Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Swatow (Kouang-Tong) Le district de Kayn 1

Swatow (Kouang-Tong) Le district de Kayn1 I TOPOGRAPHIE. — CLIMAT. — RIVIÈRES, — COURS D'EAU. — BARQUES. — MONTAGNES. — SOL. Le pays de Kayn est assez célèbre dans la province du Kouangtong et en Chine, à cause de la réputation de ses lettrés et de ses étudiants, pour qu'aujourd'hui je vous en fasse connaître quelque peu l'histoire. 1. On dit aussi Kiain, Kiaing, Kaying.
Add this
    Swatow (Kouang-Tong)

    Le district de Kayn1

    I

    TOPOGRAPHIE. — CLIMAT. — RIVIÈRES, — COURS D'EAU. — BARQUES. — MONTAGNES. — SOL.

    Le pays de Kayn est assez célèbre dans la province du Kouangtong et en Chine, à cause de la réputation de ses lettrés et de ses étudiants, pour qu'aujourd'hui je vous en fasse connaître quelque peu l'histoire.

    1. On dit aussi Kiain, Kiaing, Kaying.
    La ville de Kayn, préfecture de 2e ordre, appartient à la province du Kouangtong. Située sur la rivière le Moye, elle a une position assez avantageuse au point de vue stratégique. A l'époque de l'invasion, les rebelles, en firent une place importante et le centre de leurs opérations militaires, afin de pouvoir marcher sur Tchaotcheou, Witcheou et Canton. Elle est défendue par un cercle de montagnes à 2 et 3 lieues à la ronde. La plaine, sillonnée de petits monticules, n'a pas plus de quatre lieues de longueur sur trois de largeur.
    Le pays proprement dit de Kayn se trouve placé vers le 24° de latitude nord, et vers 115° à 116° de longitude est, d'après le méridien de Londres. Les provinces adjacentes sont : au nord le Kiangsi, au nord-est le Fokien, au sud et à l'ouest des sous-préfectures de la province même.
    De la ville de Kayn, pour les affaires civiles graves, dépendent les sous-préfectures : 1° de Hinnin, à l'ouest ; 2° de Tchongloc, au sud ; 3° de Pinyen, au nord; 4° de Tchinpin au nord-est. Pour se rendre à Canton, les voyageurs mettent de 8 à 10 jours ; il y a de 90 à 100 lieues par la voie de terre. Pour aller à Swatow, port de mer le plus rapproché, il faut 3 jours de barque et 5 jours à pied ; on compte 30 lieues par terre et 45 par le fleuve de Tchaotcheou.
    Le climat en général est sain et assez agréable. Le thermomètre, durant les mois les plus chauds : juin, juillet, août, même septembre, marque 80° à 100° Fahrenheit, et 30° à 37° Réaumur à l'ombre. En hiver : décembre, janvier, février, il varie de 40° à 65° Fahrenheit, et de 0°, 2°, 5°, 6° à 18° Réaumur. A la fin de février et en mars, il y a parfois des, transitions fort désagréables et qui causent des maladies, même aux, indigènes. Le froid est pénible aux Européens, déjà habitués à supporter plus ou moins les chaleurs. Il n'est pas rare, chaque année, de voir de la glace ayant quelques millimètres d'épaisseur. Sur la cime des montagnes, il y a aussi à cette saison du givre et quelque-fois un peu de neige. La saison des orages et des pluies est sans contredit la plus malsaine et la plus fatigante ; elle commence à la fin de mars et va jusqu'au mois d'août ; alors, le ciel est chargé de nuages épais. A cause du manque d'air, on est dans un état de prostration physique qui empêche souvent de faire un travail intellectuel ; on est comme suffoqué, jusqu'à ce que l'atmosphère se dégage par de violents orages. Ceux-ci sont à peu près quotidiens et accompagnés de plules torrentielles qui durent quelques heures, et après lesquelles on ressent un certain bien-être; car l'on peut respirer plus à l'aise. Il y a souvent alors des cas de dysenterie parmi les habitants, et beaucoup de rhumatismes. Les vents du nord commencent ordinairement à la fin de septembre ou de novembre, et durent jusqu'en janvier. Alors la température est agréable ; le ciel est clair et serein ; les nuits sont fraîches et bonnes. Mais c'est l'époque des fièvres intermittentes parmi les habitants. Les rayons du soleil causent vite un rhume de cerveau. En ces pays, du reste, l'Européen a besoin de se précautionner beaucoup contre les ardeurs du soleil ; on ne le brave pas impunément. Une insolation peut causer la mort instantanément, ou affecter les facultés intellectuelles. Un nouveau débarqué de France ne saurait trop écouter sur ce point les avis des vieux missionnaires. Les typhons se font rarement sentir ici; ce n'est pas comme à Canton, Hong-kong, Macao, Swatow, où ils sont terribles en juillet et septembre, et causent souvent d'épouvantables ravages, comme celui de 1874 qui détruisit une grande partie de la ville de Macao. Depuis que je réside à Kayn, je n'ai pas encore vu d'épidémies proprement dites. Les personnes de santé délicate, avec un bon régime et un travail modéré, pourraient, je crois, vivre longtemps ici.

