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Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège (suite1)

La Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège (1) Confiants dans la Providence, Mgr Pallu et Mgr de la Motte se mettent résolument à l'oeuvre. De concert, ils font à Paris les démarches nécessaires pour s'associer des prêtres, recommandables par leurs capacités et leurs vertus, auxquels ils confieront la fondation et la direction de ce séminaire dont il est fait mention dans les Instructions de la Propagande.
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    La Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège (1)







    Confiants dans la Providence, Mgr Pallu et Mgr de la Motte se mettent résolument à l'oeuvre. De concert, ils font à Paris les démarches nécessaires pour s'associer des prêtres, recommandables par leurs capacités et leurs vertus, auxquels ils confieront la fondation et la direction de ce séminaire dont il est fait mention dans les Instructions de la Propagande.



    Quinze jours après son sacre, Mgr Lambert de la Motte, accompagné de deux missionnaires, se met en route pour sa mission. Mgr Pallu ne pourra quitter Paris que dix-sept mois plus tard, en novembre 1661, avec sept prêtres et deux auxiliaires laïques. Il était en effet retenu par le règlement de diverses affaires ; en outre, quelques jeunes gens désireux de se consacrer aux missions s'étant présentés, il désirait, avant son départ, travailler lui-même un certain temps à leur formation, pensant avec raison que ces premiers ouvriers de son oeuvre imposeraient leur esprit aux successeurs.



    Les brefs de Rome, nommant Mgr Pallu Vicaire apostolique du Tonkin, et Mgr Lambert de la Motte Vicaire apostolique de Cochinchine, leur ordonnaient, à l'un et à l'autre, de se rendre dans la Mission qui leur avait été assignée. Sans nul doute, c'était bien leur désir, mais l'homme propose et Dieu dispose, et, à plus de deux siècles de distance, nous admirons les providentiels desseins qui s'opposèrent à la réalisation immédiate des plans préconçus.







    (1) Cf. première partie de l'article, pp. 225 et suiv.







    Par suite de la persécution qui fermait l'entrée du Tonkin et de la Cochinchine, ils durent tous deux s'arrêter au Siam, alors tranquille et hospitalier. Ils allaient y trouver un endroit idéal pour établir un séminaire indigène qui devait subsister là pendant tout un siècle.



    D'autre part Mgr Pallu, bien que portant le titre de Vicaire apostolique du Tonkin, ne put jamais y pénétrer et ceci fut l'occasion d'un grand bien. La Providence avait décrété se servir de lui pour coopérer à une oeuvre souverainement importante et difficile, qui allait de pair avec la formation du clergé indigène, l'introduction d'autres évêques dans les missions d'Extrême-Orient. Les deux grands desseins du Saint Siège seront ainsi mis à exécution.



    A Mgr de la Motte reviendra la charge de former le clergé indigène. Ayant trouvé un bienfaiteur dans le roi de Siam, il bâtira un séminaire, dit Collège général, que peupleront aussitôt des enfants de familles catholiques émigrées d'Annam et de Chine. Quelques années seulement après son établissement, ce Collège général comprenait, outre le séminaire de théologie, un petit séminaire avec cinquante-huit élèves. Dans l'un comme dans l'autre, la langue usuelle était le latin.



    Mgr Lambert de la Motte gouvernera et organisera son Vicariat de Cochinchine et, avec délégation de Mgr Pallu, celui du Tonkin. Les missionnaires envoyés dans ces deux missions s'appliqueront, malgré l'état de persécution toujours latent, à instruire de bons catéchistes qui seront plus tard élevés au sacerdoce. A la mort de Mgr Lambert en 1679, la Cochinchine et le Tonkin comptaient une trentaine de prêtres indigènes ordonnés par lui.



    La carrière de Mgr Pallu sera beaucoup plus complexe et mouvementée. Pendant les vingt années de sa vie missionnaire, il résidera en mission seulement un peu plus de quatre années. Durant seize ans, et toujours contre son gré, errant sur les mers et dans nos pays d'Occident, il sera retenu le plus souvent à Rome, mais occasionnellement il parcourra la France pour faire connaître son oeuvre, susciter des vocations, et surtout se dévouer à son cher séminaire de Paris. Pendant ses séjours à Rome, il traitera sans doute des affaires de ses missions, mais aussi, et spécialement lors de son second voyage, il sera amené à s'occuper de l'importante question de l'introduction de nouveaux évêques en Extrême-Orient.



