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Superstitions siamoises

Superstitions siamoises
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    Superstitions siamoises

    La crise mondiale n'a pas épargné le royaume de Siam. Entre autres mesures prises pour en atténuer les effets, le Gouvernement décidait, il y a quelques mois, de renvoyer à la forêt les éléphants royaux. Et, de fait, une nombreuse troupe de ces intéressants pachydermes fut mise en route vers Utaradit. La nouvelle de ce départ souleva un grand émoi dans Bangkok. Il y eut des pétitions, des manifestations, des scènes de larmes. Des journalistes allèrent jusqu'à comparer l'un de ces animaux que le populaire désignait sous le nom de la Mère PEN, à Mussolini, à Napoléon, à Guillaume II, et même au grand promoteur de la Révolution siamoise de l'an dernier, affirmant que le peuple se ferait massacrer pour cette vénérable matrone, comme jadis les grognards de Napoléon pour le Petit Caporal.
    Qu'advint-il alors ?... L'intelligente bête refusa-t-elle de franchir un canal ? Craignit-on de la fatiguer, en raison de ses 85 ans ? Le gouvernement céda-t-il aux réclamations populaires ? Toujours est-il que, tandis que les membres de sa nombreuse famille continuaient leur marche vers l'exil, l'illustre Mére PEN réintégrait son bel appartement de Bangkok. Ce retour fut un triomphe, auquel ne saurait être comparée que l'enthousiaste réception de l'Eléphant blanc. C'est par dizaines de mille, au dire des journaux, que les habitants de la capitale se pressaient, pour lui faire escorte, sur le passage du vénéré mastodonte. Et la Mère PEN souriait ou pleurait d'attendrissement !
    Du coup la crise économique se trouva conjurée... au moins pour le cornac.
    Les mamans se disputaient un tour de faveur pour que leurs enfants puissent passer respectueusement sous la noble bedaine de la Mère PEN : c'est un gage de santé, de force, de bonheur. Coût pour un passage : 50 sous siamois, qui vont se perdre dans l'escarcelle du cornac.
    Ce n'est pas tout. La Mére PEN est chargée de la confection d'une eau bénite et d'étoffes porte-bonheur. Voici la recette. On présente un vase plein d'eau à l'éléphant : celui-ci boit ou ne boit pas, peu importe : il suffit qu'un peu de sa salive tombe dans le récipient, et l'eau est bénite.
    On lui présente un morceau d'étoffe : il le saisit et commence à le mâchonner, mais, n'y trouvant rien de comestible à son goût, il le rejette avec mépris : c'est une sainte relique.
    Coût : 10 sous pour un minuscule flacon d'eau bénite ; 15 sous pour un petit morceau d'étoffe.
    Durant les 4 ou 5 jours qui suivirent le retour de la Mère PEN, des milliers et des milliers de fervents bouddhistes se disputèrent l'honneur de recevoir quelques gouttes d'eau lustrale ou un morceau de toile relique. Le cornac trouva ces journées trop vite passées, mais la crise économique ne l'inquiétait plus.
    Un peuple adonné à d'aussi ridicules pratiques superstitieuses est encore bien éloigné, hélas ! De comprendre et d'embrasser le sublime idéal' du christianisme.
    1933/185
    185
    Thaïlande
    1933
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