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Thibet : Troubles

Thibet : Troubles La Mission du Thibet vient d'être troublée par deux attentats contre le P. Mussot et par le pillage de plusieurs chrétientés. Des lettres de Mgr Giraudeau administrateur de la Mission, du P. Mussot et du P. Déjean, nous ont raconté ces divers événements; nous nous empressons de les publier. Première attaque Dans une lettre du 10 février 1901, écrite de Lentsy, le P. Mussot nous fait le récit de la première attaque qu'il a eu à subir :
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    Thibet : Troubles
    La Mission du Thibet vient d'être troublée par deux attentats contre le P. Mussot et par le pillage de plusieurs chrétientés. Des lettres de Mgr Giraudeau administrateur de la Mission, du P. Mussot et du P. Déjean, nous ont raconté ces divers événements; nous nous empressons de les publier.

    Première attaque
    Dans une lettre du 10 février 1901, écrite de Lentsy, le P. Mussot nous fait le récit de la première attaque qu'il a eu à subir :
    « Les brigands qui, depuis quelque temps, infestent notre région, s'étaient vantés de piller Lentsy. Le mandarin, averti, ne prit pas la chose au sérieux; et malgré les transes continuelles au milieu desquelles avaient vécu les deux confrères de Cha-pa et de Mo-sy-mien, nous crûmes que la tranquillité était revenue. Hélas!
    « Dans la nuit du 30 au 31 décembre je fus réveillé par les aboiements des chiens et par les coups redoublés que l'on frappait à la porte de mon enclos. Je sautai à bas du lit et je courus vers cette porte. Mon catéchiste Yang, autrement dit mouton, y arriva en même temps que moi; les coups redoublaient de violence, et une grêle de pierres tombait sur la maison et dans la cour où nous nous trouvions. Croyant simplement avoir affaire à de mauvais garnements, je leur criai de cesser.
    « Craignant que la porte ne s'ouvrît, je courus chercher mon fusil et tirai un coup en l'air pour les effrayer; mais la porte menaçait de céder, et l'attaque continuait de plus belle de l'autre côté du mur d'enceinte; enfin, la maison était entourée de torches qui jetaient sur le toit leurs lueurs indécises. Je compris qu'il s'agissait de quelque chose de sérieux, et je rentrai en hâte pour m'habiller, car j'étais simplement en culotte.
    « Après avoir mis tout sens dessous chez moi pour aller plus vite, après avoir brisé une dizaine d'allumettes avant d'en pouvoir allumer une, et m'être fagoté Dieu sait comment, je sortis de la maison en courant.
    «Mes deux domestiques avec mon catéchiste répétaient le cri de guerre chinois : frappe, frappe, pour faire croire que nous étions prêts à répondre à l'attaque; le catéchiste tira plusieurs coups de revolver; et moi un nouveau coup de fusil par-dessus la tète des assaillants qui commençaient à ouvrir une brèche au mur.
    «C'est une attaque générale des gens du pays, pensai-je; ils veulent nous chasser, puis piller et brûler la maison, comme cela est arrivé dans tant de postes à l'intérieur de la Chine; voici notre tour.
    «Résister, nous le pouvions peut-être, du moins pendant la nuit; mais il fallait tuer; des coups de feu en l'air ne suffisaient pas. Je jugeai qu'il valait mieux céder, et j'allai chercher quelques papiers importants.
    « Bientôt la brèche s'élargissant, les assaillants descendirent dans le jardin. Retenus par la peur de nos armes, ils restaient près du mur qu'ils démolissaient de plus en plus. Leur intention était visible: dès que la brèche serait assez grande, ils entreraient tous à la fois; il n'y avait plus qu'à fuir.
    « J'appelai mes gens et leur ordonnai de se retirer avec moi. Nous nous dirigeâmes vers la porte d'entrée, mais mon domestique ne put l'ouvrir; pas d'issue. J'avisai un endroit de l'enceinte, où le mur était un peu moins élevé et donnait sur le jardin d'une famille païenne. Aidé par mon domestique je pus l'escalader, et sauter dans ce jardin. Je franchis encore deux murs pour arriver dans la rue qui était déserte, et j'attendis mes domestiques. L'un d'eux arriva :
    « Que le Père se sauve vite, me dit-il, les brigands entourent la maison, ils vont venir.
    « Nous partîmes donc, voyant à peine où mettre le pied, aussi tombai-je du sentier dans un jardin; impossible de remonter tout seul, il fallut que mon domestique m'aidât de toutes ses forces. Enfin, la figure et les mains ensanglantées par les épines, je parvins à me hisser sur l'étroit passage que nous suivions. Encore quelques pas, et nous fûmes dans la campagne, où le plus grand silence régnait. Mon catéchiste me rejoignit alors, et nous nous dirigeâmes vers Lou-tin-kiao; il était trois heures du matin.
    «Cha-pa avait-il eu le même sort que Lentsy? Et Mo-sy-mien, et Ta-tsien-lou ? Je me retournai plusieurs fois en montant la côte qui se trouve au sortir de Lentsy ; la maison ne flambait pas, on voyait des lumières s'agiter.