    ***

    Plusieurs cours d'eau arrosent le pays et contribuent à faire vivre de nombreux pêcheurs et mariniers. Le principal est le Moye qui se jette dans le Fou, venant du Fokien à Samhopa ; il est navigable à partir de Kihang (Tchongloc). Il prend sa source dans les monts d'Hakicok, sous-préfecture de Longtchon. Il a trois affluents : 1° la rivière de Maclin, qui se joint à lui à Hoheom (Chong-tsaye) ; 2° celle de Hinnin prenant sa source sur la frontière du Kiangsi dans les monts de Pokong ; 3° celle de Tchinpin, qui a sa source dans le Kiangsi, près du marché de Hapa, et joint celle de Kayn à Piangtsoun. Ces rivières sont en grande partie navigables et facilitent beaucoup le commerce. Il existe aussi de nombreux ruisseaux et torrents qui se déversent dans ces rivières et les grossissent. La navigation est parfois dangereuse à cause des rapides ; la rivière de Tchinpin est la plus périlleuse sous ce rapport. Il y a souvent des accidents à déplorer : des barques sont entièrement brisées, et leur cargaison perdue ou gâtée. Le fleuve de Kayn, qui n'est qu'un embranchement du Fou ou rivière de Tchaotcheou, va se jeter avec lui dans la mer à Swatow, port ouvert aux Européens. A la saison des pluies, toutes ces rivières causent d'immenses dégâts, quand elles viennent à rompre les digues que les Chinois laissent en ruine. Une autre cause de ces inondations qui détruisent souvent les récoltes, c'est que le lit de ces cours d'eau est plus élevé que les rizières; aussi, chaque année, a-t-on des pertes à déplorer et souvent des accidents plus tristes encore.
    La navigation, à la descente d'un fleuve, se fait à la rame ; ce qui est facile et assez rapide, car les courants sont impétueux. Pour remonter le courant, c'est un rude métier que celui de marinier ; tantôt il faut tirer la barque avec dé gros câbles le long de la rive, afin qu'elle ne soit pas entraînée par les rapides ; tantôt cinq ou six forts gaillards, avec de longues perches en bambou plongées dans l'eau, la font avancer lentement. Rarement les vents sont favorables pour s'aider de la voilure. C'est un système qui lasserait vite nos compatriotes ! Mais, par superstition, les pauvres mariniers n'osent faire sauter les rochers ; le voudraient-ils, que la population y mettrait obstacle. Cependant il en est question, et les plus civilisés disent que la poudre est achetée pour en avoir raison. Tant mieux s'ils réussissent dans leurs projets ! Les chaloupes bretonnes et les hirondelles de la Seine, pas plus que les abeilles de la Loire, ne pourraient monter de Swatow à Kayn sans se briser. Les loups de mer ont un système spécial à eux : leurs barques sont longues, peu larges, et très plates ; elles n'ont pas de quille, dirait-on. Elles sont couvertes au milieu de paillassons en feuilles et en bambous, qui constituent un abri. La cuisine se fait auprès de la barre. Eh-bien ! Quand un indigène est là-dedans, couché sur sa natte, savourant l'opium, la pipe à eau et le thé, il se trouve le plus heureux des mortels, tandis que je meurs d'ennui, quand il me faut dix jours pour faire 32 lieues. C'est alors qu'il est bon d'être patient ! On ne gagnerait pas, du reste, en se fâchant avec la race marinière, grossière, voleuse, joueuse, gourmande, etc., etc. Il faut voir les barques et en user, pour en avoir une idée ; je crois inutile de m'étendre là-dessus ; tous les missionnaires de la Chine en ont parlé, soit dans leurs lettres, soit dans les Annales.
    Pour celui qui n'a point quitté son clocher à jour, Kayn est un pays très montagneux. Pour ceux qui ont visité l'Himalaya, les Alpes et les Pyrénées, il en est autrement. Le mont Sihong a 3.000 pieds au-dessus du niveau de la mer ; le mont Kaotsio 3.500 à 4.000 pieds ; le mont Vanfosan ou les Dix Mille Monts de feu, environ 2.500 pieds. Toutes les autres montagnes sont des monticules ordinaires, qui forment une série de chaînes montrant leurs anneaux ondulants comme les flots d'une mer calme. La plupart ont leurs cimes verdoyantes, élevées de 200 à 1.000 pieds; on croirait apercevoir de loin une moisson jaunissante, qu'un doux zéphir balance agréablement sous un beau ciel d'azur. Devant ces beautés, on reste immobile en pensant au grand Créateur de l'univers ; et le cri du poète de l'ancienne loi s'échappe naturellement du coeur et des lèvres du chrétien : Benedicite montes et colles Domino. Bene-dicite maria et flumina Domino ! La plupart de ces monts sont boisés ; le pin y domine ; le sapin n'est pas rare non plus ; cependant une grande partie est assez inculte et aride. Est-ce faute de bras ou de moyens ? Il me semble que le principal obstacle est l'idée superstitieuse. Le Chinois croit qu'en remuant et en fouillant le roc des montagnes, le vent du bonheur disparaît, et que lui-même en meure, ou est à jamais malheureux. Le pays a un aspect pittoresque et accidenté par suite des monticules et chaînes de montagnes entre lesquels serpentent les rivières, bondissent avec fracas des torrents qui font frémir au premier coup d'oeil. Dans les gorges, on rencontre quelquefois des cascades qu'un touriste d'Albion ne dédaignerait pas de contempler.
    En général, dans les plaines et les vallées, le sol est bon et fertile. Dans les terrains argileux, la végétation est luxuriante et produit de magnifiques récoltes, quand l'inondation ou la sécheresse ne viennent pas les détruire. Le silex s'y trouve assez abondant. Là, le riz ne pousse pas aussi bien ; la pistache s'y plaît à merveille. Au bord des rivières et des cours d'eau, le terrain est sablonneux; c'est là que grandit la canne à sucre. La terre glaise est fréquente, surtout dans les montagnes ; mais les Chinois en l'améliorant y cultivent quelques céréales. Le sol est humide pendant la majeure partie de l'année ; on n'a cependant pas à craindre de miasmes pestilentiels aussi nuisibles qu'en certaines régions. L'irrigation et la libre circulation de l'air les rendent inoffensifs, et les vents du nord font disparaître l'humidité qui régne pendant les mois de grandes chaleurs.

