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Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège

La Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège « Etre les hommes du Pape pour demeurer les purs témoins du Christ ; tel est l'idéal nouveau qui donna naissance d'abord à la Société des Missions Etrangères, et changea peu à peu, mais complètement, l'atmosphère sur le champ de l'apostolat ». S. E. Mgr MARELLA, Délégué apostolique. Tôkyô, 31 décembre 1936)
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    La Société des Missions Etrangères de Paris et le Saint Siège





    « Etre les hommes du Pape pour demeurer les purs témoins du Christ ; tel est l'idéal nouveau qui donna naissance d'abord à la Société des Missions Etrangères, et changea peu à peu, mais complètement, l'atmosphère sur le champ de l'apostolat ».





    S. E. Mgr MARELLA, Délégué apostolique.


    Tôkyô, 31 décembre 1936)





    C'est à vous, chers aspirants du séminaire des Missions Etrangères, que cet article s'adresse. La divine Providence, qui vous a appelés à être ses missionnaires dans les pays infidèles, vous a conduits dans ce séminaire où vous avez été accueillis avec joie. Sans doute avez-vous déjà quelque connaissance de cette Société des Missions Etrangères dont vous désirez faire partie, mais cette connaissance n'est-elle pas plutôt vague, car, à votre âge, on réfléchit plutôt avec le coeur... Ainsi, par exemple, s'expliquent les nombreuses et belles vocations aux missions dans les années qui suivirent les combats ou la glorification de nos martyrs. Je voudrais vous prouver ici que votre coeur ne vous a pas trompés et, à cet effet, au lieu d'arguments qui souvent prêtent le flanc aux objections, je vous exposerai des faits qui, de leur nature, sont incontestables. Ces faits eux-mêmes, car il faut se borner, seront tirés seulement de la première page de notre histoire. L'étude que nous en ferons nous montrera ce que notre Société a accompli pour le Saint Siège et pour l'Eglise, et ce que le Saint Siège est ou a été pour notre Société, et cette constatation, je l'espère, satisfera à la fois votre esprit et votre coeur.





    ***





    Nous apprenons, par le Nouveau Testament et l'Histoire, que les Apôtres et leurs successeurs ordonnèrent toujours des prêtres et établirent des évêques, choisis dans les nations converties par eux. Saint Lin et saint Clément, qui gouvernèrent l'Eglise après saint Pierre, avaient été ses disciples à Rome. Saint Timothée, baptisé par saint Paul lors de son premier voyage en Asie Mineure, fut par lui institué évêque d'Ephèse et, par lui aussi, comme on le lit dans ses épîtres, instruit des règles de prudence à observer dans les ordinations. Ce qui fut pratiqué à Rome et à Ephèse le fut de même jadis pour les Eglises des Gaules, d'Angleterre, d'Allemagne et d'ailleurs ; des missionnaires vinrent de quelque centre chrétien y prêcher la foi, mais ils ne disparurent pas de ce monde sans laisser après eux, pour prendre soin de leurs ouailles, des hommes vertueux choisis dans le pays parmi leurs fidèles, et ensuite élevés au sacerdoce ou à l'épiscopat. Ainsi les divers diocèses d'Europe et d'Amérique se trouvèrent peu à peu normalement fondés comme nous les voyons aujourd'hui, c'est-à-dire composés de fidèles et de pasteurs d'une même nationalité. Tel est l'idéal que l'Eglise veut réaliser partout.


