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Taikou (Corée) 1

Taikou (Corée) Lettre de Mgr Demange Vicaire Apostolique de Taikou Quelques Épis Les saisons se succèdent, chaque automne apporte la moisson. Quand, tournant, elles aussi, pour ne plus être relues, les pages de notre Ordo amènent le mois de septembre, elles rappellent le devoir pour chaque mission, d'expédier à Paris le Compte-rendu de ses travaux. Sur la table, s'étalent les feuilles de statistique, les lettres de tout format et de toute écriture que, missionnaires et prêtres indigènes, ont envoyées déjà.
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    Taikou (Corée)

    Lettre de Mgr Demange

    Vicaire Apostolique de Taikou

    Quelques Épis

    Les saisons se succèdent, chaque automne apporte la moisson. Quand, tournant, elles aussi, pour ne plus être relues, les pages de notre Ordo amènent le mois de septembre, elles rappellent le devoir pour chaque mission, d'expédier à Paris le Compte-rendu de ses travaux.
    Sur la table, s'étalent les feuilles de statistique, les lettres de tout format et de toute écriture que, missionnaires et prêtres indigènes, ont envoyées déjà.

    1. Allusion à son nom Duc, qui signifie Vertueux.

    Dans tout cela il faut faire un triage. C'est, épi par épi qu'est formée la gerbe qui prendra place, à côté de celles des missions soeurs, dans ce Compte-rendu annuel, qui présente, sur sa première feuille, l'image du Divin Semeur, debout au milieu d'un champ à la moisson mûre. Son geste est toujours le même, et, hélas, aujourd'hui comme il y a dix-neuf siècles, sa parole toujours aussi vraie : « Elle est abondante, mais combien peu d'ouvriers ! »
    Ces gerbes ne représentent, évidemment et heureusement, qu'une petite partie de celles que, tous les jours de l'année, les anges gardiens des missionnaires transportent là-haut, où elles se conservent, à l'abri des rongeurs, dans les greniers de chacun, pour le jour de la paye éternelle. Le Rapport annuel fait connaître une partie des succès, une partie des déboires, quelques-uns des travaux ; mais la plupart des choses ne sont connues que de Dieu et du missionnaire, pour qui, étaler ses travaux est toujours un geste désagréable.
    Et de celles même qu'il connaît, le rédacteur du Compte-rendu doit écarter un grand nombre. Il fait un rapport administratif, destiné à donner, avant tout, une idée exacte de l'état dans lequel se trouve sa mission ; pour ce faire, il ne peut se disperser dans les détails.
    Lorsque mon choix fut fait, je jetai un regard triste sur une gerbe aux épis odorants qui ne devait pas être confiée au transsibérien. « C'est vraiment dommage de garder tout cela dans mes casiers ; il y a matière à un Compte-rendu d'un genre spécial, mais qui donnerait bien, lui aussi, une idée exacte de l'oeuvre divine ». « Alors, me souffla mon ange gardien, pourquoi ne pas en expédier au moins plusieurs épis à nos chères bienfaitrices de la rue de Babylone ? »
    Donc, j'en noue quelques-uns avec mes meilleurs vux d'heureuse année nouvelle, pour que Dieu vous conserve, toutes et chacune. Vous excuserez ce que ce souhait a d'égoïste, et vous voudrez bien accepter l'envoi tout entier, comme un gage sincère de mon affectueuse reconnaissance.