    «Quand nous ne pûmes plus voir la maison, je marchai à contre cur... Je partais, et les brigands, qu'allaient-ils faire? Un instant après je dis à mon catéchiste :
    « Va à Lou-tin-kiao ; pour moi, avec mon domestique, je retourne voir ce qui se passe; il faut que j'en aie le cur net.
    « Et je revins sur mes pas, aussi vite que je pus, car j'étais harassé, et trébuchais sans cesse.
    «Arrivé à un point d'où je pouvais me rendre compte de l'emplacement du presbytère, je dis à mon domestique d'aller aux nouvelles. Converti depuis peu, non baptisé, et habitant Lentsy, je jugeai qu'il ne courait aucun danger. Je me dissimulai sur le bord du chemin et j'attendis.
    «Tout était silencieux autour de moi; dans les maisons voisines, pas le moindre bruit; seul un chien finit par deviner ma présence et se mit à aboyer malgré les objurgations que son maître lui envoyait, de son lit sans doute. Pauvre bête, elle avait raison, et cependant le propriétaire pouvait dormir en paix...
    « Mon domestique revint enfin et m'apprit que nous avions été attaqués par une bande de brigands et non par les gens de Lentsy, que la garde nationale était arrivée, naturellement après le départ des brigands, que le chef venait me chercher, etc... Nous pouvions rentrer chez nous.
    « Quand j'arrivai dans la cour du presbytère, je vis un groupe de Chinois qui, de l'extérieur, regardaient dans ma chambre par la fenêtre enfoncée. Hélas! Cette chambre était méconnaissable : portes, meubles, caisses gisaient pêle-mêle, et dans toute la maison il en était de même. Les murs seuls restaient debout et encore bien endommagés. Les personnes qui se trouvaient là m'offrirent quelques consolations, s'excusèrent de n'avoir pu venir me secourir à temps, puis elles se retirèrent les unes après les autres.
    «Je finis par découvrir une lampe oubliée, je l'allumai. Un de nos voisins m'ayant demandé s'il allait faire jour, je regardai ma montre que j'avais heureusement sur moi au moment de l'attaque... il était 4 h. 1/4. Ainsi une heure avait suffi aux bandits pour tout piller. J'écartai un peu les débris qui couvraient le sol, et je m'assis au milieu de ma chambre en attendant l'aurore.
    «Après tout j'étais content; les gens de Lentsy me paraissaient, au moins pour la majeure partie, n'avoir pas contribué au pillage qui n'était qu'oeuvre de brigands; Cha-pa et les autres postes étaient saufs; il ne s'agissait donc que de moi et de mes objets. Depuis longtemps j'en avais fait le sacrifice; cette fois c'était fini, voilà tout. »
    Naturellement l'affaire du pillage de Lentsy fut portée au tribunal du mandarin de Ta-tsien-lou par Mgr Giraudeau, qui réclama la punition des coupables et la restitution des objets volés; plusieurs individus furent arrêtés, entre autres un nommé Tchou. Ces premières arrestations ne suffisaient pas; mais les satellites, qui revinrent les derniers, avaient trouvé meilleur de recevoir de l'argent et de ne pas faire de prisonniers. Furieux, le Kuin-leang-fou, premier mandarin civil, emprisonna les deux principaux satellites.
    «Le 8 mars, écrit Mgr Giraudeau, j'arrivais à Ta-tsien-lou; le 10 je fis visite au Kuin-leang-fou et au général. Tous deux mirent l'affaire de Lentsy sur le tapis. Je priai le Kuin-leang-fou d'en finir au plus vite, ce qu'il me promit. Le lendemain il me rendit ma visite.
    « Et cette affaire de Lentsy ? Lui dis-je.
    « Il faut que nous fassions un écrit spécifiant la fin du procès, me répondit-il.
    « Oui, mais il faut d'abord que tout soit tiré au clair. Les objets existent, on ne les rend pas, je ne puis diminuer une sapèque de la somme portée sur la liste. Je suis en excellents termes avec vous, nous sommes deux bons amis, mais je suis un peu vif et le mandarin n'est pas patient. Dans la discussion, de part et d'autre il pourrait nous échapper des paroles que nous regretterions ensuite. Je prie le mandarin de nommer un médiateur. Moi, je nomme Té-se-to (le P. Déjean).
    « De retour chez lui le mandarin envoie son représentant trouver le P. Déjean à l'évêché. Le délégué dut faire un fidèle rapport de la conversation. Le soir même le Kuin-leang-fou interrogeait de nouveau le prisonnier Tchou, lui ordonnait de faire rendre les objets volés; sinon il paierait tout sans aucune réduction; puis il le fit jeter en prison. Sa vieille mère qui pensait le tirer d'affaires avec 3 ou 400 taëls, voyant la tournure des affaires, partit pour Lentsy, afin de presser la restitution de quelques objets. Un compagnon de prison de Tchou, celui que le mandarin voulait étrangler pour l'empêcher de parler, disait-on, indiquait à haute voix les endroits où un certain nombre d'objets avaient été déposés par la famille Tchou ».

