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Société des Missions Etrangères

PARIS SEMINAIRE DES MISSIONS ETRANGERES 128, Rue du Bac Février1942 La Société des Missions Etrangères Fondée en 1658, elle occupe depuis bientôt 300 ans les avant-postes de la Chrétienté et, après de multiples cessions de territoires, elle évangélise encore en Asie environ 200.000.000 de païens.
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    PARIS SEMINAIRE DES MISSIONS ETRANGERES


    128, Rue du Bac





    Février 1942





    La Société des Missions Etrangères





    Fondée en 1658, elle occupe depuis bientôt 300 ans les avant-postes de la Chrétienté et, après de multiples cessions de territoires, elle évangélise encore en Asie environ 200.000.000 de païens.


    Actuellement ses membres travaillent dans 37 Missions : 4 aux Indes, 2 en Birmanie, 1 en Malaisie, 1 au Siam, 1 au Laos, 1 au Cambodge, 1 en Cochinchine, 5 en Annam, 2 au Tonkin, 12 en Chine, 2 en Mandchourie 2 en Corée et 3 au Japon.


    Le nombre des Prêtres des Missions Etrangères, appelés aussi Missionnaires de la rue du Bac, du nom de la rue de Paris qui abrite la Maison Mère, est de 1.000, et ils sont aidés dans leur ministère apostolique par 1.600 prêtres indigènes. Leurs oeuvres étaient florissantes, surtout au Tonkin, en Annam et en Cochinchine. Les événements récents vont-ils entraver l'élan des jeunes gens appelés par le Maître de la Moisson à l'apostolat lointain ? Ils seront peut-être pour plus d'un, au contraire, l'occasion qui les déterminera à songer aux Missions chez les infidèles.


    Le Séminaire des Missions Etrangères de la Rue du Bac accueille les séminaristes pour les trois dernières années de théologie. Il reçoit aussi les jeunes prêtres, auxquels, après une année de probation, la route des Missions est ouverte.


    Le Grand Séminaire de Bièvres (Seine-et-Oise) est réservé normalement aux séminaristes pour les études de philosophie et la première année de théologie, mais, à cause de sa réquisition par l'armée d'occupation, ceux-ci sont accueillis provisoirement à Paris avec leurs aînés.


    Quant à ceux qui sont plus jeunes, ils sont admis au Séminaire Théophane Vénard, à Beaupréau (Maine-et-Loire) dans les classes de 3e et au-dessus, ou à l'Ecole Missionnaire Augustin Schoeffler, à Ménil-Flin (Meurthe-et-Moselle) pour les classes de 4e et au-dessous.


    De plus, les Vocations tardives pour les missions sont éprouvées dans des établissements spéciaux, après entente avec les intéressés dont les études sont alors plus ou moins abrégées selon le degré de leur instruction.


    Enfants et jeunes gens, si Jésus vous appelle, suivez-le!


    Parents chrétiens, si Dieu vous demande un fils, donnez-le !





    Pour tous renseignements, s'adresser à Monsieur le Supérieur des Missions Etrangères, 128, rue du Bac, à Paris (7e) ; dans la zone non occupée, écrire au R. P. Lacroix, Supérieur du Sanatorium, à Montbeton (T.-et-G.).





    Son Excellence Monseigneur Giraudeau


    Evêque titulaire de Tiniade ancien Vicaire Apostolique du Thibet


    1850-1941





    Notre Supérieur Général, le Très Révérend Père Robert, a reçu de Son Eminence le Cardinal Fumasoni-Biondi, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, une lettre tout à l'honneur de Mgr Giraudeau, écrite dès qu'il eût appris le décès du vénéré prélat. Nous sommes heureux de la publier intégralement :





    SACRA CONGREGATIO


    DE Rome, 15 décembre 1941.


    PROPAGANDA FIDE





    Révérendissime Père,





    Par votre lettre du 17 novembre, j'ai appris la mort de S. E. Mgr Pierre-Philippe Giraudeau, évêque titulaire de Tiniade et ancien Vicaire Apostolique de Tatsienlu, survenue en cette cité, où il menait depuis quelques années une vie privée, mais toujours entouré de l'estime et de la vénération du clergé et des fidèles.


    Estime et vénération bien méritée par ce vieillard plus que nonagénaire, qui a passé la plus longue partie de sa vie dans sa patrie d'adoption, en se prodiguant pendant 63 années de suite au bien des âmes.


    Si les fruits spirituels n'ont pas correspondu aux très dures fatigues de ce missionnaire, nous pensons, écrit Votre Paternité, que le Juge Souverain, qui récompense non pas tant le succès que le travail de ses ouvriers, aura fait bon accueil à son Serviteur fidèle.


    Je partage cette pensée, je fais des voeux, et je demande dans Mes prières, pour l'âme bénie de Mgr Giraudeau, une grande récompense dans le repos bienheureux et éternel du Paradis.