    ***

    Par une belle journée au froid sec et vivifiant, j'arrivai, au cours de ma dernière tournée, au sommet escarpé de la montagne du « Tigre Céleste », (Htyen-hosan), dans la province occidentale de la Mission. Je m'arrêtai un instant, autant pour reprendre haleine que pour admirer le superbe panorama que j'avais sous les yeux. C'est une de nos jouissances, à nous missionnaires, que les beautés de la nature, dont notre administration, alpinisme perpétuel, nous renouvelle chaque jour le spectacle.
    Une superbe vallée, au fond de laquelle, au milieu des rochers, brillait la ligne brisée du torrent, allait en s'élargissant, pour être coupée tout au loin par une autre montagne couverte de pins sombres. Elle paraissait inhabitée ; mais, en cherchant bien, les regards découvraient blotties sous la neige, au bas du versant nord, les paillotes d'un hameau assez étendu. C'était le « kongso », (station) que l'on est toujours heureux de trouver après une longue chevauchée. La vallée a nom : « le Val de la Lune » (Tarisil), et le petit village emprunte le sien au torrent qui s'appelle « le cours d'eau de la bouteille du dragon » (Ryong-tchou-nai). Derrière les maisons s'ouvre, en effet, une caverne d'où, dit la légende, un dragon sortait pour prendre ses ébats. Il en a perdu l'habitude et je le crois définitivement «embouteillé », car toute la vallée a été acquise, grâce aux intelligentes nouvelles lois du gouvernement Japonais, par les chrétiens du hameau qui ont trouvé, ainsi, avec le moyen d'assurer leur existence, celui de conserver un tombeau qui leur est cher.
    Les Coréens attachent une très grande importance à l'emplacement des tombeaux dont dépend, pour eux et leur famille, au dire des sorciers, les richesses et les honneurs. Mais ce n'est pas pour cela, vous le pensez bien, que les chrétiens apprécient celui-ci. Le grand tumulus renferme, trésor autrement précieux, les corps de sept martyrs, mis à mort lors de la dernière grande persécution, et dont la station conserve les noms avec soin. Près de cette tombe, dominant toute la vallée, un emplacement qu'on dirait préparer pour, recevoir une résidence, semble attendre une chapelle.
    « Là, disais-je au catéchiste qui était venu à ma rencontre et me le montrait, il vous faudrait un oratoire dans lequel vous pourriez vous réunir, et où le Père dirait la messe bien plus convenablement que dans ta petite maison, que tu dois évacuer à chacune de ses visites. Nous y songeons depuis longtemps, si nous avions seulement deux cents piastres, (500 francs) pour les matériaux, ce serait déjà fait, car nous nous chargerions de la main-d'oeuvre».
    Au village, la réception fut ce qu'elle est partout, respectueuse, sincèrement joyeuse et combien affectueuse.
    Quand ce fut le tour des femmes de se présenter pour les salutations, j'eus, à un moment, un recul involontaire. Une personne, qui paraissait jeune encore, inspirait, bien que vêtue d'habits d'une propreté extrême, une répulsion instinctive, presque insurmontable. J'ai vu, autrefois, à Lourdes, une pauvre femme, dont la figure était rongée par un chancre ; cela n'était rien auprès de ce que j'avais sous les yeux. Une description plus détaillée est inutile, n'est-ce pas?
    A l'examen de catéchisme, quelques sifflements à peine articulés, et pour moi à peu près incompréhensibles, me révélèrent que la personne qui répondait au nom de Maria, et était marquée sur ma liste comme âgée de 25 ans, récitait à son tour. A travers les dents qui apparaissaient horriblement, par suite de l'absence des lèvres, ne sortaient que des sons gutturaux.