    Nouvelle attaque. Le P. Mussot entre les mains
    des brigands.

    Les choses en étaient là, lorsqu'une nouvelle attaque plus grave que la précédente eut lieu à Lentsy contre le P. Mussot.
    « Le 20 mars, écrit le P. Déjean, le P. Mussot fut entouré subitement par une centaine d'hommes; il s'ouvrit un passage à travers les assiégeants, avec son fusil armé d'une baïonnette; il fut suivi par son fidèle serviteur, Yang, armé de la même manière et par un chrétien nommé Song. On le poursuivit avec des sabres, lances et fusils ; on lui jeta des pierres; on déchargea tous les fusils dans sa direction. Son serviteur profita de la confusion pour prendre la tangente et courir à Cha-pa avertir le P. Léard. L'autre chrétien, moins agile, fut saisi par l'ennemi, qui d'un coup de sabre lui coupa le mollet jusqu'à l'os.
    « Le P. Mussot allait réussir à s'échapper en franchissant un mur, lorsqu'il fut saisi par ses vêtements et ramené en arrière. Cette fois il était entre les mains des brigands qui le frappèrent à coups de plat de sabre et de hampe de lance. Un coup de sabre l'atteint à la tête, et il tombe étourdi, il reprend ses sens lorsqu'on le dépouille de sa tunique; sa tête, sa poitrine, ses épaules sont couvertes de sang qui coule de la tête par trois blessures; on lui attache les mains derrière le dos; une chaîne fixée au cou sert à le conduire. On le ramène à sa maison; chemin faisant, il rencontra le chrétien sorti avec lui, qui avait été atteint d'un coup de sabre, et demeurait étendu par terre; sa blessure était affreuse.
    « Arrivé chez lui, le Père est attaché par sa chaîne à une colonne de la maison; il voit les bandits se livrer au pillage; quelques-uns ont même l'impudence de venir lui demander l'usage de divers objets européens.
    «Il prévoit que, si on ne le tue pas sur-le-champ, on va le conduire dans la montagne; il est encore à jeun, il songe à prendre quelque nourriture; il aperçoit près de lui ce qui reste du repas de ses chiens et demande qu'on le lui donne. On satisfait à son désir, puis on le conduit par sa chaîne devant la maison où l'on entassait son mobilier, et où la bande des brigands déjeunait. C'est alors qu'un jeune homme inconnu, âgé d'environ quinze années, vient lui offrir du riz cuit, qu'il lui fait manger lui-même, bouchée par bouchée, malgré les imprécations de ses ennemis.
    «Vers 9 heures au plus tard, le chef de la bande, Tchou-Hoa-Chan, prend la chaîne et entraîne le prisonnier; mais au bout de quelques pas, il cède la chaîne à des subalternes pour se mettre à la tête de la troupe qui se dirige vers Cha-pa.
    «Cinq ou six hommes spécialement désignés emmenèrent le prisonnier dans la montagne. Le Père souffrait horriblement du bras gauche; il demanda à avoir ce bras délié, ce que ses geôliers lui accordèrent, en voyant qu'il ne pouvait plus faire aucun mouvement.
    « Arrivé à la montagne, il fut d'abord logé dans la maison de Tchou-Hoa-Chan, le chef nominal des persécuteurs. Vers le soir, il y eut une alerte; le Père fut conduit bien haut dans la montagne aux cris de : Tuez-le, tuez-le! A la nuit noire on s'arrêta dans une maison en ruines; on attacha le missionnaire à une colonne et l'un de ses geôliers se tint debout près de lui, silencieux, le sabre à la main. Le Père crut sa dernière heure arrivée, il fit une prière et recommanda son âme à Dieu.
    « Après minuit, des estafettes apportèrent la nouvelle qu'il fallait descendre; on conduisit le prisonnier par d'affreux chemins, jusqu'à la maison de Tchou-lan-chuen où il passa le reste de la nuit.
    « Heureusement les chefs les plus féroces étaient partis avec les pillards à Cha-pa et à Mo-sy-mien dans l'espoir d'atteindre Ta-tsien-lou; si le Père fût resté entre leurs mains, il n'y aurait guère eu d'espoir de le sauver; mais il sut faire comprendre à ses gardiens de la montagne qu'ils s'étaient mis dans un mauvais cas; au bout de quelques jours plusieurs désirèrent le faire évader, pour obtenir sa protection devant le mandarin que l'on savait arrivé à Lentsy; la femme de Tchou-lan-chuen, emprisonné à Ta-tsien-lou lors du premier pillage, s'y opposa. Dans une visite au mandarin, elle promit cependant de laisser aller le Père.
    « Bientôt elle changea d'avis et voulut auparavant voir une seconde fois le mandarin. Elle n'était pas encore arrivée à Lentsy que les gardes consentaient à relâcher le P. Mussot ; deux d'entre eux acceptèrent même de le conduire jusqu'en vue des hommes du Kiun-leang-fou, qui l'attendaient à mi-montagne, avec une chaise à porteurs.
    «Le mandarin le laissa reposer pendant deux jours dans le yamen du Tou-sse (chef) de Lentsy d'où il partit le 28 au matin; nous le vîmes arriver à Ta-tsien-lou le 30 au soir, escorté par vingt soldats.
    «Ses blessures n'étaient heureusement pas très graves, cependant le bras gauche était brisé et tout le corps couvert de contusions; ce qui nous rassure, c'est que le Père garde bon appétit, mais il est à craindre que toute sa vie il ne se ressente des mauvais traitements qu'il a subis. »