    II

    PRODUCTIONS. — VÉGÉTAUX. — MINÉRAUX.

    ANIMAUX. — COMMERCE.

    Bien qu'il y ait des zones plus riches sous les tropiques, la préfecture de Kayn n'a rien à leur envier sous le rapport de la variété des produits : le climat permet de faire plusieurs récoltes par an. Du mois d'avril au mois de novembre, il y a deux récoltes de riz ; celle du froment a lieu en novembre, à la fin de mars et au commencement d'avril. C'est là surtout ce qui approvisionné le pays en temps ordinaire. S'il y a inondation ou sécheresse, ces récoltes ne suffisent pas ; il faut alors faire venir du riz étranger, car le riz est la nourriture principale des habitants, comme le pain en Europe. D'un tempérament lymphatique, le Chinois se contente de peu et a besoin d'une nourriture moins substantielle que la nôtre. Notre régime ne lui conviendrait pas, je crois, sous ce climat aux ardeurs tropicales.
    Parmi les principaux végétaux qui servent à entretenir la vie des habitants de Kayn se trouve la patate douce et sucrée, qui chez les pauvres joue le même rôle que la pomme de terre en France, et soutient l'existence de nombreuses familles. On ne la dédaignerait assurément pas en Bretagne ; mais, sous un climat trop froid, je crois qu'elle ne s'acclimaterait point. Le sorgho, le millet, le maïs sont aussi cultivés, mais en petite quantité. Les Chinois en fabriquent des galettes qui n'ont rien de succulent, et que, de prime à bord, un estomac européen refuse de prendre. Le haricot vient très bien ; on le cultive beaucoup pour faire les teoukoun et teoufou, espèces de fromages d'une fadeur insupportable. Quoique ce soit le mets princier du pays, celui que l'on sert à tous les nobles visiteurs, mon capricieux estomac n'a jamais pu le savourer. C'est une véritable petite branche de commerce pour le pays. La pistache, qu'on recueille en automne, est cultivée sur une assez vaste proportion dans les terrains où le riz ne peut se planter. Les indigènes en font le commerce pour obtenir l'huile avec laquelle ils assaisonnent leurs aliments, et qu'ils préfèrent de beaucoup à l'huile de camélia qui a un goût âcre et éclaire moins bien. En buvant le vin de riz avec leurs hôtes, ils mangent souvent des pistaches grillées ; les enfants en sont très friands. L'aubergine violette et blanche est cultivée, avec une espèce de tubercule appelée vouli dans le langage du pays. Ce tubercule a quelque peu le goût de la pomme de terre de France.
    Les légumes salés, voilà ce qu'il y a de plus commun, ce qui sert d'assaisonnement ordinaire à un bol de riz chez nos pauvres Hakkas. C'est une espèce de grand chou vert, qu'en Bretagne on donnerait aux animaux. Après la coupe, on expose les feuilles au soleil durant plusieurs jours ; on les sale fortement, puis on les met dans une amphore à fermenter. Quand on en veut, on les lave et on les découpe en petits morceaux. Le Hakka trouve cela délicieux avec son riz, à défaut de mets plus raffinés. Non disputatur de gustibus ! Si le missionnaire ne les faisait dessaler et passer au pot-au-feu, il en viendrait difficilement à bout. En revanche il se rattrape sur le légume blanc, dit pack tsoil, qui n'existe pas en France et rappelle un peu le goût du chou et la couleur de la laitue.
    Le potager d'un Chinois de Kayn varie encore selon les saisons. On y voit successivement le petit pois, le navet ou radis blanc, meilleur cru que cuit ; les oignons sont fort inférieurs à nos beaux oignons de Bretagne et de Vendée. Le poireau existe aussi avec l'ail que le Chinois aime beaucoup. Le reste ne mérite aucune mention, et reste inaperçu.

    ***

