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Su-Tchuen méridional.

Su-Tchuen Méridional LETTRE DE Mgr CHATAGNON Vicaire apostolique Quand le Soleil de justice se lèvera-t-il sur cet immense empire de Chine toujours enseveli dans les ombres de la mort? Mystère impénétrable des desseins de Dieu! Il ne faut pas croire que les Chinois soient moins intelligents ou plus démoralisés que les autres peuples. Je crois plutôt que le démon, prévoyant l'avenir, fait plus d'efforts pour les retenir sous son joug. Sentiments religieux des Chinois.
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    Su-Tchuen Méridional

    LETTRE DE Mgr CHATAGNON

    Vicaire apostolique

    Quand le Soleil de justice se lèvera-t-il sur cet immense empire de Chine toujours enseveli dans les ombres de la mort? Mystère impénétrable des desseins de Dieu!
    Il ne faut pas croire que les Chinois soient moins intelligents ou plus démoralisés que les autres peuples. Je crois plutôt que le démon, prévoyant l'avenir, fait plus d'efforts pour les retenir sous son joug.

    Sentiments religieux des Chinois.

    Je viens de faire une tournée aux environs de la montagne d'Omêi, lieu célèbre de pèlerinage, et je voudrais que nos fiers incrédules d'Europe vissent de leurs yeux l'immense concours de peuple qui y afflue. Ils comprendraient qu'il faut à l'homme une -religion quelconque, vraie ou fausse. A dix lieues à la ronde, les routes sont encombrées de pèlerins de tout rang, de tout lige, de tout sexe, qui viennent de loin, à pied, mouillés jusqu'aux os ou brûlés par le soleil, demandant l'aumône; quelques-uns, pour augmenter leurs mérites, font des génuflexions à chaque pas et même des prosternations, s'étendant par terre et mesurant de la longueur de leur corps celle du chemin, ce qui n'est pas fait pour l'abréger. Arrivés au pied de la montagne vénérée dans la sous-préfecture d'Omei-hien, ils ont encore 3,600 mètres à escalader par des sentiers abrupts.
    Essayez de dire à ces gens-là qu'il n'y a ni Dieu, ni diable, que l'homme, descendant du singe, n'est qu'un animal comme les autres, n'ayant qu'à boire, manger et satisfaire le plus possible tous ses appétits. Ils croiront que vous les insultez, et s'ils ne vous jettent pas de pierres, c'est qu'ils vous prendront pour un fou.

    Le démon et ses adeptes.

    Comment le démon fait-il pour tromper ces pauvres païens et les retenir ainsi sous son empire? Avec la permission de Dieu, il se manifeste à ses croyants et leur rend quelques services qu'il fait payer fort cher, selon son habitude; surtout il se fait craindre, car le Chinois, comme tous les païens, paie un tribut à ses idoles, plus par crainte que par dévotion. Parfois il punit le parjure; ainsi l'on m'a montré une maison en ruines dont le propriétaire avait fait un faux serment, prononçant les imprécations accoutumées devant l'idole, et souhaitant que son ventre crève s'il ne disait pas la vérité.

    Peu de jours après, un grand arbre, qui ombrageait sa maison, fut brisé dans un ouragan, et une branche vint crever le ventre du parjure dans son lit.
    Le démon agit encore en maître en Chine, comme en Europe avant le christianisme: il dévoile certains secrets révèle ce qui se passe ,à distance, et même s'aventure à pré- dire l'avenir par la bouche des pythonisses et des sorciers, qui sont très nombreux et plus habiles que nos spirites dans l'art d'évoquer les morts et les dieux infernaux.
    Le magnétisme, le somnambulisme et toutes les sciences occultes n'ont pas de secrets pour nos païens chinois; ils connaissent même fort bien le baquet magique, comme le prouve le fait suivant qui m'a été rapporté par un missionnaire digne de toute créance :
    Un chrétien vint un jour le consulter il était au service d'un aventurier qui vivait largement sans avoir cependant aucun moyen avoué d'existence. Toutes les fois qu'il était à bout d'argent, il se retirait dans une chambre secrète où se trouvait un grand baquet d'eau, il allumait une lampe, et après quelques simagrées, il disparaissait dans le haquet, L'office du domestique consistait à surveiller la lampe pendant l'absence plus ou moins longue de son maître. Malheur serait arrivé à celui-ci si la lumière s'était éteinte. Tout à coup le domestique en faction voyait la surface de l'eau se rider, l'homme apparaissait et sortait du baquet comme il y était entré, je me trompe, il en sortait les poches pleines d'écus. Où était-il allé ainsi, emporté par le diable? Où avait-il trouvé cet argent? C'était son secret qu'il ne disait à personne, et le chrétien s'inquiétait du rôle qu'il jouait dans cette sorcellerie.
    J'ai dit que le démon fait payer cher ses services; en effet, il n'est pas rare de voir ses plus fervents disciples finir par le suicide ou par la folie. Dans ce dernier cas, on les voit parfois courir nus à travers la campagne comme les possédés de l'Évangile.
    Ainsi est-il arrivé momentanément à une pauvre femme dont l'histoire vient de m'être contée par un catéchiste, témoin oculaire, et qui fut délivrée par le secours des chrétiens.

