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Souvenirs de Mgr Daveluy à Amiens

Souvenirs de Mgr Daveluy à Amiens L'Exposition Missionnaire d'Amiens a été bien inspirée en réservant un stand aux Missionnaires Picards. Le martyr de Corée, Mgr Antoine Daveluy, en occupait naturellement la place d'honneur : portrait, ornements, souvenirs, même son minuscule pupitre de petit écolier.
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    Souvenirs de Mgr Daveluy à Amiens

    L'Exposition Missionnaire d'Amiens a été bien inspirée en réservant un stand aux Missionnaires Picards. Le martyr de Corée, Mgr Antoine Daveluy, en occupait naturellement la place d'honneur : portrait, ornements, souvenirs, même son minuscule pupitre de petit écolier.
    Peut-être plus émouvant encore que la chasuble rouge, l'aube en dentelles et le calice de sa première messe, la lettre de faire part de son martyre attirait les regards, simple page blanche qu'aucune bordure de deuil ne venaient assombrir. Dès 1843, l'abbé Daveluy ne disait-il pas à des religieuses qui frémissaient à la pensée des tortures auxquelles son départ pourrait l'exposer bientôt : « Est-ce que si vous appreniez que j'ai confessé la foi jusqu'à la mort, vous n'auriez pas le courage de chanter le Te Deum ? Dans ma famille, j'en suis sûr, on le chanterait ».
    Donnons ici, in extenso, ce faire-part unique peut-être par la haute élévation morale du sentiment qui le dicta :

    MONSEIGNEUR MARIE NICOLAS ANTOINE DAVELUY

    Né à Amiens, le 16 Mars 1818

    Missionnaire Apostolique

    De la Congrégation des Missions Étrangères

    EVÊQUE D'ACONES (in partibus), COADJUTEUR DE CORÉE
    CHANOINE D'HONNEUR DE LA CATHÉDRALE D'AMIENS,
    A ÉTÉ DÉCAPITÉ POUR LA FOI, A HANG-TSIOU (CORÉE),
    LE VENDREDI SAINT 30 MARS 1866
    Après 22 ans d'Apostolat.

    Monsieur et Madame Daveluy ; Monsieur Xavier Daveluy, Notaire à Etampes, Madame Daveluy et leurs enfants ; Madame Louis Daveluy, de Paris ; et son fils, Monsieur Alphonse Daveluy, Ingénieur civil à Paris ; Monsieur l'Abbé Daveluy ; Mesdames Marie de Borgia et Marie Emmanuel, Religieuses chez les Dames de Louvencourt ; Monsieur et Madame Joseph de Valicourt, de Maizières (Pas-de-Calais) et leurs enfants ; Monsieur et Madame Paul de Brandt, de Boves, et leurs enfants ; Monsieur et Madame François de Valicourt, de Paris, et leurs enfants ; Monsieur et Madame Laroche, de Duisans.

    Ses Père, Mère, Frères, Soeurs, Beaux Frères, Belles Soeurs, Neveux,
    Nièces, Oncle et Tante,
    Ont l'honneur de vous en faire part.

    Amiens, le 6 Septembre 1866.

    ***

    Deux plaques de marbre, apposées solennellement à l'église Suint Leu, rappellent encore à Amiens le souvenir de Mgr Daveluy.

    Voici l'inscription de la plaque du baptistère :
    HIC
    Nicolaus Maria Antonius
    DAVELUY
    a Do Caron Sancti Lupi Parocho
    baptisatus est
    anno Domini M D CCCXV II I
    die vero I V junii

    Et voici celle du Maître-Autel:

    R.R.D.D.
    Maria Antonio Daveluy
    qui primum
    hic
    Eucharistiae sacramentum
    solemniter obtulit
    anno Domini
    MDCCCX L I
    die vero XXIX decembris.

    ***

    Mais revenons aux souvenirs exposés au stand des Missionnaires Picards. Mademoiselle Thérèse de Brandt, petite-nièce de Mgr Daveluy, a bien voulu, sur notre demande instante, nous en faire l'historique attachant et documenté. Qu'elle veuille bien trouver ici l'expression de notre vive reconnaissance.

