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Statistique des travaux de la Société des Missions Étrangères en 1923

Statistique des travaux de la Société des Missions Étrangères en 1923 La Société des Missions Etrangères vient de publier le compte rendu do ses travaux en 1923.
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    Statistique des travaux

    de la Société des Missions Étrangères en 1923

    La Société des Missions Etrangères vient de publier le compte rendu do ses travaux en 1923.
    Il faut remonter aux meilleures années d'avant-guerre pour trouver un nombre de conversions supérieur à celui de 1923. La population catholique s'est augmentée. L'effectif du clergé indigène s'est accru de 49 unités et le nombre des ouvriers apostoliques a cessé de diminuer : 24 jeunes missionnaires partis pour l'Extrême-Orient, les uns en mai, les autres en octobre, compensent et au-delà les 20 nouveaux vides que la mort a faits dans nos rangs.
    Et pourtant, l'épreuve ne nous a pas manqué. La Chine entière est bouleversée saris répit par la guerre civile et le brigandage. Au Japon et au 'Milet les tremblements de terre ont causé d'inénarrables désastres. Ailleurs et partout, c'est la crise du personnel européen amoindri et fatigué, de la vie plus chère, de conditions économiques et financières toujours plus déconcertantes.

    JUILLET AOUT 1924. - N° 158.

    Donnons quelques chiffres :
    Le nombre des catholiques qui, l'année dernière, était de 1.696.914, s'élève maintenant à 1.731.518, ayant augmenté, soit par les naissances soit par les conversions, de 34.604.
    Le nombre des prêtres indigènes est de 1.235, dépassant de 80 celui des membres de la Société.
    Leur recrutement est assuré par 58 séminaires, qui instruisent 2.596 élèves.
    Les religieux européens et indigènes sont au nombre de 4,57 et les religieuses de 7.047.
    Les baptêmes d'adultes sont montés au chiffre de 32.018 et ceux des baptêmes d'enfants dé païens à 108.718.
    Il y a 5.594 écoles qui donnent l'instruction à.221.885 enfants. Enfin, on compte 915 établissements de charité : crèches, orphelinats, ouvroirs, pharmacies, hôpitaux, dispensaires. Nous demandons à nos lecteurs de s'unir à nous pour remercier Dieu des grâces qu'il a accordées au dévouement et au labeur des missionnaires, et pour en solliciter de plus grandes dans l'avenir.

    MGR CHOULET

    Évêque de Zéla, ancien Vicaire apostolique de la Mandchourie méridionale

    Marie Félix Choulet naquit en 1854 à Grésy-sur-Aix, diocèse de Chambéry, d'une famille qui a donné plusieurs de ses enfants à Dieu. Un de ses aînés était Frère de la Doctrine Chrétienne, et remplit longtemps à Marseille les fonctions de procureur de sa Congrégation ; un autre, plus jeune, d'abord membre de la Société de Marie, est maintenant professeur à l'Ecole Ozanam à Lyon.
    Après d'excellentes études au collège de Pont-de-Beauvoisin et au grand séminaire de Chambéry, M. Choulet entra tonsuré au Séminaire des Missions Etrangères, le 8 septembre 1877. Ses condisciples de la rue du Bac se rappellent qu'il y fut un brillant élève. Ordonné prêtre le 4 juillet 1880, il quitta le Séminaire de Paris pour la mission de Mandchourie le 1er septembre suivant, et le 6, il s'embarquait à Marseille sur le « Yang Tse ». Le 15 octobre il était à Shanghai, et le 5 novembre il débarquait enfin à notre procure d'Ingtse ou Newchwang.
    Il passa d'abord quelques mois à Yangkoan où se trouvaient encore les latinistes qui n'avaient pu trouver place dans le nouveau séminaire de Chaling. En 1881, les locaux étant devenus suffisants, il y conduisit les élèves et fut attaché au séminaire comme professeur adjoint du supérieur qui était alors M. Hinard.
    En 1882, il fut chargé du poste de Kaochantouen.