    Disons ici quelques mots de l'arboriculture et de l'horticulture. Le roi des arbres pour son agrément est assurément le banian, dit arbre à pagode, probablement parce qu'on le rencontre devant toutes les pagodes ou les autels érigés en l'honneur des dieux du pays. Il se distingue par son feuillage vert et la multiplicité de ses racines qui sont d'une longueur étonnante. Son ombrage est délicieux ; malheureusement, il est difficile de le planter devant les habitations, car ses grosses racines démoliraient vite les murs en terre ou en chaux foulée. Le pin et le sapin viennent au second rang comme bois de construction ou de chauffage ; ils sont très communs dans les montagnes. N'oublions pas le bambou, l'empereur de la plaine ! Partout, les villages sont entourés d'une palissade de bambous qui forment d'agréables bosquets, où la plaintive tourterelle vient roucouler et égayer le missionnaire. Souvent je me suis arrêté, ravi, devant ces touffes élevées formant des voûtes comme les arcs gothiques de nos belles cathédrales. En entendant le doux ramage des oiseaux, on se croirait, en une belle matinée de printemps, dans les parcs de nos châteaux, Benedicite volures coeli Domino..... Le bambou s'emploie surtout pour faire des paniers, des palanquins, des chaises, des échafaudages, des claies ; il en existe une espèce dont les jeunes tiges en sortant de terre sont bonnes à manger. On le cultive surtout aux environs de Canton. Le camélia est cultivé en certains endroits et fournit de l'huile, Le camphrier existe, mais il est assez rare ; on l'emploie pour faire des sculptures, parce qu'il fendille moins que le sapin. On trouve aussi un arbre dit de fer, dont le bois est d'une dureté remarquable, et qui est peu employé à cause de cela. Le tongyouchen ressemble au marronnier ; il produit des graines grosses comme un gland, qui servent à fabriquer de l'huile pour la peinture. On distingue encore le foukyongchou qui a une jolie fleur, blanche le matin et rose le soir ; le fouklienchou dont la fleur a quelque ressemblance avec celle du lilas ; l'arbre à coton, l'aubépine, et le petit arbuste à thé. L'horticulture laisse beaucoup à désirer. Tous les arbres fruitiers sont à peu près à l'état sauvage ; ceux qui pourraient donner des fruits convenables en sont vite déchargés ; on les cueille tous avant la maturité. Les premiers vendus ont toujours plus chers, et c'est beaucoup pour le Chinois cupide. Le pêcher, le poirier, le prunier, le goyavier, le châtaigner, le grenadier, le sekno inconnu en Europe sont cultivés, mais en petit nombre. L'oranger et le pamplemousse sont pour les amateurs, et uniquement dans les districts du midi de la province. La canne à sucre réussit assez bien sur le bord des rivières, aussi la cultive-t-on. Pour plusieurs, c'est ne branche de commerce qui ne va pas au-delà du pays. En voyage, n morceau de cette canne, qui coûte 5 à 6 sapèques, rafraîchit agréablement sans nuire. Depuis quelque temps, on essaie beaucoup la culture du mûrier pour les vers à soie.
    Quant aux fleurs, les Chinois les aiment beaucoup ; mais en ceci, comme pour le reste, la routine les empêche de progresser. Je n'ai vu aucun vrai jardin ; tout y est en désordre et sans symétrie, comme dans l'intérieur des maisons ; c'est un beau désordre, qui n'est certes pas un effet de l'art.
    Les lettrés de Kayn aiment beaucoup le camélia, la fleur de Siam, la rose de Bengale, les marguerites, l'oeillet, les amarantes, les glaïeuls, les tulipes, le sikonifa, l'hortensia, le laurier rose, le nénuphar, et plusieurs autres fleurs dont je ne connais pas les noms scientifiques. Les amateurs possèdent toutes ces espèces dont la variété n'est pas grande, et dont bien peu sont odorantes. J'aime à croire que les autres pays de Chine sont plus riches en fleurs que celui de Kayn.