    Or en Asie, dans les régions qu'occupera notre Société, si on excepte l'archevêché de Goa avec trois évêchés, situés dans le Moyen-Orient, aux Indes, tout l'Extrême-Orient proprement dit ne possédait, au milieu du XVIIe siècle, d'autres sièges épiscopaux que Malacca en Indochine occidentale, et Macao sur les côtes de la Chine. Ces sièges appartenaient aux Portugais, et n'étendaient guère leur action au delà de leurs possessions et des lieux environnants. Le clergé qui en dépendait était composé également de prêtres portugais, métis ou indigènes, des susdits territoires. Un simple coup d'oeil sur une carte géographique suffira à nous convaincre que ces quelques évêques résidentiels étaient pratiquement inexistants pour la variété des races et des peuples d'Extrême-Orient disséminés dans d'immenses espaces. Et, cependant, là existaient des missions : des religieux de divers Ordres, dominicains, franciscains, jésuites, barnabites, etc., y travaillaient depuis longtemps avec zèle sous la direction de leurs propres supérieurs; mais il n'y avait point d'évêques parmi eux. Le clergé indigène y faisait aussi totalement défaut, tout au plus pouvait-on rencontrer çà et là, cas extrêmement rare, quelque prêtre natif formé par les religieux et agrégé à leur Institut. Il était donc nécessaire de pourvoir ces missions d'un clergé indigène local et, conséquemment, de leur donner des évêques. La S.C. de la Propagande était profondément convaincue de cette nécessité, comme ses décrets d'alors en font foi, mais hélas ! Linstitution d'évêques n'allait pas sans difficultés. En voici la raison : les Portugais avaient, dans les siècles précédents, bien mérité de l'Eglise en favorisant la propagation de la Foi, soit en Asie, soit aussi en Amérique, où ils avaient rejoint les Espagnols et, en récompense de leurs services, ils avaient obtenu des Souverains Pontifes certains privilèges, parmi lesquels celui de présenter aux évêchés dans les pays d'Extrême-Orient, sous la condition toutefois d'aider par tous les moyens à l'évangélisation des infidèles. Or depuis longtemps déjà le Portugal se trouvait incapable d'exécuter cette obligation et, par ailleurs, il prétendait conserver intacts les privilèges annexés à son patronage.


    C'est alors que, vers 1650, un célèbre missionnaire jésuite, le P. de Rhodes, vint à Rome demander au Souverain Pontife Innocent X des évêques pour le Tonkin et la Cochinchine, où il avait travaillé lui-même avec succès. Il lui déclara que, faute de clergé indigène et d'évêques, les missions annamites pourraient être anéanties par la persécution, comme cela était arrivé vingt-cinq ans auparavant dans les missions du Japon. Cette proposition, tout à fait conforme aux décrets émanés jusqu'ici de la S.C. de la Propagande, reçut du Pape un accueil favorable. Le P. de Rhodes ayant refusé pour lui-même l'honneur de l'épiscopat, Innocent X lui donna l'ordre de chercher des sujets qu'il pût nommer évêques et envoyer en Extrême-Orient.


    Après avoir parcouru l'Italie et la Suisse catholique, cherchant toujours des évêques sans en trouver, le P. de Rhodes arriva à Paris en 1653. Il y fut mis en relation avec une pieuse association de jeunes gens, ecclésiastiques et laïques, auxquels il exposa les besoins des missions et les désirs du Souverain Pontife : cette fois, sa parole obtint l'écho qu'elle désirait. Là où des auditeurs d'un âge mûr auraient surtout envisagé les difficultés de l'entreprise, ces jeunes au coeur ardent ne virent que la beauté de l'oeuvre à laquelle le Christ les conviait par l'organe de son vicaire. Quant à la considération des obstacles, elle retint peu leur attention, elle excita plutôt leur ardeur chevaleresque. Plusieurs répondirent à l'appel et se déclarèrent prêts à partir.


    Le nonce du Saint Siège à Paris désigna parmi eux au Pape les candidats qu'il jugeait dignes de l'épiscopat, mais aussitôt le Portugal éleva de véhémentes protestations qui causèrent une vive émotion à Rome comme en France. Les objections alléguées par le gouvernement portugais, puis la mort d'Innocent X arrêtèrent l'affaire, et la nomination des évêques fut remise à des temps meilleurs. On l'avait presque oubliée lorsque, trois ans après, cinq de ces jeunes gens projetèrent d'entreprendre un pèlerinage à la Ville Eternelle. Ils y arrivèrent à la fin de mai 1657. L'ancien nonce de Paris, devenu cardinal, leur obtint une audience d'Alexandre VII, successeur d'Innocent X : il y fut question des démarches faites précédemment en faveur des missions, et le vieux Pontife, qui jadis avait aspiré lui-même à la vie apostolique, leur déclara aussitôt qu'il reprenait l'affaire sous sa protection. Il tint parole et, le 8 juin 1658, il approuvait l'élection, comme Vicaires Apostoliques et évêques, de François Pallu et de Pierre Lambert de la Motte : le premier avait 32 ans et le second 34.