    Pour la communion, le lendemain, j'eus bien du mal à savoir où poser la sainte hostie.
    Lorsqu'on me présenta les catéchumènes pour l'examen du baptême, dans la chambre des femmes, je remarquai encore la pauvre infirme. « Mais, dis-je au catéchiste, cette personne n'est pas à baptiser, elle a communié ce matin. C'est vrai, Monseigneur, mais elle demande à assister à l'examen de ce vieux qui est son père.
    Quand le vieux, examiné, eut récité admirablement son catéchisme, et répondu, d'une façon très satisfaisante, aux questions de doctrine. « C'est bien, lui dis-je, tu seras baptisé cette nuit, et tu t'appelleras Pierre ».
    Pendant que le vieux, tremblant de n'avoir pas bien compris, se faisait répéter mes paroles, je jetai un regard dans la chambre des femmes. Les yeux de la pauvre Maria, la seule chose expressive chez elle, disaient une émotion intense, et des larmes coulaient sur ce qui, autrefois, avait été ses joues.
    Ce spectacle m'émut, mais je le fus davantage encore le soir, pendant que, accroupis sur nos couvertures, nous fumions, enfin tranquilles, une pipe bien méritée avant de nous endormir, le Père Bermond me raconta l'histoire de la pauvre Maria :
    Cette personne habitait très loin du Val de la Lune, un de ces villages, si nombreux, dans lesquels le nom du vrai Dieu n'a jamais été prononcé. A 17 ans, on la maria, et, sa mère étant morte, son père, déjà âgé, vint habiter avec elle, dans la maison de son gendre. Peu après, sans cause apparente, une petite plaie se forma sur la figure, et, assez rapidement, dégénéra en un chancre affreux qui ne laissa pas intact un seul point du visage. Devenue un objet d'horreur, elle fut chassée par son mari. Personne dans le village ne voulut la recevoir, elle partit donc, avec son vieux père, et chercha un logement ailleurs. Bonne couturière, courageuse, elle espérait pouvoir, en travaillant, trouver la nourriture des deux, mais, dans aucun village, on ne lui permit de s'établir. Errant ainsi, les malheureux parcoururent les chemins. Dans les villages et les hameaux, car ils ne se hasardaient pas dans les villes, on les chassait parfois à coup de bâton, parfois on leur jetait un peu de riz, avec la recommandation expresse d'aller le manger ailleurs, et, surtout, de ne plus reparaître.
    Les pérégrinations de ces pauvres mendiants les amenèrent, un soir, au Val de la Lune. Craintifs, ils s'arrêtèrent à la porte du village, tendant humblement la main. Une jeune fille, à l'air très doux, vint à eux et, en souriant, les invita à entrer dans la cour d'une maison. Très étonnés, ils n'osaient le faire, quand parut le père de la jeune fille. « Soyez les bienvenus ! Vous avez froid et vous semblez fatigués, entrez donc vous chauffer ». Les deux malheureux n'en revenaient pas, mais ce fut bien autre chose, quand un paysan, à l'air bon et vénérable, que les autres appelaient « chef de la société » (catéchiste,) les invita à les suivre. « Ici, dit-il, la maison est trop petite ; venez chez moi, j'ai une chambre libre, vous serez plus à votre aise, et vous y resterez tant que vous voudrez ».
    Le lendemain, après avoir deux fois mangé le riz et avoir couché dans une chambre chauffée, ce qui ne leur était pas arrivé depuis bien longtemps, ils allèrent prendre congé de leur hôte. « Comment ? Déjà ? Où allez-vous maintenant ? Nous continuons notre route. Pour quel endroit ? Nous n'avons pas de but ». Enhardis par l'air de sympathie affectueuse du catéchiste et des gens du village, venus assez nombreux, ils racontèrent simplement leur lamentable histoire.