    MON RÉVÉREND PÈRE,

    Fidèle à ma promesse, je viens vous donner les quelques renseignements que vous m'avez demandés sur Mgr Daveluy.
    Voici d'abord ceux qui concernent la chasuble rouge et blanche ainsi que la pale exposées au stand des missionnaires picards.
    Mgr Daveluy avait revêtu ces ornements sacrés lors de la célébration de sa première messe en l'église Saint-Leu, sa paroisse, le 29 décembre 1841.
    La Chasuble est double, blanche et rouge, en moire venant de la robe de mariée de sa grand-mère. La croix seule est brodée eu or, c'est une gerbe qui monte de bas en haut s'étend jusque dans les bras de la croix, formée d'épis de blé et de grappes de raisin, le milieu de la croix porte le chiffre de N.-S. HES, sur le rouge et le chiffre de la Sainte Vierge sur le blanc.
    La Pale qui sert à recouvrir le calice est magnifique : le dessin en a été choisi par Mgr Daveluy lui-même et elle a été brodée par ses soeurs, le milieu porte aussi le chiffre de la Sainte Vierge, autour duquel est brodée en lettres d'or la date de sa première messe : « In memoriam primae missae, die 19 decembris 1841 ». Double souvenir pour la famille, il en parle dans une lettre à ses soeurs datée de Saint-Sulpice, 23 novembre 1841.
    L'Aube. Elle est brodée de tulle fin d'un dessin léger et délicat d'un bel effet : c'est le travail de sa tante qui avait voulu donner ce souvenir à son filleul pour sa première messe.
    La Chapelle. Elle se compose du calice, de la patène et des burettes. La chapelle est toute en argent. Les sujets qui ornent chaque pièce ont été choisis et désignés par Mgr Daveluy et exécutés sous ses yeux.
    Le Calice assez haut, de la forme en usage à cette époque, porte neuf médaillons, emblèmes de ses dévotions privilégiées, trois autour de la coupe : ils représentent la sainte famille, le bon Pasteur et la mort de saint François-Xavier ; trois au noeud du calice, médaillons plus petits, le buste seulement : le premier représente N.-S., autour « Jésus ayez pitié de nous » ; le deuxième, la Sainte Vierge « Reine des Vierges, priez pour nous » : le troisième, saint Louis de Gonzague, « Saint Louis de Gonzague, priez pour nous » ; trois sur le pied du calice représentent la Cène, le Calvaire et le Pélican.
    Au revers de la patène, on voit une croix à bras égaux entourée de rayons et d'une couronne d'épines ; sur la croix on lit sa devise qui se retrouve au commencement de tous ses écrits « Qui a Jésus a tout ». Autour, sur les bords de la patène : le chiffre de N.-S. « I -IS », de la Sainte Vierge M., le livre des Evangiles, les Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie.
    Sur la burette du vin est reproduit l'image de la grappe de raisin rapportée de la terre promise aux Hébreux dans le désert. Sur la burette de l'eau : le puits de Jacob auprès duquel est assis N.-S. parlant à la Samaritaine.
    Cette chapelle était le présent de son aïeul maternel, qui était en même temps son parrain. M. Laroche voyant que son grand âge ne lui permettait plus d'espérer assister à la première messe de son filleul, dès qu'il le vit sur le point d'entrer dans les ordres sacrés par le sous-diaconat, lui remit entre les mains une somme d'argent qui devait servir à acheter le calice de sa première messe. L'abbé Daveluy ne trompa pas les intentions de son grand-père et fit faire en souvenir de lui le calice et la chapelle que nous venons de décrire.
    A son départ pour les missions Mgr Daveluy savait répondre au désir de sa famille en laissant en France ces souvenirs qui lui avaient été donnés par plusieurs de ses parents.
    Ces ornements, l'abbé Isidore Daveluy, frère de Mgr, lui aussi s'en était servi spécialement pour sa première messe à Saint-Leu le 8 janvier 1862 ; à la cinquantaine de mariage de ses parents le 14 septembre 1863 ; à sa cinquantaine de prêtrise ainsi qu'aux messes qu'il célébrait au matin de nos réunions de famille. Depuis la mort de M. le Chanoine Daveluy, sa famille a déposé toutes ces reliques au grand séminaire d'Amiens.
    Donc Mgr Daveluy célébra sa première messe le 29 décembre 1841 en l'église Saint-Leu, d'Amiens, sa paroisse. Une foule immense y assistait avide de recevoir, selon l'usage, l'imposition des mains. Une femme, pauvre des biens de la terre, mais riche de foi et de confiance en Dieu, sollicita l'autorisation de présenter le premier à cette cérémonie son enfant âgé de trois ans qui ne marchait pas encore. Sa demande fut accordée, et aussitôt après l'enfant marcha, au grand étonnement des médecins et des personnes qui le croyaient infirme pour la vie.