    François Pallu, dès le début de toutes ces négociations, avait été le plus en vue et s'était employé avec zèle à résoudre les difficultés, comme il continuera de le faire dans la suite; il reçut la consécration épiscopale dans la basilique de Saint Pierre, le 17 novembre 1658, des mains du cardinal préfet de la Propagande. Nous ne pouvons douter que ce cardinal ait prodigué verbalement à Mgr Pallu, pendant les cinq mois qui précédèrent son sacre, de précieuses instructions. Mais, pour leur donner plus de poids, la S.C. les rédigea par écrit et les adressa à Paris aux deux évêques, l'année suivante, en même temps que leurs brefs de nomination et de juridiction. Par ces Instructions, longues et détaillées, la S.C. traçait ce qu'ils auraient à exécuter avant leur départ de l'Europe, pendant leur voyage, et à leur arrivée en mission; ainsi, elle leur recommandait d'abord de chercher des prêtres pour les accompagner comme missionnaires, et aussi de fonder à Paris un séminaire, projet dont déjà eux-mêmes avaient eu l'idée, mais que la Propagande fit sien alors ; elle insistait également sur l'institution dans les missions de séminaires pour le clergé indigène. Les grandes lignes de leur programme se trouvaient donc nettement définies.


    Par les brefs de juridiction, Mgr Pallu était nommé Vicaire Apostolique du Tonkin et Mgr Lambert de la Motte Vicaire Apostolique de Cochinchine. En outre, chacun des évêques était déclaré l'un et l'autre administrateur de cinq provinces de Chine. Quelques mois après, sur présentation de Mgr Pallu, un troisième devait être élu Vicaire Apostolique de Nankin et nommé pareillement administrateur de cinq provinces chinoises : il sera enlevé par une mort prématurée. Cette désignation d'administrateurs, faite avec une libéralité qui ne serait pas aujourd'hui sans nous étonner, n'était pourtant que la première d'une série d'autres de même genre, mais beaucoup plus sérieuses, que la suite des temps nous réservait. Quoi qu'il en soit, le Saint Siège lui-même nous avoue ici et nous prouve indubitablement quelle pénurie d'évêques existait alors, puisqu'il y avait, en Chine seulement, au moins quinze provinces, et combien d'autres ailleurs, qui n'avaient aucun évêque pour les administrer.


    Donc, donner à ces pays déshérités des évêques et des prêtres indigènes, afin que leurs Eglises puissent vivre de leur vie propre comme toutes les autres Eglises de la chrétienté, voilà ce que veut le Saint Siège, voilà le plan à réaliser. Ici, hélas ! Comme pour toutes les oeuvres de Dieu, il y aura à lutter : on suscitera des oppositions, et celles-ci seront d'autant plus pénibles à supporter qu'elles viendront d'une nation chère à l'Eglise, mais que la politique égarera en lui faisant préférer au bien général des âmes la satisfaction de l'orgueil national. L'Eglise alors, comme dans tous les cas analogues, ne pouvant céder, n'ose pourtant pas frapper, car ce sont ses enfants ; alors elle souffre et patiente, attendant qu'ils viennent à résipiscence. Ce fut là le cas du Portugal ; ce fut souvent celui de bien d'autres gouvernements chrétiens qui, contre le gré du Saint Siège, sollicitèrent de lui des privilèges ou libertés, oubliant peut-être trop que Dieu préfère à ces libertés la liberté de son Eglise. Nos bons évêques et leurs missionnaires auront donc de ce côté de sérieuses difficultés à vaincre. Puis, sous un autre rapport, leur situation sera délicate ; les évêques devront, dans des pays déjà occupés par d'autres missionnaires, s'installer comme délégués du Saint Siège et y faire reconnaître leurs pouvoirs de Vicaires Apostoliques. Généralement, ces religieux missionnaires se montreront corrects, cependant il y en aura parmi eux, notamment parmi ceux de nationalité portugaise, qui feront exception.





    (A suivre.)





    EUGÈNE GARNIER,


    Procureur général de la Société à Rome





    1943/226-229
    226-229
    France
    1943
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