    Il y resta trois ans à Kaochantouen, dont l'oratoire, qui venait d'être construit l'année précédente, dépendait encore du missionnaire d'Ansintai, M. Venault. Mais les soixante-seize ans et les infirmités de ce vénérable doyen ne lui permettaient plus de longues randonnées, et M. Choulet dut assurer seul l'administration d'un district qui s'étendait de Moukden jusqu'à la province de Kirin, et des frontières de Corée jusqu'à celles de Mongolie. Il aimait à raconter plus tard ses interminables voyages à la recherche des chrétiens dispersés, passant chaque année, selon son expression, « plus de six mois sur le dos de sa mule ».
    En 1885, M. Choulet fut nommé supérieur du séminaire à Chaling.
    Lorsque M. Chevalier mourut à Siaoheichan, le 2 juin 1887, laissant une église à peine commencée, M. Choulet qui avait attiré l'attention de ses supérieurs par ses dons de constructeur et d'organisateur, fut chargé de continuer son oeuvre. Le plus difficile n'était pas de comprendre le plan de l'édifice, mais il fallait trouver les fonds nécessaires à l'exécution. Trois années durant, M. Choulet s'appliqua à réaliser ce tour de force, de construire une jolie et vaste église avec une somme dérisoire.
    En 1890, Mgr Guillon pouvait en annoncer l'achèvement : « Sur une colline qui domine une vaste plaine, s'élève gracieusement un sanctuaire dédié à Notre Dame de Lourdes. Pour mener à bien cette entreprise il a fallu que le missionnaire se prodiguât et qu'il se fit à la fois architecte, maçon et charpentier. L'édifice est achevé; l'ouvrier est parti exercer son zèle, sans même se réserver la joie de l'inaugurer ».
    En effet, par lettre du 13 juin 1890, Mgr Guillon nommait M. Choulet, curé de la paroisse de Newchwang, procureur de la Mission et provicaire. Sur ce champ d'action plus vaste, il sut donner plus large la mesure de son activité et de son savoir-faire. Comme provicaire, il fut le conseiller toujours écouté et des missionnaires et de son évêque. Comme procureur, il eut à faire face à des problèmes difficiles. La caisse était vide. Et pourtant, il fallait, d'une part, pourvoir aux demandes d'argent d'un évêque jeune et actif qui ne rêvait qu'oeuvres nouvelles et prospères ; d'autre part, constituer une petite réserve qui permit de faire face à des besoins inopinés. Je n'oserais affirmer que l'évêque obtint tout ce qu'il désira; toutefois les oeuvres prospérèrent, et le procureur se trouva toujours en état de répondre aux demandes les plus urgentes.
    Il sut gagner l'estime et la confiance de la colonie européenne de Newchwang, et il en reçut des preuves touchantes lorsque le typhus le mit à deux doigts de la mort, au printemps 1893. Tous, à quelque religion ou nationalité qu'ils appartinssent, se firent un devoir de le visiter, de le consoler, de lui envoyer ces petites douceurs dont le missionnaire a perdu jusqu'au sou- venir, mais qui sont si utiles pour favoriser la convalescence après une grave maladie.
    En arrivant à Newchwang, M. Choulet avait reçu mission de reconstruire l'église paroissiale élevée par M. Simon en 1874, mais devenue tout à fait insuffisante, et dont la solidité surtout n'inspirait plus confiance. Après neuf ans d'efforts, il se crut enfin en possession du capital nécessaire, et la nouvelle église fut livrée au culte le jour de la Pentecôte 1900.
    Son habileté en affaires lui permit de liquider l'ancienne procure de façon assez heureuse pour reconstruire la nouvelle sur un emplacement beaucoup plus vaste, d'après un plan et dans des proportions qui convenaient mieux à son but. Il était encore en pleins travaux de constructions, lorsque éclata, terrible, la persécution des Boxers, en 1900.
    Le 2 juillet, c'était à Moukden le massacre de Mgr Guillon, de M. Emonet, du P. Jean Ly, des Soeurs Sainte-Croix et Albertine, religieuses de la Providence de Portieux, et de centaines de chrétiens. Puis ce fut la destruction totale des établissements de la Mission. Cette nouvelle foudroyante parvint à M. Choulet dès le lendemain de l'événement. De par son titre de Provicaire, il devenait, à la mort de Mgr Guillon, le Supérieur de la Mission. Pareille charge, en des circonstances aussi dramatiques, était une épreuve terrible : il fallait, au milieu de profondes angoisses, pourvoir au salut des survivants, assurer la sécurité de ceux qui pouvaient fuir et, ailleurs, organiser la résistance.
