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Sous la férule Thibétaine

Sous la férule Thibétaine Le succès d'une récente campagne contre les troupes chinoises des Marches setchoannaises a rendu les Thibétains maîtres de la région de Yerkalo, et, contre toute attente, la situation semble devoir se stabiliser, les Chinois ne manifestant aucunement l'intention de reprendre l'offensive.
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    Sous la férule Thibétaine

    Le succès d'une récente campagne contre les troupes chinoises des Marches setchoannaises a rendu les Thibétains maîtres de la région de Yerkalo, et, contre toute attente, la situation semble devoir se stabiliser, les Chinois ne manifestant aucunement l'intention de reprendre l'offensive.
    Or il y a à Yerkalo un missionnaire catholique, le P. Nussbaum, des Missions Etrangères de Paris, qui se trouve ainsi avoir passé de la juridiction chinoise à la juridiction thibétaine et qui jusqu'ici ne semble pas avoir à le regretter. Le Pays interdit » va-t-il enfin ouvrir ses portes, si obstinément fermées, aux apôtres de l'Evangile ? Les tout puissants Lamas laisseront-ils pénétrer et s'établir dans le pays des missionnaires qu'ils en ont jusqu'à présent exclus sous peine de mort, comme ne le prouve que trop l'histoire de la seconde moitié du XIXe siècle en ces régions. Sans oser donner à ces questions une réponse catégoriquement affirmative, il faut reconnaître cependant qu'un missionnaire est maintenant établi en pays thibétain, qu'il y est toléré, que les officiers venus de Lhassa ont été pour lui d'une correction irréprochable et même bienveillante. On peut donc, sans présomption, augurer d'un meilleur avenir.

    Ce n'est pas cependant que, sous la nouvelle juridiction, tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les Thibétains, en reprenant possession de la province, y ont réimplanté leurs coutumes et ils en exigent l'observance avec une implacable sévérité. Quelques exemples donneront l'idée d'une mentalité qui paraît au moins étrange à nos esprits européens.
    Furieux de voir disparaître leurs chèvres, quatre hommes s'en vont chasser la panthère. Le fauve tue l'un d'eux. Les trois survivants sont condamnés à une amende et à la confiscation de la peau de la panthère : la chasse, interdite jusqu'au 15e jour de la 5e lune, n'était pas encore ouverte.
    Cinq chrétiens s'amusent, un dimanche, aux bords du fleuve et prennent quelques poissons ; sentence : 3 roupies d'amende et les poissons capturés rejetés au fleuve.
    Deux incendies éclatent dans la montagne, dus à la malveillance. Les délinquants sont partis de Kienlong, partie de Yerkalo. Les premiers, mis en prison, sont condamnés à être cousus dans une peau de yak (buffle à queue de cheval) et jetés au fleuve. Ceux de Yerkalo ne peuvent être découverts et personne ne voudrait les dénoncer : la ville paiera 15 onces d'or, soit 1.800 roupies.
    Le Dalaï-lama est mort le 30e jour de la 10e lune : deuil d'une année, pendant laquelle défense de pousser les cris i-i-i, aussi stridents que traditionnels, d'échanger des coups dans les rixes, de tirer des coups de fusil ou d'allumer des pétards, etc. Quatre chrétiens, oublieux de ces ordonnances, en viennent aux mains dans une querelle : ils sont condamnés à une amende de 25 onces d'argent, dont seule l'intervention du missionnaire leur obtint remise partielle.
    Un animal domestique pénètre sur le terrain d'un voisin et « tond d'un pré la largeur de sa langue ». Le propriétaire du pré porte plainte. Le maître de l'animal délinquant reçoit 25 coups de fouet, malgré lesquels il s'obstine à nier la culpabilité de sa bête. Le plaignant n'apporte pas d'autre preuve que sa parole : il recevra à son tour 25 coups de fouet comme remboursement à l'accusé ou lui paiera une roupie par coup, soit 25 roupies, pour avoir accusé sans preuve.
    Ces petits faits témoignent au moins de la bonne volonté et du désir d'une justice impartiale.
    La région de Yerkalo est sous l'autorité de la lamaserie de Sogun. Celle-ci a jugé bon d'expédier à Lhassa de copieux honoraires pour la célébration de services funéraires en l'honneur du Kongka-lama défunt ; mais le peuple, qui les paie par de nouvelles contributions, estime cette ferveur lamaïque quelque peu exagérée.
    Le gouvernement de Lhassa travaille à établir solidement son autorité dans tout le pays. Ce gouvernement est constitué par quatre Ministres d'Etat (shape). Le pouvoir législatif et judiciaire est exercé par un Sénat de 70 membres (kalun). Les gouverneurs de province et les chefs de district portent des titres différents suivant l'importance de leur circonscription et selon les coutumes locales. Chaque village a à sa tête un maire assisté de quelques conseillers municipaux.
    L'armée thibétaine a été aussi complètement réorganisée. Elle comprend maintenant 50 régiments (nda) forts de 500 hommes chacun. Un colonel (ndapun) a sous ses ordres deux commandants (repun) ou chefs de bataillon, au dessous desquels sont trois centurions (diapun). Un général instructeur (tsipun-kinda) est à la tête de l'armée. Jusqu'à nouvel ordre, tous les soldats sont recrutés dans le Thibet intérieur : la confiance en la fidélité des provinces limitrophes n'est pas assez sûre pour qu'on leur ouvre les rangs de l'armée du Dalaï-lama. La durée du service militaire est de 10 ans. Le rengagement est autorisé. En cas de guerre tous les hommes sont mobilisables. A chaque soldat les vivres sont fournis par le gouvernement, mais l'habillement et la solde sont à la charge de son village d'origine.
    Le gouvernement de Nankin a envoyé une ambassade à Lhassa pour régler les questions litigieuses entre les deux pays puisse telle assurer une paix durable à des régions trop souvent troublées par des luttes intestines qui les pressurent et les épuisent!
    Et que luise enfin le jour où, après des siècles d'un ostracisme impitoyable, les apôtres de l'Evangile pourront de nouveau porter à ce peuple déshériter les lumières de la foi et de l'espérance chrétiennes !

    1935/72-78
    72-78
    Chine
    1935
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