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Sur le front : Une attaque manquée

Sur le front : Une attaque manquée. LETTRE DE M. P. Quelques heures après avoir reçu votre intéressante lettre, je partais, au beau milieu de la nuit, avec presque toute ma section, pour surprendre un poste ennemi qui se trouvait à une distance de soixante à quatre-vingts mètres de notre tranchée.
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    Sur le front : Une attaque manquée.



    LETTRE DE M. P.



    Quelques heures après avoir reçu votre intéressante lettre, je partais, au beau milieu de la nuit, avec presque toute ma section, pour surprendre un poste ennemi qui se trouvait à une distance de soixante à quatre-vingts mètres de notre tranchée.

    Nous étions presque tous convaincus que nous allions à la mort ; je n'ai pas montré toutefois la moindre faiblesse, j'étais plein de courage. Nous partîmes, nos armes chargées, rampant silencieusement dans un terrain plat et découvert. Nous arrivâmes sans être vus par les sentinelles boches, sur la tranchée même du poste ; nous l'entourâmes aussitôt. Nous étions prêts à faire notre devoir ; moi et quelques autres devaient sauter dans le poste pour massacrer et faire prisonnier tout ce qui s'y trouvait. Malheureusement, nous nous buttâmes à des grilles, qui nous empêchaient de sauter ; bien plus, nous touchâmes, sans nous apercevoir, un fil de fer qui provoqua aussitôt une forte sonnerie dans le poste. Notre coup échouait, l'alarme était donnée. Les sentinelles affolées se sauvèrent dans une tranchée en arrière, sans qu'on eût le temps de les arrêter ; les Boches arrivèrent en force. Il n'y avait plus qu'à battre en retraite, ce que nous fîmes sous un feu violent de fusils et de mitrailleuses. Je revins sain et sauf à notre tranchée avec la plupart de mes camarades, remerciant Dieu de m'avoir sauvé. Voilà la guerre, bien longue, hélas ! Mais Dieu, espérons-le, nous assurera le triomphe final.



    Au courant de la vie.



    LETTRE DE M. P. M.



    Je viens de voir à l'instant le jeune M. C., brillant et vaillant sur son coursier. Il va très bien. Je suis toujours assez près des Boches, pour avoir failli ce matin me faire mettre en bouillie par cinq obus que les Allemands m'envoyèrent, ainsi qu'à un de mes camarades, alors que je traversais un boyau pour me rendre près des tranchées. L'un d'eux n'éclata pas, et si le jeu n'eût été trop dangereux, je l'aurais ramassé. Il m'a semblé plus prudent d'abandonner ce brave obus à sa solitude ; espérons qu'il ne fera de mal à personne puisqu'il m'a épargné.

    Rien d'extraordinaire à signaler. Nous venons d'avoir presque un mois de repos, entrecoupé d'une alerte dont on a fort parlé dans les journaux.

    Quant à la messe, on la dit où l'on peut ; pour le moment, le commandant nous prête son bureau de travail. Dimanche, c'est dans des grottes que je suis invité à la célébrer, des grottes où les 420 pourraient tomber, sans qu'une poussière se détachât de la voûte.

    Pendant notre repos, nous avons eu de superbes cérémonies. Outre celles du dimanche, chaque soir un salut réunissait les soldats. Ils venaient en grand nombre dans l'église trop petite. Une allocution faite par l'aumônier rendait ces saluts fort instructifs et fort réconfortants. Les confessions suivaient, nombreuses ; et le lendemain, à la messe, les soldats échappés de leur paille avant le réveil, venaient dans l'ombre assister au saint Sacrifice et y communier. Quelle joie pour moi, de voir de si belles choses ! Il y a des retours merveilleux. Les chants sont exécutés par tous, avec un entrain digne des foules de Lourdes. Aussi suis-je heureux d'être sur le front, et dans un régiment où la ferveur est en honneur.



    Un arrosage sérieux.



    LETTRE DE M. A. B.



    Je suis encore de ce monde. Il y a huit jours j'ai bien cru que nous allions être expédiés de l'autre côté. Je venais d'être nommé sergent, et pour la première fois, avec ma demi section, dans un nouveau secteur, nous nous étions installés dans notre tranchée, le nez à nos créneaux. Les Boches les ont arrosés, mes galons ! Durant une demi-heure, des petits, des gros, des moyens, plus que nous en aurions voulu, de 250 à 300 obus, et dans un espace de 50 mètres de large sur 100 de long. Je ne pensais pas voir se relever un de mes hommes. Quelques-uns étaient à demi ensevelis, nous étions couverts de terre, noirs de poudre, les oreilles brisées ; la tranchée était toute bouleversée, nos fils de fer coupés. Total : 3 blessés. J'ai reçu un éclat d'obus ou une pierre sur la cuisse, coup mort, je n'en ai même pas parlé. Mon verre de montre seul a été cassé. Les Boches, que nous espérions voir sortir, n'ont pas paru.

    En somme, jusqu'à ce jour, ça ne va pas mal. Nous avons eu de dures journées, et de non moins dures nuits ; l'heure de l'omelette aux Boches approche, chacun la sent venir et il y en a plus d'un qui la voudrait. Quand va-t-on servir ? Pas d'omelette sans casse ; je le sais. Priez pour nous tous. Je me recommande spécialement à vos bonnes prières. Que Jésus et Marie nous protègent.




    1915/44-47
    44-47
    France
    1915
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