    Le 5 juillet, le provicaire embarquait les Soeurs de la Providence présentes à Newchwang sur un vapeur qui les transporterait au Japon. Le 6, il vit arriver MM. Letort, Conraux, Beaulieu et Etellin, avec deux Religieuses de Chaling qui, sans même prendre le temps de passer par leur maison de Newchwang, montèrent immédiatement sur un bateau en partance. Ecoutons un témoin oculaire, M. Lefort : « MM. Corbel et Alfred Caubrière ont été avisés du départ de leurs voisins, MM. Conraux et Beaulieu, et invités à les suivre. Ils ne sont pas arrivés. Que sont-ils devenus? Combien nous sommes inquiets! Et nous ne pouvons demeurer tous ensemble, car à la procure nous sommes fort à l'étroit, et puis il faut réserver l'avenir de la Mission, ne pas compromettre inutilement tant d'existences. Alors il est décidé que le lendemain on s'embarquera pour Changhaï. Comme Supérieur de la Mission, le P. Choulet veut rester à son poste, mais il ne peut demeurer seul, et je m'offre pour lui tenir compagnie.
    « Le 7 juillet, vers le soir, les PP. Conraux, Beaulieu, et Etellin partirent... Voilà donc trois confrères hors de danger. Et les autres?
    « A l'extrême sud, les PP. Joseph Caubrière et Chorneton, sur l'ordre de P. Choulet, ont pu se réfugier à Port-Arthur. Dans les régions de l'est, ils sont quatre, plus ou moins éloignés de la Corée où ils devront chercher leur salut. Nous voudrions pouvoir leur envoyer des instructions dans ce sens, mais où trouver un courrier? Tous les fidèles sont dispersés. Enfin, un chrétien de Tchakeou consent à prendre notre lettre.
    « A l'intérieur, la situation doit être extrêmement grave pour nos missionnaires, si nous en jugeons par ce qui se passe à Newchwang. Chaque soir on doit venir brûler notre église et toutes les maisons des Européens... En plein jour, les voleurs sont venus enfoncer les portes de l'établissement des Soeurs et l'ont dévalisé...
    « Nous apprenons avec angoisse que les filles des orphelinats sont partout poursuivies et enlevées. Dans les familles chrétiennes, filles et jeunes femmes sont menacées du même sort... Cependant un chrétien s'offre pour porter des lettres à Siaoheichan, où doivent se trouver les PP. Viaud, Agnius et Bayart, dont le sort nous inquiète vivement. Si nous pouvions les sauver en leur faisant savoir que Newchwang offre toujours un refuge sûr ! « A l'ouest, les PP. Bourgeois et Le Guével habitent non loin de la mer et auront, nous l'espérons, le temps de s'embarquer. De Santailse où doivent se trouver les PP. Corbel et A. Caubrière, pas de nouvelles. Au nord de Moukden, dans un rayon de vingt-cinq lieues, sont les PP. Vuillemot, Hérin, Lamasse, Perreau et quelques prêtres chinois. A l'extrême nord, le P. Lecouflet devra partager le sort des missionnaires de la Mandchourie septentrionale dont il est le voisin. Le P. Lamasse a dans son poste deux Soeurs de la Providence. Sur tout ce monde, aucun renseignement...
    « Le 18 juillet surtout fut pour nous une journée de deuil, un de ces jours qu'on voudrait n'avoir jamais vécu. Des courriers, aussi nombreux et aussi désolants que ceux de Job, nous apportèrent presque en même temps la certitude de la mort dés PP. Viaud, Agnius et Bayart, massacrés le 11 juillet au sud de Siaoheichan, des PP. Bourgeois et Le Guével tués le 15 à Lien chan. Les PP. Vuillemot et Lamasse avec les Soeurs Gérardine et Praxède avaient pu prendre la route du nord, en compagnie d'une centaine de cosaques; mais ils étaient attendus et pour suivis tout le long de la route par de véritables armées chinoises.