    Je profite bien volontiers de cette occasion, à la veille de Noël, pour offrir mes voeux les plus ardents et les meilleurs pour Votre Paternité et pour tous ceux qui composent cette bien méritante Société des Missions, et en même temps je me réjouis de me redire





    De Votre Paternité Révérendissime


    Le très dévoué en Notre Seigneur,


    Signé : P. Card. FUMASONI-BIONDI, Préfet.





    ***





    Le 16 novembre dernier, Radio Paris, se faisant l'écho d'une dépêche venue de Lhassa, annonçait laconiquement la mort de Son Excellence Mgr Pierre-Philippe Giraudeau, décédé à Tatsienlu, dans les Marches thibéfaines, à l'âge de près de 92 ans.





    En la personne de l'auguste défunt, l'Eglise perd un de ses plus vaillants apôtres, la France un de ses meilleurs fils, et la Société des Missions Etrangères de Paris son doyen d'âge, noblement tombé au champ d'honneur de l'apostolat en ces régions lointaines, sans avoir jamais revu sa patrie, après 63 années uniquement consacrées là-bas au service de Dieu et des âmes.


    S. E. Mgr. Giraudeau était né le 17 mars 1850, à Saint-Mars-de-Coutais (Loire Inférieure). Pendant la guerre de 1870-1871, il s'engagea parmi les zouaves pontificaux du général de Charette. Ordonné prêtre à Nantes, le 29 juin 1876, sa seule ambition était de travailler au salut des pauvres infidèles. Retenu pendant un an dans son diocèse d'origine comme professeur au collège de Notre-Dame-des-Couëts, ce fut seulement le 9 août 1877 qu'il entra au séminaire des Missions Etrangères pour y faire son année de probation. Sur l'ordre de ses supérieurs, le 11 juillet 1878, il partait joyeusement pour la rude Mission du Thibet.


    Le Thibet, vaste contrée située au centre du continent asiatique, est limité au nord par le Turkestan, à l'est par la Chine, à l'ouest et au sud par l'Hindoustan dont le sépare la chaîne des Monts Himalaya. D'un accès très difficile, ce pays est actuellement encore peu connu. Les privilégiés qui ont pu en parcourir certaines parties s'accordent à le représenter comme une sorte d'énorme terrasse échelonnée de plateaux, où s'étalent des lacs nombreux et de superbes forêts riches en arbres aux essences très variées. Le climat est des plus âpres et des plus durs. Les cimes de ses gigantesques massifs, les plus élevées du monde, sont couronnées de neiges éternelles. On y trouve aussi des vallées relativement fertiles qui, à l'abri des grands froids, voient mûrir des fruits, des légumes, et certaines céréales, blé, orge, sarrazin, etc. Les fleuves les plus considérables de l'Asie, l'Indus, le Brahmapoutre, l'Iraouaddy, le Mékong, le Fleuve Bleu, prennent leur source dans les flancs de ses hautes montagnes. Le pays est sillonné de rares pistes et de mauvaises routes accrochées aux bords d'abîmes sans fond ou perdues dans les vallées, parfois brusquement coupées par des rivières ou des torrents profondément encaissés que le voyageur ne peut franchir que sur d'extraordinaires ponts de cordes ou dans des barques légères en peau de yaks. La population, évaluée à 4 ou 5 millions d'habitants, se compose de Thibétains, Chinois, Mossos, sauvages Lissous, Loutses, etc. La capitale, Lhassa, cité sainte impénétrable aux étrangers, est la résidence du Bouddha vivant, entourée de pagodes où s'agitent de 20 à 30.000 lamas. Au point de vue politique, toutes les régions, petites et grandes, formées des principautés et des pays sauvages, ont un double gouvernement, chinois et thibétain, sans cesse en compétitions qui dégénèrent souvent en querelles sanglantes.


    Tel était, et tel est encore aujourd'hui le Thibet, portion d'héritage dévolue au jeune Père Giraudeau en 1878 et qu'il allait évangéliser pendant un si grand nombre d'années.


    Cette Mission avait été confiée par Rome à la Société des Missions Etrangères de Paris, en vertu d'un bref du pape Grégoire XVI daté du 27 mars 1846, érigeant tout le pays en Vicariat apostolique.


    Quand le P. Giraudeau arriva à Tatsienlu, après un long et pénible voyage, en compagnie du P. Brieux, futur martyr, son administration était confiée à Mgr Biet, de vénérée mémoire.


    Chargé d'abord du poste de Bathang, le jeune apôtre en est brutalement chassé par les lamas en 1889, après avoir vu sa résidence devenir la proie des flammes et les efforts de plusieurs années de labeurs complètement anéantis. Placé ensuite par son évêque à Mosymien, Chrétienté plus avancée à l'intérieur du pays et de fondation récente, il s'y révèle excellent administrateur. D'une prudence consommée, afin de ne pas porter ombrage à la susceptibilité des païens qui l'environnent, il a pour principe de rechercher la qualité plutôt que le grand nombre des néophytes.


