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Tombés au champ d'honneur 1

Tombés au champ d'honneur Plusieurs de nos missionnaires et de nos séminaristes ont été tués à l'ennemi. Parmi eux il en est trois dont nous connaissons avec certitude la mort ; et six dont le décès nous a été annoncé, mais ne nous a pas été certifié d'une façon absolue. Nous donnons le nom des premiers avec quelques détails sur eux ; nous inscrivons seulement le nom des seconds. M. ROUZEYRE.
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    Tombés au champ d'honneur

    Plusieurs de nos missionnaires et de nos séminaristes ont été tués à l'ennemi. Parmi eux il en est trois dont nous connaissons avec certitude la mort ; et six dont le décès nous a été annoncé, mais ne nous a pas été certifié d'une façon absolue. Nous donnons le nom des premiers avec quelques détails sur eux ; nous inscrivons seulement le nom des seconds.

    M. ROUZEYRE.

    M. Rouzeyre, Augustin Léopold, sergent, à la 4e Cie du 22e régiment colonial, a été tué dans les premiers jours de novembre. Voici ce que nous écrivait son lieutenant à la date du 6 novembre :

    « Le sergent Rouzeyre, aspirant missionnaire, a été tué par une balle dans la poitrine, devant les tranchées. Il est mort bravement après avoir servi avec calme, intelligence et conscience son pays. Il avait toute mon estime ; j'ai perdu un excellent subordonné, et ses camarades un véritable ami ».

    M. Rouzeyre, Augustin Léopold, était né le19 novembre 1889 à Les Bessons (Lozère) ; il entra au Séminaire des Missions Etrangères le 22 septembre 1908. Il était diacre et avait été appelé à la prêtrise pour l'ordination de septembre 1914 ; il devait être l'un de nos partants de l'année... Nous venions de recevoir du cher aspirant une lettre où il nous racontait qu'il avait eu la consolation de remplir les fonctions de diacre à une grand'messe militaire le jour de la Toussaint.

    M. MÉNARD.

    M. Ménard, Alexis-Emile-Victor, était né à Saint-Cast (Côtes-du- Nord) le 18 février 1888, il entra au Séminaire des Missions Etrangères le 11 septembre 1907, fut ordonné prêtre le 8 mars 1913, et partit le 14 mai suivant pour le Collège général à Pinang. Voici la dernière lettre qu'il adressa à M. le Supérieur du Séminaire :

    La guerre rend égoïstes et nous soldats n'aimons à parler que de nous. D'ailleurs, vous n'en doutez pas, les sentiments de vos enfants, même dans les agitations de la guerre, ne changent pas et demeurent à votre égard ce qu'ils furent jadis.

    Il vous tarde de savoir où nous en sommes ; je suis toujours près dArras, nez à nez avec nos voisins avec qui nous échangeons peu de mots aimantes et un peu plus de coups de fusils. Toujours même service : la vie de l'ours qui vit 7 jours sous terre et 4 jours au grand air. Un saint homme trouverait ample occasion de réfléchir aux choses sérieuses ; pour moi, hélas! Cest la vie animale presque seule qui subsiste, et elle va très bien ; j'en ai même reçu compliments. Priez, bien cher Père, que je songe aussi à vivre un peu pour le bon Dieu et que j'ai le courage d'en venir aux actes.

    J'inclus dans la même enveloppe un petit mot pour le cher Pinang, et je vous serais bien reconnaissant de l'y faire parvenir.

    A quand le bonheur du retour à Paris, de la réunion à Pinang? Je n'ose y songer. Que la volonté du bon Dieu s'accomplisse et me sanctifie. Je ne vous oublierai pas, de mon côté, auprès de Jésus et de Marie, en qui je demeure votre fils bien respectueusement affectueux.

    Les derniers détails sur sa mort nous ont été fournis par l'aumônier militaire et par le texte de la citation à l'ordre du jour signée du lieutenant-colonel Morris. Les voici :

    21 décembre 1914,

    Hier matin dimanche, votre excellent et vaillant Père Ménard, sergent à la 6e compagnie du 47me de ligne, est tombé, frappé d'une balle, au moment où, avec son entrain habituel, il entraînait sa section pour faire face à une contre-attaque allemande. Vous avez lu dans les communiqués officiels des 18 courant et suivants que nous avons progressé d'Arras sur Saint-Laurent et Blangy. De samedi soir à hier, l'ennemi a essayé de reprendre les quelques maisons qu'on lui avait enlevées. Le ...me a été appelé à la rescousse. C'est là que le P. Ménard est tombé.

    J'avais rencontré plusieurs fois ce cher confrère. Son allure martiale m'avait frappé et surtout la vaillance candide qu'il portait sur son visage. Ses hommes étaient unanimes à l'apprécier pour la bonté très ferme avec laquelle il dirigeait tout. Ce n'est pas la première fois que Dieu réclame, pour ses holocaustes de réparation, des victimes de choix. Le Calvaire a donné l'exemple.

    21 décembre soir.

    Je viens, par un blessé, d'apprendre de nouveaux détails sur votre cher Père Ménard. C'est hier, dimanche 20 décembre, le matin vers 10 h., que sa Compagnie a été appelée à la rescousse. Bravement il l'entraîna, et de suite une première balle lui brisa son fusil entre les doigts. Il se pencha vers un de ses camarades blessés, lui prit son fusil et continua sa marche en avant de sa demi section. Trois minutes après il tombait, frappé d'une seconde balle en plein front. Il s'agenouilla, murmura quelques mots et ce fut tout.








    1915/14-16
    14-16
    France
    1915
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