    « Une tristesse immense nous envahit, et sur nos lèvres, monta cette brève prière : « Jésus, Marie, Joseph, protégez et sauvez tous ces fugitifs! » Malgré nous les larmes coulaient de nos yeux. C'est que nous avions déjà bien des morts, et nous craignions que la liste n'en fût pas close encore... »
    Durant un mois, M. Choulet vécut ainsi clans des anxiétés mortelles, pleurant ses morts et sa Mission détruite, torturé à la pensée du danger que couraient encore plusieurs ouvriers apostoliques et les chrétiens, et contraint de veiller à sa propre sécurité par une garde de nuit et de jour dans cette ville de Newchwang qui fut pourtant la plus tranquille de toute la province. Qui comprendra jamais les tortures de ce chef de Mission qui reçoit inopinément le lourd fardeau de l'administration lorsque l'oeuvre matérielle est entièrement détruite et l'édifice spirituel si gravement compromis : l'évêque, six missionnaires, trois prêtres indigènes, deux religieuses françaises, des milliers de chrétiens massacrés; le séminaire dispersé, les orphelines et quantité de jeunes femmes chrétiennes enlevées ; les chrétientés détruites; la foule de nos fidèles sans foyer. Où passer le terrible hiver qui approche et, ce qui est plus triste encore, quantité de néophytes et de catéchumènes démoralisés et mêmes apostats.
    Le 4 août enfin, après une dernière et violente attaque des soldats et Boxeurs contre le quartier européen de Newchwang, une vigoureuse offensive des soldats russes, appuyée par le feu des canonnières ancrées dans le port, ramène le calme en faisant disparaître tous les combattants chinois.
    Entre temps, M. Choulet apprend que MM. Vuillemot, Lamasse et Lecouflet, avec les Soeurs Gérardine et Praxède, ont réussi à atteindre Vladivostok et font route vers le Japon. MM. Hérin, Perreau et Laurent Sia, réfugiés sur les montagnes de Tchakeou, au sud dé Kaochantouen, peuvent faire parvenir un courrier à Newchwang au début du mois d'août. Ils vivent comme des ermites, cachés dans les bois et couchant à la belle étoile, mais dans une sécurité relative.
    Bientôt on apprend que le siège de Santaitse a été levé le '15 août_ L'héroïsme des missionnaires et des chrétiens les aura sauvés d'une mort affreuse, de la dispersion des familles, de l'enlèvement des femmes et de tant d'apostasies qui ailleurs désolèrent les chrétientés anéanties. Enfin, les Russes se sont rendus maîtres de Moukden. La province est virtuellement pacifiée; les missionnaires exilés vont pouvoir rentrer et chercher à grouper ce qui reste de leurs belles chrétientés.
    Mais à part les établissements de Newchwang, il n'y a plus dans toute la Mission ni église, ni résidence, ni école, et la plupart des chrétiens ont leur maison brûlée ou démolie. M. Choulet peut donc, au lendemain de l'orage, écrire ces lamentables paroles : « Au point de vue matériel, on peut dire que notre Mission est anéantie. Nos travaux de soixante années ont été sapés, détruits en quelques jours. Nos chrétiens n'ont pas été plus heureux que nous. Leurs maisons ont été pillées, brûlées, leurs terres confisquées. Voilà notre situation actuelle et que penser de l'avenir ? »
    Cet avenir, c'est lui qui, appuyé sur la grâce de Dieu, devra y pourvoir. En attendant, il jette au monde catholique ce cri de détresse qui témoigne encore du courage invaincu des apôtres et de l'espoir en la renaissance de leur oeuvre : « Aux prières du Séminaire, à celles des amis de notre Société, à celles de tous les catholiques, je recommande cette Mission, il y a quelques mois encore si prospère, si remplie d'espérance et maintenant broyée, anéantie; je recommande nos chrétiens dispersés; je recommande les missionnaires survivants qui, malgré les peines et les privations de cette année, demeurent disposés à reprendre le travail dès que le bon Dieu le permettra ».
    Le travail fut bientôt possible. Durant l'hiver de 1900, plusieurs voyages d'exploration sont entrepris vers le nord pour reconnaître les ruines, et déjà quelques missionnaires restent sur place dans des maisons d'emprunt.
