faut, à venir chez eux pour leur rendre un service.
    Cette personne se trouve honorée par une telle invitation, aussi accepte-t-elle sans difficulté. Et une fois arrivée à la maison elle se met à la besogne sans délai ; il s'agit pour elle de communiquer de son esprit et de son savoir-faire au nouveau-né ; pour cela elle prend un peu de riz qu'elle mâche avec soin, l'introduit dans la bouche du bébé et lui fait avaler.
    Cet usage est suivi, paraît-il, par tous les sauvages. Malheureusement le résultat désiré n'est pas souvent obtenu, j'en suis convaincu, car j'en vois la preuve tous les jours.
    Les sauvages imitent leur grand chef en portant leurs enfants jusqu'à l'entrée de la maison et leur souhaitent beaucoup de buffles et de bufs, mais tout cela se fait sans pompe extérieure.
    Ils ont la réputation d'aimer beaucoup leurs enfants ; il est vrai que ceux qui en ont ne les vendent pas, et que malgré leur misère souvent bien grande ils ne peuvent se résoudre à se séparer d'eux ; ceux qui n'en ont point sont souvent inconsolables. Cependant si on ne regardait que la manière dont les sauvages traitent leurs enfants, à chaque heure de la journée, on serait porté à croire qu'ils ne les aiment pas, ou qu'ils les aiment peu.
    Ils ne les frappent presque jamais, mais ils les accablent d'injures et de malédictions. S'ils ne sont pas trop incommodés de leurs cris, ils ne s'en occupent pas ; s'ils se sentent agacés, ils ne savent leur dire que des paroles dures et cruelles ; ils les donnent au diable, au tigre, etc. Ils les laissent aller de-ci de-là et fréquenter qui ils veulent. Si les enfants en jouant s'irritent les uns contre les autres, ils ne se frappent pas, ce n'est pas l'usage ici ; mais ils vomissent les uns contre les autres toutes les injures grossières qu'ils entendent à chaque instant autour d'eux. La présence des parents ne les arrête pas, car ils savent bien qu'ils ne recevront d'eux aucun blâme. Dans les familles chrétiennes l'éducation des petits enfants n'est guère différente de celle des païens. Il est rare de voir des mères exercer leurs enfants à faire le signe de la croix, leur enseigner les prières du matin et du soir.
    A l'âge de huit à neuf ans ils vont garder les buffles et quand arrive l'époque d'étudier le catéchisme et les prières ; les parents, malgré les avertissements cent fois répétés, restent toujours plus ou moins indifférents et quelquefois même ils retiennent leurs enfants auprès d'eux.
    Il est difficile de faire étudier les enfants pour la préparation à la première communion, mais la difficulté est encore bien plus grande après, parce que parents et enfants sont persuadés qu'il est inutile de tant se fatiguer. Ils ne désirent nullement connaître et comprendre une religion qu'ils disent pourtant vouloir observer. Les parents pour la plupart ne font que rarement la prière soit le matin soit le soir, et les enfants les imitent.

    Travaux. Chasses

    Les sauvages ne sont pas matineux, ils se lèvent ordinairement tard. D'un tour de main ils roulent leur couverture dans un panier et placent la natte dans le grenier. Ils se dirigent ensuite du côté du foyer et fument quelques pipes ; ils ne disent rien, et pensent sans doute au travail qu'ils ont l'intention de faire pendant la journée. Ce travail est très varié. Dans la matinée les hommes labourent les champs à partir du 1er de l'an jusqu'au troisième mois, et les femmes piquent le riz. A II heures ils déjeunent. Dans la soirée, ils préparent le riz à repiquer et les femmes vont à la forêt couper le bois de chauffage.
    Au troisième mois ils sèment le maïs et le coton, puis si la famine ne se fait pas trop sentir, ils vont aussi à la chasse, pendant que les femmes font le sarclage ; au quatrième mois, les hommes vigoureux armés d'une hache et d'un couteau vont couper la forêt qu'ils brûlent ensuite pour semer du riz, les femmes s'occupent d'entretenir en bon état les champs de coton.
    Au cinquième mois, la moisson étant mûre, les femmes coupent le riz toute la journée, car jamais les hommes ne prennent la faucille ; ils rentrent la récolte dans la soirée et la déposent dans le grenier, après une matinée de labourage.
    Ils piquent le riz aux sixième et septième mois, pendant que les femmes recueillent le coton.
