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Tonkin meridional : Pourquoi je ne retourne pas en France

Tonkin meridional Pourquoi je ne retourne pas en France Lettre du P. L. Klingler, Missionnaire apostolique. Bao-nham, 20 novembre 1922.
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    Tonkin meridional

    Pourquoi je ne retourne pas en France

    Lettre du P. L. Klingler,
    Missionnaire apostolique.

    Bao-nham, 20 novembre 1922.

    D'après les nouvelles dispositions du Règlement, je serais en droit de demander un séjour en France de quelques mois. Après un séjour ininterrompu de trente-quatre ans dans la Mission, Monseigneur m'accorderait facilement l'autorisation. Malgré tout, j'hésite encore et je me dis : « A l'Assomption tu as fait ton dernier jeûne obligatoire; d'après les us et coutumes an na mites tu es exempté de l'impôt personnel et des corvées; ce sont là des privilèges significatifs ! Tu es entré dans la catégorie des vieux. A quoi bon entreprendre un voyage long et coûteux? Perdre une année sur le peu qui te reste encore à vivre! Arrivé là-bas tu seras complètement dépaysé, tu ne connaîtras presque personne. Et s'il y a la joie du retour, elle ne compensera pas l'amertume de la séparation, bien plus pénible celle-là (au dire de ceux qui en ont fait l'expérience) que la première ». Puis, je me dis encore : « Si tu quittes ton poste, qui Monseigneur prendra-t-il pour te remplacer? Le P. Nivet vient de mourir; le P. Pauthe est depuis trois mois à l'hôpital dont il ne sortira que pour aller au cimetière; le P. Guignard atteint d'une maladie grave est parti pour France, et pas de nouveaux confrères à l'horizon pour renforcer nos rangs de plus en plus éclaircis. Puis-je abandonner mon district qui compte maintenant 7 paroisses avec 8.400 chrétiens? Après un an d'absence, dans quel état retrouverai-je les postes de nouveaux chrétiens, surtout les deux postes que j'ai fondés là-haut dans la montagne, dans un pays complètement païen, et qui maintenant sont en bonne voie de développement? »
    Et je me dis encore : « Avant de partir, il faudrait pourtant faire l'église de Sou ha depuis longtemps promise. Les chrétiens de Sou ha sont pour ainsi dire mes premiers-nés dans la foi; il y a trente ans ils étaient à peine une centaine, ils sont maintenant près de 4.00, et ils ont toujours comme église la vilaine et étroite paillote construite au début. Les chrétiens me pressent : « Père, faites-nous une nouvelle église, celle-ci est trop étroite; la statue de saint Michel, notre glorieux patron est prête, il ne manque plus que l'église pour l'y placer. Pressez-vous, Père, vous vous faites vieux, on ne peut pas savoir..... » Oui, mais pour la faire, je n'ai que la moitié de l'argent nécessaire ; où prendre l'autre moitié?... Et l'aurais-je, encore faudrait-il au moins une année pour mener ce travail à bonne fin ».
    Je me dis toutes ces choses et bien d'autres encore qui font qu'en attendant je reste à trimer, remettant à l'année prochaine, remettant à plus tard, et finalement je me dis: « Ce sera lorsque le bon Dieu voudra! »
    Monseigneur est venu faire une tournée de confirmation dans mon district, qui a duré quatre semaines : 1.460 personnes ont été confirmées. J'ai accompagné Sa Grandeur partout. Monseigneur a fait le voyage en chaise, moi sur un vieux cheval qui m'a passablement fatigué. Enfin me voilà rentré chez moi, et je profite des premiers loisirs pour vous écrire ces quelques lignes; elles iront vous dire que je pense toujours à vous et me rappelleront à votre bon souvenir.

    1923/135-136
    135-136
    Vietnam
    1923
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