    Nommé Evêque de Zéla et Vicaire Apostolique de Mandchourie méridionale, le 21 février 1901, Mgr Choulet se dévouera avec plus de coeur encore à cette tâche ingrate du relèvement des ruines. « Quelques confrères se sont mis à l'oeuvre, écrit-il en 1901, et ont réussi à se construire une maison qui les protège contre l'intempérie des saisons. Nous possédons déjà une dizaine de ces pauvres bicoques, et nous en sommes tout fiers. Que voulez-vous? L'homme est ainsi fait : nous n'avions plus rien, et nous commençons à avoir quelque chose. C'est déjà un progrès relatif. Nous avons donc un pied à terre dans une dizaine de nos stations. Il nous restait au port de New-chwang deux églises et un oratoire : voilà toute noire fortune. Partout ailleurs, nous sommes établis dans le domaine d'autrui. Le séminaire occupe une maison louée ; c'est dans des maisons appartenant à des païens que sont installés nos orphelinats ».
    A l'automne 1901, Mgr Choulet prit la route de Pékin pour négocier l'indemnité qu'avec l'appui du gouverneur français et des alliés, il devait obtenir du gouvernement chinois. Il y resta plus d'un an et sa patience fut plus d'une fois mise à l'épreuve. Entre temps, il fut sacré dans la cathédrale de Pékin par Mgr Favier, en la fête des Bienheureux Martyrs de notre Société, le 24 novembre 1901. Finalement, il rentra en Mandchourie le 31 décembre 1902, muni du nécessaire pour indemniser les chrétiens et restaurer les oeuvres générales de la Mission.
    Peu à peu les chrétiens purent se grouper à nouveau autour de nos oratoires improvisés; les apostats revinrent à la religion qu'ils avaient abandonnées des lèvres seulement par crainte des souffrances et de la mort. Les églises, écoles, résidences sortirent des ruines, plus belles et plus nombreuses que jadis.
    Le compté rendu de 1903 laisse percer la satisfaction du bon travailleur qui voit poindre enfin l'espoir des moissons abondantes : « Les chrétiens qui ont échappé à la mort semblent être meilleurs ; les catéchumènes étudient la doctrine avec ardeur, 710 d'entre eux sont devenus enfants de Dieu et de l'Eglise au cours du dernier exercice ; le clergé indigène a déjà réparé ses pertes : trois diacres ont été ordonnés prêtres le samedi saint, ils remplacent nos trois martyrs ». Et enfin ce cri de triomphe « Voilà donc tous les centres chrétiens reconquis !
    D'année en année, Mgr Choulet voit sa Mission se relever et fleurir d'abondantes fleurs de conversions. Mais chaque pas en avant est marqué de quelque épreuve nouvelle. Au lendemain de la tourmente des Boxeurs, il avait pris comme devise de son blason : « ln cruce salus ».
    Les ruines se relèvent à peine que la guerre russo-japonaise vint apporter le trouble dans les esprits et des craintes légitimes au coeur des missionnaires. Après l'entrée des armées japonaises en Mandchourie, beaucoup de confrères se' trouvèrent isolés de chaque côté des lignes, et ceux qui étaient loin du champ de bataille virent leur région envahie par une véritable armée de brigands. Tous vécurent de nouveau des heures bien tragiques. Cependant, Mgr Choulet, jugeant de haut la situation, découvre sans peine, au milieu de ces cala mités passagères, une nouvelle attention de la Providence sur sa Mission : « La guerre, que nous avions vue éclater avec tant d'appréhensions et qui a duré près de vingt mois, nous a apporté le salut. Il n'y a pas à se le dissimuler en effet, si la Russie était devenue maîtresse absolue de la Mandchourie, les missionnaires catholiques auraient eu sans doute de la peine à s'y maintenir ».