    C'est bon, dit le catéchiste, quand ils eurent fini. Rien après tant de misère, ne vous répugne ici, je suppose ; si le coeur vous en dit, restez avec nous, nous ne sommes pas riches, mais à nous tous, nous pourrons vous bâtir une petite maison, et si vous, dit-il à la jeune femme, vous pouvez faire quelque travail, il n'y a pas de souci. Alors c'est entendu n'est ce pass? Oh ! Une telle chose est-elle donc possible? Répétaient les pauvres gens, tout en larmes Possible ? Mais c'est facile, répondit en riant le catéchiste, ne sommes-nous pas tous frères ? »
    Les deux anciens mendiants ne tardèrent pas à comprendre ce qui rendait les villageois du Val de la Lune si différents de ceux qu'ils avaient vus jusque-là. Point ne fut besoin d'autre signe de crédibilité pour leur montrer la vérité de notre sainte religion. Heureux, ils demandèrent un jour au catéchiste, si, malgré leur pauvreté et leur laideur, ils ne pourraient honorer celui qu'ils voyaient attaché à une croix, ainsi que la belle dame, qui tenait dans ses bras un enfant à l'air si bon. « Si l'âme est belle et riche, répondit le catéchiste, cela suffit. Seulement il faut apprendre les prières et le catéchisme. Vous ne savez pas lire, sans doute ? Non. Eh bien ! Dit la jeune fille qui les avait reçus, moi je vous enseignerai ».
    Pour aller plus vite, à cause de la mémoire lente du vieux, et aussi, il faut bien le dire, de la répulsion presque insurmontable qu'inspirait un long séjour près de l'infirme, il fut convenu qu'on se diviserait le travail. Les chrétiennes tour à tour enseignèrent mot par mot le catéchisme à la jeune femme, et celle-ci, une fois baptisée, devait enseigner son père. La première reçut le baptême en automne 1908, elle demanda et obtint le nom de Maria. De suite, également mot par mot, elle répéta chaque jour à son vieux père, plus plein de bonne volonté que de mémoire, ce qu'elle avait appris. Vous imaginez sans peine, quel travail ce fut. Le pauvre vieux n'avait même pas la ressource de deviner, au mouvement des lèvres, les mots qu'il ne saisissait pas bien. Cet effort persévérant dura quatre ans, et, comme je le disais plus haut, je baptisai le père de Maria à l'automne dernier. La pauvre femme pleurait de joie, elle se disait trop récompensée.
    Et pourtant, Dieu lui réservait une récompense, en attendant celle du ciel.
    Dans son Compte-rendu, postérieur de quelques mois à ma tournée, M.Bermond écrivait : » Quand, à l'administration de printemps, trois mois après le baptême de son père, j'ai revu Maria, quel n'a pas été mon étonnement ! Elle était guérie de son chancre. Une nouvelle peau, encore tendre, mais parfaitement saine, recouvrait toute la figure. Le Bon Dieu l'a-t-il guérie pour récompenser les souffrances qu'elle s'est imposée pour s'instruire et instruire son père des vérités de la Religion ? Est-ce à notre martyre Ni Luthgarde à qui sa guérison avait été demandée qu'elle doit la disparition de son mal ?»
    A ces deux hypothèses du missionnaire, j'en joindrai une autre : Dieu n'a-t-il pas voulu, par cette guérison extraordinaire dont se réjouissent tous les chrétiens du Val de la Lune, montrer combien Lui était agréable leur charité à l'égard de l'infirme et de son père. Ne se sont-ils pas conduits en vrais enfants de Celui qui a dit : « C'est à ce signe que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples ? »

