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Su-Tchuen occidental

Su-Tchuen occidental Martyre de Laurent Kao-se-lin, de son fils et de son neveu Hin-hong-pa, 3 janvier 1902. Le 16 juillet 1900 dans la station de Hin-hong-pa, sous-préfecture de Ta-y-hien, préfecture de Kiong-tcheou, succombaient glorieusement pour la foi trois chrétiens de la même famille. Avant de raconter le drame touchant de ces morts glorieuses, nous donnerons quelques détails sur chacun des confesseurs du nom de Jésus-Christ.
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    Su-Tchuen occidental
    Martyre de Laurent Kao-se-lin, de son fils
    et de son neveu
    Hin-hong-pa, 3 janvier 1902.

    Le 16 juillet 1900 dans la station de Hin-hong-pa, sous-préfecture de Ta-y-hien, préfecture de Kiong-tcheou, succombaient glorieusement pour la foi trois chrétiens de la même famille.
    Avant de raconter le drame touchant de ces morts glorieuses, nous donnerons quelques détails sur chacun des confesseurs du nom de Jésus-Christ.
    L'exactitude de nos renseignements ne peut être révoquée en doute puisqu'ils ont été pris sur les lieux mêmes, le 3 janvier 1902 ; de nombreux témoins, chrétiens et païens, en attestent du reste la vérité.
    Laurent Kao-se-lin était âgé de soixante ans. La régularité parfaite et l'austérité de sa vie lui avaient attiré la considération et l'estime de tout le monde.
    Durant sa vie entière, Laurent prêcha par sa conduite et par ses paroles, puisqu'il fut catéchiste de Hin-hong-pa pendant vingt-deux ans, l'amour de Dieu et la pratique de toutes les vertus.
    Marié à seize ans à une fille pieuse, Cécile Ouang-che, il vécut en parfait accord avec son épouse. Par amour de la continence les deux époux, d'un mutuel consentement, se séparèrent pendant deux ans.
    La charité de Laurent était proverbiale, même au milieu des païens. Aux tracasseries de son frère, de caractère assez revêche, il ne répondit que par des actes de charité. Sa mortification était presque excessive. En carême, il jeûnait tous les jours, y compris le dimanche, ne prenant qu'un seul repas à midi ; la collation du soir lui était inconnue. Durant l'année, il jeûnait tous les vendredis et samedis. Les dix dernières de sa vie, il jeûnait quatre fois la semaine : le dimanche, le lundi, le mercredi et le vendredi. Une telle mortification exigeait une piété forte et constante : aussi Laurent avait-il un véritable amour pour la prière. Il priait sans cesse, le travail et la marche ne l'empêchaient point de réciter ses prières accoutumées et de bénir le saint nom de Dieu par de multiples oraisons jaculatoires.
    Dieu lui avait donné quatre enfants qu'il éleva avec le plus grand soin : deux fils et deux filles.
    L'aîné, encore vivant et âgé de quarante-cinq ans, s'appelle Paul Kao-tche-chen. Il est marié avec une bonne chrétienne nommée Yang-che et exerce la médecine. Il habite la maison paternelle qu'il a fait relever, car en 1900 elle fut saccagée par les malfaiteurs. Sa bonne conduite lui a valu de remplacer son digne père dans la charge de catéchiste de Hin-hong-pa.
    Le plus jeune, Ignace Kao-tche-hen, eut le bonheur de partager avec son père, à l'âge de vingt-deux ans, la gloire de mourir pour la foi. Il était également marié. Sa femme, Ouche, àgée de vingt-deux ans, a une conduite parfaitement régulière.
    Les deux jeunes filles Pauline Kao-fong-kou et Agnès Kaokin-kou agées, la première de trente ans et la seconde de vingt et un ans, gardent la virginité.
    Le neveu, Kao-tche-tchao, avait un caractère moins vigoureux. Dans son adolescence il connut peut-être certains écarts de jeunesse, mais il revint vite de ces premiers faux pas. La fin de sa vie fut celle d'un homme sérieux et s'acquittant bien de ses devoirs. La sincérité de son repentir lui valut sans doute de donner sa vie pour l'amour de Dieu à l'âge de vingt-huit ans.
    Notons encore que Laurent était petit-neveu du bienheureux Thaddée Lieou1 par sa mère, sur du martyr, et petit-fils de Kiao-yan-tai, confesseur de la foi lors de la persécution de 1815. Pendant vingt ans Kiao porta la cangue à Kiong-tcheou2.
    Tels étaient les chrétiens à qui Dieu allait demander le sacrifice du sang.