    Attaque de Mo-sy-mien.

    Lattaque contre Lentsy et le P.Mussot ne fut pas la seule et les lettres de Mgr Giraudeau vont nous dire le pillage de Mo-sy-mien et les dangers de Ta-tsien-lou:
    « Mo-sy-mien ne pouvait échapper à la destruction. Le surlendemain, en effet, les brigands au nombre de huit cents à mille arrivaient dans ce village et accomplissaient le même jour leur oeuvre de ruine.
    « Le P. Aubert eut le temps de se sauver avec les orphelins dans la montagne de Tsay-yang. On alla à sa recherche, heureusement sans pouvoir le découvrir.
    « Tout à Mo-sy-mien a été pillé. Les brigands devaient ensuite prendre le chemin de Ta-tsien-lou par la montagne, détruire les établissements chrétiens en commençant par lévêché, puis retourner à Lou-tin-kiao en saccageant les maisons chrétiennes qui se trouvent dans la vallée.

    Alerte à Ta-tsien-lou

    « Le 23 mars, je fis dire au P. Déjean dabandonner sa résidence et de se réfugier à lévêché, que les mandarins promettaient de défendre. Nous jugeâmes bon de nous mettre en état daider les mandarins, et le jour même nous organisâmes notre défense. On construit des échafaudages à lintérieur, on amoncelle les pierres, on prépare les endroits doù lon peut tirer plus avantageusement; à deux heures après minuit, fête de l'Annonciation, les derniers préparatifs étaient achevés. Les brigands devaient arriver peu après le lever du soleil.
    « Le P. Déjean fit remarquer que nos défenseurs chrétiens prenaient peur. On avait affirmé que la garnison était allée au-devant des brigands avec un canon et un général en tête. Or, deux hommes seulement avaient été envoyés sur la route de Mo-sy-mien, et dix fumeurs dopium établis dans une maison voisine, représentaient la force publique chargée de nous protéger.
    « Après avoir tenu conseil, nous décidâmes de nous retirer, avec nos armes, sur la montagne, à louest de Ta-tsien-lou, doù lon découvre toute la ville, et lévêché en particulier.
    « A 3 heures du matin nous quittions la maison; au lever du soleil nous étions hors datteinte, ou tout au moins en mesure de repousser victorieusement les attaques, car des centaines dhommes ne pouvaient arriver à cette hauteur.
    « Voici les raisons de notre retraite au moment où tout était prêt pour la défense : 1° Nous aurions été obligés dépuiser toutes nos munitions en quelques heures ; 2° nous aurions tué certainement un grand nombre de Chinois, mais nayant pas de soldats avec nous, on nous aurait accusés de massacrer le peuple; 3° les brigands se seraient vengés en faisant mourir le P. Mussot.
    «Avant notre départ jenvoyai prévenir le général quen labsence du Kuin-leang-fou descendu à Lentsy pour sauver le P. Mussot, je lui laissais la garde de lévêché et de nos établissements où demeuraient deux chrétiens fidèles. Je fis aussi avertir le Min-tchen-se, roitelet thibétain de Ta-tsien-lou, qui promit de nous ravitailler.
    «Avec nous, nous avions le P. Hiong, les huit latinistes, vingt à trente chrétiens armés.