    ***

    Il est un autre signe, que Notre Seigneur n'a pas donné comme nécessairement distinctif de ses disciples, mais qui, aujourd'hui, comme du temps du Maître, se retrouve au début de l'établissement de son Eglise : « L'Evangile est annoncé aux pauvres ».
    Autrefois, à Seoul, lorsque je dirigeais le journal de la Mission, il m'arrivait d'être «interviewé » par des représentants de la Presse Japonaise. Tous avaient dans leur questionnaire, une phrase qui revenait régulièrement, et qui, non moins régulièrement, était prononcée avec une certaine ironie. « Vos catholiques sont tous de la basse classe, n'est-ce pas ? Notre Religion n'exclut personne, répondais-je, et l'histoire des pays catholiques vous l'a sans doute appris. Pour la Corée, si en parlant de la basse classe vous entendez la classe roturière, la chose est inexacte ; parmi nos fidèles, la proportion des nobles est considérable. Si vous voulez dire par là que la majorité de nos chrétiens est pauvre, votre supposition est juste. Nous avons un certain nombre de chrétiens à l'aise ; quelques unités riches, mais la grande majorité est, en effet, composée de pauvres ».
    Ce fait, incontestablement, est un scandale pour plusieurs. Ce scandale, du temps de saint Paul, existait déjà. Plusieurs de nos oeuvres, celles d'éducation en particulier, y trouvent la plus grande part de leurs difficultés. Aussi, il ne manque pas d'écrivains catholiques, bien disposés pour nous, qui nous disent : « Les missionnaires commencent l'évangélisation des pays païens par le mauvais côté. Qu'ils s'attachent d'abord les hautes classes et le reste suivra». La vérité est que les missionnaires prennent ce que la Providence leur envoie, et, je ne dirai pas à tort ou à raison, car la Providence a toujours raison malgré les étonnements de nos petits cerveaux ; ce que la Providence leur envoie surtout, ce sont les pauvres. Nous mettons, certes, autant que la chose nous est possible, à la portée des autres, et Dieu nous garde d'un exclusivisme qu'Il n'a pas voulu, étant mort pour tous ; mais qu'Il nous garde aussi de désespérer, en voyant les choses se passer ici comme elles se sont passées ailleurs, depuis que douze pauvres ont été chargés par le pauvre de Nazareth d'évangéliser d'abord les pauvres. La difficulté qu'ont les riches à pénétrer au Ciel a été prédite dans une comparaison où il est question de trou d'aiguille et de chameau. Sauf exceptions, le véritable esprit païen pousse d'ailleurs surtout vigoureusement dans la terre des biens de ce monde.
    Malgré leur misère, car pour beaucoup cette pauvreté dégénère en misère nos chrétiens donnent de beaux modèles de ferveur Voici, au hasard, deux citations des Comptes-rendus sur ce sujet.
    « Les chrétiens de Napaoui, écrit le provicaire, me donnent beaucoup de consolations par leur empressement à recevoir les sacrements et à faire leur visite quotidienne au Dieu du tabernacle. Comme vie chrétienne, ils ne laissent pour ainsi dire rien à désirer. Mais quelle misère sous le rapport matériel ! Sur 70 familles qui forment la station, 7 seulement n'ont pas de dettes, les autres en sont criblées. En ce moment, c'est une pitié ! Ils ont épuisé leurs provisions, et pour soutenir leur misérable existence ; en attendant la récolte de l'orge, les femmes et les enfants sont toute la journée à courir les champs et les montagnes pour arracher les herbes, qui commencent à peine à sortir de terre, afin d'en faire leur nourriture, et quelle nourriture ! Mes lapins sont plus difficiles qu'eux. Ils dédaignent ce que mangent nos gens, ou, du moins, ils ne mangent pas tout ce que mangent les Coréens. En fait d'herbe, tout est bon, pour ces derniers ; quant à leur donner force et santé, c'est autre chose ; mais il faut bien savoir se contenter de ce que l'on a, quand on n'a pas ce que l'on veut. Pauvres gens, que la vie qu'ils mènent sur cette terre est bien de nature à leur faire désirer le Ciel ! »
    « Mes chrétiens montagnards séparés des païens forment des communautés ferventes, dit un autre Rapport. Je ne crois pas qu'il y ait des moines qui pratiquent comme eux la pauvreté. Dans ces montagnes, souvent c'est la disette ; cette année n'est pas spécialement mauvaise, et pourtant beaucoup n'ont pas de quoi manger, et ceux qui ne font qu'un repas par jour sont nombreux. Et cependant, quand arrive le Père, ils sont tous à l'affaire de leur âme, s'efforçant de trouver, dans le secours des sacrements, la patience et la résignation. Ils sont décidés surtout à s'assurer, après la mort, une vie meilleure ».
    Que de fois nous avons été émus, mes missionnaires et moi, en voyant avec quelle bonne volonté, mieux quelle ardeur, ils veulent prendre sur leur pauvreté, pour donner au bon Dieu l'obole du pauvre ! Depuis mon arrivée ici, j'ai bénit plusieurs chapelles, toutes ont été construites par leurs dons joints à ceux des missionnaires et des prêtres indigènes. J'ai raconté, dans les Missions catholiques, l'an dernier, comment les chrétiens de la nouvelle Mission ont pris l'initiative d'une collecte pour retirer leur évêque de la maison dans laquelle il était en location, et lui en bâtir une à lui. Ils ont voulu qu'elle fût belle ; elle l'est, et ce sera leur gloire. La somme constituée par leurs souscriptions est dix fois supérieure à celle à laquelle mes missionnaires et moi pensions pouvoir nous attendre ; répartie également entre tous les fidèles de la Mission, elle représenterait plus d'un franc par personne. Comme je remerciais un catéchiste qui, à lui seul, avait donné la somme énorme de 100 yen, (plus de 250 francs.) « Que l'évêque ne me remercie pas, répondit-il, je n'ai pas autant de mérite qu'il le croit. Lorsque nous nous sommes décidés avec le Père, il y a quelques années, à construire la chapelle du poste, j'étais bien pauvre, j'ai même dû vendre une partie de mon terrain, afin de réunir la somme pour laquelle j'avais souscrit. Depuis lors, non seulement j'ai pu payer mes dettes, racheter un terrain équivalent, mais j'ai pris une certaine avance. Vous voyez que l'argent placé chez le bon Dieu rapporte, quelquefois même en ce monde, un intérêt plus fort que celui qu'exige l'usurier le plus avare ».
    Beaucoup pensent comme le catéchiste.

    (A suivre).

    1914/9-17
    9-17
    Corée du Sud
    1914
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