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Souvenirs

SOUVENIRS Au hasard de mes tournées missionnaires dans le Poitou, la divine Providence me conduisit un jour dans une petite paroisse des Deux-Sèvres, à l'Absie, pour y remplacer pendant quelques jours Monsieur le Curé.
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    SOUVENIRS



    Au hasard de mes tournées missionnaires dans le Poitou, la divine Providence me conduisit un jour dans une petite paroisse des Deux-Sèvres, à l'Absie, pour y remplacer pendant quelques jours Monsieur le Curé.

    L'Absie possède une belle église du XIe siècle, reste de l'abbaye des Cisterciens fondée autrefois par St Giraud de Salles dont on voit encore la statue dans un des bras du transept. C'est dans cette église que, chaque matin après ma messe, j'enseignais le catéchisme aux enfants qui ouvraient de grands yeux en m'entendant parler des missions d'Asie.

    Dès le premier jour, parmi les enfants de choeur, j'en remarquai un qui portait le nom de Cornay ; évidemment ma pensée se reporta tout de suite vers notre Bienheureux Jean-Charles Cornay, martyrisé au Tonkin en 1837 ; mais sachant celui-ci originaire de Loudun, je n'avais pas supposé que j'avais devant moi un membre de sa famille.

    La journée du dimanche s'écoula dans toute la ferveur d'une paroisse chrétienne, nombreuses confessions et communions. Au sermon de la grand'messe, ayant à commenter, en ce 2e dimanche après Pâques, l'évangile du Bon Pasteur, je rappelai l'héroïque dévouement de Mgr Imbert et des PP. Maubant et Chastan, se livrant eux-mêmes à leurs persécuteurs pour le salut de leurs ouailles : « Dans les cas extrêmes, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ».

    Est-ce ce sermon qui engagea une paroissienne à faire la démarche qu'on va lire? Toujours est-il que, le lendemain matin avant ma messe, je vis venir à moi une personne d'âge respectable, qui me demanda s'il était question de la canonisation du Bx Jean-Charles Cornay. J'avais bien eu quelques échos d'une canonisation prochaine possible du Bx Théophane Vénard, jamais de celle du Bx Cornay ; je crus donc au premier abord que cette personne faisait erreur et qu'elle voulait parler du premier. C'est en ce sens que je lui répondis, mais elle m'assura que c'était bien du Bx Cornay qu'il s'agissait, d'autant plus qu'elle était de la famille: « Du reste, ajouta-t-elle, si le Bx Théophane Vénard est parti pour les Missions, n'est-ce pas le Bx Cornay qui l'a entraîné sur ses pas? »

    Inutile d'exprimer la joie profonde que j'éprouvai à rencontrer une parente de l'un de nos Biénheureux Martyrs ; je remerciai le bon Dieu de ce bienfait et, en redisant une fois de plus « Introibo ad altare Dei », mon coeur débordait de joie, de la joie profonde que peut éprouver un missionnaire appartenant à une Société comme celle des Missions Etrangères qui compte tant de héros et de martyrs, de la joie aussi, je l'avoue, d'être le compatriote du Bienheureux dont on venait de me rappeler si inopinément la glorieuse mort et le triomphe.

    Quoi qu'il en soit, je ne voulus pas perdre une si belle occasion d'aller porter à la famille du Bienheureux le salut des Missions Etrangères. Dans la matinée, je me rendis donc au domicile de la famille Cornay, où je fus reçu à bras ouverts: M. Pierre Cornay, fils de ma visiteuse du matin, avait été pendant une année mon condisciple au collège de Bressuire, et je le retrouvais par hasard après bien des années. Mme Cornay me parla longuement du Bienheureux: la grand'mère de son mari, décédée en 1906 à plus de 80 ans, rappelait souvent le départ et le martyre du missionnaire. Je sus aussi par elle qu'il fallait remonter au grand-père du Bienheureux pour trouver le lien de parenté ; on était fier cependant de se dire de la même souche que lui, son souvenir restant vivace dans la famille, où l'on attend avec impatience sa canonisation.

    J'étais ému d'un accueil si cordial et en même temps si simple. Bientôt Mme Cornay me mit en main deux anciennes livraisons des « Contemporains », éditées jadis par la Bonne. Presse et qui relataient la vie et le martyre du Bx Jean-Charles ; elle me fit remarquer que l'image représentant le martyr donnait les traits exacts du Bienheureux, ceux-là même de son mari décédé il y a quelques années. Je dis à mon tour ce que je savais du Bx Cornay, ce que j'avais vu de lui, soit au grand séminaire de Poitiers où nous avions de nombreuses et superbes reliques, soit au séminaire des Missions Etrangères. Mais je cherchais surtout à obtenir quelques détails inédits susceptibles d'intéresser notre Société ou les lecteurs des Annales ; je ne pus obtenir immédiatement tout ce que je désirais, cependant j'appris que la famille n'est plus représentée à Loudun, mais qu'une parente assez rapprochée habite Saint-Maixent et s'intéresse sérieusement à notre martyr et à sa canonisation.

    Une autre chose me frappa aussi, ce fut de voir la grande dévotion de ces braves gens envers Ste Thérèse de l'Enfant Jésus ; on me fit même le récit d'un vrai miracle, celui de la guérison de M. Cornay en 1912, miracle dûment constaté par les médecins. Il n'entre pas dans mon sujet d'en faire ici le récit, mais j'ai tenu à le signaler, afin de montrer que celle qui est devenue la Patronne des Missions s'est toujours montrée spécialement bienveillante envers les missionnaires et les familles de missionnaires.

    Pour terminer, un petit trait qui charmera, j'en suis sûr, tous les lecteurs. Le petit Yves, fils de mon ancien condisciple de Bressuire, est enchanté d'avoir vu Notre Saint Père le Pape. C'était aux fêtes de la consécration de la basilique de Lisieux. Par un heureux concours de circonstances, l'enfant, que tenait par la main un de ses oncles, se trouva devant l'automobile du Légat, S. E. le Cardinal Pacelli, juste au moment où celui-ci en descendait: « Est-ce que c'est le Pape? » S'écria-t-il en regardant son oncle ; ce dernier n'eut pas le temps de répondre, le Cardinal Pacelli, posant sa main sur la tête de l'enfant, s'en était chargé lui-même: « Non, mon petit, je ne suis pas le Pape, je ne suis que son représentant ». J'imagine que si le Cardinal Pacelli, aujourd'hui Pie XII glorieusement régnant, avait su que cet enfant comptait un Bienheureux martyr parmi les membres de sa famille, il l'eût béni avec encore plus d'affection. Mais Yves espère bien aller un jour à Rome aux pieds du Souverain Pontife à l'occasion de la canonisation du Bienheureux Jean-Charles Cornay...

    Puissent nos prières et nos supplications obtenir cette grande joie à la fan tille Cornay ainsi qu'à la famille spirituelle de notre martyr, la Société des Missions Etrangères.

    Bienheureux Jean-Charles Cornay, priez pour nous!



    Joseph LAGARDE,

    Missionnaire de Séoul (Corée),

    Caporal d'un Régiment de pionniers.






    1940/25-27
    25-27
    France
    1940
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