    Mère de deux enfants, elle était établie à la campagne, près d'ici. C'est une personne diligente à travailler la terre et fervente clans le culte des idoles.
    En 1894, au printemps, le diable des montagnes, comme disent les Chinois, s'empara d'elle, l'entraînant sans qu'on puisse la retenir dans ses courses furieuses. Son mari s'adressa d'abord aux sorciers. Ceux-ci exigèrent 50, puis 100 francs pour la guérir. Ne sachant où trouver cette somme, il songea aux chrétiens qui ont la réputation de ne pas craindre le diable. Aussitôt due la femme fut en leur présence, elle revint à son bon sens et s'écria : « Le démon a peur de vous, à mon secours! Sauvez-moi! » Encouragés par cet aveu, les chrétiens la pressèrent de renoncer aux idoles et d'adorer le vrai Dieu pour échapper à la tyrannie du démon.
    Joyeuse, elle promit, d'accord avec son mari, de faire tout ce qu'on demanderait d'eux. Sur l'heure, les idoles furent ,jetées dehors, les tablettes superstitieuses brûlées dans la cour; le lendemain, fête de la Pentecôte, les chrétiens apportèrent de l'eau bénite dont ils aspergèrent toute la maison, y suspendant des images pieuses. Ces pauvres gens et leurs deux enfants se firent inscrire comme chrétiens. Depuis lors, si le diable s'est encore une fois montré à cette femme, c'était de loin pour lui avouer qu'il n'avait plus de pouvoir sur elle.

    Conversion d'un mandarin.