    Comment supposer en effet que la Sacrée Congrégation de la Propagande, qui avait ce projet souverainement à coeur, dont l'impérieux devoir était de donner des pasteurs à tant de peuples abandonnés, n'ait pas exhalé ses plaintes sur ce sujet en présence de ce bon évêque qu'elle connaissait et estimait depuis longtemps? Mgr Pallu eut, de la sorte, l'occasion de la faire profiter de l'expérience acquise et, par ses suggestions et ses conseils, de coopérer avec succès à la nomination de quelques évêques.



    Lorsque Mgr Pallu débarqua pour la première fois au Siam, en janvier 1664, il y trouva Mgr Lambert de la Motte arrivé depuis dix-sept mois. Par lui, il fut mis au courant de la situation générale des deux Vicariats et des faits survenus jusqu'alors. Il apprit ainsi comment de nombreux Portugais, profitant de la grande liberté accordée par le Siam aux étrangers, étaient venus s'y installer, s'étaient déclarés ennemis du Vicaire apostolique, s'étaient même saisis de lui et l'auraient embarqué de force pour l'Europe si les Annamites, dont il était le pasteur très aimé, ne l'avaient arraché de leurs mains. Dans les missions, ajouta Mgr de la Motte, il fallait d'urgence établir l'unification parmi les missionnaires des divers Ordres, jusqu'alors trop divisés, réformer certains abus, résoudre plusieurs autres difficultés, et enfin ériger le Siam en Vicariat apostolique.



    Pour toutes ces raisons, un recours à Rome s'imposait, mais pour le rendre efficace, il fallait y députer l'un d'entre eux. Les deux évêques et les missionnaires présents élurent Mgr Pallu qui accepta. Celui-ci reprenait donc le chemin de l'Europe un an à peine après son arrivée. Il obtint du Saint Siège tout ce qu'il demanda, notamment la nomination d'un évêque, Vicaire apostolique pour le Siam, et aussi l'élévation à l'épiscopat d'un prêtre chinois du Fokien qu'il avait connu dans ses pérégrinations : ce prêtre était dominicain, il s'appelait Lo et était connu sous le nom de Lopez.



    Revenu au Siam, Mgr Pallu croit pouvoir enfin réaliser son désir de se rendre au Tonkin dont il est chargé comme Vicaire apostolique. Il s'embarque donc, mais la tempête le rejette sur les côtes des Philippines. Le gouvernement espagnol soupçonne ses intentions et le contraint d'aller se disculper à Madrid, où il est accueilli avec égards, le pape et le roi de France ayant préalablement écrit en sa faveur à la cour d'Espagne. Le voilà donc de nouveau, contre toute prévision, remis sur le chemin de Rome. Il y raconte les ennuis suscités par les missionnaires portugais, puis sollicite et obtient, après un débat qui dure trois ans, l'éloignement de quatre d'entre eux. Enfin, parmi toutes les affaires qu'il eut alors à traiter, il décida le Saint Siège à une importante réorganisation des missions : le Tonkin fut divisé en deux Vicariats et reçut un nouvel évêque ; en comptant les deux Vicaires apostoliques de Cochinchine et de Siam, cette mesure portait à quatre le nombre des évêques de cette région.



    Mais Mgr Pallu ne pouvait oublier les quinze provinces de Chine dont lui-même et ses deux autres collègues, on l'a vu plus haut, avaient été nommés administrateurs ; or, jusqu'ici, les uns et les autres n'avaient pas pu les visiter. Il apprit à Rome, s'il ne le savait déjà, que son titre d'administrateur lui conférait, à l'égard de ces provinces, des droits et des devoirs ; il résolut donc de les faire valoir.