    Pendant la guerre, un homme est venu trouver la soeur de Mgr Daveluy, religieuse de Louvencourt, pour lui d'ire que lui aussi avait été l'objet d'une pareille faveur lorsqu'il était enfant. Avant de partir pour les missions Mgr Daveluy alla faire ses adieux à sa famille réunie dans la maison de campagne à Bergicourt près de Poix. Ce fut la plus poignante, la plus douloureuse des séparations : un père, une mère, des frères, des soeurs. Arrivé pour le trentième anniversaire du mariage de ses parents, toute sa famille assista à la messe qu'il célébra, jusqu'au petit Marie (14e enfant de M. et Mme Daveluy) âgé de 18 mois qui avait été baptisé par ce frère aîné.
    M. et Mme Isidore Daveluy, père et mère de Mgr, donnaient l'exemple de toutes les vertus chrétiennes s'occupant non seulement de leur nombreuse famille 14 enfants mais encore des oeuvres établies dans notre ville d'Amiens.
    La journée commençait par la prière et la méditation, puis ensuite la famille se rendait à l'église paroissiale de Saint-Leu pour l'assistance à la messe, M. Daveluy était toujours à genoux par terre et à l'Elévation il s'inclinait si profondément que sa tête chauve devenait toute rouge. Les mères le faisaient regarder à leurs enfants pour leur apprendre le respect que l'on doit avoir dans le lieu saint.
    Après la messe, le travail. Et la journée se terminait comme elle avait commencé, par la prière, et souvent par la prière en commun qui réunissait au pied du crucifix parents, enfants et domestiques. Puis retirés dans leur oratoire, le père et la mère récitaient chaque soir 3 dizaines de chapelet dont une pour la Propagation de la Foi, et faisaient une lecture pieuse avant de prendre leur repos.
    Lorsqu'il apprit le martyre de Mgr Daveluy son vieux père resta de longues heures absorbé dans un chagrin et un silence profonds. Il aimait tant ce fils aîné ! Le lendemain matin se rendant à l'église pour entendre la messe, il eut le courage de demander au Prêtre de la célébrer en actions de grâces, puis à ses filles religieuses, il dit tout ému : « Je dis le Te Deum pour remercier Dieu de la grande grâce qu'Il a faite à votre frère, je devrais le chanter, mais je ne m'en sens pas encore la force ». A Mgr Boudinet, alors évêque d'Amiens, il dit en repoussant ses consolations pour n'accepter que ses félicitations : « Qu'ai-je donc fait à Dieu pour être le père de 3 religieuses et de deux prêtres, dont un évêque et martyr ? »
    Dans les dernières années de sa vie, M. Daveluy, ne pouvant plus sortir, son plus grand sacrifice était de ne plus assister aux offices. Une faveur lui était réservée : un matin les portes de sa chambre s'ouvrirent sur une chapelle installée dans une pièce à côté, et le prêtre qui disait la messe, revêtu des ornements que le missionnaire avait laissés en partant pour la Corée avait obtenu de venir ainsi, près du malade plusieurs fois par semaine. M. Féron, missionnaire de Corée, échappé miraculeusement à la persécution, célébra la messe dans cette chapelle en avril 1869.
    Dieu rappela à Lui M. Daveluy le 29 mars 1870 à 8 heures du soir. En Corée, on se trouvait au 30 mars, cinq heures du matin. « Seigneur, avait-il dit dans ses prières, j'ai vécu les années de mon Père; vous qui avez été si bon pour moi, faites-moi la grâce de quitter ce monde le jour du martyre de mon fils ».
    Mme Daveluy s'éteignit doucement sans maladie, ni souffrances le 9 janvier 1874.
    De ce mariage naquirent quatorze enfants, sept fils et sept filles.
    Deux moururent en bas âge, six se marièrent, le dernier, le quatorzième baptisé par Mgr Daveluy mourut à l'âge de 4 ans, trois filles se firent religieuses : l'aînée chez les Dames du Sacré Coeur, mourut en 1856 ; les deux autres dans la communauté des religieuses des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, dites de Louvencourt, l'une mourut en 1884, l'autre en octobre 1918 dans la maison principale des Filles du Saint Esprit à Saint-Brieuc, où elle était venue chercher un asile protecteur, que ne pouvait plus lui assurer son couvent, ni sa ville natale que la population avait dû évacuer.
    M. le Chanoine Daveluy, archiprêtre de la cathédrale d'Amiens, le 13e enfant de M. et Mme Daveluy et le dernier frère de Mgr Daveluy est décédé le 21 mars 1921, au soir du dimanche des Rameaux : le matin il avait pu encore célébrer le Saint Sacrifice de la messe chez lui, car depuis 18 mois la maladie le retenait au logis.
    Lui aussi était un saint, le mouvement de la personne ainsi que les traits du visage rappelaient celui du saint Curé d'Ars.

    1929/234-240
    234-240
    France
    1929
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