    ***

    Les richesses du règne minéral sont difficiles à apprécier. Ici comme par toute la Chine il est défendu d'ouvrir les montagnes. Et pourtant, il me semble qu'il doit y avoir d'immenses richesses dans leurs flancs ; mais le vent du bonheur les rend inaccessibles à la pioche du mineur. Un jour peut-être la Chine suivra le courant des autres pays civilisés, et trouvera une ressource précieuse pour le commerce dans l'exploitation des montagnes.
    Dans la préfecture de Kayn, on extrait surtout le charbon de terre et la pierre à chaux de première qualité. Celle de Siaosa est renommée, même en dehors du pays. Il y a, dans la région du Tchongloc, quelques carrières d'étain et de pierre qui ne sont pas exploitées comme elles pourraient l'être, faute de ressources et de machines, Le pays se fournitaussi de fer et de plomb. Les pierres du Tchongloc sont exportées en grande partie à Kayn. La rumeur publique prétend que certaines montagnes renferment de l'or et de l'argent; pour s'assurer de ce dit-on, il faudrait examiner des lingots, et creuser un peu ans ces montagnes, ce qui est impraticable actuellement. Il y a aussi du marbre noir çà et là. S'il était permis d'ouvrir des mines, on pourrait trouver l'alun, le cristal de roche, le mica, le salpêtre, etc.
    Dans le pays, on fabrique des tuiles, des briques, des poteries et de la faïence pour les usages domestiques.