    A cet effet, il donna d'abord sa démission de Vicaire apostolique du Tonkin et fut remplacé par un nouvel évêque. Les quinze provinces furent ensuite réparties en deux vastes Vicariats : celui de la Chine méridionale, avec neuf provinces, fut attribué à Mgr Pallu dont le siège résidentiel serait au Fokien, et celui de la Chine septentrionale, avec six provinces, à Mgr Lopez, le dominicain chinois mentionné plus haut. Mgr Pallu reçut, en outre, un coadjuteur de son choix, avec titre épiscopal : ce fut un franciscain, originaire de Venise, le P. Bernardin delta Chiesa. De même, un coadjuteur fut donné à Mgr Lambert de la Motte, mais celui-ci était déjà mort quand avaient lieu ces négociations. Un peu plus tard, un coadjuteur sera aussi accordé à Mgr Lopez, sur la demande qu'on adressera à Rome, ce fut un dominicain.



    Mgr Pallu avait enfin sollicité l'élévation à l'épiscopat, en qualité de simples auxiliaires des Vicaires apostoliques, de treize prêtres choisis dans le clergé indigène ; cette combinaison fut écartée pour des motifs que nous ignorons.



    Après avoir fait ses derniers adieux à la Ville Eternelle, il revint au Siam et, de là, partit pour sa nouvelle mission du Fokien. Il devait y mourir au bout de peu de temps, avec la consolation d'avoir pu assurer quatre évêques à l'Indochine, et autant à la Chine. Deux Vicariats pour la Chine avec quatre évêques, c'était déjà, il faut l'avouer, un beau succès : Mgr Pallu lui-même ne pouvait pas raisonnablement en désirer davantage. Cependant, reconnaissons-le, pour l'immense Chine, c'était encore bien peu. Mais ce n'était qu'un commencement et, dans toutes les entreprises ardues, ce sont les commencements qui coûtent le plus. L'élan était donné. Voyons maintenant comment, Dieu aidant, pendant les douze années qui vont suivre la mort du zélé prélat, se multiplieront les Vicariats.



    Les Portugais avaient perdu la partie en Indochine. Ils jetèrent les hauts cris en voyant un épiscopat qui n'était pas le leur s'installer encore dans deux Vicariats de Chine, sans respect pour l'évêché de Macao. Pour les calmer, Alexandre VIII, en 1690, crut pouvoir leur accorder, à eux aussi, deux évêchés chinois, Nankin et Pékin. Or, les titulaires de ces deux sièges se hâtèrent de publier que leur juridiction s'étendait sur les chrétientés de l'empire tout entier. L'émotion fut grande dans les deux premiers Vicariats ; pour la calmer, un de nos missionnaires, M. Quémener, originaire de Brest, fut député à Rome.



    Le pape Innocent XII, qui avait succédé à Alexandre VIII, daigna l'admettre fréquemment dans l'intimité de ses audiences. Par décret porté en 1696, il constitua en autant de Vicariats apostoliques les quinze provinces jusqu'alors réparties en deux Vicariats seulement : six furent attribués aux Portugais et, des neuf autres, quatre furent confiés à des Italiens, deux à des Espagnols, et trois à des Français, c'est-à-dire à nos missionnaires. Les Vicaires apostoliques avec caractère épiscopal préposés à ces Missions seraient choisis indifféremment parmi les Instituts religieux évangélisant la Chine. Cette combinaison, tout en flattant les Portugais, leur opposait des sujets de trois nationalités différentes ; elle arrêta net leurs réclamations. Elle obligeait en outre les nouveaux prélats à former, comme nous, un clergé indigène ; la Propagande saura bien, au besoin, le leur rappeler.



    Peu après, Innocent XII accordait deux coadjuteurs, l'un au Vicariat apostolique de Cochinchine, et l'autre à celui de Siam. M. Quémener joua-t-il encore un rôle dans ces nominations? nous, l'ignorons, mais le pape fut si satisfait de son intelligente coopération en toutes ces affaires qu'il le fit lui-même évêque ad bonorem, avec charge de conférer la consécration épiscopale aux nouveaux élus s'ils le désiraient.







    EUGÈNE GARNIER,



    Procureur général de la Société à Rome







    (A suivre).









    1943/324-327
    324-327
    France
    1943
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