    L'oeuvre de la formation du clergé indigène fut toujours au premier rang de ses soucis. Dès l'automne 1900, les débris épars du séminaire étaient groupés dans une masure avoisinant la procure de Newchwang et les cours repris sans souci des troubles de l'intérieur. Dès que ce fut possible, la petite communauté regagna Chaling, mais l'installation y fut des plus sommaires. En 1905, Mgr Choulet pouvait écrire : « Nos séminaristes pourront quitter bientôt la maison qui leur servait d'abri à Chaling. En effet, j'ai consacré mes loisirs forcés (la guerre russo-japonaise rendait tout voyage impossible) à surveiller la construction, à Moukden, d'une bâtisse qui tiendra lieu de grand et de petit séminaire en attendant que les circonstances nous permettent de faire mieux; une quarantaine d'élèves seront au large dans le nouvel établissement... II se trouve à une faible distance de la résidence du Vicaire apostolique, qui pourra ainsi surveiller la formation de ses lévites ».
    Il eut la joie d'ordonner 17 prêtres indigènes.
    Les Vierges chinoises qui nous rendent de si précieux services ne recevaient qu'une formation rudimentaire : beaucoup n'en eurent jamais d'autre que celle de la famille et de l'école de prières du village. En 1913, Mgr Choulet ouvre à Moukden un noviciat confié à la direction des Soeurs de la Providence, et en 1915, il établit la Congrégation indigène du Saint Coeur de. Marie, où nos dévouées auxiliaires trouvent à la fois une formation intellectuelle et morale en rapport avec leur vocation, une direction et une assistance qui ne leur feront plus défaut jusqu'à leur dernier jour.
    Il n'est guère de stations ou groupes de chrétiens, si retirés soient-ils, qui n'aient reçu la visite de leur évêque. Très dur à lui-même, ennemi de tout faste, d'une simplicité de manières qu'on s'accordait à trouver quelque peu exagérée, il voyageait dans des conditions aussi économiques que possible et toujours très fatigantes. Parvenu à destination, il manifestait pour toute exigence, en cas d'oubli, le besoin de boire la tasse de thé traditionnelle. Il tint à passer partout, examinant, catéchisant, prêchant et confessant comme le dernier de ses missionnaires, et toujours content de ce qu'on lui offrait.
    Energique et tenace jusqu'à la limite de l'excès, il inspirait chez lui une crainte référentielle que beaucoup de confrères ne parvinrent pas à dominer. Mais en tournée pastorale, débarrassé momentanément des soucis de l'administration générale, il était fout à son hôte et aux chrétiens, gai, expansif, causeur intarissable. Ses récits- trompaient les longues heures des veillées d'hiver dans les pauvres maisons chinoises.
    Il suivait avec une attention toujours intéressée les conversations de nos paysans sur les fatigues, les soucis et les produits de leurs travaux. Il jugeait d'un coup d'oeil les défauts et les avantages d'une construction et donnait au missionnaire les conseils les plus pratiques pour son entretien ou sa conservation. C'est que, même au milieu des plus grandes difficultés il rie perd jamais de vue le côté matériel de son oeuvre qui, s'il n'est pas le premier de ses soucis, mérite cependant l'attention d'un administrateur Ce restaurateur si zélé et si surnaturel, que Dieu avait préposé au relèvement de l'édifice spirituel de la Mandchourie méridionale, resta toujours l'homme qui sait le prix du pain quotidien dont le corps ne peut se passer. Chacun de ses comptes rendus ou communiqués fera mention de la prospérité matérielle du pays, de la valeur des récoltes, du prix des denrées et matières premières ....il vit vraiment avec son peuple et partage ses soucis.
    Au point de vue sacerdotal, il fut toujours et il restera pour ses missionnaires un modèle accompli. Les rigueurs de l'hiver ne l'empêchaient pas de faire chaque matin sa méditation aux pieds du Saint-Sacrement. Comme il ne gardait pas la Sainte Réserve dans sa chapelle, il allait encore raire son action de grâces à la cathédrale. Les exercices de piété du séminariste furent ceux de l'évêque, comme ils l'avaient été du missionnaire. Il regarda comme l'un des plus importants devoirs de sa charge, de procurer chaque année à ses missionnaires et prêtres indigènes les avantages de la retraite commune : une timidité exagérée, qu'il ne réussit jamais à vaincre, ne lui permit pas de faire à ses missionnaires les conférences spirituelles qu'ils auraient certainement goûtées, mais quatre fois il leur procura un prédicateur étranger.