    ***

    Le règne animal est peu varié : en fait d'animaux de basse-cour, la poule, avec le chapon, est ce qu'il y a de plus commun ; le canard abonde ; mis l'oie et le faisan sont rares.
    Le buffle, plus fort que le boeuf, sert à labourer les rizières ; il a besoin de bains fréquents, autrement il périrait. Le boeuf est beaucoup oins utilisé ; il est petit et n'égale pas nos génisses bretonnes. On 'en vend point pour la boucherie, si ce n'est quand ils sont vieux ou salades. Et encore, les bouchers ont-ils la déplorable habitude de les souffler en introduisant de l'eau dans les filaments afin d'augmenter le poids de la viande. Quant aux porcs ils prospèrent en Chine comme ailleurs. Leur chair est la plus recherchée avec celle du chien. — Du chien, dites-vous ? — Eh oui ; n'en riez pas ! Les mandarins eux-mêmes n sont très friands, aussi la viande de chien se vend-elle plus cher que celle du porc. Le petit cheval tartare vit bien ici ; il n'y a que les gros personnages du pays qui se paient ce luxe, ou quelques bacheliers militaires. On nourrit des chèvres pour les sacrifices superstitieux. Le chien chinois, dont la chair est si succulente pour les Hakkas, n'est pas un fameux défenseur de la propriété ; il aboie beaucoup la nuit quand il entend du bruit, tout en se gardant bien d'aller mordre quelqu'un ; il prend vite la fuite si l'on se retourne sur lui. Il a la bravoure des habitants, et les voleurs peuvent s'en donner à coeur joie, sans crainte d'être déchirés par ces fameux bouledogues.
    Parmi les animaux sauvages, on peut citer le tigre, la panthère, le loup, le porc-épic. Ils viennent de temps en temps jeter la terreur chez les montagnards. Le renard n'est pas rare ; il se paye un bon festin dès qu'il peut entrer dans un poulailler. Il existe aussi une espèce de chiens sauvages assez nuisibles, rares heureusement. Les rats pullulent ; ils se délectent de l'huile de lampe, aussi que de fois ne me suis-je pas levé n'ayant plus ni mèche ni huile. Il nous faudrait nos beaux chats d'Europe pour en avoir raison ; mais les minets d'ici en ont quelquefois peur. Cependant, plusieurs font bonne chasse. A Kayn, comme en tout l'univers, les petits oiseaux glorifient le bon Dieu de leur doux gazouillement qui ne lasse jamais. Dans notre chapelle, de gentils moineaux prennent leurs ébats et se plaisent à chanter pendant la prière des chrétiens ; aussi serait-ce cruauté de les détruire. Ils sont seulement trop hardis dans la maison de Dieu, allant parfois jusque sur l'autel. La tourterelle fait entendre ses roucoulements dans les frais bosquets de bambous ; le coucou fréquente les ravins ; la blanche colombe apparaît aussi quelquefois pour nous rappeler de conserver nos coeurs purs et simples, et la bavarde pie n'est pas plus aimée qu'en Europe. Plusieurs autres espèces d'oiseaux, de couleurs diverses, mais dont j'ignore les noms, sont assez rares dans la plaine ; la caille délasse le cultivateur au milieu des rizières verdoyantes. La race volatile est moins nombreuse ici que sur nos coteaux de l'Armorique.
    Le pays est pauvre en poissons ; il est difficile de s'en procurer. Les habitants achètent de petits poissons qu'ils nourrissent avec des herbes dans les étangs ; quelques mois après, ils les pêchent pour les vendre. Ces poissons sont médiocres. Les plus renommés sont le van, le tram, le ly, espèce de carpe. De temps à autre, on peut avoir des crevettes d'eau douce et des anguilles. Les grenouilles sont fort recherchées des Chinois ; la tortue, assez rare, se vend cher. Les habitants mangent beaucoup de poisson salé, desséché au soleil et qui vient des ports de mer.
    Terminons ce chapitre en disant que le commerce n'est pas florissant à Kayn. Tous les produits que nous avons énumérés ci-dessus ne s'exportent pas, ou du moins très peu en dehors de la préfecture. C'est ce qui fait le petit commerce d'une sous-préfecture à l'autre. L'importation est plus considérable : de Swatow l'on reçoit le coton, venant des Indes et d'Amérique ; beaucoup, d'ouvriers, surtout à Hinnin, vivent au jour le jour, en tissant de la toile. L'opium, le pétrole et le sel nous viennent aussi par Swatow. La soie, les toiles et plusieurs objets d'Europe, entre autre l'horlogerie, sont expédiés de Canton. La ville a perdu de son importance comme débouché sur le Kiangsi, depuis que les vapeurs abordent dans les ports ouverts. Tous les transports de marchandises se font par barque sur le fleuve, de Tchaotcheou à Kayn, ou à dos d'homme dans l'intérieur du pays, car les routes sont impraticables pour des chariots.
    Les gens du pays ont l'esprit commercial quand ce ne sont pas des lettrés ; aussi les jours de marché sont très nombreux ; chacun va échanger ses marchandises et ses denrées. On n'exporte guère du pays, et en petite quantité, que de la toile de Hinnin, des éventails en feuille, un peu de thé, des parapluies, des souliers, du vin de riz, du Lois de chauffage et du charbon.
    (A suivre).

    1918/525-533
    525-533
    Chine
    1918
    Aucune image