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Testament spirituel

Testament spirituel DE M. J.-B. TARDIVEL Missionnaire en Birmanie méridionale.
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    Testament spirituel DE M. J.-B. TARDIVEL
    Missionnaire en Birmanie méridionale.
    Le 7 octobre 1916 mourait en Birmanie méridionale, après un apostolat de 55 années, le vénérable P. Tardivel, le fondateur de plusieurs chrétientés et en particulier de celle de Maryland. Dans ses papiers on trouva les dernières paroles qu'il avait adressées à ses fidèles. Elles étaient si belles, si touchantes, elles révélaient tant de foi et tant de bonté que les chrétiens après en avoir eu connaissance demandèrent avec instance qu'on leur en remît un exemplaire, qu'ils conserveraient comme le plus précieux souvenir de leur père dans la foi.
    Un missionnaire a bien voulu traduire pour l'édification de nos Associés ces lignes écrites en birman, et nous sommes heureux de les publier, persuadé qu'elles les édifieront profondément.

    MES CHERS ENFANTS.

    Ma longue vie de prédication au milieu de vous touche à sa fin. Permettez-moi, avant de me séparer de vous, de vous faire encore quelques recommandations. Ce sera mon dernier sermon, mes derniers conseils. Gardez-en toujours le souvenir, et dans votre mémoire et dans votre coeur. S'il est vrai que je vous ai engendrés à la vie spirituelle, il s'ensuit que vous êtes vraiment mes enfants. Ecoutez donc les suprêmes paroles de votre père.
    Avant même que je vous connaisse, notre Père Céleste m'a donné l'ordre de venir vous montrer le chemin du salut ; c'est avec joie que j'ai répondu à cet appel, et c'est, vous le savez, de toutes mes forces que j'ai travaillé à cette oeuvre.
    Il n'est jamais entré dans mes desseins de faire de la peine à quelqu'un ; si, cependant, sans le vouloir il m'était malheureusement arrivé de contrarier l'un d'entre vous, c'est le front dans la poussière que je lui en demande pardon.
    Mes chers enfants, selon le devoir que Dieu m'avait imposé, je vous ai prêché la seule vraie doctrine. Anathème à celui qui vous en prêcherait une autre et tenterait ainsi de vous jeter dans le chemin de la perdition1. Le prédicateur ne serait qu'un meurtrier d'âmes, et comme tel, le châtiment ne manquerait pas de l'atteindre. Saint Paul ne l'a-t-il pas dit à ses disciples ; après lui je vous le répète : « Si quelqu'un après moi vient vous enseigner un Evangile autre que celui que je vous ai prêché, celui-ci fût-il un ange, ne l'écoutez pas, car ce ne serait pas un prédicateur de vérité ». La doctrine que je vous ai enseignée, c'est celle de saint Paul ; c'est celle de notre Sauveur Jésus-Christ, je vous le jure au moment de paraître devant le Souverain Juge... C'est pourquoi, mes chers enfants, je vous supplie de pratiquer fidèlement notre sainte religion jusqu'à la mort et de ne pas mentir à vos promesses baptismales. Ah ! Mes chers enfants, combien consolantes et pleines d'espérance sont la foi et la pratique de notre sainte religion ; mais d'un autre côté combien terrible est le châtiment qui attend ceux qui suivent une fausse doctrine, pensez-y bien.
    Pour persévérer dans la foi, méditez souvent sur les fines dernières, la mort, le jugement, le paradis et l'enfer. Elles sont comme la porte par laquelle tous nous devons passer et souvent plus tôt que nous le pensons. Notre pauvre âme paraît alors devant le Maître tout-puissant et infini du ciel, pour écouter la sentence que notre vie a méritée.....
    Pour n'avoir pas voulu se faire une loi de la pénitence et du repentir, quelques uns sont devenus, hélas ! De mauvais disciples. Or, comme un mauvais fils à son père, un mauvais disciple est à son maître une cause de tourments et de larmes. Malgré cela, les parents, à cause de leur amour, ne peuvent les abandonner à leur triste sort. Il en est de même pour moi, je pleure sur les égarés dans les voies de la perdition, et malgré tout, jusqu'à mon dernier soupir, je prie et prierai pour leur conversion.

