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Sur le vif...(en Corée) 2

En Corée SUR LE VIF ... (1) Quelles sont donc ces deux demoiselles aux costumes et allures modernes, qui s'avancent du côté du presbytère? J'en reconnais bien une, Mlle Lucie, professeur d'enseignement ménager au collège de la ville, chrétienne fervente et dévouée, mais l'autre? Sans doute une de ses anciennes élèves qu'elle va me présenter en vue de son instruction religieuse, le fait est assez fréquent ! Good morning, Father ! Do you speak English?
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    En Corée


    SUR LE VIF ... (1)





    Quelles sont donc ces deux demoiselles aux costumes et allures modernes, qui s'avancent du côté du presbytère? J'en reconnais bien une, Mlle Lucie, professeur d'enseignement ménager au collège de la ville, chrétienne fervente et dévouée, mais l'autre? Sans doute une de ses anciennes élèves qu'elle va me présenter en vue de son instruction religieuse, le fait est assez fréquent !

    Good morning, Father ! Do you speak English?

    Mademoiselle, excusez, mais ne pourriez-vous pas vous exprimer dans une autre langue, en français par exemple?

    Oh ! Moi pas beaucoup parler français.

    Bon ! Tâchons donc de nous entendre en coréen, puisque aussi bien vous devez être Coréenne.

    Oui, et j'habite cette ville. Mais j'arrive de Pékin où j'ai fait quelques années d'université ; puis j'ai étudié au collège des Soeurs.

    Alors, vous êtes chrétienne?

    Non, pas encore. Mes parents sont bouddhistes, et moi, longtemps élève des écoles protestantes, je suis encore protestante, mais je voudrais devenir catholique.

    Fort bien, mais qui vous pousse à changer de religion?

    J'ai fait ce que j'ai pu pour convertir au protestantisme mes compagnes. Le dimanche, j'en emmenais quelques-unes au temple. Puis peu à peu j'ai commencé à fréquenter la chapelle des Surs ; j'ai vu celles-ci revenir transfigurées de la Sainte Table, j'ai compris alors le vide de mon temple où Jésus ne réside pas, le vide surtout de ma religion où Jésus ne vient pas dans notre coeur, et j'ai résolu de me faire catholique. J'ai déjà commencé l'étude du catéchisme. Voulez-vous achever mon instruction et me préparer au baptême?



    Comment j'acceptai une pareille proposition, vous le devinez ! De tels jours font paraître doux les déchirements du départ et les souffrances du séjour sur la terre étrangère.



    Six mois plus tard, en la fête du Christ-Roi, Jeanne recevait le baptême. Le lendemain, solennité de la Toussaint, elle communiait à la messe matinale et se trouvait encore à genoux à 11 heures devant l'autel. Je dus l'avertir que sa famille serait inquiète et qu'il était grand temps d'aller déjeuner.



    Encore six mois écoulés six mois de communions quotidiennes, et, sous prétexte d'études, Jeanne se rendait à Tokio chez les Soeurs.





    (1) Première partie de l'article, pp. 338 et suiv.





    Mais quand la famille s'aperçut que les études n'étaient qu'un prétexte, ce fut une belle colère ! « Oui, j'irai à Tokio, disait la mère, bouddhiste fervente, j'en ramènerai ma fille, morte ou vive ». Elle alla à Tokio et... revint seule, mais un peu moins furieuse. Elle y retourna une seconde fois et revint convertie. Quelques mois encore, elle remplaçait presque quotidiennement sa fille à la Sainte Table de l'église de Fusan.






    Quant à Jeanne, son noviciat, commencé à Tokio, se termina à Rome. Aujourd'hui, sous le nom de Mère C. F., elle se dévoue quelque part en Mandchourie à l'éducation et à la conversion des jeunes Mandchous.



    Nous sommes en 1930. Voilà deux années que je suis à Fusan. Peu à peu les murs des écoles se sont élevés, une classe enfantine fonctionne, les élèves sont suffisamment nombreux. Les classes primaires vont s'ouvrir, déjà 70 inscriptions, et plus de 150 pour les cours du soir. Fort belles promesses ! Mais où dénicher les trois institutrices et l'instituteur qui manquent encore? Personne dans mon district, et pas davantage dans ceux de mes confrères voisins ! Comptons donc uniquement sur la Providence...



    L'attente n'est pas longue. Successivement se sont présentés Mlle Kouen, puis M. Kim, puis Mlles Kim et Kang. Les diplômes sont suffisants, les familles honorables, mais je veux des écoles chrétiennes, et tous les quatre sont païens, avec une teinte de protestantisme.



    Vous voulez professer dans mes écoles, fort bien, je vous en remercie. Mais il faut que vous sachiez qu'il s'agit d'écoles catholiques où la religion catholique devra être enseignée aux élèves. Comme je conseille à ceux-ci d'aller à l'église le dimanche, je serai obligé de vous demander aussi d'en faire autant. Tirez vous-mêmes les conclusions.



    Père, me répondent-ils en choeur, nous avons de la sympathie pour votre religion, nous voulons bien l'étudier nous aussi et aller à l'église.



    Six mois s'étaient à peine écoulés, M. Kim, Mlles Kouen et Kang recevaient le baptême. Seule Mlle Kim n'y participait pas, mais elle assistait à la cérémonie. Pourtant son instruction était terminée et, chaque matin, avant de commencer sa classe, elle faisait pieusement une visite au Saint-Sacrement. C'est que, quinze jours auparavant, elle s'était mariée, et sa belle-mère n'avait pas voulu que la femme de son fils devienne chrétienne, «craignant, disait-elle, de n'avoir personne pour lui donner à manger après sa mort » : elle savait qu'une bru chrétienne ne pourrait lui offrir des sacrifices et les mets préférés que l'on offre aux morts, et c'est pourquoi elle s'était opposée au baptême.








    ***





    Les années passent vite au milieu des travaux nécessaires au développement d'un grand district, fondation d'écoles, catéchumènes à instruire, visite au moins bisannuelle de quatorze chrétientés situées dans la campagne, que sais-je encore?



    En 1932, Fusan eut l'honneur d'héberger Mgr de Guébriant lors de la visite qu'il fit des diverses missions de la Société des Missions Etrangères. Il entrevit alors l'avenir merveilleux de ce port coréen qui compte actuellement 220.000 habitants, 100.000 de plus qu'à mon arrivée ; voulant proportionner les oeuvres catholiques au développement moderne de la ville, il écrivit même ce souhait dans sa relation de voyage : « Si je trouvais un bienfaiteur voulant attacher son nom à une oeuvre de grande importance et de grand avenir, je lui donnerais l'adresse de Fusan et de son missionnaire ».



    Le travail n'est pas prêt de manquer aux ouvriers apostoliques, tant actuels que futurs, de cette grande ville de Corée.



    JOSEPH BULTEAU,

    Missionnaire de Taikou (Corée


    1943/366-368
    366-368
    Corée du Sud
    1943
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