    En 1891, il est nommé provicaire, c'est-à-dire vicaire général de la Mission. La maladie et d'incessantes persécutions mettent son courage à l'épreuve. Mosymien est détruit par les ennemis du nom chrétien, pendant un voyage qu'il se voit obligé de faire à Tatsienlu. Il regagne bientôt son poste et, avec un courage indomptable, en relève les ruines encore fumantes. A la longue les conversions deviennent plus nombreuses, mais par contre elles suscitent la haine des prêtres des idoles qui, pour se venger de ces succès, mettent à feu et à sang plusieurs postes chrétiens. Sur l'intervention du Ministre de France à Pékin, un Délégué extraordinaire chinois est officiellement chargé de faire une tournée de pacification dans le pays. Le P. Giraudeau l'accompagne et, grâce à sa diplomatie autant qu'à son esprit de conciliation, d'heureux résultats sont obtenus, réhabilitation des chrétiens, punition des coupables, relèvement des stations thibétaines détruites, etc., aussi est-il heureux d'écrire à Mgr Biet, alors en France pour raison de santé : « L'heure de pénétrer au Thibet sonnera bientôt peut-être, et nous serons ainsi compensés de quarante ans d'efforts, de travail et de peine... » Les événements devaient, hélas ! Détromper de si légitimes espérances. Il eut beaucoup à souffrir de la rage des lamas thibétains, toujours rebelles à la pénétration de l'Evangile, et des vexations de tout genre ne lui furent pas épargnées.


    Sur ces entrefaites, Mgr Biet, âgé et infirme, ayant demandé au Saint Siège de lui accorder un coadjuteur, les ouvriers apostoliques de la Mission du Thibet furent unanimes à proposer le P. Giraudeau au choix de Rome. Nommé évêque titulaire de Tinide et administrateur du Vicariat le nouveau Pontife reçut la consécration épiscopale à Suifu, le 12 décembre 1897, des mains de Mgr Chatagnon, Vicaire apostolique du Setchoan méridional.


    A la mort de Mqr Biot, en 1901, il lui succéda. Durant son long et laborieux épiscopat, Mgr Giraudeau eut la douleur de voir six missionnaires du Thibet tomber tragiquement à ses côtés, payant de leur vie la ténacité apportée dans l'accomplissement de leur rude tâche. Il faudrait écrire tout un livre pour dévoiler la carrière si pleine de modestie, semée de tant d'épreuves et toute débordante d'abnégation, qui fut la sienne. En véritable chef, il se montra Père, ferme soutien de son peuple chrétien non moins qu'ardent animateur et modèle vivant de ses dévoués et inlassables collaborateurs.


    Dans l'intérêt des âmes, et pour répondre à une suggestion de la Sacrée Congrégation de la Propagande, Mgr Giraudeau céda, en 1929, une partie du territoire confié à son zèle, la partie appelée Thibet indien, située au sud du Thibet proprement dit et vraiment trop éloignée de la résidence épiscopale de Tatsienlu. La Mission de Sikkim fut alors érigée canoniquement, et la ville de Kalimpong, au pied des Monts Himalaya, devint le siège du nouveau Préfet apostolique, Mgr Douénel, son ancien Vicaire délégué.


    En août 1936, missionnaires et chrétiens se firent une fête de célébrer solennellement les noces de diamant de leur bien aimé Père et vénéré Pasteur, mais lui, brisé par l'âge, les travaux et les souffrances, crut devoir profiter de cette circonstance pour remettre tous ses pouvoirs à Mgr Valentin, son coadjuteur avec future succession qui, un an plus tard, écrivait à Paris : « Monseigneur Giraudeau, dans sa retraite, ne reste pas moins attaché par toutes les fibres de son âme à ce champ d'apostolat où il a si longtemps peiné. Il demeure notre modèle et continue à nous aider de ses prières et de ses conseils. D'une patience admirable, malgré les misères qu'apporte avec elle la vieillesse, il ne cesse, par le rayonnement de ses vertus, de nous donner à tous les plus précieux encouragements à marcher sur ses traces. Au milieu des maux et des difficultés de l'heure présente, rien ne l'étonne, rien ne le trouble, sa robuste foi missionnaire domine tout. Déchargé de la direction des affaires du Vicariat, il demeure parmi nous un Père très aimé entouré de la vénération générale... »


    Depuis lors, sa santé laissait beaucoup à désirer et, de jour en jour, ses forces diminuaient insensiblement. Nous ignorons encore les circonstances de sa mort, arrivée à Tatsienlu le 13 novembre dernier, mais à n'en pas douter elle a dû être sainte comme celle du juste, et douce comme celle d'un patriarche.





    Edmond GERARD,


    Procureur des Missions Etrangères.





    1942/1-7
    1-7
    France
    1942
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