    «Notre retraite donna quelque cauchemar aux mandarins; le jour même on envoya soixante-dix Thibétains vers Yu-lin-kong en promettant 10 taëls pour chaque brigand tué. Pendant ce temps, on saisissait en ville quelques partisans de Tchou, le général en chef des brigands; on répandait le bruit que le gouvernement envoyait deux mille cinq cents hommes à notre secours, que le Min-tchen-se avait déjà mille soldats sur pied. Les espions passaient à grande vitesse entre Ta-tsien-lou et Mo-sy-mien et disaient que les Thibétains népargnaient rien.
    «Le 25 au soir, fuyant devant un orage, nous nous réfugiâmes dans une famille chrétienne dont la maison domine la ville. Nous y passâmes une nuit paisible.
    «Le 26, à une heure du matin, vive alerte. Nous nous levâmes, et, les armes à la main, nous attendîmes des agresseurs qui narrivèrent pas. A deux heures le P. Déjean me fit passer un billet du P. Mussot mannonçant sa délivrance. Deo gratias. Aussitôt nous reprîmes le chemin de lévêché, et avant laurore nous étions chez nous.

    Victoire
    «Voici ce qui sétait passé :
    « Le Kuin-leang-fou, notre premier mandarin, sétait avancé vers Mo-sy-mien. Pendant ce temps, Tchou-Hoa-Chan jouant au Yu-Man-Tse, prononçait des jugements en son tribunal et faisait afficher des édits. On raconte que, personnellement, il nétait pas très capable, mais il avait des lieutenants expérimentés. Lun deux nommé Hiong et surnommé Houang-Gnieou-Fan-Tse, avait été un des principaux partisans de Yu-Man-Tse, et avait, lan dernier, opéré à Min-chanet à Tay-hien. On lui attribuait le pillage de sept églises du Su-tchuen.
    «Le drapeau des chefs ou de la famille Tchou portait en devise : « Chouen tsin, mie yang. » (Obéissance à lempereur, extermination des étrangers.) Dautres drapeaux portaient: «Par ordre du Kuin-leang-fou, etc. » Ce sont bien les boxeurs qui ont tout mis en mouvement et encore en se faisant payer par la famille Tchou.
    « Le 27 mars, le Kuin-leang-fou fit livrer bataille aux brigands en face de Lentsy, sur la rive droite du Tong-ho.
    « Là, on sempara de cinq brigands, dont deux chefs et un porte-drapeau. Le lendemain 28, en plein marché de Lentsy, le mandarin fit décapiter les deux chefs: Tchou-Gen-Teul et Houang-Gnieou-Fan-Tse; le porte-drapeau fut étranglé en cage et les deux autres furent jetés en prison. Le mandarin partit pour Mo-sy-mien, laissant à quelques secrétaires le soin de prendre le général en chef, Tchou-Hoa-Chan, dont il avait mis la tête à prix, dabord à 100, puis à 200, enfin à 500 taëls. Le 29, Tchou-Hoa-Chan fut saisi sur la montagne entre Tse-gonieou et Tchan-gny-pa.
    « La révolte était finie et nous étions sauvés grâce au Kuinleang-fou, au Min-tchen-se et surtout au consul français de Tchong-kin, M. Bons dAnty, que javais averti dès le début des troubles. M. Bons dAnty avait à plusieurs reprises énergiquement pressé le vice-roi du Sut-chuen de donner des ordres, et ses représentations avaient été écoutées. Nous lui devons donc un chaleureux merci. »

    1901/178-188
    178-188
    Chine
    1901
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