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Swatow coversion du village de Kué-Nam-Tham

Swatow coversion du village de Kué-Nam-Tham Lettre du P. Favre. Missionnaire apostolique.
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    Swatow coversion du village de Kué-Nam-Tham

    Lettre du P. Favre.
    Missionnaire apostolique.


    A la fin de 1920, un village, dont la réputation de brigands n'est pas du tout volée, me pria de le recevoir au catéchuménat. Ce sont des habitants de cette localité qui, en 1915, attaquèrent le P. Etienne pour le piller lorsqu'il se rendait à Swatow. Les blessures très graves, que reçut le Père, faillirent lui coûter la vie. Le village paya une indemnité; mais comme les soldats, une fois l'affaire presque réglée, s'y rendaient un peu trop souvent, les notables de Kué-nam-tham, c'est le nom de l'endroit, demandèrent à venir me parler. J'acceptai volontiers l'entrevue.
    Après les cérémonies d'usage, présentation de cartes, salutations multiples et très profondes, et un petit préambule sur la pluie et le beau temps, ces notables me déclarèrent qu'ils désiraient se convertir au catholicisme.
    Je les félicitai grandement de leur intention droite (qui n'était pas droite du tout à ce moment-là; moi-même je ne croyais pas un mot des éloges que je leur adressais) et j'en profitai pour leur dire quelques paroles sur la beauté de notre sainte religion. Ils parurent enchantés.
    Pour mettre fin à cette petite conversation, je leur dis que j'entretiendrais mon Supérieur de la belle' proposition qu'ils venaient de me faire, et que dans quelques jours je leur donnerais une réponse définitive.
    La préoccupation de ces messieurs n'était pas du tout de se convertir, mais bien de chercher un moyen pour que les soldats ne retournassent plus les molester. Le plus sûr leur avait paru d'essayer de se faire admettre au catéchuménat, puisque l'affaire qu'ils avaient sur la conscience concernait la Mission Catholique.
    Je demandai donc conseil à Mgr Rayssac qui encourage toujours à faire de nombreuses et solides conversions, et après avoir pris les précautions nécessaires pour ne pas être exposé à un fiasco complet, je reçus au catéchuménat les habitants de ne village. Tous inscrivirent leurs noms, 97 familles, en tout 685 personnes.
    Immédiatement ordre leur fut donné de préparer un local comme chapelle provisoire. Dans ce but, ils m'offrirent une maison chinoise spacieuse et très convenable.
    Quand tout fut préparé, ils m'invitèrent pour l'inauguration qui eut lieu en février 1921; beaucoup de chrétiens des environs furent invités également à prendre part à la fêle, et j'eus le plaisir de mettre sous le patronage du Sacré Coeur ce village dont presque tous les habitants assistaient à la cérémonie, le suppliant de leur faire miséricorde comme il fit miséricorde autrefois au bon larron.
    De cela il y a déjà vingt mois. L'an dernier mon catéchiste « Tambourin » leur enseigna les prières du matin et du soir avec les premiers éléments de la doctrine, mais très souvent il fut obligé de régler les chicanes qu'ils avaient entre eux ou avec les villages voisins à cause de vols plus ou moins graves, à tel point que je dus faire approuver par les notables un règlement très sévère pour mettre un terme à ces désordres. Ce règlement n'était pas affiché depuis 24 heures qu'une femme était prise en flagrant délit de vol au marché voisin. La punition prévue fut appliquée immédiatement par les notables. Depuis lors Kué-nam-tham a l'air de vouloir refaire sa renommée : il n'est plus question de pillage; les païens des villages voisins le remarquent eux-mêmes, et ils ne regrettent qu'une chose, c'est que ces brigands 'ne se soient pas orientés un peu plus tôt vers le catholicisme.
    Cependant, que le terrain est difficile à travailler! C'est plus dur que du ciment armé. Les hommes se laissent assez facilement convaincre ; mais pour la plupart des femmes, elles ont toujours le diable au corps. Combien qui pleuraient de rage lorsque leurs maris m'invitèrent à détruire leurs idoles! Je crois que ce jour là tout le vocabulaire des malédictions chinoises fut déversé sur ma tête par ces malheureuses.
    Cette année-ci j'ai pu installer dans ce village un maître d'école chrétien, qui enseigne le catéchisme aux enfants et prêche le dimanche. Une catéchiste enseigne une trentaine de femmes assez courageuses pour oser braver les quolibets d'une foule de commères. Grâce à ce personnel enseignant, je compte actuellement 13 baptêmes in articulo mortis, dont une jeûneuse qui, pour suivre la Sainte Vierge, renonça aux mérites qu'elle avait acquis pendant 30 ans à ne manger que des légumes.
    Ces 13 ouvriers ou ouvrières de la dernière heure sont pour moi une garantie que ce village se convertira, car au ciel ils doivent surtout intercéder en faveur de leurs compatriotes.
    Un autre fait que voici est également une bonne note pour Kué-nam-tham. Pendant sa maladie, une femme de 44 ans vit en songe la Sainte Vierge qui lui, dit :
    « Sois fervente, car tu mourras dans dix jours.
    ― Je ne sais pas prier, répliqua-t-elle.
    Lorsque tu prieras, répondit la bonne Mère, dis : Ave Maria! »
    A ce moment cette personne n'était pas encore baptisée. Aussi s'empressa-t-elle de demander le baptême, et elle exhortait à se convertir tous ceux qui allaient la visiter, leur racontant la vision qu'elle avait eue, et affirmant qu'elle mourrait tel jour.
    En effet, la veille du jour fixé, elle voulut se préparer « pour aller rejoindre, disait-elle, la Sainte Vierge ». Elle se leva, prit son bain, revêtit ses plus beaux habits et se remit au lit.
    Ensuite elle invita le maître d'école à écrire la lettre de faire-part annonçant sa mort. Celui-ci s'y refusa d'abord : « Ecrivez, dit-elle, car je suis sûre que c'est demain le jour de ma mort; mais je ne connais pas l'heure ; laissez donc un blanc sur la feuille ; et après ma mort vous n'aurez qu'à l'ajouter ».
    Il fut fait selon son désir, et le lendemain matin à 1 h. 1/2 elle s'endormait paisiblement dans le Seigneur en disant : Ave Maria!
    A côté de ces consolations, il y a beaucoup de déboires. Cependant comme j'ai mis ce village sous le patronage du Sacré Coeur, j'ai confiance malgré tout, et je ne l'abandonnerai pas tant qu'il s'y trouvera une âme de bonne volonté.
    Mais ce qu'il me faut pour obtenir quelques succès, ce sont des prières. Aussi je demande à tous ceux qui liront cette petite page de vouloir bien intercéder auprès du Sacré Cur « pour la conversion de Kué-nam-tham », et dès qu'il y aura un certain nombre de baptisés, je serai très heureux de le leur faire savoir.

    1923/180-182
    180-182
    Chine
    1923
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