    En 1912, ses forces étaient tellement affaiblies par une dysenterie chronique, qu'il dut reprendre le chemin de la France : c'était la première fois depuis trente-deux ans de mission. Aussitôt guéri, grâce à l'intervention d'un médecin de Lausanne, prit juste le temps d'une visite ad limina, et moins d'un an après son départ, il était de retour à Moukden, le 31 mai 1913, pour présider notre clôture de la retraite.
    Le 25 juillet 19171, un coadjuteur lui fut donné : Mgr Sage. C'était l'élu de son' coeur ; c'était l'avenir de la Mission assuré suivant ses vues personnelles ; c'était pour lui la faculté de se donner au ministère paroissial, en laissant à son coadjuteur le soin des affaires générales et des tournées pastorales. Mais presque en même temps arrivaient les télégrammes annonçant la guerre c'était la mobilisation et le départ des missionnaires les plus valides et des vides impossibles à combler. Mgr Choulet s'installa curé de la paroisse de Moukden.
    Le 7 mars 1915, il eut la joie de sacrer son coadjuteur, et le 20 septembre suivant il pleurait sa mort, survenue inopinément après quelques jours de maladie.
    Au début de 1920, il adressa sa démission à Rome. Une lettre de la Propagande, datée du let' juillet 1920 lui annonça que sa demande était agréée : II devait cependant continuer à gouverner la Mission en qualité d'Administrateur apostolique, jusqu'à la prise de possession de son successeur.
    Les années 1920 et 1921 se passèrent dans des alternatives de santé médiocre et de maladie grave.
    Le printemps et l'été 1922 lui rendirent quelque vigueur. Il eut la consolation d'assister au sacre de Mgr Blois, son successeur. Durant la longue cérémonie du matin comme au salut du Saint Sacrement, il ne ressentit pas trop de fatigue; la présence de son vénérable ami, Mgr Mutel1, et la joie ambiante à pareil jour semblaient lui faire oublier toutes ses souffrances.

    1. Vicaire apostolique de Séoul (Corée).

    Le 23 juin, il se retira à notre ancienne procure de Newchwang, où il avait tant travaillé durant dix ans et dont il avait lui-même aménagé les constructions. Il put, jusqu'à la fin d'octobre, se rendre chaque jour appuyé sur ses béquilles, pour faire sa visite au Saint-Sacrement.
    Mais à partir de février 1923, il lui fut impossible de prendre son repos au lit et il passait ses jours et ses nuits sur une chaise longue ou sur un fauteuil. Son énergie et son esprit de foi brillèrent alors d'un éclat plus vif, la souffrance le purifiait de plus en plus, et le sentiment de sa fin toujours imminente le maintenait dans un recueillement qui demeurera pour tous ses missionnaires une leçon inoubliable.
    Le dimanche 29 juillet, il avait dit encore sa messe, ce fut la dernière. Il voulut commencer la récitation des Matines, debout, appuyé sur ses béquilles. C'étaient les matines de la fête de saint Ignace, les matines de son dernier jour; il devait les achever au ciel. Le lundi 30, vers 8 heures du soir, une crise violente d'étouffement se déclara, et à 2 h. 1/2, son âme retourna vers son Créateur.
    Le samedi ! Août, Mgr Mutel, Vicaire apostolique de Séoul, présida les funérailles. Etaient présents, outre Mgr Blois et 26 prêtres du Vicariat, NN. SS. Remange et Gaspais, les PP. Poisnel, provicaire de Séoul, et Graber, procureur, de la Mission de Kirin, une foule compacte de chrétiens et de nombreux représentants de la colonie européenne, ayant à leur tête M. le Consul d'Angleterre et M. le Vice-consul du Japon.
    Mgr Choulet repose dans son ancienne pro cathédrale, auprès de son coadjuteur, Mgr Sage, qui, sacré par lui dans cette même église, l'avait précédé de six ans dans la tombe.
    Nous passerons souvent près des restes de nos Pères vénérés. Que le souvenir de leurs exemples nous rappelle nos devoirs, et que leurs mérites nous obtiennent d'y être, comme eux, fidèles jusqu'à la mort.
    1924/121-137
    121-137
    France
    1924
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