    1. Le bon missionnaire prémunit ses ouailles contre les protestants.

    Quant à vous, mes chers enfants, qui aimez et pratiquez la loi de Dieu, et m'écoutez avec respect, je vous le dis : vous êtes ma joie, ma gloire, et devant Dieu vous serez ma récompense et ma couronne.
    Chaque fois que vous rencontrerez des frères égarés, donnez-leur des avis pleins de charité et de compassion, exhortez-les enfin pour qu'avant le jour du jugement, ils reviennent à la pénitence.
    Chrétiens, mes enfants, pour rester fermes dans la foi, outre la méditation de nos fins dernières, laissez-moi ajouter ces paroles : L'église de votre village est, vous le savez, la maison de Notre Seigneur et Dieu. C'est le lieu où par la grâce du Baptême, Dieu vous a adoptés pour ses enfants, le lieu où vos parents et vous avez été unis par les liens du mariage. C'est ici que vous trouvez votre véritable Père, Notre Seigneur Jésus-Christ, et votre véritable Mère, Marie. Peut-on trouver ailleurs des parents qui veillent avec un égal amour sur leurs propres enfants ? Dans cette église de Maryland qui est dédiée à Marie sous le vocable de Notre Dame du Sacré Coeur, vous pouvez contempler la statue de cette insigne protectrice et mère. Pensez, chrétiens, chaque fois que vous entrez dans cette église à tout ce qui se trouve sous vos yeux.
    Aimez de tout votre coeur, de toutes vos forces votre Dieu, aimez-vous aussi les uns les autres, et pour Dieu ; car, vous le savez, Notre Seigneur l'a dit : « on reconnaîtra que vous êtes mes vrais disciples à votre charité mutuelle ».
    Mes enfants, après les longues années que Dieu m'a donné de passer au milieu de vous, il faut nous séparer. Voici venu pour moi le moment de rendre compte à Dieu de ma gestion, de mes épreuves et de mes souffrances. Oh ! Que ce moment est de nature à m'inspirer la crainte. Pour que le bon Dieu me soit miséricordieux, j'implore le secours de vos prières. De grâce, priez pour moi, priez beau coup pour ma pauvre âme, priez aussi pour tous vos parents qui dorment leur dernier sommeil dans notre cimetière. De mon côté, si un jour, comme je l'espère, je puis vous être de quelque utilité, pourrais-je vous oublier, vous qui êtes mes enfants ? Oh ! Non, après vous avoir quittés, il me sera impossible de ne pas continuer d'avoir à coeur votre salut.
    Chers enfants, je vous dis au revoir au ciel, où nous serons unis à jamais.
    Je vous confie et vous remets tous entre les mains de la bénie Vierge Marie,

    REVES D'APÔTRE

    (AIR : Le fil de la Vierge).

    I

    Le Chérubin d'azur aux ailes éployées
    Tadores aux cieux,
    Tout frissonnant encor des larmes essuyées
    Des malheureux,
    Il fait monter vers toi l'encens et la prière,
    Sacré flambeau,
    Qui projette un rayon d'éternelle lumière
    Sur le tombeau.

    II

    Je suis ton chérubin, dans ce corps de poussière,
    Et comme lui,
    Mon coeur doit être pur, mes yeux levés de terre
    Vers l'Infini.
    Quand les blés sont courbés par les fleurs de l'aurore
    Tous les matins,
    Tu descends sur l'autel, prosterné, je t'adore...
    ... Dieu dans mes mains !

    III

    Sous le charme léger d'une église rustique
    Seule la nuit,
    La lampe se balance, et sa clarté mystique
    Doucement luit ;
    Et son pâle rayon semble un battement d'aile
    D'oiseau du ciel,
    Venu là, pour veiller, sentinelle fidèle,
    Devant l'autel.

    IV

    Comme la lampe d'or, je suis porte lumière
    De vérité,
    Je dois faire descendre en rayons, sur la terre,
    L'Eternité,
    Peut-être un jour mon sang, en eau pure et vermeille,
    S'épanchera ;
    Mon âme sera rouge, à la lampe pareille,
    En ce jour là !

    V

    Guide ma faible main, pour jeter la semence
    O mon Jésus,
    Et fais de ces païens, une peuplade immense,
    Troupe d'élus,
    Ils sont assis pensifs, sur le bord d'une tombe,
    Et sans espoir,
    Ils croient que l'homme naît, qu'il s'agite et qu'il tombe.
    Eternel soir!

    VI

    Puis quand la mort viendra m'effleurer de son aile
    Dans le combat,
    Elle sera pour moi le messager fidèle ;
    Dieu ne meurt pas!
    Qu'importe ce rempart que la mort démantèle!
    Sonne le glas,
    Je puis mourir heureux, puisque je meurs fidèle,
    Dieu ne meurt pas !

    G. RUAULT,
    Missionnaire au Kouy-tcheou.

    1917/158-161
    158-161
    France
    1917
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