    Le dixième mois ils ont la moisson, après laquelle ils reconstruisent leurs maisons et les enclos, puis vont à la chasse. Les femmes foulent le riz avec les pieds, le pilent, et vont chercher le bois à brûler, elles filent le coton et le tissent. Telles sont les principales occupations des sauvages.
    Dans chaque village il est d'usage que le chef doit repiquer le premier, et si quelqu'un osait aller contre cette coutume, il serait condamné à une amende. Si la saison de repiquer est arrivée et que le chef, pour une raison quelconque, ne puisse commencer son travail, il doit autoriser le sous-chef à commencer la culture.
    Chaque famille doit herser, repiquer le riz pour le chef du village, mais pendant une journée seulement, et le chef, à cette occasion, doit donner un repas. Si l'année est mauvaise il offre une cruche de vin et les gens s'en contentent, faute de mieux. On porte ordinairement une cruche de vin jusqu'au champ où les femmes repiquent en plein air, elles fument et boivent à la santé du chef du village et le soir en rentrant au logis die sent ses louanges.
    Lorsque le riz commence à mûrir, défense est faite de laisser les canards, poulets et porcs sortir des enclos des maisons, et tous les animaux pris dans les rizières sont tués sur-le-champ. On les porte chez le chef et le village en fait un repas sans que le propriétaire ait le droit de se plaindre.
    Dans certains villages celui qui tue un porc a droit à la tête et le reste revient au propriétaire.
    Il n'y a pas que le porc qui ravage le riz des sauvages ; les sangliers et les ours ne se privent certes de rien quand ils rencontrent le riz, le maïs et les patates au milieu de la forêt.
    Les sauvages ne voient pas d'un oeil indifférent ces animaux se nourrir des fruits de leurs travaux et ravager leur moisson, ils leur font la chasse. La chasse, c'est leur grand plaisir, leur complet délassement. La plus vive préoccupation des jeunes sauvages est de se procurer un fusil, comme c'est celle des jeunes filles d'avoir des bracelets. Jeunes gens, pour porter sur l'épaule un beau fusil ; jeunes filles, pour ceindre leurs poignets de trois ou quatre bracelets d'argent, tous feraient des bassesses et plus que cela.
    Les fusils sont fabriqués par les habitants du pays ; ils ne sont point à tir rapide mais bien à mèche, ce qui convient mieux à la nature un peu lente des sauvages. La poudre est fabriquée par eux ; si la qualité est inférieure, la quantité y supplée, surtout pour le bruit ; un fusil qui fait beaucoup de tapage double leur bonheur.
    La saison de la chasse étant arrivée, le piqueur avec son tam-tam donne le signal dès le matin. Les chasseurs passent en revue leurs fusils, leurs gibernes, comptent les balles et les charges de poudre ; une fois bien assurés que rien ne manque, ils mangent le riz. La ration est donnée aux chiens par le piqueur, et les bêtes, contentes d'avoir reçu plus qu'à l'ordinaire, attendent impatientes le signal du départ.
    Mais il faut encore que le piqueur fume sa pipe, qu'il passe autour de son cou un petit sac contenant une boulette de riz et la tabatière, qu'il boucle son long couteau autour des reins. Maintenant, suivez, mes chiens, et en avant le tam-tam.
    Arrivé à deux ou trois cents mètres en dehors du village, le piqueur s'installe sur une pierre ou sur un tronc d'arbre, et recommence sa musique ; alors les chasseurs sortent les uns après les autres du village, les uns le fusil sur l'épaule et la giberne en bandoulière, les autres le petit sac au cou et le grand couteau au côté. Ces derniers doivent suivre le piqueur et diriger les chiens pendant la recherche du gibier ; les premiers doivent s'embusquer par-ci, par-là, pour surprendre soit le sanglier, soit le cerf, soit l'ours.
    Chacun, confiant en son mérite, se promet bien d'abattre la bête qui osera s'avancer de son côté ; hélas ! Il oublie que son fusil rate souvent, peu importe, il attend. Quand il arrive au sauvage de frapper le cerf, il pousse un tel cri de joie que tout le monde accourt et le cerf tombe accablé de coups. Bientôt le feu est allumé, la pipe est allumée à son tour, on se la passe et repasse. Lorsque le poil a été brûlé et la peau raclée à peu près, on découpe la bête en cinq morceaux : la tête, les deux épaules et les deux cuisses. Le piqueur donne le signal du retour, les porteurs marchent les premiers suivis du piqueur qui doit frapper sur le tam-tam, les autres chasseurs viennent après.