    ***

    La Chine tout entière était troublée par le drame qui se jouait à Pékin pendant l'été de 1900. La mission du Su-tchuen occidental était parcourue par des bandes de malfaiteurs qui avaient juré d'exterminer la religion du Maître du Ciel. Elles avaient déjà pillé et saccagé les oratoires de Mou-tchang, de Ta-y-hien et la station de Tang-tchang quand elles résolurent de se jeter sur Hin-Kong-pa. La famille de Laurent Kao-se-lin, particulièrement connue par son zèle et sa constance dans la pratique de la religion chrétienne, devait tomber la première sous les coups des bandits. Sur les bruits alarmants qui couraient depuis plusieurs jours, Laurent se détermina, les 13, 14 et 15 juillet, à mettre en sûreté les objets les plus nécessaires et les plus précieux. Il pensa aussi à écarter du danger sa femme et ses filles qu'il plaça dans une famille d'honnêtes païens. Il resta avec le plus jeune de ses fils et son neveu pour garder la maison malgré les avis et instances de ses proches.

    1. Né dans la station de Leou-tse-tchan, préfecture de Kiong-tcheou.
    2. Deux de ses compagnons se nommaient Yang. Kiao avait la liberté de sortir d prison la cangue au cou, et traversait ainsi la ville, étonnant tout le monde par son énergie et son courage. D'abord condamne à mort, sa peine avait été commuée en cette sorte de supplice

