Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Thibet lettre de M. Douénel

Thibet Lettre de M. Douénel Missionnaire apostolique. M. Douénel, le supérieur de la mission du Thibet sud, nous a adressé la lettre suivante, qui raconte avec intérêt la belle fête que les nouveaux chrétiens de Padong et des villages voisins ont voulu lui faire à l'occasion de sa 25e année de sacerdoce. Tous ceux qui savent combien pénibles ont été les débuts de cette mission, et combien lents ses progrès, se réjouiront des bonnes dispositions des néophytes et des témoignages de reconnaissance qu'ils ont prodigués à leur Père dans la foi.
Add this
    Thibet
    Lettre de M. Douénel
    Missionnaire apostolique.
    M. Douénel, le supérieur de la mission du Thibet sud, nous a adressé la lettre suivante, qui raconte avec intérêt la belle fête que les nouveaux chrétiens de Padong et des villages voisins ont voulu lui faire à l'occasion de sa 25e année de sacerdoce. Tous ceux qui savent combien pénibles ont été les débuts de cette mission, et combien lents ses progrès, se réjouiront des bonnes dispositions des néophytes et des témoignages de reconnaissance qu'ils ont prodigués à leur Père dans la foi.
    Dès quatre heures du matin, le 4 juillet, j'étais réveillé au bruit des pétards et de la fusillade, et sous mes fenêtres, maîtres et élèves au son de la musique chantaient à gorge déployée. Pour obtenir un peu de recueillement je me rendis à l'église auprès du bon Dieu. Mais à peine les portes ouvertes, les chrétiens se précipitent à l'intérieur, ils veulent, en effet, se préparer à recevoir Notre Seigneur en union avec leur Père.
    Après deux heures passées au confessionnal, je commence la grand'messe. Le bon P. Hervagault, arrivé la veille, a voulu donner le sermon de circonstance. Après la messe, salut en musique, et tous nous avons chanté de bon coeur le Te Deum.
    Après mon action de grâces, à ma sortie de l'église, je trouvai sous la tour tous mes chrétiens et ceux de Maria-Basti réunis. Ils m'ont lu une adresse où ils me félicitaient de voir mes 25 ans de sacerdoce. Immédiatement après ma réponse, pétards et coups de fusil à briser les oreilles. Et c'est au son des tambours, de la fusillade et des chants, que je suis reconduit au presbytère. Il était 8 h. 1/2, et déjà tous les païens des environs commençaient à arriver pour assister à la fête et me présenter leurs félicitations. Le temps était magnifique, les drapeaux des Alliés avaient été arborés, et c'est sous tous ces drapeaux que commencent les jeux que je dois présider, tout en recevant les félicitations des nouveaux venus. A midi plus de 1000 personnes étaient réunies sur la place de l'école.
    Après le dîner pris en compagnie de tous mes maîtres d'école, je dois de nouveau assister aux jeux et distribuer les récompenses aux vainqueurs.
    Vers quatre heures du soir, il y avait au moins 1200 visiteurs à la mission. Je crois que Padong n'avait jamais vu pareille foule autour du missionnaire. Pendant toute la journée, plus de 200 coups de fusil ont été tirés. Après la distribution des récompenses, les visiteurs ont commencé à se retirer, et il m'a fallu prendre congé et avoir un mot agréable pour chacun.
    A peine la nuit commençait, que pétards, fusillade, musique, se sont de nouveau fait entendre, et mon petit peuple groupé sous mes fenêtres m'invite à assister à une soirée donnée en mon honneur. Il semblait que toute la mission était en feu tellement l'illumination était brillante, et en entrant dans mon école transformée en théâtre, je suis reçu par un vrai tonnerre d'applaudissements ; en effet, de 600 à 700 personnes s'y sont déjà entassées. L'harmonium et les mirlitons jouent la Marseillaise.
    Je suis à peine installé à ma place qu'un enfant se présente et m'adresse un compliment en anglais ; un second me présente une adresse en hindou ; un troisième me complimente en népalien.
    Les adresses terminées, mes cinq maîtres d'école se présentent et m'offrent le premier un ciboire, valeur 250 roupies, au nom de tout le peuple de Padong ; le deuxième m'offre un volume du bréviaire au nom du village de Kashiong ; le troisième le 2e volume au nom du village de Iakiong ; le quatrième le 3e volume au nom du village de Maria-Basti, et le cinquième le 4e volume au nom du village de Rhenock.
    C'est par eux que j'apprends qu'une somme de 506 roupies a été recueillie, et qu'avec la dite somme ils ont acheté ces divers objets, plus un habillement complet ; un reliquat de 100 roupies m'est alors offert pour mon église. Comme ils ont tous été généreux !
    Les enfants de mon école ont joué une pièce intulée : Daniel, tirée de l'Ancien Testament ; cette pièce était en népalien. Mes Anglais ont donné l'« Editor's trouble ». Le tout était à la perfection. A minuit je commençai à remercier mes enfants et donateurs et visiteurs. Malgré la nuit avancée, de nouveau fusillade et pétards, et je suis ramené au presbytère au son des tambours et musique. Cette fois la journée était finie. Je ne l'oublierai jamais, et elle m'attachera plus encore si possible à ce cher Padong que j'aimais déjà tant.
    Que Jésus récompense tous ces braves gens en leur procurant la grâce de conversion. Oh ! Oui, qu'il les amène tous à Lui, et alors de tout coeur je pourrai chanter mon Nunc dimittis ».

    1917/252-253
    252-253
    France
    1917
    Aucune image