    Au son du tam-tam, les enfants et les femmes se précipitent sur le chemin pour admirer la capture. Les chasseurs vont directement chez celui qui a eu la chance de tuer le cerf, c'est le héros du jour, et en bon sauvage il doit aussitôt offrir une grande cruche de vin à ses compagnons. On partage ensuite la viande, d'après la coutume du village, entre tous les chasseurs, après avoir mis de côté une épaule que les chasseurs doivent offrir au chef sous peine de payer une amende de plusieurs buffles.
    Quand la fortune n'a pas été favorable aux chasseurs et qu'après avoir couru beaucoup, escaladé bien des montagnes, ils reviennent bredouilles, le piqueur et ses chiens entrent au logis en silence ; mais les sauvages ne sont jamais découragés, tous répètent en se quittant : « A demain! »
    Le sauvage tire son coup de fusil en appuyant la crosse sur la joue ; le recul du fusil le blesse presque à chaque coup et si bien que le sang jaillit en abondance, et ils n'ont pas encore trouvé le moyen de faire autrement !
    Si les sauvages chassent le cerf, le sanglier et l'ours, ils se font un devoir de chasser aussi de temps en temps de leurs villages quelques familles.
    Quand une famille a la réputation de pouvoir em, c'est-à-dire de faire tort à son prochain par des maléfices, elle devient le sujet des conversations malveillantes ; les principaux et avec eux tout le village la surveillent d'un air soupçonneux.
    Si cette famille est influente et se conduit en tout d'une manière honnête et généreuse envers le village, si elle peut venir en aide au chef et surtout au grand chef, quand ceux-ci le demandent, elle pourra encore vivre dans une paix relative, elle a des protecteurs. Mais si elle est pauvre et sans influence, ou si ayant du bien elle se montre dure et orgueilleuse envers les habitants du village, il faudra bientôt qu'elle s'éloigne et cherche une tribu où elle soit inconnue.
    Qu'un sauvage tombe malade, si le médecin, qui n'est point un docteur, déclare qu'il ne connaît rien à la maladie, qu'elle est extraordinaire, que cela pourrait bien être benh ma, une maladie causée par le diable, aussitôt on soupçonne la famille sorcière. Puis le malade a des songes, il dit voir un tel ou une telle appartenant à cette famille et qui le menacent et le frappent. On croit bientôt qu'il est vraiment victime des maléfices de ces pauvres gens.
    Les parents du malade n'y tiennent plus, ils ont recours au devin, et celui-ci connaît trop bien son métier pour contredire les accusateurs. Ne faut-il pas qu'il gagne sa vie ?
    C'en est fait de ces malheureux : tout le village se réunit, on boit du vin, et animé d'un grand zèle on décide à l'unanimité que la misérable famille sera chassée sans pitié.
    Pour que la chose se fasse légalement les principaux se rendent chez le grand chef et lui disent qu'ils ont remarqué avec beaucoup de douleur qu'il y a dans leur village une famille ayant le pouvoir de jeter des sorts, que si elle demeure encore longtemps dans le pays, beaucoup certainement seront victimes de ses maléfices. Sans prendre aucun renseignement le chef prononce la condamnation séance tenante en disant : « Qui voudrait nourrir des gens de cet acabit ? Si les notables veulent les chasser, qu'ils les chassent ». La permission est obtenue ; ils n'y a plus qu'à agir. Les sauvages boivent pour se donner du cur et les coups de fusil répondent au tam-tam ; des menaces de mort sortent de toutes les bouches. La famille effrayée abandonne sa demeure, qui bientôt est entièrement détruite ; les bêtes sont tuées et le village en fait un repas, après lequel il ne reste plus rien, tout a été pillé.
    Il arrive que certaines familles partent sans tambour ni trompette, ce sont celles qui ont été frappées d'une grosse amende par le grand chef et qui préfèrent quitter la tribu plutôt que de livrer tout ce qu'elles possèdent. Il y en a enfin quelques-unes qui, dans l'espoir d'avoir des champs, un peu de riz pour se nourrir, ou même pour échapper à des corvées au-dessus de leurs forces, passent d'une tribu à l'autre.
    Pour s'installer dans un village de la nouvelle tribu, il suffit d'avoir l'autorisation du chef du village et du grand chef, ce qui est toujours accordé. Ordinairement les sauvages ne deviennent corvéables qu'au bout de trois ans, mais si ce village est trop surchargé de travail, ils sont bien obligés de faire de temps à autre quelques corvées.
    (La fin au prochain numéro.)
    1902/208-221
    208-221
    Vietnam
    1902
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