    En effet le pillage de sa demeure avait été fixé au 16 juillet. Vers 2 ou 3 heures du matin, 198 malfaiteurs, étrangers au pays et tous ennemis des chrétiens arrivent avec des torches enflammées, franchissent le mur d'enceinte en proférant les plus abominables malédictions. Subitement réveillé par les vociférations des brigands, Laurent cherche à fuir, mais il tombe entre leurs mains. Son second fils Ignace et son neveu Paul étaient encore couchés. Debout, au cri de sauve qui peut ! Lancé par le père, ils tentent de repousser les bandits et de rendre la liberté à Laurent. Accablés sous le nombre, ils furent saisis et enchaînés avec les mains attachées derrière le dos ; la maison devint la proie des bandits qui la saccagèrent.
    Conduits à Tang-tchang, marché distant de 15 lys de Hin-hong-pa, les trois chrétiens, durant le trajet, récitaient des prières demandant à Dieu de leur donner la force de tout supporter pour la gloire de son saint nom. Les malfaiteurs ne ménageaient point les coups et les mauvais traitements à leurs prisonniers. Le fils et le neveu précédaient le père, et laissaient quelquefois échapper une larme arrachée par la douleur, car ils étaient plus durement frappés que Laurent. « Je vois bien, leur dit ce dernier, en apercevant leur faiblesse, je vois bien que vous n'avez pas récité les prières des agonisants, soyez contents toutefois, je les ai récitées pour vous ». Le chef du peuple, une sorte de maire, exhorta le père à se racheter en payant 40 ligatures, somme équivalant à 100 francs environ de la monnaie française. « J'ai des dettes, répondit Laurent, je ne puis rien donner : d'ailleurs je suis chrétien depuis plusieurs générations, et je mourrai chrétien ».
    Arrivés au marché, on décide de leur sort : la mort ou l'apostasie ; tel est l'arrêt définitif. Aussitôt on les conduit dans la' pagode Tchong-tien, où ils sont attachés à une colonne.
    « On va vous tuer, s'écria d'un ton narquois et moqueur le bonze, gardien de la pagode ; apostasiez et vous serez libres à l'instant.
    Ne te mêle pas de nos affaires, riposte Laurent, nous sommes chrétiens et nous mourrons chrétiens, à l'exemple de notre grand-père ».
    N'obtenant rien de leurs prisonniers, les bandits, au son du tam-tam, les conduisent à travers les rues jusque sur les bords du fleuve qui baigne la partie nord du marché.
    C'était le lieu désigné pour l'exécution. Mais en approchant du supplice, le fils et le neveu semblent regarder en arrière, ils donnent des signes de crainte.
    « Priez, priez, leur dit Laurent toujours inébranlable ; » et il récita pour eux ces touchantes paroles : Libera es, Domine.
    Ces exhortations ranimèrent le courage de Paul et d'Ignace qui continuèrent aussitôt la route. Les coups ne cessaient de pleuvoir, au point qu'Ignace eut un bras coupé à la jointure avant d'arriver au lieu d'exécution.
    Le moment solennel était venu.
    Plus de 1.000 spectateurs étaient accourus pour assister à cette scène horrible, mais en même temps sublime.
    Les fils laissèrent encore échapper cette parole : « Conduisez-nous chez nous, et l'on vous donnera de l'argent ».
    Les païens les pressèrent alors d'apostasier.
    « Nous n'apostasions pas, nous n'apostasions pas : « Pou pei, pou pei », répliquent-ils immédiatement.
    Craignant que leur courage ne faiblît, Laurent s'adressant aux bourreaux leur crie à haute voix :
    « Commencez par mon fils et mon neveu ».
    On obéit et Paul et Ignace ont la tète tranchée.
    Après cette sanglante besogne, les bandits se tournant vers le père :
    « En voilà déjà deux, ricanent-ils, à ton tour, maintenant. Apostasie et nous te délivrons, tu nous serviras de cuisinier ».
    De nouveau Laurent répondit :
    « J'ai servi Dieu, jusqu'à ce jour, je marcherai sur les traces de mes pères et resterai fidèle jusqu'à la mort.
    A genoux ! Vocifèrent les bourreaux.
    Un instant, dit-il, laissez-moi achever mes prières ».
    Les ayant terminées, il indiqua par une inclination de tète qu'il était prêt.
    Aussitôt on lui tranche la tête sans la détacher entièrement du corps, par maladresse et non par honneur, comme on le fait en Chine. Puis, les bourreaux jettent le cadavre au fleuve, comme ils l'avaient fait pour les précédentes victimes.
    Les cadavres furent retrouvés et recueillis cinq jours après : celui de Laurent à 6 kilomètres environ du lieu d'exécution, les deux autres à 8 kilomètres. Ils étaient parfaitement conservés malgré la crue, la rapidité vertigineuse des eaux et les chocs violents qu'ils avaient nécessairement éprouvés au passage de cinq ou six barrages. D'aucuns affirment que la tête du cadavre de Laurent était recollée au buste.
    Le 23 juillet, ils reçurent la sépulture. On les déposa à fleur de terre, selon la coutume chinoise. Trois mois après, le 2 novembre, jour de la fête des morts, la famille dut s'occuper des cercueils. Poussé par un vif sentiment de piété filiale, le fils aîné, Paul, ouvrit celui de son père et de son frère. Il constata avec admiration, en présence de plusieurs témoins, que les corps étaient intacts et sans odeur.

    Le 2 janvier de la présente année 1902 de Ou-min-chan, avec M. Eymard nous sommes allés sur les lieux, à Hin-hong-pa. C'est après mûr examen et après avoir entendu plusieurs témoins dignes de foi que la relation ci-dessus a été faite. Le 5 janvier, jour de dimanche, j'ai fait ouvrir les bières de Laurent et de son fils. Les corps étaient décomposés, humides, mais, chose extraordinaire, ne donnaient pas la moindre odeur. Plus de trente personnes présentes purent constater le fait.
    Je soussigné certifie que la narration ou rapport ci-dessus est conforme à la vérité.

    DUNAND,
    Vic. apost, évêque.

    J. PONTVIANNE, EYMARD,
    Prov. apost. Missionnaire apost.

    Tchen-tou, 25 mars 1902.

    1902/272-277
    272-277
    Chine
    1902
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