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Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège (suite2)

La Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège (1)
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    La Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège (1)





    L'exposé précédent nous a fourni les données suffisantes pour répondre maintenant aux deux questions du début. La première est ainsi formulée : Ce que la Société des Missions Etrangères a accompli pour le Saint-Siège. Notez bien qu'il ne s'agit point ici des travaux entrepris pour la conversion des païens, l'instruction et la sanctification des fidèles, la fondation des chrétientés et communautés, et autres oeuvres du même genre ; nos missionnaires, comme les religieux venus avant eux dans le pays, firent en cela leur devoir. Les chefs de missions, nos vicaires apostoliques, eurent de plus les soucis de l'administration, aussi nombreux, graves et pénibles qu'on peut l'imaginer, comme le prouvent les actes émanés de Rome.


    Sur tous ces sujets, pourtant intéressants, nous garderons le silence, nous réservant de parler seulement du rôle rempli par la Société des Missions Etrangères, à l'exclusion de toute autre, dans la formation du clergé indigène et la nomination des évêques missionnaires. Or, nous savons déjà par ce qui précède comment, Dieu aidant, nos premiers évêques et leurs missionnaires exécutèrent les ordres et comblèrent les désirs du Saint Siège.





    (1). Première partie de l'article, cf. pp. 225 et suiv. Seconde partie, pp. 323 et suiv.





    L'Indochine a maintenant son clergé local, composé, à la mort de Mgr Lambert de la Motte, d'une trentaine de prêtres, avec l'espérance de voir ce nombre augmenter, grâce au séminaire général et aux annexes de ce séminaire dans les missions. Une statistique de 1700 nous apprend que ces prêtres sont alors 45, malgré les décès survenus parmi eux. Mgr Pallu, on l'a vu également, en proposa treize pour l'épiscopat ; si cette motion n'eut pas de suite, nous verrons cependant, en 1691, la Sacrée Congrégation choisir comme vicaire apostolique de Cochinchine un ancien élève du séminaire de Siam, fils de mère siamoise, Mgr Pérez. Il n'est pas encore question de clergé indigène pour la Chine, Mgr Pallu n'ayant pu y pénétrer qu'en 1684 pour y mourir ; cependant, on signale déjà, quelques années plus tard, un essai de petit séminaire.


    En outre, les missions d'Indochine et de Chine qui, avant notre arrivée, étaient totalement dépourvues d'évêques, ont leurs premiers pasteurs, et avec eux parfois des coadjuteurs ; ces évêques sont de Sociétés et nationalités différentes : Français, Portugais, Italiens, Espagnols, Chinois. Mais ce qui nous est très agréable de constater, c'est que le Saint Siège a recouvré sa liberté pour la nomination des évêques en Extrême-Orient. Il y aura encore, pendant longtemps quelques escarmouches avec le Portugal, mais du moins la lutte contre l'établissement des évêques est pratiquement terminée. Nous verrons même, dans les années qui suivront, lorsque, au sujet des Rites, la persécution sévira en Chine, le Portugal donner généreusement asile à Macao aux missionnaires chassés du pays, et parmi eux on comptera des prêtres et un évêque français. La Société des Missions Etrangères fondera une procure à Macao où elle subsistera pendant plus de cent ans. Sans doute, il faut voir là l'intervention de Dieu qui tient en ses mains le coeur des hommes, mais était-il possible d'espérer un plus beau résultat ?





    ***





    Arrivons maintenant à la seconde question : Ce que le Saint Siège a fait pour la Société des Missions Étrangères.


    Nous pouvons assurer tout d'abord, sans conteste possible, que notre Société doit son existence à l'action combinée du Saint Siège apostolique d'une part, et de NN. SS. Pallu et Lambert de la Motte d'autre part. On se demandera peut-être à qui il convient d'attribuer la primauté.


    Depuis vingt-cinq ans, c'est-à-dire depuis sa fondation, la Sacrée Congrégation de la Propagande était profondément convaincue de la nécessité de l'institution d'un clergé indigène et d'évêques en pays infidèles, ses décrets en font foi. Il ne faut donc pas s'étonner si les plaintes d'un missionnaire d'Extrême-Orient, sous ce double rapport, furent favorablement accueillies par Innocent X qui lui donna l'ordre de chercher des évêques pour les missions de ces régions. Voilà nettement indiquée la fin voulue par le Saint-Siège. Ce premier projet échoua, mais il fut ensuite repris par Alexandre VII qui choisit et nomma, ce que lui seul pouvait faire, les premiers évêques destinés à réaliser le but désiré. La S. C. de la Propagande, par de longues Instructions, traça à ces derniers le programme à suivre, avant leur départ, pendant leur voyage, et à leur arrivée en mission, et elle fixa les lieux où ils devraient s'établir. Ces envoyés du Saint Siège seront, pendant leur vie, en butte à des difficultés et à des oppositions de toute sorte, ils recourront toujours au pape, et celui-ci, de multiples décisions en leur faveur le prouvent, viendra toujours à leur secours. Or, que déduire de tous ces faits, sinon que le Saint Siège a rempli ici le rôle de fondateur? Un fondateur est celui qui, dans un but déterminé, s'associe des sujets jugés aptes à travailler à son oeuvre, leur donne des instructions, les dirige là où ils seront utiles, les aide de ses conseils et de ses encouragements, les défend au besoin contre les adversaires d'une entreprise qui est aussi la sienne. C'est bien là ce que le Saint Siège a fait pour notre Société. Il en résulterait que nos évêques n'ont été que les serviteurs décidés et obéissants du Saint Siège, dont ils ont accompli scrupuleusement les volontés après lui avoir offert avec persévérance leurs services.