    Un jour, m'écrit le P. Boucheré, je vois arriver à mon hospice un pauvre malade à la physionomie toute différente de ceux qui viennent ordinairement y chercher un asile. Il paraissait avoir une quarantaine d'années, et être arrivé à la dernière période d'une maladie de poitrine. Froid d'abord et très réservé, les bons soins dont il fut l'objet, lui ouvrirent peu à peu le coeur et la bouche. Il nous conta qu'il était un lettré distingué, ayant le droit de porter le globule de cristal. Secrétaire et assesseur de mandarins pendant de longues années. il était parvenu à être mandarin lui-même; il était riche, manié depuis longtemps, père d'une nombreuse famille; tout lui souriait dans la vie.
    Mais c'est en Chine surtout qu'il apparaît que ni l'or, ni les grandeurs ne suffisent pour nous rendre heureux. Dénoncé à ses supérieurs par de faux rapports, il perdit sa place; des procès le ruinèrent complètement, et la discorde se mit dans sa famille, comme il arrive souvent dans la mauvaise fortune ses frères, sa femme, tous l'accusaient d'être cause de leur malheur et l'accablaient de reproches.
    Le pauvre mandarin, abreuvé d'ennuis, prit la fuite un beau jour, abandonnant femme, enfants et tout ce qu'il possédait encore; il vint aux Salines cacher ses chagrins et sa disgràce ; au milieu de l'immense population ouvrière qui s'agite autour des puits à sel et à pétrole, il lui fut facile de se dissimuler et même de trouver un emploi. Cependant il avait compté sans la maladie qui le réduisit bientôt à la détresse. Il alla frapper à la porte de quelques amis riches, mais parmi les païens quelles amitiés bravent l'adversité ? On l'éconduisit partout, et ses dernières illusions ne tardèrent pas à tomber; il refusa néanmoins l'asile offert dans une bonzerie, préférant mourir sur le pavé. C'est à ce moment que l'attendait la miséricorde
    de Dieu. Il cherchait une hôtellerie, sa maladie lui faisait fermer toutes les portes. Enfin un aubergiste chrétien, le voyant perdu, l'accueillit et vint aussitôt m'avertir. Je fis de suite transporter le malade à notre hospice ; on l'entoura de soins, y joignant des attentions inspirées par son air de distinction. Il y fut sensible, s'informa de nos ressources, des motifs qui nous faisaient agir, de notre religion dont il avait entendu parler vaguement et surtout en mauvaise part. Déjà favorablement impressionné par notre charité, il écouta l'exposé de la doctrine chrétienne et lui qui avait tant souffert de l'injustice des hommes, trouva sublime la religion qui enseignait le pardon des injures.
    Notre-Seigneur Jésus-Christ en croix, priant pour ses bourreaux, le ravissait d'admiration.
    Et moi aussi, nous demandait-il, si je pardonne à mes ennemis, puis-je espérer mon pardon et le paradis?
    Il se fit apporter alors une grande liasse de papiers contenant les pièces de ses procès, les preuves des injures et des torts qu'on lui avait faits, et il les brûla devant nous comme preuve qu'il pardonnait. On ne pouvait refuser le baptême à un catéchumène qui de son premier essor atteignait un des sommets les plus élevés de la perfection chrétienne, et il le reçut avec les plus grands sentiments de foi, de contrition et d'amour de Dieu. Pendant les jours qu'il vécut encore, il se répandait en effusion de reconnaissance envers Dieu et envers nous. Ainsi nous quitta cet heureux néophyte, nous laissant un des plus doux souvenirs de la miséricorde de Dieu et des merveilleux effets de la grâce.

    Apparition miraculeuse.

    Pour finir par une merveille d'un autre genre, je vous parlerai de la mort d'une bonne vieille de quatre-vingt-trois ans que j'ai baptisée, il y a quelques années, à cause de la vivacité et de la simplicité de sa foi, bien qu'elle ne fût pas très instruite. C'est, pendant l'octave de la Pentecôte, que le divin Maitre est venu la chercher clans des circonstances aussi étranges Glue consolantes. La veille de sa mort, sa belle-fille, encore païenne, remarquant une lumière extraordinaire qui venait du côté de l'appartement où logeait la vieille mère, courut y voir, et demeura fascinée devant une céleste apparition, qui planait au-dessus de la chambre. L'octogénaire à genoux, restait immobile et ravie dans sa prière.
    « C'est quelque saint du paradis qui vient chercher notre mère, » pensa la belle-fille, et elle se hâta de prévenir les chrétiens de la station voisine.
    A leur arrivée, la bonne vieille notifia à ses enfants ses dernières volontés, leur recommanda de ne faire aucune superstition à son enterrement, d'inviter les chrétiens à l'ensevelir selon les coutumes de l'Église, d'annoncer sa mort au Père, afin qu'il recommandât son âme à Dieu et aux prières des fidèles et enfin de ne plus tarder à se faire chrétiens, eux aussi, s'ils voulaient être bénis du ciel en ce monde et partager son bonheur en l'autre; puis elle s'endormit paisiblement de son dernier sommeil.
    En s'envolant au ciel, cette âme prédestinée a été vraiment l'astre bienfaisant qui a dirigé au port les membres de sa famille. Tous se sont déclarés chrétiens; mais quand il s'est agi d'enlever les tablettes, les nouveaux convertis tremblaient d'épouvante; une bonne et vaillante chrétienne eut vite fait de joncher le sol des débris de ces objets superstitieux, sans même leur accorder un mot d'oraison funèbre. Les lambeaux de papier que le moindre souffle semblait animer inspiraient encore à ces pauvres gens une secrète terreur, lorsque tout à coup on les vit prendre feu d'eux-mêmes, et en un instant tout fut réduit en cendres. Espérons maintenant que du haut du ciel leur bonne mère les aidera à devenir de solides et fervents chrétiens.
    1898/220-225
    220-225
    Chine
    1898
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