    Et cependant nous attribuons à NN. SS. Pallu et Lambert de la Motte le titre de fondateurs, avec l'assentiment, au moins tacite, du Saint Siège lui-même. En voici la raison.


    Il est à tout le moins rare dans l'Eglise qu'une Société religieuse fasse remonter sa fondation au Saint Siège apostolique. Chaque Institut a généralement son fondateur connu de tous ; cet Institut étant déjà bien établi, mais non auparavant, ose alors recourir au pape pour en obtenir la reconnaissance et l'approbation. Cette approbation, pour les autres, est un couronnement de l'oeuvre. Chez nous, elle a été donnée par le Saint Siège dès l'origine, ipso facto, par la participation prise par lui à la fondation. En effet, quel besoin notre Société aurait-elle eu d'une approbation pontificale spéciale, puisque c'est le pape lui-même qui avait travaillé à la bâtir? Aussi le Saint Siège, s'il daigna honorer notre séminaire de Paris d'un Bref laudatif, n'a rien fait de semblable pour l'ensemble de la Société. Le titre de fondateurs donné aux deux prélats permet à celle-ci de se confondre avec les autres Instituts religieux de l'Eglise qui, tous, ont leurs fondateurs propres en dehors du Saint-Siège. Nos deux évêques sont dignes, par leur vie et leurs vertus, de porter ce titre de fondateurs. Ils en sont encore plus dignes par leurs travaux : le leur refuser paraîtrait une injustice, puisque c'est à leur action, combinée avec celle du Saint Siège, que la Société des Missions Etrangères de Paris doit son existence, cette coopération mutuelle ayant été également nécessaire d'un côté comme de l'autre.





    ***





    Ici, quelques conclusions s'imposent. D'abord, si notre Société a trouvé la vie dans son union avec le Saint Siège, briser cette union serait signer son arrêt de mort : nous devons donc à tout prix la maintenir, et alors ce sera pour nous un gage de bénédictions et de succès.


    Considérons nos deux vénérables évêques : l'un est resté fidèle jusqu'à la fin au poste qui lui avait été assigné, sans jamais l'abandonner ; l'autre, malgré le désir qu'il avait de se dévouer à son cher Tonkin, séjourna à Rome aussi longtemps qu'en Extrême-Orient. Or, on l'a vu, le résultat final pour les missions a été aussi satisfaisant que possible. Il en sera toujours ainsi tant que le travail des missionnaires se fera en union avec le Saint Siège : « Une pensée me console, disait Mgr Pallu sur le point de rendre le dernier soupir, celle de mourir dans la foi catholique et pour le service du Siège Apostolique ».


    Cette union est pour notre Société une force et une assurance puisque ainsi elle s'appuie sur ce qui est le fondement même de l'Eglise immortelle, elle adhère au Pasteur infaillible chargé de confirmer tous les autres pasteurs.


    Cette union, si particulière à notre Société, est encore pour elle une gloire dont elle a lieu d'être fière et dont vous-mêmes, chers aspirants missionnaires, pouvez être fiers avec elle ; c'est pour vous un titre de noblesse qui à la fois nous honore et nous oblige.


    Hélas ! Il faut bien l'avouer, cette union est aussi l'annonce certaine que notre Société aura à ressentir les persécutions prédites par Notre Seigneur à son Eglise.


    Vous savez avec quelle fureur dans le passé nos missions ont été persécutées ; vous connaissez ceux de nos confrères qui alors ont remporté la couronne du martyre. Que nous réservent les bouleversements de l'époque actuelle? Dieu seul le sait. Ce qui est certain, c'est que les actes héroïques de patience, d'obéissance, de désintéressement, comparables au martyre, déjà accomplis là-bas, dont les échos sont parvenus jusqu'à nous, nous permettent d'assurer que nos évêques et leurs missionnaires sauront accepter tous les autres sacrifices que Dieu imposera ou que le Vicaire du Christ demandera pour le bien de l'Eglise. Ils ne feront en cela que suivre la trace des devanciers qui, depuis les temps reculés de Mgr Pallu, ont toujours eu les yeux fixés sur Rome, d'où ils attendent lumière, secours et direction.


    Ce sont là, chers aspirants, vos modèles, imitez-les : fortes in fide.


    Daigne la très sainte Vierge, de nos Martyrs, Mère, Reine et Patronne, vous rendre dignes de vos aînés.


    Montbeton, le 18 février 1943en la fête de nos Bienheureux Martyrs





    EUGÈNE GARNIER,


    Procureur général de la Société à Rome








    1943/355-360
    355-360
    France
    1943
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